Ce que j´ai écrit, je l´ai fait en deux heures, j´ai a peine relu. C´est surement lourd, mal écrit, mais il fallait que je l´écrive. Désolé si sa ne vous touche pas.
Savez-vous ce qu’est « vivre avec un mort vivant » ? Je vous vois venir : « encore du fantastique… ». Non, il ne sera nullement question de surnaturel. A aucun moment. Mais de quoi va-t-il nous parler, vous demandez-vous alors. D’une chose, qui dépasse les limites de la Mort elle-même. Cette chose porte un nom : Alzheimer. Certains d’entre vous connaissent ce dont-je parle. D’autres, pas du tout. Et d’autres encore, savent précisément de quoi il retourne.
Une des seules maladies qui touchent plus les proches que le malade lui-même. Un tourbillon interminable, inéluctable. Au départ simple pertes de mémoire, Alzheimer se transforme vite en cauchemar. Une surveillance est nécessaire. Une surveillance, de tous les instants. Aussi bien le jour que la nuit…
Un homme, quelque part, atteint. Bien que tout dans cette maladie soit intenable, le pire reste sans conteste le diagnostic, formel. Après quelques égarements de la part de son mari, vous vous rendez chez le médecin. Il étudie, vérifie, cherche, semble comprendre, prend un ouvrage, comprend définitivement. Il conclut : « C’est Alzheimer ». Il développe. Il est concis. Vous rentrez, première initiative, prendre un dictionnaire, lire la définition et comprendre, atterré.
Comprendre quoi ? Que votre mari va progressivement perdre toute parcelle de vie, s’enfonçant dans un monde qui est sien et dont personne ne peut comprendre la signification.
Dès lors, débute une traque. Tous les jours, toutes les heures, toutes les minutes. Une obsession qui démarre, inconsciemment et qui ne prendra fin qu’au moment du décès. Où est-il ? Que fait-il ? Telles sont les questions que vous vous posez, indéniablement, obligatoirement. Commence aussi un repli sur soi, un rejet des autres. Forcé. Plus de sorties, plus de projets. Plus rien. Lui, il perd pied jusqu´à devenir l’ombre de lui-même. Un être, qui vit, mais qui est mort intérieurement. Il ne se contrôle plus, perdant tout repère avec la réalité. Il veut partir, toujours partir. Quoi faire ? Mais rejoindre sa femme bien sûr. Je suis ta femme, lui lançait-vous. Réflexion. Infime. Et il vous rit au nez. Quel farceur nous sommes ! « Je suis ta femme », quelle blague… Les jours passent, et l’enfer continue. Il urine, sur lui, dans les coins de sa chambre, sur les meubles, devant les portes… Un infirmier devient indispensable. Et la violence naît. Une violence terrible… Plaquée contre le mur, la menace d’une main, levée. Pour quelle raison ? Parce que vous lui avait dit qu’il devait rester là. Vous êtes maintenant obligé de le faire manger et de le coucher le plus tôt possible, pour avoir le calme. Au moins dix minutes. Régulièrement, il se lève, prend sa veste, et part, discrètement, mais se heurte à la porte, fermée. Une habitude prise depuis qu’il était parti, sur la place à moitié nu, en pleine nuit. Et vos nuits à vous, toutes plus courtes les unes que les autres jusqu’à ce que le mot sommeil devienne un vague souvenir. Et puis, vos nerfs lâchent. Vos angoisses, votre haine, tout, tout s’évacue par le biais des larmes que vous versez. Et vous revenez, gonflée, à bloc, du moins vous le pensez. Et cette pensée éclate lorsque vous l’apercevez, le béret vissé sur le crâne, tentant pour la vingtième fois d’ouvrir cette satanée porte.
Et un jour, c’est le choc. Accident cérébral. Hôpital. Durant cinq jours. Puis, il est ramené à la maison. Inconscient. A un point de non-retour. Où la seule chose à faire est d’attendre la mort, aussi longue soit-elle à venir. Vous n’osez vous l’avouer, mais la tension baisse d’un cran. Même si vous vous devez de toujours être aux aguets, pour l’alimenter à l’aide de poches, reliée à des sondes. Vos nuits restent brèves, angoissée à l’idée qu’à tout moment, son cœur puisse lâcher. Les jours passent, les mois aussi. Alors que les médecins avaient prédit qu’il ne vivrait plus qu’une semaine ou deux à la sortie de l’hôpital, un an après, toujours là, allongé sur son lit de mort, surmontant les problèmes qui surviennent : eschares, problèmes de sondes…
Et puis, finalement, un an et 102 jours plus tard, elle arrive enfin. La mort le prend, une deuxième fois, mais cette fois-ci, entièrement. Malgré tout ce que vous avez vécu, vous ne pouvez contenir le flot de larmes qui vous submerge.
Quelques mois plus tard, vous vous rendez compte que sa mort était une réelle délivrance. Vous avez peu à peu repris goût à la vie, retrouvant votre sommeil. Et la famille, cette famille qui fut toujours à vos côtés pour vous épauler.
Tout ceci aura duré huit ans. Huit ans coupé du monde. Vous avez vécu en dehors du temps, mais un retard se fait sentir, comme si vous n’aviez pas profité de votre vie. Et il est maintenant trop tard…