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Crossroads

scarfy777
scarfy777
Niveau 3
07 février 2006 à 22:43:51

un petit truc en quatre ou cinq chapitres.
c´est assez audacieux et risqué.

Bonne lecture!

I°) Ne pas succomber à la tentation.

La voiture commençait à fatiguer, et son conducteur aussi. Vincent Ravierrez roulait depuis plus de deux heures, et même s’il était d’une résistance à toute épreuve, il était exténué par les efforts fournis pour atteindre l’objectif.
Il était une heure du matin maintenant. Et il était sur une route déserte, à la recherche d’un bar, qu’il ne trouverait peut-être pas. Un soupir glacé vînt nuancer la transparence du pare-brise. Ravierrez réfléchit. Il s’accordait encore dix minutes pour trouver ce fichu motel, et passé ce délai, il laisserait tomber.

La pancarte était morcelée, tachée par le temps, et il était miraculeux qu’elle tienne encore debout. « Crossroads Motel ». Il avait bien fait de ne pas renoncer. Sa destination s’offrait à lui. Il prit le court chemin qu’indiquait le panneau vétuste, et après quelques minutes, il put enfin l’apercevoir. Si le monde devait compter un exemple parfait d’insalubrité, de morosité, et de tristesse, le Crossroads aurait tout à fait convenu. Il comptait deux étages, où une fenêtre sur deux était brisée, ou fragilisée par le froid.
Il y a avait néanmoins de la lumière dans ce lieu écarté de tout. La voiture s’arrêta tranquillement derrière l’habitat vétuste, Vincent voulait au maximum éviter le parking. D’autant plus qu’il y avait aperçu une voiture de flics. Qu’ils y soient en mission, ou pour dépenser toute leur solde, il valait mieux rester prudent. Il s’arrêta, sa voiture était hors de vue. Rassuré, il se prépara à entrer dans le bar, qui occupait tout le rez-de-chaussée du bâtiment.

Avec ses lunettes noires, son veston impeccable, sa chemise blanche, sa cravate, et ses chaussures d’un grand luxe, Ravierrez contrastait tout à fait avec la salle de réception. A première vue, on aurait vu en lui un cadre d’une grande firme américaine venu oublier les soucis de son existence, en se plongeant dans l’eau saumâtre de la débauche. A première vue seulement. Car ses yeux brillaient d’une détermination absolue, et tous ses gestes semblaient préparés et convenus. Tout le contraire du chef marketing hésitant, qui franchissait pour la première fois les portes défraîchies de l’établissement.

Des lumières indiquaient au dehors le nom du bar, et rappelaient celui de l’hôtel, ou de l’auberge. Il ne s’était pas trompé. C’était déjà ça de gagné, même si le plus dur était encore à venir. Quoique. Il avait étudié les moindres recoins de l’endroit, la plus petite des aspérités que pourrait entraîner sa démonstration, et il y avait donc peu de chances pour que sa tâche soit compliquée.

Il remarqua qu’il avait eu raison. Un policier, en uniforme, attendait sagement à une table au fond de la pièce. Probablement son racket de fin de mois. Quelques billets, et on oublie ce qu’on ne doit pas voir. Ou alors il se faisait payer en nature. Il trouvait ces gens particulièrement répugnants. Tout aussi sales que les autres, et pourtant à se vanter du ridicule vêtement qu’ils portent. Une ambition sans résultat, somme toute, le vice finirait toujours par triompher quelque soient les forces en présence dans les deux camps.

C’est alors qu’il croisa le regard de la jeune femme dans l’escalier. Elle était jolie, ses yeux scintillaient dans la quasi obscurité qui régnait dans la pièce. Peut-être que la pièce était justement un faire-valoir, permettant que l’on ne s’intéresse qu’à elle. Et si ça se trouvait, elle était celle qu’il cherchait. Il approcha lentement de la jeune déesse. Elle le regardait toujours, semblant l’inviter à se rapprocher. Ils se trouvèrent face à face.
« Vous restez combien de temps, lui demanda t-elle, avec un air de gamine. »
Il s’en voulut alors de s’être habillé aussi richement. Il était évident qu’il se ferait remarquer, mais il ne voulait pas paraître assez riche pour être un client potentiel des femmes qui attendaient là. Dont cette jolie fille aux yeux bleus. Car elle faisait plus fille que femme, elle ne devait même pas avoir vingt-cinq ans.
« C’est qu’on m’a conseillé quelqu’un en particulier, reprit-il doucement. Une dénommé Moïra Harding. Je crois que vous l’appelez Ritchie dans ce club. »
_Ici, un club ? Elle ne retînt pas son rire, aussi charmant que son être. Appelons les choses comme elles sont, voulez vous. Ritchie est en haut, elle attend son prochain client. C’est vous, je suppose.
_On verra. Quel âge avez vous ?
_Je vous intéresse plus qu’elle alors ? Arrêtez de jouer au jeune dandy qui veut nous tirer des emmerdes. On connaît la chanson, maintenant. Si vous voulez me baiser, dîtes le tout de suite. Ça peut s’arranger facilement.
_Je pense que nous nous sommes mal compris. Bonne soirée.
_Bonne soirée aussi, de toute façon c’est forcé si vous êtes un client de Ritchie. Elle est la meilleure ici. Mais si vous revenez, n’oubliez pas que je suis assez douée aussi.

Gêné, Vincent évita de répondre, et commença l’ascension de l’escalier. Ou plutôt de ce qu’il en restait. Un lambeau de marches, où seule une sur quatre avait survécu, qu’on escaladait plus que l’on montait. Parfois, des sortes de rats arrivaient par des interstices entre les marches, et autant surpris qu’apeuré, Vincent faisait des petits sauts forcés. Il reprit son sang froid. Il n’aurait pas du adresser la parole à cette jeune enfant, mais au moins il savait où se trouvait Harding. De toute façon, il avait ses lunettes, elle ne pourrait pas le reconnaître ensuite. En plus, dès demain, il serait à Los Angeles, loin de ce coin pourri. Elle ne pourrait pas le déranger là-bas. Et puis qui sait ? S’il en avait fini plus tôt que prévu, il pourrait peut-être… Non. Si elle ne pouvait donner aucun détail sur lui pour le moment, ce n’aurait pas été le cas après une telle erreur. Il ferait ce pour quoi il était venu, point barre. Rien de plus, mais rien de moins non plus. Et c’était déjà bien assez.

Il arriva enfin à l’étage supérieur. Entre les cris des animaux qui traversaient le couloir, et ceux des gémissements, ou cris de plaisir, -comment savoir ?- qui sortaient de ce qui devait être les chambres, il ne pouvait plus savoir où en donner de la tête, comme ceux à l’intérieur des chambres d’ailleurs. Il s’assit, dévisageant la couche de poussière qui tapissait les murs. Cet endroit avait beau être discret, il le rendait mal à l’aise. Très mal à l’aise. Il décida de redescendre boire quelque chose au bar, avec de l’alcool si possible, avant de revenir. Il prépara sa descente, mais se ravisa.
Elle le reverrait. Et il ne fallait pas qu’elle le revoie si tôt.

Vincent Ravierrez prit son courage à deux mains, ne le lâcha plus, et entra dans le couloir, qui se trouvait à côté de la cage d’escalier. Le plancher craquait à chacun de ses pas. Mais qu’est ce qu’il était allé foutre ici ! Il continua à avancer. Les portes étaient toutes intactes, mais pas d’une propreté irréprochable. Il y en avait quatre le long du couloir, et derrière l’une d’elles devait se trouver Moïra Harding. Oui, mais laquelle ?

Il avisa la dernière porte à droite. Une sorte d’écusson métallique était situé à la hauteur de ses yeux. Il y avait quelque chose d’écrit. Mais quoi ? Le temps, et l’eau avaient effacé les message. Sauf la première lettre. Un R.
Ravierrez posa son sac. Il valait mieux qu’il eut les deux mains libres pour entrer. Si R était la première lettre, ce pouvait être l’antre de Ritchie. Et s’il se trompait, on le prendrait pour un client distrait, qui aurait oublié de se renseigner, ou au mieux pour un ami de Harding.

Il posa la main sur la poignée, et se prépara à ouvrir la porte. Elle grinça encore plus que toutes les lattes du plancher jusqu’alors. Mais elle lui obéit, et il vit s’amorcer la vue d’une chambre coquette avec un lit fait, et bien fait, et quelques affaires disposées sur une table, à côté du lit. Une femme était en train de s’affairer à remplir un sac, et elle sélectionnait quelques affaires, jetant le reste sur le sol, et ainsi de nombreuses jupes, ou T-shirts jonchaient le sol, troublant la sensation d’ordre qui y tenait place.

Elle ne semblait pas avoir remarqué sa présence. Il avait surestimé le bruit de la porte dans son angoisse et son stress. Il posa la question fatidique.
« Etes vous Moïra Harding, que l’on appelle Ritchie ? »
La femme se retourna. Elle avait à peu près trente ans. Elle semblait le jauger. Puis elle répondit.
« Oui, c’est moi. Que voulez-vous ? »
Il commença son œuvre. Elle poussa un cri d’horreur, qui passa inaperçu dans la palace. Deux minutes plus tard, tout était fini. Enfin.
Il repartit dans le couloir pour reprendre son sac. Il n’y était plus. Décidément l’endroit était encore plus mal famé, qu’on le disait. Mais en se rappelant la jeune femme de l’entrée, il se dit que l’endroit est néanmoins bien femmé.
Il avait bien fait de refermer la porte derrière lui en entrant, il aurait pu être aperçu par le voleur. Et le silencieux avait largement convenu à la situation. Mais la disparition de son sac l’ennuyait. Il prépara rapidement quelque chose avec ce qu’il avait sous la main, puis se prépara à redescendre. La charmante inconnue n’était plus là, il n’y avait dans la salle que le policier. Vincent chercha son sac des yeux, mais il n’était nulle part. Rien de rien.
« Vous désirez quelque chose ? »
La tenancière du bar s’adressait à lui derrière. Contrairement à la caricature, elle était jeune, et assez agréable d’aspect.
« Un whisky, s’il vous plaît merci. »
_Que faisiez vous à l’étage ? demanda t-elle, sans vouloir le savoir, surtout pour continuer la conversation. Vincent aperçut l’horloge derrière le comptoir. Il était maintenant une heure trente-cinq. Il avait mis une demi-heure pour remplir son contrat. Il serait rémunéré dans quelques heures maintenant.
« Je, ahem, je cherchais un ami. »
_Ah, je pensais que vous seriez ici pour la nuit.
_Ce n’était pas mon attention.
Ils parlèrent quelque temps, il ne put rien savoir de plus sur Ritchie. Il avait tué sans connaître la raison, mais à vrai dire, ça ne comptait pas. Elle était tombée, comme ça, rapidement, sans suffoquer. S’il n’était pas un as de la discrétion, il était à coup sûr un grand tireur. La tenancière était moins jolie elle. Mais elle parlait amicalement, et il en avait bien besoin. Le cadavre ne serait pas découvert tout de suite, avec les précautions qu’il avait prises. Il avait donc un peu de temps pour décompresser, et discuter serait d’autant plus agréable qu’il éprouvait tout de même quelques remords, mais ils furent bien vite détruits par le sourire de la serveuse.
A deux heures quarante-cinq, il décida de partir.
Il n’avait pas fait attention aux allées et venues, et personne n’avait parlé de Ritchie.
Il contourna l’hôtel, et un choc lourd se fit entendre. Il avait reçu quelque chose sur la tête. Une boule de bowling ? C’était impossible, cela l’aurait probablement tué sur le coup . Il abandonna ses investigations, ça n’avait aucun sens. Il regarda rapidement en l’air, et ne vît rien. Il chercha au sol ce qui l’avait heurté. Il faisait vraiment noir, il ne pouvait rien voir. Foutu soir ! Mais ce serait bientôt fini. Mais cette percussion. Bizarre, quand même… Bah, un simple accident rien de plus. Il arriva enfin à sa voiture.

« Bonjour monsieur, voudriez vous bien vous soumettre à un contrôle d’ébriété, s’il vous plaît. »
L’enflure. Il avait fait exprès de l’attendre près de la voiture. Il se félicita de ne pas avoir pris son sac. Il contenait une bâche dans laquelle il pensait mettre le corps, et se débrouiller, pour le foutre dans la voiture. Il y avait une fenêtre par lequel le balancer, et au pire, il aurait fait plusieurs voyages. Mais heureusement, il n’avait pas pu suivre son plan, et par cette chance inouïe, le cadavre n’était pas dans la voiture.
« Comme vous voudrez. Vous avez le droit d’officier à une heure pareille ? »
_Avec ça oui, dit-il en montrant sa carte de police.
_D’accord. Je dois faire quoi ?
_Souffler là-dedans. Je vous ai vu siroter de l’alcool au bar, et je veux vérifier que vous êtes en état de conduire.
_Aimable à vous. Je m’y conforme, monsieur l’agent.
Comme prévu, l’éthylotest afficha le résultat qu’il désirait. Il s’était retenu de boire tout son verre de whisky, précisément à cause de la présence du flic dans la salle. Il avait fort bien fait.
« Bien. Dîtes moi, ce sont des traces de sang sur votre coffre, que j’ai vu en passant ? »
Surpris quelque peu, il regarda l’endroit qu’on lui indiquait. En effet, une tache de sang traversait le coffre. Pas grosse comme tache, mais du genre voyante quand même.
« Je me suis blessé à la jambe tout à l’heure en sortant, et je l’ai frotté contre le coffre, pour faire passer la douleur, j’ai pas réalisé que je saignais. »
_Sans enlever votre pantalon ?
_En le relevant juste, mais je voyais rien, j’ai frotté pour oublier la douleur, et j’ai pas vu que je saignais.
Il ne s’était pas du tout blessé à la jambe, mais il se voyait mal inventer un mensonge à partir de la blessure qu’il devait probablement avoir à la tête.
« Je peux quand même regarder ce qu’il y a dans votre coffre ? »
_Bien entendu.
Il l’avait vidé le matin même en prévision du cadavre qu’il devrait contenir plus tard. C’est pourquoi il fut autant frappé de stupeur que le flic lorsqu’il vit le contenu de son coffre.
Sa bâche était là, et elle recouvrait quelque chose.
Un cadavre était dans la voiture, celui de la femme qu’il avait tuée sûrement, et pourtant, il n’y était pour rien.
Il était tellement étonné qu’il n’eut pas le réflexe de tenter de s’enfuir, ni même d’empêcher le policier de lui passer les menottes.
Un grain de sable dans un plan prévu dans les moindres détails, ça peut frapper. Mais un grain de sable comme celui-là, c’est encore pire.
Quelqu’un avait appliqué son plan à sa place. On avait découvert le corps, puis on l’avait placé dans sa voiture pour qu’il paie son crime. Pourtant ? La mise en scène qu’il avait faîte était parfaite, qui aurait pu ?
« Vous êtes un salaud ! Dafrey était un type bien. »
Il vît alors que le policier avait sorti le drap. Et ce n’était pas Ritchie dessous, mais un jeune homme d’environ vingt ans.
Mais d’où sortait-il ?

myssmelmel
myssmelmel
Niveau 10
08 février 2006 à 20:19:47

Pa smal :) Par contre des fois, il y a des passages que je n´ai pas tout à fait compris ^^

SophyErzengel
SophyErzengel
Niveau 10
08 février 2006 à 20:40:46

J´ai apprécié. Assez sombre, assez mystérieux, e bonnes intrigues qui je l´espere se poursuivront ainsi jusqu´au dénouement final. Bonne continuation. :-)

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