Âmes sensibles, s´abstenir.
Bonne nuit à tous au passage. ;)
L’homme souriait. Il me dominait et il le savait. Il marchait lentement autour de moi, me contournait, m’observait. Je devais lui offrir un si beau spectacle. Il cessa de marcher. Il marqua un temps une pause, puis se dirigea vers la table au fond de la salle. Une salle froide et immense. Le sol semblable au plafond, métallique et dur. Il marqua à nouveau un arrêt devant le meuble, il paressait hésitant, frustré. Je ne le voyais que de dos, mais je percevais tout de même le mouvement confus de ses mains cherchant un objet bien précis. Après avoir projeté à terre deux ou trois ciseaux, quelques couteaux et une loupe, il sembla enfin avoir trouvé ce pourquoi il avait précédemment détourné son attention de moi. Il fit demi-tour et se remit à marcher en ma direction. Des pas lents, précis, nets. Aucune déviation, il suivait méthodiquement la ligne tracée à l’aide de mon sang. Tellement de sang. La salle en était remplie. Les chaussures de l’homme faisaient craquer les croûtes formées par ce même sang. Il était tantôt coagulé, tantôt encore sec. Arrivé à mi-distance, il s’arrêta à nouveau. Je pouvais enfin saisir à quoi correspondait la forme de l’ustensile tenu par l’homme. Un objet complexe articulé de plusieurs branches, chaque branche accueillant en son extrémité un outil soit pointu, soit tranchant. Cette vue m’excitait, et des idées de folie commençaient à fuser dans ma tête. Pas le temps de fantasmer, mon bourreau se remettait déjà en marche. Lentement et inexorablement, il s’approchait de moi.
Il se stoppa alors à un peu moins de dix centimètres de mes jambes. Je luttai pour garder la tête relevée. Il se mit alors à murmurer des paroles incompréhensibles, comme s’il s’apprêtait à appeler le malin. Puis il se tût, plus aucun son ne sortit de sa bouche, seuls retentissaient au loin les cris de mort. Se baissant ensuite pour arriver au niveau de la plante de mes pieds, il brandit son outil de torture devant lui, le tourna du côté d’une lame en dents de scie et se mit alors à trancher soigneusement mes doigts de pied, les uns après les autres. Je sentais la lame rouillée s’enfoncer dans chacun de mes doigts, puis ressortir et s’engager à nouveau dans un autre. La douleur était atroce, le sentiment d’horreur inhumain, mais le sentiment d’extase qui en découlait était tel que j’étais déjà impatient à l’idée de me faire mettre en pièce. Tout ce sang qui jaillissait, les rires exacerbés de l’homme, les cris au loin, tout cela me remplissait de joie. C’était tellement jouissif d’être là, prisonnier de ce sol dur et froid, impuissant face à un fou qui vous mutile le corps, qui enfonce une lame dans chacun de vos membres, déchirant votre chair, découpant vos nerfs, éclatant os et muscles. Le sang se répandait à nouveau, il coulait, l’odeur d’hémoglobine envahissant la salle. Tant de jouissance pour cinq malheureux doigts en moins… Qu’il se dépêche, qu’il me coupe la jambe entière, qu’il me taillade le ventre, qu’il m’enfonce ses doigts dans les yeux, qu’il perce ma tempe à l’aide de son outil.
Et le voilà qui se relève. Il se dirigea vers ma droite, s’arrêta au niveau de ma tête en décomposition et se baissa à nouveau. Cette fois-ci, il prit le côté pointu. Il emmena alors la pointe vers le ciel, comme pour sacrifier une victime sur un autel, et asséna un coup violent dans ma gorge. Le bout me transperça la pomme d’Adam, ressortit de l’autre côté et vint buter contre la dureté du sol. L’homme ressortit le morceau de fer puis refrappa un peu plus haut au niveau du pharynx. Toujours avec la même violence, avec la même hargne. Mais cette dernière partie opposa de la résistance, et c’est en redoublant d’effort que mon geôlier arriva à briser mon os. Ou ce qu’il en restait du moins. Je ressentais encore ces pulsions qui m’entraînaient à l’extase, qui me poussaient à aimer cette torture, cette violence. J’avais beau être recouvert de sang, j’appréciais toujours autant.
L’homme retira la pointe de ma gorge, jeta son outil à terre et ouvrit violemment ma mâchoire. Le craquement qui s’en suivit résonna longuement dans la salle, et le déboîtement fut tel que la partie supérieure de ma mâchoire alla s’encastrer dans la cavité nasale. Il introduisit ses doigts un à un et commença à gratter mon palet avec ses ongles. Des ongles décharnés et sales qui n’allaient pas manquer de m’apporter une ou deux maladies. Le grattement se fit de plus en plus rapide et frénétique, le sang remplissant ma bouche. Ma chair tombait, mon palet s’en trouvait défoncé. Quel plaisir…
Si seulement j’étais encore vivant, j’aurais pu faire subir à ce nécrophile le même traitement.