Ses jambes traînent lourdement sur les pavés de cette étroite rue. Lerato se promène dans le quartier avec insouciance et s’amuse à dévisager quelques innocents passants. Le vent chaud et humide caresse son visage au teint vitreux et ses yeux, quelque peu exorbités, remuent avec des mouvements brusques et paraissant aléatoires.
Il fend la foule, un peu trop vivante, à pas feutrés. On ne pose pas longtemps son regard sur cette personne, très anodine et vêtue simplement, avec un jean, des chaussures en cuir et une chemise noire à rayures bleutées verticales. Le Soleil brille au zénith et illumine laborieusement ce labyrinthe exigu de ruelles anciennes. Les bâtisses défraîchies en brique rougeâtre diffusent une lumière ocre sur les obscures chairs humaines.
Les prunelles fougueuses de Lerato vont et viennent, provoquant un certain malaise chez leurs cibles. Il parait déterminé et d’un autre monde, sans envie de se masquer et surtout au grand jour. L’astre solaire coupe parfois ses fixations visuelles, accompagné d’un court grognement.
La perfidie envahit ses rétines et l’angoisse ferme celles des autres. Son regard n’est pas un simple « coup d’œil ». On aurait cru plutôt à un coup d’esprit. Comme si votre âme se retrouve intégralement nue face à un individu. Un sentiment affolant et nouveau s’empare de votre esprit. La barrière protectrice qu’est votre enveloppe corporelle s’envole à un simple coup de vent puis on vous contemple. Votre essence mentale se sent violée et en danger. Lerato dévisage psychiquement des personnes au hasard dans la foule et la peur surgit des visages. L’épouvante de l’inconnu et de la vulnérabilité les pousse à fuir et à ne pas comprendre.
Il semble être désemparé de voir que des esprits si faibles et tant peureux. La foule commence à gronder et à se densifier. Lerato est seul et perd ses moyens. Il est coincé, la haine se propage dans la masse dans l’ignorance. Le mouvement continue et devient violent. La cohue animée d’un esprit commun, remplie de peur et de violence, se contracte pour mettre fin à la source des problèmes. Lerato est dérouté et panique. Il est coincé. Serré. Il tombe. Foutue faculté pourrie ! Curiosité putride ! Adieu.