Une nouvelle de science fiction, où le héros refuse la tournure des avancées technologiques ^^
Vos critiques sont les bienvenues ^^
Le monde est-il devenu fou ? Tout ceux que j’ai aimés m’ont quitté pour saisir « cette chance » qui s’offrait à eux. Mais je ne suis pas aveugle, ils ne m’endormiront pas avec leurs fausses bonnes raisons. Avoir la connaissance ultime me disaient-ils ! Mais à quel prix ? Je ne veux pas devenir semblable à ces robots ! J’ai une identité et je compte bien la garder. Jamais je ne la solderais à ces prétentieux qui disent mener le grand dessein de l’humanité !
Le vent fouette mon visage. Tout est si beau vu de cette hauteur. C’est en s’approchant qu’on réalise l’horreur, le non sens de leur vie. Mais je ne leur en veux pas, ils ont été conditionnés à vivre et penser ainsi. Pourquoi ne pas leur avoir inculqué la simplicité et l’humilité ?
Je n’ai pas de chance il n’y a pas de nuages aujourd’hui, j’aurais tant voulu traversé leur blanc cotonneux.
Arriver si haut et pouvoir ouvrir la porte de mon auto n’a pas été une mince affaire. Il m’a fallut détourner le programme d’origine de l’engin, prévu pour ne pas dépasser cinq cents mètres d’altitude par rapport au sol, et les portes se bloquant hermétiquement à partir de deux mètres, à moins d’être dans un parking.
Cela m’aurait certainement valu de larges peines et amendes, mais je suis parvenu à pirater ces systèmes et me voilà sur le toit de mon véhicule, assez haut pour avoir du mal à respirer à cause du manque d’oxygène. Le froid est très intense, je grelotte, mais d’ici peu tout sera fini.
J’entends encore ma femme me dire qu’elle a été « choisi », qu’on lui « offre » une opportunité. Quelle naïveté ! Rien de ce que j’ai pu lui dire n’a eu d’effet, son choix était déjà fait depuis longtemps.
Quand les capacités d’un robot ne sont plus suffisantes, il faut alors allier cette simple machine au vivant. C’est ainsi que depuis plusieurs années, ils nous injectent ces nano machines. Le savoir accumulé de l’humanité disponible instantanément, avec une vitesse de réflexion, de calcul et de compréhension décuplées. Mais qu’y a-t-il réellement à comprendre quand on sait déjà tout ?
Tous les éminents scientifiques y passèrent d’abord, ils devenaient plus performants, allaient au bout de leurs recherches plus rapidement puisqu’ils avaient tout sous la main. Puis prétendant leur faire des faveurs ou les récompenser pour leur mérite de citoyen modèle, les injections se démocratisèrent. Et où la plupart voyaient des progrès et des avancées technologiques, d’autres voyaient une normalisation, une automatisation de l’humanité. Chacun devenait l’identique de son prochain, perdant son identité propre, sa personnalité, ses défauts et ses qualités.
Les seuls mouvements qui tentèrent de s’opposer à cet engrenage furent étouffés dans l’œuf. Il fallait se soumettre et accepter d’être lobotomisé ou rejeter le « privilège » en silence.
J’ose à peine imaginer la vie lorsque les enfants recevront un savoir qui les dépassent avant de savoir marcher, ou d’avoir inspiré leur première bouffé d’air. Quelle face aura l’humanité quand plus personne ne fera l’effort d’apprendre, de tirer les leçons de ses erreurs et de ses réussites. Quand l’humanité ne sera plus qu’une seule et même personne, chacun de ses sujets reliés en réseau, qui tirera les ficelles ? Quels bénéfices en tirera chacun ?
Je ne veux plus en voir d’avantage. Je ne veux pas devenir comme mes amis, ou plutôt les légumes savants qu’ils sont devenus. Aucun d’eux n’a été le même après, et ça empire à chaque fois que je les revois.
Je me penche. Une sensation enivrante s’empare de moi, la chute libre, j’en ai toujours rêvé, quelle ironie que ça se produise avant ma mort. Je pousse légèrement sur mes pieds et me voilà libre. Le vent siffle à mes oreilles. Mes yeux me font pleurer, mais je tiens à les garder ouvert pour admirer la vue. La vision de ma fin.
Ma perception du sol s’éclaircit. J’aperçois les premiers véhicules, volant anarchiquement dans les hauteurs de la ville. Puis le tracé des rues, grouillantes d’activité. Les oiseaux devaient nous tenir en piètre estime quand ils existaient encore, à voir notre grotesque ballet sous leurs ailes.
Où vais-je m’écraser ? Un building ? Au sol dans les déchets ? Je passe à côté de la première auto. A moins que je ne m’écrase sur le toit d’une d’entre elles ?
J’en frôle une de peu, une autre, puis un porte container. Je dépasse un ascenseur dans sa chute. Mon reflet me suit sur les vitres d’un gratte-ciel.
Qu’ai-je percuté ? Tout est devenu noir, et je n’entends plus rien. Où suis-je ? Je ne comprends plus rien, moi qui pensais ne simplement plus exister quand je serais mort.
Puis j’ai l’impression de remonter, comme accroché à un élastique. Je perçois encore mon corps, je ne peux qu’être encore vivant. Que s’est-il passé ?
On me retire de cet emballage de mousse qui m’isolait du monde externe. Un robot se tient devant moi.
- Bonjour monsieur, la réception n’a pas été trop violente ? Nos élastiques sont prévus pour amortir de telles chutes.
Je ne réponds rien. Des systèmes sont donc prévus pour éviter de tels suicides !?
- Nos capteurs vous ont détecté en train de tomber. Que vous est-il arrivé nous n’avons pas repéré de véhicule accidenté ?
J’aurais du sauter au dessus de la mer, ou me laisser mourir de froid sur le toit de mon auto. Ils ne vont plus me lâcher.
- On vient de me confirmer la présence d’un véhicule vide, une porte ouverte à six mille sept cent trois mètres au dessus de nous. Pourquoi avez-vous sauté ?
Nous n’aurions pas pu nous contenter de robots ? Pourquoi avoir poussé le vice jusqu’à introduire la technologie dans nos veines ? Dans nos cerveaux ?
- Très bien, puisque vous refusez de me répondre, je vous conduis devant des spécialistes de votre cas.
« Mon cas » est pris au sérieux au vu des mesures prises. Je suis conduis devant un psychologue lobotomisé. Je lui répond ce qu’il veut entendre : ma vie tourne au désastre, ma femme m’a quitté, je n’aurais pas du me laisser mener par des émotions aussi futiles et passagères, et autres inepties.
Ils me relâchent et m’assignent un robot pour « veiller » à mon bien être. Il me surveille et ne me laisse pas seul une seule seconde. Je ne peux même pas tenter d’en finir dans mon bain. Si je lui demande d’aller me chercher quelque chose, il me répond que je peux y aller par mes propres moyens ou que je n’en ai pas besoin.
Je suis devenu prisonnier de ma vie. Mon existence se ternit de jour en jour. Seul je survis, contre ma volonté. Il est impossible de se blesser avec le matériel ménager. Que ce soit dans la cuisine ou à la salle de bain, tout a été pensé pour notre sécurité et notre confort.
Je cesse de boire, tout en faisant croire à mon invité le contraire. Tenir un verre d’eau au bord de sa bouche et ne pas avaler une goutte alors qu’on meurt de soif, quel supplice. Mais tel est le prix de ma libération.
Après une journée, me sentant proche de l’évanouissement, je prétexte à mon robot avoir besoin de repos, et perds conscience sur mon lit.
Je me réveille, des tubes dans la bouche. Cette maudite machine a du me conduire à l’hôpital. Je tente de cesser de respirer, mais n’y arrive pas, les réflexes de mon corps sont trop incontrôlables.
Il ne me reste plus qu’une seule solution. Après m’être rétabli, et être rentré chez moi, j’appelle un de mes anciens amis. Les nano machines me tireront de l’enfer qu’elles avaient créé. Si je perds mon identité, je perds ma vie.