Voilou, j´ai trouvé ce forum et j´ai pensé que ce serait une bonne idée si je mettais le premier chapitre de mon roman, qui bloque un peu. J´ai fait déjà environ une vingtaine de pages (sous word) et voici le chapitre 1. Je suis à votre écoute pour tout commentaire ou proposition d´amélioration !
CHAPITRE I
Firowin, nord-ouest de Tayrowan
C’était nuit noire.
L’horloge de la ville de Firowin sonnait minuit. La nuit était calme. Le ciel était couvert d’un épais brouillard si dense que l’on ne parvenait pas à distinguer les étoiles. A la lisière de la forêt de Garronce, qui longeait Firowin, tout était calme. Les animaux dormaient paisiblement sauf les chouettes, qui hululaient et brisaient le silence ininterrompu.
Puis, une silhouette mince et élancée apparut près des arbres. Les gardes qui surveillaient les portes de la ville restaient péniblement réveillés. L’homme, encapuchonné, courut avec la discrétion d’un chat prêt à attraper sa proie vers la face gauche de la muraille. Il s’encolla contre le mur et avança doucement jusqu’à l’angle du mur d’enceinte. Il jeta un bref coup d’œil sur la façade, sortit une fine dague et courut vers l’un des deux gardes à la grille, ce qui eut pour effet de le sortir de sa torpeur. Mais à peine eut-il le temps d’ouvrir les yeux que l’homme à la capuche le poignarda en plein cœur.
Il retira vivement sa lame et se jeta sur le deuxième garde, venant juste de se réveiller. Sans plus attendre, la dague meurtrière fit son travail et se ficha jusqu’à la garde dans le crâne du pauvre soldat dont le corps était désormais inanimé à tout jamais.
L’assassin, son forfait accompli, escalada habilement la muraille pour arriver sur le créneau. Là, trois gardes l’attendaient, la hallebarde dirigée vers son torse. Sans se laisser intimider, il lâcha tout d’abord sa dague. Il brandit chacune de ses mains en direction de deux des lances. Une faible lueur violette émanait de ses paumes. Les hallebardes, comme irrésistiblement attirées, s’échappèrent des mains de leurs propriétaires et atterrirent dans celles de l´encagoulé. Les deux gardes désarmés reculèrent rapidement. Le troisième tenta d’attaquer, mais son adversaire para à l’aide de ses deux lances et fit tomber son arme. Aisément, il transperça la gorge du soldat.
Il chercha des yeux les deux autres gardes. Disparus ! En regardant au pied de l’enceinte, il les vit en train de courir vers la ville. Il retira rapidement la lance de la gorge de sa victime, visa et la jeta de toutes ses forces sur l’un d’eux. L’encapuchonné avait également des talents pour viser, car la hallebarde atteignit de plein fouet sa cible. Le deuxième lancer fut également un succès. Tout danger écarté, le mystérieux individu descendit en sautant simplement par terre avec une agilité peu commune. L’homme se rendit dans une ruelle et s’arrêta devant une masure faiblement éclairée. L’individu frappa à la porte. Par la lunette, quelqu’un apparut puis s’empressa d’ouvrir.
« Ah, maître Eralys ! s’exclama-t-il en s’inclinant. Nous vous attendions !
- Je suis content de te revoir, Duzz, répondit l’inconnu.
Sa voix était glaciale et aiguë.
- C’est un honneur, Monsieur ! Entrez, entrez ! »
Le dénommé Eralys pénétra dans la chaumière vétuste. A l’intérieur baignait une odeur de moisissure, et le mur était taché par endroits. Il renifla d’un air dédaigneux. L’homme qui l’avait accueilli était totalement bossu et chauve.
Eralys ôta sa capuche et l’on découvrit alors un visage fin et droit. Sa bouche était bien dessinée et son nez aquilin.
Il avait la peau grise, pâle et flétrie par endroits, et une cicatrice de griffure traversait son œil gauche. Son visage blafard faisait ressortir de larges cernes violâtres.
Ses yeux noirs et profonds reflétaient une intelligence trop parfaite qui avait quelque chose de diabolique. Peu de gens arriveraient à mentir devant ce regard perçant et démoniaque. Ses oreilles étaient fines et longues.
Cet homme n’était pas humain, c’était un elfe noir.
Il portait une robe anthracite faite d’un tissu de qualité.
Eralys suivit le bossu jusqu’à une salle éclairée de quelques chandelles de-ci de-là. La pièce était remplie de gens. Tous étaient des orques et des gobelins. Il s’assit sur la chaise libre, guère moins branlante et fragile que les autres. Toute l’assemblée se leva à son arrivée. Il leur fit signe de se rasseoir et les salua.
« - Messieurs, j’étais sûr que vous répondriez tous à mon appel. Je vous en remercie sincèrement. J’ai voulu vous réunir ici pour vous expliquer la situation de notre pays, Tayrowan. Vous vivez dans la duperie depuis trop longtemps. Les Humains vous exploitent, vous vous laissez commander par eux ! Vous, fière race des orques ! Vos droits sont limités ! Cela fait plusieurs décennies que cela dure, vous avez fini par tomber dans l’oubli. Vous avez oublié que vous existiez, vous vous fichez de ne pas avoir de droits puisque vous êtes nés sans en avoir. Moi même, elfe noir, n’ai normalement pas droit d’être ici. Notre bon roi Halec a banni notre race de ce royaume d’esclavage... Acceptez vous tant de haine ? »
Quelques individus lancèrent un « non » peu bruyant. Eralys n’était pas assez convaincant.
« Saviez-vous que le royaume des orques existe encore réellement ? »
- C’est faux ! L’interpella un orque massif. Cela fait 100 ans que ce royaume n’existe plus. Ces chiens d’humains l’ont rasé.
- Vous croyez vraiment ? Sachez que vous vivez dans l’ignorance depuis toujours… vous ne pouvez pas savoir ce qui se passe au dehors, puisque vous êtes privés de toute éducation… et le savoir, c’est la clé. Je sais qu’il existe toujours une terre des orques !
- Avez-vous une preuve de ce que vous dîtes ? le coupa ce même orque.
Eralys le fixa pendant quelques secondes.
- Je peux vous donner cette preuve si vous me suivez. Si vous m’aidez à parvenir au pouvoir par la force, vous pouvez être surs de retrouver votre pays d’origine. Vous verrez, vous ne serez plus jamais traités comme des bêtes… Qui veut me suivre ?
Des regards hésitants, puis quelques mains qui se levaient. Peu à peu, toutes les personnes avaient la main levée.
Eralys sourit ; il les avait dans la paume de sa main.
- Très bien…reprit Eralys. Je crois avoir trouvé une brèche pour éviter les frontières bien trop gardées… dans le sud-ouest du pays. Le chemin sera semé de dangers, mais c’est le seul moyen.
- On vient avec toi, not’ Maitre ! roucoula un gobelin zélé à l’air pathétique.
Eralys ferma son poing et sourit, révélant deux canines supérieures de taille démesurée. C’était parfait…
- Et n’oubliez pas ! Semez le Chaos, dispersez la Terreur… Vengez vous !
j´aime bien
Quelques répétitions parfois mais sinon c´est assez fluide, le texte coule bien
Voila, je vais vous remettre le début (qui a été modifié) et la suite
(ça fait longtemps que ce topic croupit, tout comme mon roman lol)
(je suis lysander)
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CHAPITRE I
Firowin, nord-ouest de Tayrowan
C’était nuit noire.
L’horloge de la ville de Firowin sonnait minuit. La nuit était calme. Le ciel était couvert d’un épais brouillard si dense que l’on ne parvenait pas à distinguer les étoiles. A la lisière de la forêt de Garronce, qui longeait Firowin, tout était calme. Les animaux dormaient paisiblement sauf les chouettes, qui hululaient et brisaient le silence ininterrompu.
Puis, une silhouette mince et élancée apparut près des arbres. Les gardes qui surveillaient les portes de la ville restaient péniblement réveillés. L’homme, encapuchonné, courut avec la discrétion d’un chat prêt à attraper sa proie vers la face gauche de la muraille. Il s’encolla contre le mur et avança doucement jusqu’à l’angle du mur d’enceinte. Il jeta un bref coup d’œil sur la façade, sortit une fine dague et courut vers l’un des deux gardes à la grille, ce qui eut pour effet de le sortir de sa torpeur. Mais à peine eut-il le temps d’ouvrir les yeux que l’homme à la capuche le poignarda en plein cœur.
Il retira vivement sa lame et se jeta sur le deuxième garde, venant juste de se réveiller. Sans plus attendre, la dague meurtrière fit son travail et se ficha jusqu’à la garde dans le crâne du pauvre soldat dont le corps était désormais inanimé à tout jamais.
L’assassin, son forfait accompli, escalada habilement la muraille pour arriver sur le créneau. Là, trois gardes l’attendaient, la hallebarde dirigée vers son torse. Sans se laisser intimider, il lâcha tout d’abord sa dague. Il brandit chacune de ses mains en direction de deux des lances. Une faible lueur violette émanait de ses paumes. Les hallebardes, comme irrésistiblement attirées, s’échappèrent des mains de leurs propriétaires et atterrirent dans celles de l´encagoulé. Les deux gardes désarmés reculèrent rapidement. Le troisième tenta d’attaquer, mais son adversaire para à l’aide de ses deux lances et fit tomber son arme. Aisément, il transperça la gorge du soldat.
Il chercha des yeux les deux autres gardes. Disparus ! En regardant au pied de l’enceinte, il les vit en train de courir vers la ville. Il retira rapidement la lance de la gorge de sa victime, visa et la jeta de toutes ses forces sur l’un d’eux. L’encapuchonné avait également des talents pour viser, car la hallebarde atteignit de plein fouet sa cible. Le deuxième lancer fut également un succès. Tout danger écarté, le mystérieux individu descendit en sautant simplement par terre avec une agilité peu commune. L’homme se rendit dans une ruelle et s’arrêta devant une masure faiblement éclairée. L’individu frappa à la porte. Par la lunette, quelqu’un apparut puis s’empressa d’ouvrir. C’était un petit homme chauve et complètement bossu. Il avait un air piteux et un visage monotone. Sa peau était très claire, comme s’il était malade.
« Ah, maître Eralys ! s’exclama-t-il en s’inclinant. Nous vous attendions !
- Je suis content de te revoir, Duzz, répondit l’inconnu.
Sa voix était glaciale et aiguë.
- C’est un honneur, Monsieur ! Entrez, entrez ! »
Le dénommé Eralys pénétra dans la chaumière vétuste. A l’intérieur baignait une odeur de moisissure, et le mur était taché par endroits. Il renifla d’un air dédaigneux.
Eralys ôta sa capuche et l’on découvrit alors un visage fin et droit. Sa bouche était bien dessinée et son nez aquilin.
Il avait la peau grise, pâle et flétrie par endroits, et une cicatrice de griffure traversait son œil gauche. Son visage blafard faisait ressortir de larges cernes violâtres.
Ses yeux noirs et profonds reflétaient une intelligence trop parfaite qui avait quelque chose de diabolique. Peu de gens arriveraient à mentir devant ce regard perçant et démoniaque. Ses oreilles étaient fines et longues.
Cet homme n’était pas humain, c’était un elfe noir.
Il portait une robe anthracite faite d’un tissu de qualité.
Eralys suivit le bossu jusqu’à une salle éclairée de quelques chandelles de-ci de-là. La pièce était remplie de gens. Tous étaient des orques et des gobelins. Ils s’agitaient tous sur leur chaise, et semblaient impatients de voir le moindre geste accompli par Eralys. Celui-ci s’assit sur la chaise libre, guère moins branlante et fragile que les autres. Toute l’assemblée se leva à son arrivée. Il leur fit signe de se rasseoir et les salua.
Il prit soin de choisir ses mots le plus exactement possible.
« - Messieurs, j’étais sûr que vous répondriez tous à mon appel. Je vous en remercie sincèrement. J’ai voulu vous réunir ici pour vous expliquer la situation de notre pays, Tayrowan. Vous vivez dans la duperie depuis trop longtemps. Les Humains vous exploitent, vous vous laissez commander par eux ! Vous, fière race des orques ! Combattants valeureux des montagnes ! Vos droits sont limités ! Que dis-je ?… Inexistants ! Cela fait plusieurs décennies que cela dure, vous avez fini par tomber dans l’oubli, et l’ignorance. Vous avez oublié que vous existiez, vous vous moquez de ne pas avoir de droits puisque vous êtes nés sans en avoir. Moi même, elfe noir, n’ai normalement pas le droit d’être ici. Notre bon roi Halec a inscrit dans sa maudite loi le bannissement des créatures jugées maléfiques… Acceptez vous tant de haine et d’injustice ? »
Quelques individus lancèrent un « non » peu concluant.
« Saviez-vous que le royaume des orques existe encore réellement ? »
- C’est faux ! L’interpella un orque massif. Cela fait 100 ans que ce royaume n’existe plus. Ces chiens d’humains l’ont rasé. En tout cas, nous n’avons jamais eu connaissance de ça.
- Vous croyez vraiment ? Sachez que vous vivez dans l’ignorance depuis toujours… vous ne pouvez pas savoir ce qui se passe au dehors, puisque vous êtes privés de toute éducation… et le savoir, c’est la clé. La terre des orques existe toujours, et son Roi y est plus puissant que jamais.
- Avez-vous une preuve de ce que vous dîtes ? le coupa ce même orque.
Eralys le fixa pendant quelques secondes.
- Je peux vous donner cette preuve si vous me suivez. Si vous m’aidez à parvenir au trône de Tayrowan, vous pouvez être surs de retrouver votre pays d’origine. Vous verrez, vous ne serez plus jamais traités comme des bêtes… Qui veut me suivre ?
Des regards hésitants, puis quelques mains qui se levaient. Peu à peu, toutes les personnes avaient la main levée.
Eralys sourit ; il les avait dans la paume de sa main.
- Très bien…reprit Eralys. Le seul moyen d’atteindre votre pays est de passer par la Grande Forêt, pour ne pas se faire arrêter par la Légion Impériale.
Eralys ferma son poing et sourit, révélant deux canines supérieures de taille démesurée. C’était parfait…
- Et n’oubliez pas… Vengez vous !
CHAPITRE II
Arenthia, capitale de Tayrowan.
Arenthia était la capitale de Tayrowan. Dans le quartier le plus riche de la ville se dressait le somptueux palais impérial où vivait le Roi Halec. Le bâtiment était immense ; l’entrée était en bois d’ébène et la pierre qui constituait les murs était si blanche et si lisse… Quatre tourelles au toit d’or étaient disposées aux coins du palais. La grande tour centrale constituait les appartements du Roi. Les portails étaient tous gardés par des gardes en armure dorée, et qui arboraient fièrement leur épée en argent. Dans les appartements du roi, il y avait le bureau d’Halec et sa chambre, ainsi que la cuisine royale. Les ministres du roi travaillaient dans les tourelles et logeaient dans des appartements luxueux du palais. Les autres pièces étaient occupées soit par des nobles ou soit par des villageois travaillant dans le palais.
Depuis quelques semaines, Halec et le Conseil Impérial semblaient préoccupés. Les orques et les gobelins sortaient du pays par centaines. Qu’est-ce qui était à l’origine de cela ? Tayrowan leur avait offert un foyer pour vivre après cette stupide guerre, alors pourquoi s’en allaient-ils ? « Certes, ils n’ont pas droit à l’éducation, pensa Halec, mais ils ont un statut de vie honorable ici. »
Ce qui était encore plus inquiétant c’est que, normalement, les orques ne sont pas autorisés à quitter le territoire. Mais ils parvenaient tout de même à s’échapper. Pourquoi, nul ne le savait… Halec eut un spasme : il avait peur que les orques se fussent aperçus que le royaume des orques existait toujours. Si les orques parvenaient à rentrer dans leur pays, ils grossiraient les rangs de l’armée ennemie. Depuis cette maudite guerre, les rois de Tayrowan ne souhaitaient absolument pas revenir dans de telles violences. C’est pourquoi Halec, roi déterminé, hardi et résolu, avait instauré de dures lois, qu’il jugeait essentielles pour conserver la paix dans le pays, et éviter toutes sortes de conflits. Bien sûr, ces lois concernaient surtout les orques, mais on embrigadait aussi la population humaine pour leur faire croire que le pays des orques n’existait pas.
Un spasme encore plus grand fit défaillir le roi : si ses sujets découvraient tout ce qu’ils ignoraient alors, s’ils apprenaient subitement tout ce qu’on leur avait caché, la légitimité de Halec risquait fort de pâtir. Mais d’où venaient ces damnées fuites d’informations ? Il fallait rédoudre tout cela au plus vite, et avec une efficacité sans précédent.
Soudain on frappa à la porte.
« Entrez, dit le roi absorbé dans ses pensées.
Alors la porte s’ouvrit, un garde entra et se mit au garde à vous.
- Sire, dit-il. Le ministre Fylippin pour l’immigration souhaite vous rencontrer.
- Faites-le entrer. »
Le garde se retira, laissant entrer un petit homme au nez crochu. Il s’avança et s’inclina si bas que l’on pouvait voir son crâne dépourvu de cheveux.
« Bonjour, sire, dit le ministre d’une voix chevrotante.
- Bonjour, Fylippin. Quelles mauvaises nouvelles m’apportez-vous?
Fylippin tendit au roi quelques feuilles de parchemin.
- J’ai tellement honte de vous dire ce qui se passe que je préfère que vous lisiez vous-même… dit le ministre à son seigneur. Vous devez être certainement déjà au courant de tout cela. »
Halec prit les parchemins et lut attentivement :
Bilan de l’année
Ministère de l’immigration
Nombre d’habitant le 1er Jäanwier : 14 850 440 hab.
Nombre d’habitants au dernier recensement : 11 560 211 hab.
Immigrants à Tayrowan : 163 879
Emigrants de Tayrowan : 3 126 350
Halec poussa un soupir.
« Je savais que les orques s’en allaient, dit-il, mais je ne pensais pas qu’il y en avait autant. Plus de trois millions !
- De plus, ajouta le minuscule ministre, la minorité qui reste dans le pays attaque sans cesse nos villages, en pillant tout sur leur passage. Nos armées sont débordées…
- Cela ne peut plus durer, se résolut Halec en frappant du poing. Il faut trouver une solution !
- Certes, mais laquelle ?
Le roi réfléchit quelques instants avant d’annoncer :
- Demain j’irai au Conservatoire des Anciens, pour rencontrer Harrlin. »
Harrlin était un grand mage reconnu pour de nombreux bienfaits et services pour l’état et pour sa puissance quasi-inégalable. Il faisait partie, lui et deux autres personnes, du Conseil des Anciens, un Conseil présidé par Harrlin lui-même. Si Tayrowan tombait en ruine, c’est à eux qu’Halec ferait appel. Leur influence sur le pays était énorme, même si ce comité était totalement indépendant de l’état.
Le roi leur faisait entièrement confiance, mais il n’aimait pas, mais alors pas du tout, le choix du nouveau membre du conseil des Anciens, du nom de Gladelfehra. Car c’était un elfe noir ! Halec se sentait presque trahi par ce choix. Les elfes noirs, créatures maléfiques bannies du royaume depuis des centaines d’années ! Le roi n’arrivait pas à comprendre cette nomination, car il se demandait comme un elfe noir pouvait se mettre au service du conseil des Anciens… d’après une lettre de Harrlin , c’était «un elfe noir totalement sain d’esprit et repenti de toute pensée malsaine ». Malgré cela, Halec n’avait pas confiance.
« Bien, dit le ministre en brisant le silence. Dois-je prévenir vos généraux ?
- Faites, faites, je vous remercie. Je veux dès demain matin trente hallebardiers, une vingtaine d’archers, dix spadassins et une bonne dizaine de cavaliers. La forêt n’est plus sûre, en ces temps dangereux. »
Les deux hommes se dirent au-revoir. Le petit ministre quitta la pièce et referma la porte derrière lui. Le Roi resta longtemps sans rien faire avant de mettre de côté ses contrats et de regarder avec un pincement au cœur le bilan de la population.
Le lendemain matin, Halec se prépara le plus tôt possible. Après avoir déjeuné rapidement, il se vêtit de son plus beau vêtement de velours rouge en ajoutant par-dessus une sorte de cotte de mailles, mais dont les maillons étaient en fait des écailles jaunes et brillantes, identiques à celles des dragons. En effet, la cuirasse –ainsi que toute l’armure du roi- était faite en écailles de dragon d’or. Tout le monde connaissait bien les propriétés extraordinaires que procuraient des écailles de dragon, surtout de dragon d’or, qui était l’un des plus rares, et peut-être même en voie d’extinction. On prétendait qu’elles étaient magiques et les alchimistes bien connus dans le pays le démontrèrent en vantant leurs grandes qualités, comme une immunité à la magie et une résistance hors du commun. Elles procureraient vigueur et courage à celui qui la portait.
Il enfila ses jambières et ajusta sa ceinture sur laquelle le fourreau de sa fidèle épée, Or-de-Jade, était accroché. C’était une magnifique épée à double tranchant, au pommeau de jade et à la poignée d’or, tel était son nom. Ainsi équipé, il se dirigea vers la cour du palais en traversant divers couloirs.
Dans la cour, une soixantaine de soldats à l’armure miroitante demeurait sans bouger. Leur immobilité aurait pu les faire passer pour des statues. Un général aux bras vigoureux fit quelques pas puis se mit au garde à vous.
- Sire, dit-il, votre armée est fin prête à partir.
Quelques minutes plus tard, la garnison était hors de la ville, menée par le roi et son général.
Arrivés dans une clairière de forêt, la petite troupe marchait. Le vent berçait leurs pas synchronisés. Tout à coup, un sifflement aigu et bref parvint des buissons. Un piquier tomba raide mort sans un cri. Halec ordonna aux soldats de s’arrêter.
- Vous, dit-il en désignant un piquier. Allez voir ce qui lui est arrivé.
- Bien, sire, répondit-il d’une voix tremblotante.
Il s’approcha du corps et s’accroupit. Il remarqua à son cou une petite fléchette aux plumes fines et écarlates à la pointe très aiguisée et tachée de sang qu’il retira délicatement. Sur chacune des plumes qui composait la fléchette était tracé à l’encre noire un petit œil au regard si réaliste et perçant qu’on aurait cru qu’il était vrai. Le soldat se décomposa. Un silence de mort régnait dans la clairière. Même les oiseaux cessèrent leur gazouillement. Le piquier se tourna vers ses compagnons.
- Du poison, dit-il. On l’a empoisonné !
- Diantre ! jura le roi. Mais qu’est-ce qui se passe ici !
Aucune réponse, aucun bruit.
- La peste soit de ces faquins… murmura le roi entre ses dents.
- Nous devrions peut-être rebrousser chemin, Sire, dit un archer tremblant de peur.
Une lueur d’effroi pénétra dans l’esprit du roi. Et si c’était ces orques rebelles qui terrorisaient les villes ? C’était probable. Mais un roi tel que Théodore Halec était vaillant et courageux, et jamais il ferait d’actes de couardise. Dans un élan de fougue, il dit :
- Pas question ! Si ces lâches ne veulent pas se montrer, nous les traquerons !
Sur ces paroles, une vingtaine d’orques et de gobelins jaillit des buissons et de derrière les arbres. Chacun tenait une arme ; ils avaient de petites épées, des fléaux, des haches et des machettes. Leur expression laissait croire qu’ils étaient avides de sang. Certains avaient une leur de folie dans les yeux. Le plus imposant des orques prit la parole.
- Tiens, qui voilà ? dit-il d’une voix forte. Le roi en personne. Nous partions à la chasse, je pensais pas trouver un si beau gibier ! Eh bien !
- Que faites vous ici, orques ? Retournez dans vos foyers, et déposez vos armes sans discuter. Sinon, nous seront contraints de vous arrêter.
Le chef orque sembla offusqué de cette remarque.
- Ainsi, vous prenez notre peuple pour des larbins, n’est-ce pas ? Pourquoi vous obéirions-nous ? En fin de compte, nous ne sommes pas de la même race… Vous n’avez aucun ordre à nous donner, chiens d’humains !
- Vous êtes citoyens de Tayrowan, répondit Halec avec calme. En tant que tels, vous obéissez à ses lois.
L’orque fronça les sourcils.
- Citoyen, dis-tu ? Nous n’avons presque aucune liberté, ici ! Nous sommes vos esclaves depuis bien trop longtemps. Nous allons tous vous massacrer, après quoi nous nous rendrons dans notre terre de toujours, les montagnes de l’ouest !
Le roi eut un rictus déchirant. Ainsi, les orques
avaient découvert la vérité ! Ce qu’il craignait était arrivé. Dès lors, le pays traversera une dure crise : la population sera très dure à convaincre et à maîtriser. Sans compter le pire : il faudra résoudre la situation avec les orques.
- Je vous avais prévenus, orques, déclara Halec. Maintenant, vous paierez de votre sang.
Le roi n’avait pas peur. Son armée était supérieure en nombre par rapport à leurs ennemis. Il échappa un grand « A L’ASSAUT ! » et les archers décochèrent leurs flèches, les chevaliers chargèrent vaillamment et les piquiers restaient en défense. Halec chargea furieusement et transperça deux gobelins d’un coup à l’aide de sa longue et fidèle épée, Or-de-jade. Il fit tournoyer son épée au-dessus de lui ce qui catapulta les deux gobelins qui retombèrent lourdement sur un orque. La bataille faisait rage. Evidemment, par leur expérience et par leur nombre, les soldats du Roi avaient l’avantage mais les orques leur infligeaient tout de même de lourds dégâts. Le capitaine orque avait l’air très fort. Il écrasait les soldats comme un olifant écrase les fourmis. Son imposante carrure en faisait un ennemi redoutable. Le moment fatidique arriva : Halec contre le chef des orques. Halec était descendu de son cheval. Ce fut un combat sans merci. On entendait les épées s’entrechoquer violemment et les cris fuser dans toute la clairière. Le roi et son adversaire étaient en sang. Ni l’un ni l’autre ne laisseraient un pied de terrain à son ennemi. Halec assena un coup que son adversaire para habilement. L’orque était puissant, mais pas assez stratège. Il tenta un coup violent au-dessus de la tête du roi qui l’évita de justesse. Les adversaires se jaugèrent un instant avant de revenir à la charge. Le combat était furieux. L’orque attaqua de taille puis d’estoc, et le bras gauche de Halec fut légèrement lacéré. Finalement, l’orque, distrait par un piquier qui l’attaquait, fut transpercé au ventre par l’épée d’Halec qui fut fichée jusqu’à la garde. L’orque lâcha son arme et tomba à genoux, gémissant, la visage recouvert de poussière et de sueur. Il leva lourdement son regard sur le roi.
- Vous pensez avoir gagné, mais vous verrez par vous même qu’il n’en est rien ! cria-t-il. Les orques se vengeront ! Vous connaîtrez bientôt le même sort que nous il y a cent ans ! Je… je…
Il suffoqua et tomba à terre. Halec retira son épée sanglante du torse de son ennemi.
Quelques minutes plus tard, le sol si vert de la forêt fut teinté de rouge. Les cadavres jonchaient le sol. Le Roi avait survécu, en partant seulement avec quelques blessures mineures au bras gauche et à la poitrine. Accompagné de ses quelques guerriers encore vivants, il reprit la route. Mais une voix les arrêta. Une voix aiguë. Le roi et ses quelques soldats se retournèrent.
- Heu, m’sieur Halec, dit alors un gobelin tout penaud.
- Vous êtes encore vivant ? demanda Halec.
- Ben oui, comme vous le voyez.
- Tuons cette sale bête, dit alors un archer.
- Non, surtout pas ! répliqua le Roi. Il peut nous aider.
- Il n’est pas question que je fasse confiance à un gobelin ! s’acharna l’archer.
C’est alors que l’archer décocha une flèche qui transperça le pauvre gobelin.
- Ayeeuuh ! dit alors le gobelin avant de s’écrouler piteusement par terre.
- Espèce d’idiot ! cria le Roi
- Aah ! gémit l’archer. Je suis vraiment désolé, Sire. Je pouvais pas savoir que…
- Assez bavardé ! Nous n’allons pas rester à traînailler ici ! Vous, espèce d’imbécile, vous rentrez au palais tout de suite ! Et vous êtes renvoyés !
- Mais je…
- Partez avant que je ne m’énerve pour de bon !
L’archer s’éloigna honteusement dans la direction opposée. De toute la troupe il ne restait désormais plus que deux chevaliers, un archer et trois piquiers. Ils reprirent enfin la route et arrivèrent au Conservatoire des Anciens au crépuscule, dominés par la fatigue. Le Conservatoire était d’un grandeur incroyable et d’une majesté à couper le souffle. Des tourelles d’une hauteur immense dominaient la forêt. Des farfadets voletaient autour et c’étaient des centaures qui gardaient les portes. Dans le grand jardin, il y avait des fleurs magnifiques et des haies somptueuses. Des lutins étaient cachés dans leurs petits jardins mystiques. Tout, ici, était comme dans un rêve. C’était comme un paradis humain. La petite cohorte avança vers l’entrée. A la porte, deux centaures leur barrèrent la route.
- Messieurs, dit-il. Avez-vous pris rendez-vous avec les vénérés sages ?
- Non, répondit simplement Halec. Mais votre roi vous demande de nous laisser passer.
- Oh, excusez-moi, sire. Je ne vous avais point reconnu. Je m’appelle Finns. Vous pouvez entrer, bien entendu, mais vos hommes restent là.
- Bien, mais sera-t-il possible de leur offrir une collation ?
- Oui, répondit le centaure d’un ton impassible. Mais quand l’heure du dîner viendra. Alors je ferais demander aux vénérés leurs accords.
- C’est entendu ! dit le Roi.
- Je vous emmène dans la salle déambulatoire.
CHAPITRE III
Le centaure fit entrer Halec dans le Conservatoire. La pièce où ils étaient entrés était tout simplement immense. Des fenêtres démesurées aux couleurs magnifiques perçaient les murs de pierre finement polis. Des tableaux gigantesques représentant des sorciers et mages connus couvraient les côtés de la salle. A première vue, n’importe qui aurait pu penser que des géants habitaient ici. C’était d’ailleurs la première impression d’Halec. Finns le centaure quitta le roi et retourna à son poste de garde. Halec prit le temps d’observer la « salle déambulatoire » comme disait le centaure. Juste à sa droite, un elfe réprimandait un farfadet parce qu’il s’amusait au lieu de faire son rapport d’excursion dans la forêt. Au fond de la salle, Halec voyait un nain équipé d’une superbe armure d’argent. Il était déjà plutôt âgé.
- Allez, on se dépêche ! ordonnait-il. Tout l’or de la mine doit être extrait demain !
C’était Torrin, l’Ancien qui s’occupait de la sécurité.
Halec alla vers Torrin. Torrin le vit et s’approcha.
- Halec, mon bon Roi, dit Torrin avec allégresse.
- Bonjour, Torrin, répondit Halec. Comment-allez-vous ?
- Fort bien, mon roi, fort bien !
- Je ne viens pas ici seulement pour une simple visite.
- Je m’en doute, oui ! Que t’est-il arrivé ? Tu es dans un bien piteux état ! Tu à l’air si fatigué !
- Nous nous sommes fait attaqués par des orques, dans la forêt.
- Par Thor ! Que te voulaient-ils donc ?
- Je n’en sais rien, justement. J’aimerais parler à Harrlin, s’il vous plaît.
- Bien sûr ! Il est dans son bureau ! Je t’envoie un nain pour t’y conduire.
Le vénéré nain chercha des yeux puis appela :
- Niolg !
Un nain s’approcha alors.
- Vénéré ? Vous m’avez d’mandé ?
- Oui, répondit Torrin. Emmène donc ton Roi au bureau de Harrlin.
- C’est un honneur pour moi d’guider mon roi !
- Je suis flatté, répondit Halec, amusé.
Le nain Niolg fit signe au Roi de le suivre. Arrivés à une porte, le nain voulut attraper la poignée pour l’ouvrir mais sa taille l’en empêchait.
- Sans vous commander, dit-il, un petit coup de main ne m’ferait pas d’mal !
- Bien sûr, répondit Halec en s’empêchant d’éclater de rire.
Halec tourna la poignée et ouvrit la porte. Ils pénétrèrent alors dans un immense couloir tapissé de nombreux tableaux représentant d’illustres personnages de notre histoire. Halec suivit le nain jusqu’à un escalier en colimaçon qu’ils montèrent afin d’arriver à une porte en noyer massif. Le nain frappa à la porte on lui répondit :
- Entrez !
Le nain ouvra la porte et ils entrèrent dans un bureau spacieux où se trouvaient des lutins travailleurs. Dans une petite cage pour oiseau, une drôle de créature pas plus grande qu’un canari, constitué d’une tête de lion, d’un corps d’ange et d’une queue de scorpion émettait des rugissements amusants, par rapport à sa taille. Harrlin était à son bureau et discutait avec une sorcière. C’était un grand homme avec une interminable barbe blanche comme la neige. Il portait une longue robe verte et à sa main gauche il tenait un magnifique sceptre doré et incrusté de joyaux les plus précieux les uns que les autres. Sur le pupitre, une plume d’oie écrivait toute seule sur une belle feuille de parchemin. Le Roi était hébété. Harrlin vit Sir Halec et Niolg et leur fit signe d’attendre quelques minutes. Niolg présenta à son Roi un confortable fauteuil où il s’assit, en remerciant le nain. Ce dernier s´installa sur une toute petite chaise de bois : il était trop petit pour s’asseoir sur une chaise normale. Halec suivit la conversation entre Harrlin et la sorcière.
- Merci Harrlin, dit la sorcière. Avec vous mon manticore est entre de bonnes mains !
- Je le soignerais et lui rendrais sa taille normale comme prévu, Héléna ! répondit l’Ancien. Allez, au revoir !
- A bientôt !
La sorcière se leva et s’en alla. Halec se leva et se dirigea vers Harrlin. Ce dernier le vit et lui adressa un sourire radieux.
- Théodore ! lança Harrlin. Cela fait fort longtemps que l’on ne s’est pas vus !
- Bonjour, Harrlin ! Comment vous portez-vous ?
- L’âge n’arrange pas mes affaires, mais tout va bien ! Que fais tu ici ?
- Comme vous devez le voir, dit Halec en montrant ses blessures, nous avons été attaqués par des orques et des gobelins, environ une heure avant d’arriver ici.
- Par Luftaw ! répondit le mage. Tu es le seul survivant ?
- Non, les centaures ne les ont pas fait entrer.
- Qu’ils sont bornés, ces centaures ! répliqua l’archimage en fronçant les sourcils. Niolg ! appela-t-il.
Le nain s’approcha et demanda :
- Qu’y a t il ?
Harrlin griffonna rapidement un mot sur un morceau de parchemin demandant de faire monter les gardes. Il signa et tendit le papier au nain.
- Apportes-ça aux gardes.
- J’y vais tout de suite, répondit le nain de sa voix rauque.
Le nain sortit de la pièce.
- Qu’est-ce que c’est ? demanda Théodore Halec en désignant la petite créature en cage.
- C’est un manticore. Il a été rapetissé à la suite d’un test de la sorcière que tu as vue tout à l’heure et elle n’arrive pas à lui rendre sa forme initiale !
Le roi sourit en regardant le mini-manticore rugir à tue-tête.
- Pourquoi es-tu venu me voir ? demanda alors Harrlin.
- Et bien… depuis quelques semaines, la population ne cesse de décroître, et l’immense majorité de ces personnes sont des orques et des gobelins !
Harrlin fronça les sourcils.
- Connais tu la raison de ces fuites ?
- Il semblerait que, par une raison que j’ignore, certains orques soient au courant de… et bien, la vérité.
Harrlin comprit les pensées de Halec. Il répondit :
- Ils ont découvert que le pays des orques existe toujours n’est-ce pas ?
- C’est bien cela, j’en ai peur…
Le visage du mage devint plus dur :
- Tu sais depuis longtemps que je me suis toujours formellement opposé à ces lois de discrimination des races. Et en plus, tu mets tes sujets dans l’ignorance, et prive les orques de libertés fondamentales ! Sans parler des elfes noirs, bannis du royaume... Ne va donc pas t’étonner si la discorde arrive sur ton pays. Je ferai bien sûr tout pour t’aider à résoudre la crise, mais ne te mets pas dans la tête que je suivrai tes ordres. Je ferai ce qu’il y aura de mieux à faire pour ton pays, et personne ne m’en empêchera.
Ce fut comme un coup de poing dans la poitrine de Halec. Il était choqué d’avoir entendu ce discours de Harrlin, mais il ne pouvait faire autrement qu’admettre que tout ce qu’il avait dit était vrai. Lui même commençait déjà à douter des lois que ses descendants avaient instaurées. Mais faire marche arrière était bien trop dangereux, et personne ne pourrait prévoir les conséquences de tout faire découvrir au peuple de Tayrowan. A un moment ou à un autre, la vérité sera forcément révélée, les habitant seront au courant des violences qui séviront entre Tayrowan et les orques.
- Je… balbutia Halec. Très bien. Sache que je ne m’opposerai pas à tes décisions, quelles qu’elles soient.
Il eut un goût amer après avoir prononcé ces paroles. S’être rendu à l’évidence devant le maitre du conseil des Anciens touchait profondément la fierté et la vanité du roi. De toute façon, il n’avait pas eu le choix.
A ce moment-là, la porte s’ouvrit et les soldats du roi entrèrent, totalement épuisés, Niolg à leur tête.
- Ah ! s’exclama Harrlin en effaçant son air grave du visage. Voilà tes vaillants soldats !
- Ils ne sont plus que cinq, dit Théodore Halec. Nous étions une quarantaine au départ.
- Nous prierons pour les défunts au nom de Laetram quand l’heure sera venue, dit le sorcier.
Harrlin fit signe aux soldats de s’asseoir et de se reposer.
- Vous passerez la nuit ici, si vous le souhaitez, déclara alors Harrlin.
- Merci de votre générosité, Harrlin, remercia le roi.
On frappa à la porte et elle s’ouvrit. C’était Gladelfehra, le troisième Ancien, un elfe noir qui semblait plutôt jeune, signe trompeur puisque les elfes sont immortels.
- Je vois que vous avez de la visite, déclara Gladelfehra indifférent.
L’Ancien était grand et portait une robe noire et brillante. Sa peau était grise et lisse. Il avait des yeux verts perçants. Mais il n’avait pas l’air maléfique comme la plupart des elfes noirs. Il était souriant mais tout de même assez étrange, comme s’il se forçait à bien se conduire. Halec fronça les sourcils.
- N’est-ce pas notre bon roi Théodore Halec ? demanda l’elfe noir.
- C’est bien moi, répondit celui-ci.
Gladelfehra tendit la main pour le saluer. Le roi hésita un court moment et finit par lui serrer la main. La main de l’Ancien était glacée et lisse. Le roi retira vivement la sienne.
- Je suis enchanté de vous voir, Sire, dit l’elfe noir doucement.
- Moi également, répondit le roi d’une voix fausse.
- Hum… interrompit Harrlin. Si nous allions dîner ?
La petite troupe se rendit à l’étage inférieur et Gladelfehra les conduisit jusqu’à la salle à manger. Harrlin installa chacun à sa place. Halec et Gladelfehra étaient l’un en face de l’autre et se jetaient des regards fuyants.
- Qu’on amène l’entrée ! déclara Harrlin.
Les soldats poussèrent un soupir de soulagement.
- Nous vous avons préparé une grande salade composée des meilleurs légumes de Tayrowan ! dit-il pour détendre l’atmosphère.
Finalement, le repas se déroula sans encombre et chacun se rendit dans sa chambre.
Cette nuit-là le roi fit un rêve étrange. Il voyait Gladelfehra qui discutait lui. Mais ils ne discutaient pas du tout sèchement comme ils le faisaient le soir même, non, ils discutaient amicalement et riaient de bon cœur. Chacun avait l’air de faire confiance à l’autre. Bien que ce fut un rêve, Halec sentit au fond de lui-même un sentiment de bien-être. Gladelfehra et Halec se parlaient comme s’ils étaient les meilleurs amis du monde. Le roi se réveilla brutalement.
CHAPITRE IV
A sa table de chevet se tenait Gladelfehra. Il fronçait les sourcils.
- Vous ! cria Halec.
L’elfe noir ne répondit rien. Son expression impassible laissait tout de même transparaître une rage profonde.
- Votre plan n’a pas fonctionné, n’est-ce pas ! dit le roi avec colère. Vous pensiez pouvoir me manipuler ! Je savais depuis le début que vous étiez mauvais ! Je me demande comment Harrlin a pu vous faire confiance !
- Je n’ai échoué en aucun cas ! Et le jour était venu pour moi de me retirer. Même si ma manipulation n’a pas réussi, ce n’est absolument pas un danger pour moi, rien ne m’empêchera de rejoindre mon frère.
Halec fronça les sourcils, interdit.
- Votre frère ? De qui parlez vous et que me voulez vous ?
- Oui, mon frère ! Eralys Drowaygon ! Son nom a la plus grande importance. Vous ne tarderez pas à le connaître.
Halec sentit une lueur d’effroi en lui-même.
- Des rumeurs à Tayrowan disent que le mouvement de rébellion orque est mené par un elfe noir ! Serait-ce votre frère ?
Le sourire diabolique de Gladelfehra s’effaça pour laisser place à une moue.
- Je vous aurais pensé plus loquace que cela, humain. Après tout, vous n’êtes qu’un humain…
- Comment osez-vous ?… Vous, représentant de votre race démoniaque !
Halec tambourina aux murs et appela Harrlin de toutes ses forces. Gladelfehra empoigna Halec à son cou et l’étrangla de toutes ses forces.
- Imbécile ! dit Gladelfehra entre ses dents. C’était votre dernière chance de vivre !
Halec suffoquait. Il ne pouvait plus parler.
- Vous avez mal, n’est-ce pas ? dit l’elfe noir avec hargne. Ne vous inquiétez pas, « mon bon roi », bientôt vous ne sentirez plus la douleur !
Il serra encore plus fort. Halec n’en pouvait plus. Sa dernière chance, c’était de prendre son épée qui se trouvait à son chevet. Il tendit la main en sa direction.
- Plus la peine d’appeler à l’aide, vous êtes fini !
Après moult efforts, Halec parvint à saisir son épée. Il sentait arriver l’évanouissement. Dans un ultime effort, il porta un léger coup au bras de Gladelfehra, qui suffit à le faire reculer et à détacher Halec de sa strangulation. Le roi reprit sa respiration. Gladelfehra recula contre le mur. Halec s’avança, caressant son cou. Il était furieux. Furieux contre lui-même. Pourquoi n’avait-il pas parlé plus tôt à Harrlin ? Pour régler la situation au plus vite, il n’y avait qu’une seule solution. Se débarrasser de l’elfe pour toujours. Il s’avança vers Gladelfehra doucement, brandissant son épée.
- Vous n’avez plus d’issues, cher Ancien…
L’elfe noir était totalement immobile, avec une expression indifférente au visage.
- Que comptez-vous faire, maintenant ? continua sir Halec.
Pas de réponse. Il posa la pointe de son épée sur le torse de l’Ancien. Il appuya plus fermement, et un écoulement de sang noir apparut. L’Ancien fit une grimace de douleur qui laissa place à un sourire narquois.
- Ne soyez pas ridicule, lança Gladelfehra. Ces objets là coupent fort, vous pourriez vous blesser !
Elancé par la rage, Halec souleva son épée et tenta de trancher le torse de l’Ancien. Celui-ci recula suffisamment pour que l’épée ne le tranche pas totalement mais une longue blessure parcourait tout son torse. Il mesura la gravité de sa blessure, accablé par la souffrance, et son regard se dirigea vers Halec. Il lui adressa un sourire diabolique, laissant dépasser ses deux canines supérieures effrayantes et murmura un faible « on se reverra ! » avant de disparaître dans un nuage de fumée noirâtre.
CHAPITRE V
Petite contrée des montagnes de l’Ouest. Le temps était calme, le soleil brillait encore mais l’on pouvait apercevoir un gros nuage noir à quelques lieues d’ici. « Mauvaise nouvelle. Non seulement il fallait rentrer en ayant échoué sa mission et il allait pleuvoir. Pourquoi ce bougre de Furt est-il toujours aux pattes de Stormweaver ? S’il ne s’était pas porté volontaire, on ne serait pas dans cet état. » Sur la petite route menant à Iinas Norgul, les deux gobelins Guerlea et Furt marchaient avec lassitude. Guerlea jeta un coup d’œil à son compagnon de guerre. C’était un petit gobelin à la peau verte et aux oreilles pointues. Il se tenait toujours droit, fier de son titre nouvellement acquis de sergent au service de sa majesté le roi O’ran Stormweaver, dit O’ran le Grand. Il était également fier de sa petite armure de cuivre, achetée grâce à sa promotion. Il tenait dans sa main droite une petite hache de fer. Chez Furt, tout était petit, et surtout la vaillance. Traîner avec ses supérieurs, ça, il savait le faire ; pour combattre c’était autre chose. Furt se retourna et jeta un regard dédaigneux vers Guerlea. Ce dernier n’était que simple soldat. Finie l’époque où l’on pouvait se moquer du pauvre petit et minable Furt. Depuis qu’il était nommé sergent pour « loyaux services envers le roi », il prenait sa revanche. Celui-ci renifla d’un air hautain.
- Le roi ne sera pas content de nous, commença-t-il.
- Tu l’as déjà dit trois fois…
- Soldat Guerlea ! Je vous ai déjà dit de ne plus me tutoyer !
- Bien, Altesse Sérénissime…
Furt lança un petit « Pfu !» en haussant les épaules. Le cliquetis des armures rompait le silence de la campagne. Au loin se tenait le grand donjon de Stormweaver. Une tour macabre et délabrée où s’entassaient les prisonniers.
Dans cette tour, une trentaine de minutes plus tard, deux personnages engageaient une discussion assez brûlante…
- Vous êtes sourd ?! cria l’un des deux. Je vous répète que Kornak est toujours en vie !
L’homme – ou plutôt l’orque – était grand et massif. Ce qui frappait le plus chez lui, c’était sa longue cicatrice qui longeait sa joue et passait par son œil gauche. Ses yeux jaunes et évidés, ses sourcils froncés ridant son large front, ses traits secoués de convulsions et les grosses veines qui ressortaient de son cou quasi-inexistant du fait de sa corpulence lui donnaient un air agressif au possible. Il endossait d’un plastron en acier, des jambières et des gantelets de fer avec des pointes au niveau des doigts. A sa ceinture, il portait une longue épée à la lame effilée comme des lames de rasoir. Sur sa tête chauve, une couronne au bronze terne sertie de quelques pierres taillées maladroitement et sur laquelle une petite phrase en lettres rouges était gravée parachevait cet ensemble peu rassurant. Sa voix était grave et tonitruante et inspirait la crainte. Il s’appelait O’ran Stormweaver, roi des orques.
- Pourquoi suis-je entouré d’une bande d’incapables ?
Son sujet, un petit gobelin bardé d’un attirail clinquant, restait penaud, la tête baissée. Il s’appelait Furt. Attendant une réponse improbable de la part du gobelin, le roi se leva et s’approcha de celui-ci. Il le regarda de haut, une lueur impitoyable dans les yeux.. Le gobelin, désemparé, releva sa tête d’un mouvement lent, suppliant son seigneur du regard.
- Connais-tu le sort que je réserve aux incapables de ton genre lorsqu’ils échouent une mission ?
Oui, il le connaissait bien ; même très bien. Et il aurait voulu ne jamais le connaître. O’ran saisit son épée. Le frottement de la lame sur le fourreau fit tressaillir Furt.
- A genou ! aboya-t-il.
Le gobelin s’exécuta, tremblant de toute part.
- Tu savais pourtant que Kornac était dangereux ! dit-il avec un rictus méprisant. C’est un rebelle de l’Empire et tu étais chargé du commandement des opérations ! Par conséquent, tu es responsable… Lui et son armée de coupe-jarrets essaient de défier mon règne de terreur et tu aurais dû tout faire pour l’en empêcher.
- J’ai essayé, votre altesse…
- Je ne peux pas me contenter de paroles !
Il leva son épée au-dessus de la tête du pauvre gobelin qui sanglotait et marmonnait tout bas des paroles incompréhensibles. Il commença à abattre son épée sur le crâne de Furt et… « toc, toc, toc »
Le roi stoppa son mouvement et grogna :
- Raah !… On ne peut plus rendre justice tranquillement ! Entrez !
Furt accueillit cette occasion comme une libération et, sous l’émotion, il s’évanouit.
La porte s’ouvrit et un orque en tenue de garde entra et se mit au garde à vous.
- Monsieur, quelqu’un souhaite vous rencontrer…
- Qui est-ce ? s’enquit O’ran.
- Justement, il ne m’a pas donné son nom et…
- Bon, bon, faites-le entrer…
Le soldat commença à faire quelques pas et le roi l’interrompit :
- Au fait, dit-il en désignant Furt en levant à peine le bras. Emmenez cet… incompétent.
Il prononça ce dernier mot avec un profond dégoût.
- Amenez-le à l’infirmerie et renvoyez-le moi dès qu’il sera, hum, prêt…
- Bien, répondit l’orque en regardant son camarade avec pitié.
Il porta celui-ci jusqu’à la sortie et réapparut quelques instants plus tard dans le bureau de Stormweaver accompagné d’une personne de grande taille. Un elfe noir à la peau décatie par le temps et dont la bouche contenait deux canines supérieures démesurées. Il s’inclina si bas que la capuche de sa tunique rouge faillit tomber sur la tête de l’elfe noir. Il se releva aussitôt en souriant de son rictus effrayant et se présenta :
- Votre Altesse le Roi du peuple orque, commença-t-il d’une voix doucereuse. Je me nomme Eralys Drowaygon.
- Que veux-tu pour venir directement auprès de moi ? demanda l’orque d’une voix grasse.
- En fait, lui apprit-il, je viens pour une requête de la plus haute importance.
Le monarque haussa les sourcils, interdit.
- Et, continua-t-il en se frottant les mains, je suis sûr que ce que je vais vous proposer vous sera profitable… C’est une proposition que vous ne pourrez refuser. Ce sera en quelque sorte pour vous une vengeance et pour moi… un amusement…
- Mais viens-en au fait, diable ! grommela O’ran.
Eralys ne parut même pas choqué de la réplique acerbe de son interlocuteur. Son visage restait impassible, ses yeux toujours aussi brillants. Il lui fit part de la situation à Tayrowan, comment il avait commandé les orques, comment ils commençaient à semer le chaos.
- En quoi cela me regarde ? commenta O’ran. Je n’ai rien à voir avec ces humains. Je ne veux pas avoir a faire avec eux.
Eralys paraissait désappointé. Il ne s’attendait pas à ce genre de réaction.
- Voyons, mon seigneur, répondit-il d’un ton flatteur. C’est votre peuple ! Vous voulez laisser votre chair et votre sang, vos sujets, à la merci de ce pays désordonné ? Vous ne voulez donc pas réintégrer ces orques sous votre autorité, qu’ils méritent, j’en suis sûr ! Vous êtes leur chef. Halec est leur bourreau.
Eralys choisissait ses mots avec précaution. Il ne devait en aucun cas froisser le souverain, sinon c’était tout son plan qui risquait d’en pâtir.
- Vos orques sont braves. S’ils n’ont pas pu vous rejoindre, ce n’est non pas couardise –mot qu’ils ne connaissent pas, de surcroît- mais parce qu’ils ne savaient pas.
C’était le coup de grâce.
CHAPITRE VI
Le lendemain matin, le Conservatoire des Anciens fut pris d’une sombre agitation. Après l’agression de Gladelfehra, le roi était parti immédiatement prévenir Harrlin des évènements. Harrlin eut à peine le temps d’être scandalisé qu’il fallut tout organiser pour se lancer à sa recherche. Mais voilà, un gros problème subsistait : comment le retrouver dans un si vaste royaume ? Harrlin était au moins sûr d’une chose : quelle que soit sa puissance magique, Gladelfehra ne pouvait pas traverser le pays en un instant, même avec la téléportation. Un tel exploit viderait toute son énergie, et, aussi mesquin qu’il fût, il n’était pas idiot. Au maximum, il aurait traversé plusieurs lieues, et aurait été obligé de se reposer quelques heures, en raison de l’énergie que la téléportation vidait.
Et bon appétit bien sûr...^^
^^ oui c´est long ça fait 18 pages dans Word...
Mais si vous êtes courageux... vous pourrez me dire ce que vous en pensez après
=)
=)
Conseil des règles ici pour le respect du lecteur :
Fais effacer tes post pour ne conserver que le premier et les lecteurs afflueront sinon, ils auront la flemme de lire.
Merci.
Là je dis rien parce que le topic était en tout bas de page, mais on ne uppe pas un topic en 1ere page.