Petite nouvelle que je ne compte pas parmi mes meilleurs écrits, mais j´aimerais connaître vote avis...
Tandis qu’ils s’embrassaient, quatre voyous armés de poignards se glissèrent derrière eux et, leur étreinte finie, ils rouvrirent les yeux. Jade les vit la première et poussa un long cri strident devant leurs sourires carnassiers et leurs mains armées. En un éclair, Alex pivota et perdit aussitôt le sourire éblouissant dont il ne se démettait jamais.
— Le fric, articula le plus grand des quatre en sortant un joint.
Sans plus d’hésitation, Alex sortit son portefeuille et en pris septante euros. C’était con, quand même, il n’allait pas pouvoir s’acheter son jeu… Enfin, il préférait tout de même ça à la mort, qui l’attendait à coup sûr s’il n’obtempérait pas. Dirigeant à présent son couteau vers Jade, le costaud répéta ses deux syllabes. Pour ne pas perdre la face, Alex tenta, hésitant :
— N… non, laisse-la… elle.
— De toute façon, je… n’ai rien… sur moi, intervint l’intéressée.
— Ah, ça, je ne te le conseille pas ma belle ! Ou… peut-être préfères-tu afficher un sourire d’ange ?
La menace claqua tel un coup de fouet, prononcée par l’un des acolytes. Voyant qu’Alex allait s’interposer, le leader se retourna vers lui :
— A moins que ton petit ami ne veuille se joindre aux festivités… ? Allez, puisque tu insistes, on va t’égayer le portrait en premier.
— Euh… Mais en fait… j’ai… euh… un truc à faire !
Sans demander son reste, il s’enfuit en courant, bien décidé à ne parler à personne de cela. Il tenait à sa réputation. Le chef retint d’un geste ses deux complices qui voulaient courir après le fugitif.
— Il ne dira rien. J’en suis sûr. Bon, il semblerait que ton « copain » ne tienne pas tant que ça à sa poupée ! Allez, choisis, ton fric ou ton sourire forcé ?
— Mais… puisque je vous dis que… je n’ai rien ! sanglota-t-elle, complètement perdue.
— Tss, tss… John, Marc et Yoann, montrez-lui donc votre jouet de plus prêt… Merde ! Rangez ça, la gars, y a un groupe qui passe !
De fait, une vingtaine d’élèves traversaient le parc avec à leur tête un professeur, passant tout prêt d’eux. Pour plus de sûreté, l’un des quatre tint discrètement mais fermement Jade à la taille, le couteau sur son flanc pour la dissuader de tout appel à l’aide. Lorsqu’ils eurent disparus derrière les arbres du parc, les menaces fusèrent à nouveau en chœur.
Et soudain, comme dans un romain à l’eau de rose mal écrit, un jeune garçon arrive en courant sur eux.
— Lâchez-la ! Laissez-la !
— Raaah ! Pourquoi faut-il toujours qu’un gamin reste en arrière de la troupe ? Enfin, bon. Bouge-toi de là, si tu veux pas qu’on t’explose la face !
— Je vous propose un marché… j… je paie et vous nous laissez… repartir.
— L’argent d’abord, cracha la tête de groupe.
Légèrement sceptique quant aux promesses des personnes de leur genre, mais n’ayant rien d’autre à faire, Samuel leur donna les vint euros qui traînaient dans sa poche. Yoann fit une grimace :
— C’est maigre.
— Tu vas avoir droit à une correction à quatre, renchérit le chef.
Ils se jetèrent tous sur lui, puis il cria d’une voix cassée par la peur :
— Casse-toi, Jade !
Elle prit ses jambes à son cou et, à son plus grand étonnement, personne ne la poursuivit. Arrivée au portail grillagé du parc, elle entendit un cri abominable de douleur. Puis elle continua sa course jusqu’à chez elle. Quel connard, en fait, cet Alex ! Elle ne comprenait pas comment elle avait accédé à sa demande, trois semaines avant, pour sortir avec. Pourtant, elle croyait qu’ils s’aimaient… Et Samuel, dont tout le monde était au courant qu’il l’aimait, qui le lui avait prouvé par ses textes poétiques qu’il lui montrait parfois, prétendant qu’ils étaient destinés à quelqu’un d’autre, qu’elle avait considéré comme un simple ami jusqu’alors… Elle ne trouva pas le sommeil de la nuit.
— Salut, Joyau ! s’écria Alex, mi-surpris mi-ravi, en la voyant arriver.
Elle ne répondit que par un regard noir, qui lançait comme des flèches de haine pointues à souhait. Elle resta seule durant le quart d’heure précédant le début des cours, ne recherchant même pas la compagnie d’une amie. Puis la cloche sonna et elle rentra, les yeux fixés sur ses chaussures. Toute tentative d’approche demeura vouée à l’échec. Et dans la classe, la chaise de Samuel restait désespérément inoccupée. Lorsque l’éducateur vint pour faire les présences, et que le prof cru bien faire en disant que tout le monde était là, alors seulement elle sortit de son mutisme :
— Non, monsieur, Samuel est… Elle hésita, puis répondit : malade.
— Ah ? Tiens, oui. Et tu sais ce qu’il a ?
— Euh… non.
Aussitôt, elle redevint taciturne jusqu’à ce que la cloche retentisse pour sonner la fin des cours. Mais entre temps, l’éducateur revint et leur expliqua :
— Samuel est blessé, il est à l’hôpital. Rien de grave, rassurez-vous !
Il avait bien eu le temps de potasser son mensonge pour le prononcer de la façon la plus convaincante possible. Pourtant il semblait plus vouloir se rassurer lui-même que rassurer la classe.
Sans repasser par sa maison, elle se précipita vers l’hôpital. Elle demanda Samuel à l’accueil, on refusa qu’elle le voie.
— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Il n’est vraiment pas beau à voir, vous savez ? lui assura-t-on. Vous êtes de ses proches ?
— Oui… enfin, non, pas vraiment.
— Alors vous n’avez rien à nous demander ! Mais quel culot ! Allez, sortez mademoiselle !
Dépitée, elle obtempéra.
La semaine suivante, les journaux titraient à la Une, faute d’un plus grand évènement – par exemple à l’échelle mondiale :
UN SOURIRE FATAL