~~ La forêt ~~
Le petit village côtier de Swallow Beach, dans les Highlands, respirait la quiétude en cette morne et fraîche soirée d’hiver. L’océan Atlantique à l’Ouest et la mer du Nord à l’Est, qui encerclaient la colline sur laquelle les habitations étaient juchées, n’avaient de cesse de paralyser l’endroit de leur souffle glacial.
Au Sud, les Lowlands, tout de blanc couverts, étendaient leur manteau immaculé à perte de vue.
A l’Ouest, noyée dans la pénombre, la prétendue impénétrable forêt de Letheen Drops, dont les arbres séculaires faseillaient subrepticement au gré de la brise, acquiesçait en silence, froide, mais laissant, parfois, échapper quelques murmures inaudibles. En son sein, les eaux saumâtres et stagnantes d’un lac, connu sous le nom de Hollow Lake, achevaient d’en renforcer le mystère.
A Swallow Beach, personne ne s’aventurait jamais dans la forêt. Les cinquante-deux habitants se contentaient de l’observer d’un œil méfiant. Récemment, deux chasseurs impétueux, Mark Parker et son frère Smush, s’y risquèrent. Ils ne revinrent jamais. Au village, on raconte qu’ils défuntèrent, victimes de l’impitoyable vengeance d’un esprit malin. Cette tragique disparition ne fit qu’alimenter davantage la légende, d’autant plus que la police locale refusa d’ ouvrir une enquête. C’est que le hameau avait bien fâcheuse réputation, et ce, dans une bonne partie des Highlands. Les réseaux de communication étaient inexistants, et, dans les bourgades voisines, la rumeur allait souvent bon train. La cité la plus proche, Inverness, se trouvait à près de soixante-dix kilomètres, et personne là-bas n’avait entendu parler de Swallow Beach.
Tandis que la nuit commençait à tomber sur le village, le révérend Nick Johnston et sa femme Laura vaguaient tranquillement sur le sol aréneux d’un étroit sentier. Sentier unique, qui lançait sa trame tortueuse au travers de modestes demeures, dont les façades, fragiles, étaient continuellement rudoyées par les caprices océanes.
C’était un jeune couple parfaitement assorti.
Lui, grand, svelte, était doté d’un physique des plus agréables : un visage délicat, aux traits fins et précis, que venaient cependant gâcher des sourcils broussailleux. Une démarche prompte, des pommettes saillantes et un regard déterminé lui assuraient un charisme certain.
Elle, grande, svelte, était dotée d’un physique des plus agréables : un visage délicat, aux traits fins et précis, magnifié par de somptueux cheveux or. De larges yeux glauques, surmontés de longs cils à la courbe parfaite, lui assuraient une beauté plus que certaine.
Tous deux âgés de vingt-cinq ans, ils devaient leur rencontre au plus improbable des hasards.
Elle était étudiante en théologie à l’université Heartbrook d’Aberdeen, il étudiait la théologie à l’université Heartbrook d’Aberdeen.
Elle suivait les cours du professeur Thompson, il ne manquait jamais les longs discours du professeur Thompson. Elle était assise sur le dernier siège, du dernier rang, de l’amphithéâtre 7G, il était affalé sur l’avant-dernier siège, de l’ultime rang, de l’amphithéâtre 7G.
Tout commença avec une histoire de cartouche :
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Nick : Hum… X’cuse me, could you gimme some cartridge, my pen’s empty…
Laura : Yes, for sure, for sure… Let me take a look into my case… Here, this is it.
Nick : Oh, girl, thanks a lot ! This is pretty cool, my pen’s full of ink now ! How could I thank you ?
Laura : Love me, love me now !
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Ce fut le coup de foudre immédiat, si bien qu’instamment, ils prirent la décision d’abandonner leurs études. Le soir même, ils se projetèrent vers le Nord, et sa lande pleine d’illusions, tirant ainsi un trait définitif sur l’agitation et le bouillonnement de l’oppressante mégalopole écossaise. Une simple lettre, déposée sur l’oreiller, pour leurs familles respectives, en guise d’adieu…
Ils poucèrent un moment le long de Jefferson Highway, puis grimpèrent à bord d’une Mercury Cougar 68’ banalisée qui les amena, en quelques heures, au terme de leur voyage : Swallow Beach.
…