Bon, je me demande vraiment pourquoi je poste ma nouvelle à cette heure-ci, sachant qu´il n´y a personne, mais je viens de la finir et j´ai envie de la publier...
Je l´ai écrite dans la soirée, je suis allée vite donc j´ai bien peur que ce soit raté, mais dites moi ce que vous en pensez...
Merci !
CETTE NUIT-LA
C’était une nuit comme les autres, douce et opalescente.
Comme d’habitude, la lune campait devant ma fenêtre, projetant ses rayons ambrés jusque dans ma chambre, et comme d’habitude, les étoiles scintillaient fièrement dans un ciel trop noir.
Comme d’habitude, le monde s’était endormi, se laissant envahir par les chimères, glissant avec volupté dans cet univers parallèle et utopique qu’est le sommeil.
Comme d’habitude, il faisait bon, l’air tiède glissait sous mes cheveux, et mes yeux se perdaient dans les astres. J’aimais me sentir toute petite, dominée par une force imperceptible mais pourtant bien présente.
La nuit était mon royaume, mon domaine : j’y étais la reine absolue et je dirigeais mes sujets, les astres, d’une main de fer. Qu’est-ce que j’aimais observer les ombres qui se dessinaient dans ma chambre et me draper dans l’étoffe nébuleuse du soir…
La lumière crue et hypocrite du jour me faisait peur : elle modifiait les visages, les expressions, au point de les rendre affreux, laissant apparaître toute leur bestialité. Dans l’obscurité lénifiante du soir, je me sentais protégée : mise en confiance, je pouvais enfin renaître...
J’étais accoudée à ma fenêtre, contemplant le tissu de la nuit qui s’était abattu sur la ville, comme un rideau de théâtre.
La scène est finie, la nuit est tombée : vous pouvez enfin baisser le rideau, cesser de vous agiter comme de vulgaires pantins, cesser de jouer votre rôle, ôter votre masque et aller vous coucher. Jusqu’à l’aube, où il faudra à nouveau endosser votre panoplie et tout recommencer…
Tout était noir et calme. Tout était… Comme d’habitude.
Mais pourquoi la lune et les étoiles étaient-elles encore à leur place ? Pourquoi tout le monde dormait comme si rien ne s’était passé ? Pourquoi avais-je devant mes yeux cette vision d’un paradis inchangé, alors que l’apocalypse était entrée avec fracas dans ma vie et l’avait lacérée sans remords ? Aujourd’hui, c’était la fin du monde, et tout aurait dû changer. La lune aurait dû se décrocher et tomber dans la poussière, les étoiles se désintégrer, les arbres s’arracher, les gens disparaître, le monde éclater en un obscur feu d’artifice. Il était parfaitement anormal que tout soit comme avant, comme si rien ne s’était produit, comme si le monde ignorait mon chagrin et qu’il me narguait avec sa beauté trop placide…
Oui, même si tout le monde s’en foutait, même si le monde m’offrait de belles étoiles alors que j’aurais voulu voir des météorites calcinées, c’était la fin pour moi.
La fin de tout, la fin de rien, la fin d’une vie trop courte et trop vide, la fin de ce qui au final n’a jamais vraiment commencé.
A quoi bon continuer de s’accrocher à la vie quand tous vos espoirs se sont écrasés à terre, à quoi bon essayer de sourire quand les larmes ne peuvent s’arrêter de couler, à quoi bon avancer quand on n’a plus aucun but vers lequel aller ?
Mon but, c’était toi. J’avançais aveuglément, le cœur battant, je refusais de voir la vérité en face car l’amour, cette saloperie, me bandait les yeux. Non, je ne voyais rien, je ne voyais pas que tu regardais ailleurs : je voyais simplement que je t’aimais…
On sait rarement pourquoi on est amoureux. C’est souvent une question de hasard, ou s’il n’est pas question de hasard, les raisons sont invisibles…Mais moi, je savais pourquoi. Depuis le temps, j’avais eu le temps de me pencher sur la question…
Je t’aimais parce que tu n’étais pas comme les autres. Les hommes se ressemblent tous : ce sont des clones, des êtres insignifiants fabriqués à la chaîne et conditionnés par la société. Ici, c’est chacun pour sa pomme, tout le monde est prêt à écrabouiller l’autre pour réussir, les sourires ne servent plus qu’à amadouer.
Plus personne n’est sincère, plus personne n’arrive à percevoir les véritables choses.
L’homme normal passe à côté d’une rose sans la voir, marche sous les étoiles sans s’en émerveiller, s’allonge au soleil sans en retirer du plaisir. Toi, tu la voyais la rose, tu caressais ses pétales et tu glissais même les doigts entre ses épines…
Tu connaissais la valeur de chaque chose, un sourire pouvait suffire à te rendre heureux. Tu t’en foutais de ne pas être en haut de la hiérarchie, de ne pas avoir de plus belles chaussures que ton voisin de palier, de ne pas vivre dans le palais des Mille et Une Nuits. Toi, tu savais que la vraie vie, ce n’était pas ça…
Je pensais que tous les deux, on serait heureux.
Je me voyais dans tes bras, les yeux fermés, bienheureuse et reposée.
Je me disais que j’avais ma chance… Que même si tu ne me regardais pas, il ne fallait pas perdre espoir… Et attendre, toujours attendre. Mon tour viendrait bien un jour ! Un proverbe ne dit-il pas : « tout vient à point à qui sait attendre » ?
J’ai attendu, mais rien n’est venu. J’ai été patiente, pourtant… Je n’ai pas précipité les choses, je t’ai laissé attendre et réfléchir.
Il y a des moments où l’on ne peut plus attendre, où le temps se fait trop long, où l’on a besoin de gueuler ce que l’on ressent au monde. Tout ce que vous avez enfoui au plus profond de vous-même ressort d’un coup, l’amour, la haine, la mélancolie, la joie, les rires, les pleurs, les peurs.
Emprisonnée dans mon chagrin, je t’ai hurlé mon amour. Qu’avais-je à perdre ? Rien...
Et pourtant, j’ai tout perdu.
«Ce n’est pas réciproque »
Quatre mots qui résonnent comme une terrible sentence. Quatre mots glacés qui viennent vous frapper à la tête, qui vous déchirent les entrailles, qui vous susurrent à l’oreille que tout est terminé pour vous.
Quatre mots qui vous annoncent la fin du monde.
Eh oui, ce n’est plus la peine d’espérer, ni même d’aimer. Tout est voué à l’échec. Tu es foutue, seul avec un amour énorme dont tu ne sais que faire, le traînant derrière toi comme un boulet.
Ce n’est plus la peine de rêver : il ne t’aimera jamais.
Cette nuit-là… Cette nuit ordinaire pour les autres et apocalyptique pour moi, je me suis penchée sur l’horizon noir, les larmes de mes yeux se mêlant au sang de mon cœur, et j’ai décidé que je ne devais plus vivre.
A quinze ans, je me suis tuée.