Une petite nouvelle, et désolé pour le titre j´avais pas d´idée plus originale. 
Enjoy !
Un vieux manoir, à côté duquel gît un chien mort, de faim sûrement, sous les décombres d’un muret effondré. Le jardin, arborant un aspect peu enviable, envahi par les mauvaises herbes, grouille de mille taupes, au vu du nombre de taupinières. Sur les façades, les plantes grimpantes se sont appropriées le terrain ; tandis que les tuiles sont soit cassées, soit tombées, mais toutes sont recouvertes d’une mousse oscillant entre le vert et le brun. La charpente du toit apparaît au grand jour, mais là encore la moitié n’est plus, rongée par les mites. On observe alors le grenier, au plancher parsemé de trous, et dont le sol parqueté est moisi et vermoulu par les nombreuses pluies qui tombent en ce lieu. Une échelle dont les deux bois verticaux tiennent encore ensemble par miracle y monte, posée en équilibre totalement instable sur le mur de briques brisées.
La porte d’entrée est à terre, arrachée à ses gonds, et la végétation a d’ores et déjà pris possession de l’intérieur. Le hall où brillait naguère une lampe en permanence est sombre, plongé dans le noir ; seule parvient la lumière de la lune, or cette dernière est nouvelle. Mais bientôt arriveront les éclairs. On les aperçoit, au loin, zébrant le ciel comme mille ramifications. Sur la gauche descend une pente, en direction de la cave, ou plutôt de ce qui fut un jour une cave. Le vent, soufflant dans les branches de la haie d’arbres plantée face à la route, et s’engouffrant dans les innombrables couloirs du gigantesque manoir, aujourd’hui à ciel ouvert, n’augure rien de bon. On croirait que des âmes errantes voguent çà et là, à leur guise.
Et pourtant, tout est encore calme. Plus pour longtemps.
L’orage est maintenant sur place, tonnant telle une radio dont le volume est au maximum, et le vent s’est amplifié. Le branchage des arbres est malmené, certains morceaux cassent, le souffle qui parcoure le domaine émet tantôt des sons stridents et insoutenables, tantôt rauques et prolongés. Le coin est désert, nul n’y rôde. Et quand on pense à ce qui va arriver, c’est normal. Un corbeau volette parmi les ruines, soudain la foudre s’abat ; l’oiseau tombe, carbonisé, au sol. Le bruit de la chute est étouffé par un amas de feuilles mortes. Un chat noir, à la gorge blanche, passe en coup de vent dans le jardin, frôlant les fils barbelés. Le vent violent le fait décoller du sol, et il se prend les pattes dans la clôture. Au bout d’une longue minute de lutte acharnée, il se libère, mais à bout de force s’écroule par terre, versant son sang sur la terre où n’ont plus poussé d’autres fleurs que des chardons depuis plusieurs années.
Un éclair tombe, sur la seule cheminée encore entière du logis. Elle explose, plusieurs morceaux de brique tombent sur des tuiles, le tout s’écrase sur une poutre, qui s’affaisse. Le mur qu’elle soutenait, et qui n’était plus retenu par quoi que ce soit d’autre, tombe sur un arbre, qui à son tour tombe sur un des piliers soutenant les fils électriques, qui tombe sur la route, entraînant en même temps les fils électriques, qui se déchirent. Le vacarme est assourdissant, et tout le quartier, dans lequel ne brillaient déjà pas beaucoup de lumières, est plongé dans le noir le plus complet.
Et les nuages noirs poursuivent leur chemin, abandonnant là l’ancien manoir à son triste sort, dans un état sans nom. Le vent s’attarde quelques minutes, puis décide d’abandonner la proie sur laquelle il s’acharnait. Tout redevient calme. Plus un seul bruit, sinon un chien aboyant au loin.
Et dire que c’est demain qu’on devait abattre la propriété.