DES PAVÉS DANS LA MARRE
Une vive douleur à l’abdomen. Je cours ! Rien ni personne ne peut arrêter ma course frénétique. Je trébuche sur le chat, me rattrape de justesse sur la poignée, ouvre la porte et m’assieds avec une lourdeur stupéfiante. Mes yeux sont fermés. J’entends un poids tomber dans de l’eau. Puis un autre. Sons répétés suivis d’un fort parfum si cher aux campagnes mosellanes. J’ouvre doucement les yeux… Tout est encore flou, mais j’aperçois la porte, devant moi. Dans ma précipitation, je n’ai pas pris la peine d’allumer la lumière, mais je connais cette pièce par cœur. Je soupire... Un sourire se dessine sur mon visage crispé. Il s’en est fallu de peu ! À ma droite et à ma gauche se dressent les majestueux murs carrelés, ornés de magnifiques enluminures et mosaïques diverses, rappelant un style artistique de la Grèce Antique. Mon nez s’est fait à l’odeur. Après toutes ces dizaines d’heures passées ici, depuis ma naissance, on peut dire que je suis immunisé ! Le sol est carrelé également… sensiblement froid, mais spirituellement d’une chaleur enivrante. Dans la grise obscurité, je vois pendre l’ampoule au-dessus de moi. Qu’une ampoule est belle, quand son filament n’est pas souillé par l’électricité ! Une forme prompte à la poésie, une transparence source de mille métaphores potentielles ! Je me sens léger. Bien plus léger. Je me relève, purifie l’orifice salvateur de cette douce matière rose et tourne mon regard vers le profond abysse, regard nostalgique du plaisir que je viens d’éprouver. Tout ce que mon corps a mis si longtemps à concevoir sera violemment dissolu dans le néant infernal de ces eaux folles. Ô fatalité…
Je tire la chasse, remonte mon pantalon et sors, satisfait.