Voilà le début d´une petite nouvelle fantstique.
Enjoy!
J’avalais les kilomètres.
Le soleil me brûlait la peau et la vieille stéréo libérait les longs riffs de Iggy and the Stooges.
Dieu seul savait où je comptais m’arrêter.
Je me suis toujours dit que rien ne valait la route. Elle n’est ni le début ni la fin.
Mieux valait profiter du voyage.
Je balançai ma clope dans les airs. Le temps d’un bref coup d’œil, je la vît terminer de se consumer puis s’enfuir. Je me dis alors, dans ma grandeur d’âme poétique, que j’étais comme elle.
Quelle connerie.
Oui je me consumais ; mais je ne m’enfuyais pas, je vivais.
“Now, I wanna be a dog...” chanta Iggy, d’une voix psychédélique.
Ouais, être un chien c’était pas con.
Qu’est ce que je racontais ? La fatigue me gagnait et le son granuleux de la radio me vrillait les tympans. Il était temps que je fasse une pause.
Je m’arrêtai donc devant un motel à l’enseigne défoncée.
J’aime les motels, les vieux motels perdus au milieu des vastes autoroutes.
Je crois qu’on pourrait recommencer une vie dans ce genre d’endroit.
Il y circule tout type de gens ; tous inconnus pour vous, comme vous l’êtes pour eux. Oui, j’aime ce sentiment de perdition. Ce sentiment d’être quelque part au bout du monde, là où personne ne penserait vous trouver...
La porte d’entrée était à double battant comme dans les vieux westerns. J’inspectai la pièce en jetant un coup d’œil par-dessus. Un homme âgé, qui, comme le suggérait le badge sur sa chemise, répondait au nom de Tom, y était affalé sur un long bureau aussi poussiéreux que le sol. Lorsque je décidai enfin à faire mon entrée, le grincement produit par les gonds rouillés fît office de sonnette. Le vieux, à moitié avachi, tenta vainement de lever la tête. Il se rattrapa gauchement et se leva tout en titubant. Son sourire le plus commercial collé aux lèvres, il me demanda si je voulais réserver une chambre. En même temps que ces quelques mots sa bouche délivra un flot de puanteur rance. Constatant que je ne répondais pas, il reformula sa question :
« - Monsieur ? Dît-il avec un accent à couper au couteau.
Que voulez vous ?
(Que t’arrêtes de picoler le bourbon caché dans ton tiroir, Tom.)
- Une chambre avec quatre murs m’ira très bien. »
J’esquissai à mon tour un sourire malgré l’envie insoutenable de me sauver loin de cette haleine. L’homme me fît ce cadeau en se retournant pour prendre une clé. Il me la tendît et ajouta :
« - Vous aurez même droit à la télé. »
Il partît d’un rire franc dévoilant ainsi une rangée de dents pourries par l’alcool.
Après quelques formalités je pus enfin échapper au calvaire que m’imposait Tom le réceptionniste.
J’achetai un soda dans le distributeur de l’entrée qui, à ma grande surprise, fonctionnait encore, et partis me coucher.
Un bruit sourd me réveilla au milieu de la nuit. Mon premier réflexe fût de passer la main sous l’oreiller. Le flingue y était toujours. Bien.
Lentement je parcouru de mes doigts la table de chevet en vue de trouver l’interrupteur de la lampe. La lumière me gifla le visage à travers le chapeau jaunâtre. Pieds nus et en caleçon, je me levai et sortis de mon sac un petit sachet.
Chiotte, mon dernier gramme d’héroïne.
Avant je prenais qu’un quart pour un shoot, mais très vite c’est devenu la moitié et maintenant le sachet d’un gramme. Un gramme pour les économiser, si je pouvais plus aucun doute que je m’en enfilerais plus.
Apaisé par mon fix, je sortis tranquillement la tête dans le couloir. Je jetai un coup d’œil à ma montre (trois heure et quart du mat’) quand le bruit retentît à nouveau. C’était un long sifflement caverneux, si on pouvait le nommer ainsi, quelque chose de profond en tout cas. De profond mais aussi de gras, un sifflement gras.
Foutu dope. Un sifflement gras?
Le son provenait de la chambre d’en face (chambre 388). Je m’approchai lentement, posa la main sur la poignée de la petite pièce et soudain un froid glacial m’envahît. J’ôtai brusquement ma paume, brûlée comme si l’on avait tenté d’y enlever une verrue de la taille d’une balle de tennis. Une large marque blanche la recouvrait. Sûr que ça allait faire une cloque.
La porte claqua d’un coup délivrant avec elle un chant pour enfant. Un chant d’une force inouïe, les paroles m’entouraient :
Entre dans la danse.
Sens, sang la rose des anciens.
Perdu dans les méandres de ta geôle,
Réfugie toi sous le légendaire saule.
Tu sais la fin attend la fin.
Alors ne te perd pas et danse.
La comptine se répéta une dizaine de fois avant que je ne sois projeté tête la première dans la pénombre de la chambre. Je me retournai et vis une jeune femme au teint mât rire. De longs cheveux blonds galopaient sur ses épaules. Avec son petit nez et ses yeux d’un vert crémeux, elle était une vision de rêve. Un rêve au beau milieu d’un cauchemar, et ce rire ajoutait à l’horreur. Je tentai de me relever avant d’être aspiré dans les ténèbres.
De grandes arabesques rouges sang m’entouraient dans un déluge de visions aussi inexplicables les unes que les autres. Un bébé qui danse, une fontaine qui déborde, un chien borgne et la route qui défile encore et encore. Après avoir la sensation de faire un looping je me retrouvai nez à nez avec le sol.
Quelque chose me toucha, non quelqu’un. Je sursautai en tentant de me relever et aperçus aussitôt qu’il faisait jour dans le vieux couloir séparant ma chambre de cet enfer. La personne qui me réveilla n’était autre que le bon vieux Tom. Quelle joie de le voir celui là.
« - Mais ? Pourquoi dormez-vous dans le couloir ? Le lit n’est pas assez confortable ?
- Si, si Tom. Ne vous en faîtes pas. Certains soirs je suis un peu somnambule. »
Faut vraiment que j’arrête la drogue.
Le réceptionniste, plutôt satisfait de la réponse, demande alors s’il peut ranger la chambre.
« - Bien sûr. Juste une petite question avant.
- Oui ?
- Qui dort dans cette chambre ?
Je pointai du doigt la fameuse pièce numéro 3… Sur le petit écriteau collé à la porte (et près de tomber) était inscrit le numéro 199.
- Monsieur, tout va bien ? »
Soudain la porte s’ouvrît doucement laissant place à mon rêve, la jeune fille de la nuit précédente.
A+
Laissez des com. vp pour que je puisse m´améliorer. 