Le temps était maussade, nous étions le premier jeudi du mois de décembre, et il est normal que le temps laisse à désirer en cette période de l’année. Mais là il était vraiment exécrable, il pleuvait à petites gouttes, un petit crachin désagréable, et l’air était de cette sorte qui vous rend transpirant et vous donne chaud au moindre effort. Des nuages plus noir que ce qu’il eût été permis d’être pointaient à l’horizon et des détonations sourdes retentissaient à intervalles réguliers. Je me protégeais plus ou moins avec un vieux sac marron, le type même de ceux que portent les professeurs d’université. Oh mais ! Je ne me suis pas présenté ! Je m’appelle Charlie, j’ai 28 ans, je suis, comme je l’ai laissé entendre, professeur d’histoire dans une petite université de province. Donc ce soir je cours à petits pas dans la rue qui commençait à être glissante, la pluie s’intensifiait et les volets de la rue qui avaient le courage de rester ouverts finissaient par courber l’échine devant l’incessant martèlement de l’eau contre les carreaux. Le craquement sonore de l’orage n’y arrangeait rien, et bientôt il sera là, ma maison n’était plus qu’à quelques mètres, il me suffisait de me dépêcher et je pourrai me sécher devant le feu crépitant de ma vieille cheminée en regardant une de ses émissions plus ou moins stupides, bien blotti sous une couette de plumes très épaisse. Distrait par mes rêves je percutai quelqu’un, une jeune femme, qui s’écroula par terre. Horriblement confus je l’aidais à se relever après lui avoir présenté mes excuses une bonne dizaine de fois. Elle maugréait tendrement et je crois que c’est la première fois que je prenais plaisir à entendre une femme bougonner. La dernière fois que l’une d’entre elles m’avait fait le coup, je m’étais retrouvé célibataire quelques heures plus tard. Ses livres étaient tombés sur le sol, je l’aidais à les ramasser et les lui ramassa. Elle leva enfin la tête et tout en dégageant de sa main libre ses longs cheveux châtains m’adressa un sourire en m’assurant que ça n’avait rien de grave et me remercia de l’avoir aidée. Elle était si belle. Je n’écoutais pas ce qu’elle me disait, je m’en fichais bien, j’étais plutôt captivé par l’étrange éclat gris clair de ses yeux en amande. Quant elle vit que je ne répondais rien elle sembla gênée et détourna son regard. Elle me remercia une dernière fois et partit. Alors que mes tripes commençaient à me faire mal, je me dis résolument qu’il ne valait mieux pas la laisser partir, pas ainsi. En quelques pas je la rattrapai, je ne doute pas une seule seconde que mes lunettes trempées et pleine de buées, mon souffle rauque et mon imperméable détrempé me donnaient un charme inéluctable mais je décidai quand même de me jeter à l’eau, ce qui, au vu du temps, semblait plutôt ironique. Je trouvais l’inspiration nécessaire à la demande de son numéro de téléphone, hélas l’orage choisit ce moment-là pour propulser dans toutes les directions des ondes extrêmement sonores. Coupé dans mon élan, je ne sus lui demander rien d’autre que son nom et la raison de son passage dans cette rue, rien de bien audacieux, mais au moins j’avais dit quelque chose. Je m’attendais à ce qu’elle me prenne pour un pauvre type et m’envoie chier dans les roses, mais elle me sourit encore et son visage sembla illuminer la rue toute entière pendant un court instant. Elle s’appelait Sarah et étudiait en dernière année de mathématiques dans l’université où j’enseignais, étrange que l’on ne se soit jamais rencontrés. Quand je lui annonçait que j’étais professeur dans cette université, la relation devient un peu plus tendue mais elle consentit à me laisser son numéro de téléphone, non sans que j’insiste légèrement. Elle partit alors et je restai au moins cinq bonnes minutes à regarder son derrière de trémousser au rythme de sa marche quelque peu saccadée. L’aboiement du chien de ma voisine, qui malgré sa surdité due à son âge venait de prendre conscience qu’un orage était bien décidé à nous pourrir la soirée, me sortit de ma rêverie et je rejoignis la porte de ma maison en quelques secondes. Je ne faisais pas trop attention à ce que je faisais, laissa choir mon imperméable trempé sur le sol, dans un bruit incongru d’évier que l’on débouche, marqua de mes pieds deux grosses traces de boue sur le plancher, et sans même me changer je partis m’emmitoufler dans mon lit. La chaleur corporelle de mon corps ne tarda pas à remonter, je me résolus donc à enlever mes vêtements et à enfiler ce superbe pyjama que ma grand-mère m’avait offert pour mes vingt ans. Dès fois les gens manquent cruellement d’imagination. Mais je ne pensais qu’à Sarah, bien sûr mon statut d’enseignant me donnait quelques scrupules à fantasmer sur une élève que je connaissais depuis une quarantaine de minutes, néanmoins ses cheveux, ses yeux, son sourire et son arrière-train semblaient vouloir m’entraîner dans une danse folle qu’ils partageaient déjà à eux quatre. Je ne lui avais même pas demandé son âge, mais à moins qu’elle ne soit surdouée, elle était forcément majeure pour étudier en dernière année de mathématiques. Je ne prenais donc pas de risques de ce côté-là. Soudain je réalisais que j’étais en train d’envisager une relation potentielle avec une élève de mon université, me donnant deux claques du plus fort que je pus, je me remis les idées en place et partit me préparer le parfait petit plateau repas du célibataire endurci que j’étais. Je m’endormis devant la rediffusion d’une émission de soi-disant culture. Evidemment mon réveil n’eût pas envie de prendre vie d’un seul coup pour me prévenir de mon retard et j’arrivais au lycée essoufflé, devant les sarcasmes de mes élèves. Je n’avais jamais cru au coup de foudre, mais je dois reconnaître que j’étais atteint de la maladie de l’ubiquité, je voyais Sarah partout, de loin, de près, je confondais plein de filles avec elle. Je rentrais dans ma salle de cours et quelle ne fût pas ma surprise de la voir debout à côté de mon bureau en présence du directeur de l’établissement. J’appris qu’elle était nouvelle et n’étais là que depuis quelques jours, ce qui expliquait le fait que je ne l’ai jamais remarquée, elle souhaitait suivre des cours d’histoire lors de son temps libre pour parfaire sa culture générale. Evidemment j’étais légèrement embarrassé lorsqu’elle dit m’avoir déjà rencontré en m’adressant encore une fois son sourire radieux, ce que je pense elle ne manqua pas de remarquer. Les jours passèrent et ce fut lorsque je me rendis compte qu’elle ne me souriait plus que je me décidai à l’appeler. Je bredouillai au téléphone, superbe impression, le mec de vingt-huit ans qui veut draguer une minette de vingt ans et qui n’est pas capable d’aligner deux mots sans hésiter sur la prochaine syllabe qu’il devra prononcer. Ca la faisait rire, elle était mignonne. Mais on ne parla pas beaucoup, et de pas grand chose, j’appris qu’elle habitait à quelques rues de chez moi, assez loin pour ne pas avoir envie d’y aller à pied et pas assez pour prendre ma voiture, qui était de toute manière en réparation. Elle vivait dans un petit studio financé par ses parents, des gens qui avaient très bien réussi dans l’industrie de la chaussure, leur fille était visiblement beaucoup plus modeste et réfléchie qu’eux, du moins d’après le portrait qu’elle m’en fit. Ils ne possédaient pour sa fille que l’ambition qu’elle dirige leur prochaine usine délocalisée dans un pays où la main d’œuvre était à bas prix, mais son amour de la science la portait plutôt à devenir physicienne, ce sur quoi je ne lui demandais pas de s’étendre, de peur de paraître bien penaud de mon inculture totale en ce sujet. Après une vingtaine de minutes pendant lesquelles toutes les cellules de mon corps étaient concentrées sur cet appel téléphonique, nous consentîmes à raccrocher, je crus percevoir un certain regret dans sa voix, mais ce devait être une illusion causé par un désir qui se ressentait déjà dans mon bas ventre. Je pensais Sarah, je mangeais Sarah, je respirais Sarah, et plus rien ne comptait qu’elle. Mais ma timidité légendaire reprenant le dessus, je ne lui parlais plus pour autre chose que pour les batailles célèbres de l’Antiquité pendant plusieurs semaines. Oh je m’en voulais grandement de ne pas avoir su m’assurer une quelconque place dans son cœur, j’aurai voulu retourner en arrière pour lui avouer mes sentiments, convaincu qu’elle me prendrait dans ses bras en me murmurant qu’elle aussi elle m’aimait et que nous ferions l’amour des heures durant, que je la mettrai enceinte et que nous fonderions une famille heureuse et unie à jamais. Mais je restais derrière mon bureau à hurler le sujet de la prochaine composition et elle à dévorer son livre d’histoire. Rien de plus. Je me contentais de la reluquer en cours, je dois admettre que je pensais plus souvent à des scènes érotiques que romantiques, mais je ne pense pas qu’on puisse m’en vouloir. Son corps était magnifique et rien en elle n’était à rejeter, du moins tant qu’elle était habillée. Des jours encore s’écoulèrent sans que l’on s’adresse la parole, mais un je ne sais quoi me disait que tout n’était pas perdu et que je pouvais encore tenter ma chance. Je la rappelai, son ton était moins enjoué, plus las, plus distant, je mis tout mon cœur à la remettre d’aplomb et lorsque je l’entendis rire doucement à l’une de mes nombreuses vannes foireuse, je repris courage. Je l’invitai à dîner dans un petit restaurant sympa près de chez elle, elle ne donna pas l’impression de réfléchir et accepta, je devinai alors ses lèvres qui s’écartaient, laissant voir l’intact blancheur de ses dents. Voilà des mois que j’attendais, enfin j’allais l’avoir pour moi, Sarah vers qui chacune de mes pensées était dirigée. Deux jours plus tard je mis mon plus beau costume, ma plus belle cravate et essaya tant bien que mal d’arranger mes cheveux, j’avais spécialement acheté des lentilles, pour dégager un instant mes yeux qui, paraît-il, sont très beaux à la lumière. Mais sans lumière, je ne vois pas comment on aurait pu dire qu’ils étaient beaux, les compliments de mes parents sont surtout plein de subjectivité amoureuse. Mon cœur battait la chamade, je pris l’ultime précaution du célibataire qui s’apprête à prendre rendez-vous, et fin prêt je me glissai dans ma voiture maintenant réparée. Je mis un certain moment à démarrer puis roula lentement jusqu’à chez elle, il y avait un petit attroupement près du restaurant, en plein milieu de la route. Je m’arrêtai et sonnai à sa porte, aucune réponse. Je me dis qu’elle devait attendre à une table et j’allais la rejoindre. J’entendis l’ambulance. Je pressai le pas pour ne pas la gêner, priant qu’elle se déplace pour rien, j’arrivai dans le restaurant. L’attroupement s’épaississait et les ambulanciers devaient se frayer un chemin dans la foule des badauds. Je ne trouvais pas Sarah dans le restaurant, ni plus dans les toilettes des femmes, encore moins dans celle des hommes, encore heureux pour moi. Devant le vacarme qui se faisait au-dehors je décidai d’aller voir. Enfin je la vis, elle était là, baignant dans son sang qui s’échappait d’une plaie béante creusée sur sa poitrine. Les ambulanciers la mettaient sur un brancard mais sachant la situation perdue ils n’essayaient même pas de se dépêcher. J’entendis qu’un chauffard avait traversé la rue à toute allure et l’avait percutée de plein fouet, la tuant sur le coup. Les larmes montèrent et je hurlai, devant le regard incrédule des gens qui m’entouraient. Je m’approchai de l’ambulance et la regarda une dernière fois. Sarah, ma Sarah, elle était là, morte.
^^
Eh ben alors ? ![]()
Désolé, j´ai pas osé lire vu la taille du pavé. Segmente en paragraphe, ça sera plus agreable.
La Pavé D´aphinois, on le mange avec les doigts !
Fromager d´Aphinois !
(en fait j´ai la flemme de lire lol)

Depuis que j´ai lu les dialogues socratiques je n´arrive plus à faire de paragraphes. Mais le fait est que, paragraphes ou non, la taille du récit reste la même ![]()
Mais les paragraphes aèrent (oui ce sont des fenêtres) et permettent une lecture plus agréable. ![]()
Le temps était maussade, nous étions le premier jeudi du mois de décembre, et il est normal que le temps laisse à désirer en cette période de l’année. Mais là il était vraiment exécrable, il pleuvait à petites gouttes, un petit crachin désagréable, et l’air était de cette sorte qui vous rend transpirant et vous donne chaud au moindre effort. Des nuages plus noir que ce qu’il eût été permis d’être pointaient à l’horizon et des détonations sourdes retentissaient à intervalles réguliers. Je me protégeais plus ou moins avec un vieux sac marron, le type même de ceux que portent les professeurs d’université.
Oh mais ! Je ne me suis pas présenté ! Je m’appelle Charlie, j’ai 28 ans, je suis, comme je l’ai laissé entendre, professeur d’histoire dans une petite université de province. Donc ce soir je cours à petits pas dans la rue qui commençait à être glissante, la pluie s’intensifiait et les volets de la rue qui avaient le courage de rester ouverts finissaient par courber l’échine devant l’incessant martèlement de l’eau contre les carreaux. Le craquement sonore de l’orage n’y arrangeait rien, et bientôt il sera là, ma maison n’était plus qu’à quelques mètres, il me suffisait de me dépêcher et je pourrai me sécher devant le feu crépitant de ma vieille cheminée en regardant une de ses émissions plus ou moins stupides, bien blotti sous une couette de plumes très épaisse.
Distrait par mes rêves je percutai quelqu’un, une jeune femme, qui s’écroula par terre. Horriblement confus je l’aidais à se relever après lui avoir présenté mes excuses une bonne dizaine de fois. Elle maugréait tendrement et je crois que c’est la première fois que je prenais plaisir à entendre une femme bougonner. La dernière fois que l’une d’entre elles m’avait fait le coup, je m’étais retrouvé célibataire quelques heures plus tard. Ses livres étaient tombés sur le sol, je l’aidais à les ramasser et les lui ramassa. Elle leva enfin la tête et tout en dégageant de sa main libre ses longs cheveux châtains m’adressa un sourire en m’assurant que ça n’avait rien de grave et me remercia de l’avoir aidée. Elle était si belle. Je n’écoutais pas ce qu’elle me disait, je m’en fichais bien, j’étais plutôt captivé par l’étrange éclat gris clair de ses yeux en amande. Quant elle vit que je ne répondais rien elle sembla gênée et détourna son regard. Elle me remercia une dernière fois et partit. Alors que mes tripes commençaient à me faire mal, je me dis résolument qu’il ne valait mieux pas la laisser partir, pas ainsi. En quelques pas je la rattrapai, je ne doute pas une seule seconde que mes lunettes trempées et pleine de buées, mon souffle rauque et mon imperméable détrempé me donnaient un charme inéluctable mais je décidai quand même de me jeter à l’eau, ce qui, au vu du temps, semblait plutôt ironique. Je trouvais l’inspiration nécessaire à la demande de son numéro de téléphone, hélas l’orage choisit ce moment-là pour propulser dans toutes les directions des ondes extrêmement sonores. Coupé dans mon élan, je ne sus lui demander rien d’autre que son nom et la raison de son passage dans cette rue, rien de bien audacieux, mais au moins j’avais dit quelque chose. Je m’attendais à ce qu’elle me prenne pour un pauvre type et m’envoie chier dans les roses, mais elle me sourit encore et son visage sembla illuminer la rue toute entière pendant un court instant.
Elle s’appelait Sarah et étudiait en dernière année de mathématiques dans l’université où j’enseignais, étrange que l’on ne se soit jamais rencontrés. Quand je lui annonçait que j’étais professeur dans cette université, la relation devient un peu plus tendue mais elle consentit à me laisser son numéro de téléphone, non sans que j’insiste légèrement. Elle partit alors et je restai au moins cinq bonnes minutes à regarder son derrière de trémousser au rythme de sa marche quelque peu saccadée. L’aboiement du chien de ma voisine, qui malgré sa surdité due à son âge venait de prendre conscience qu’un orage était bien décidé à nous pourrir la soirée, me sortit de ma rêverie et je rejoignis la porte de ma maison en quelques secondes. Je ne faisais pas trop attention à ce que je faisais, laissa choir mon imperméable trempé sur le sol, dans un bruit incongru d’évier que l’on débouche, marqua de mes pieds deux grosses traces de boue sur le plancher, et sans même me changer je partis m’emmitoufler dans mon lit. La chaleur corporelle de mon corps ne tarda pas à remonter, je me résolus donc à enlever mes vêtements et à enfiler ce superbe pyjama que ma grand-mère m’avait offert pour mes vingt ans. Dès fois les gens manquent cruellement d’imagination.
Mais je ne pensais qu’à Sarah, bien sûr mon statut d’enseignant me donnait quelques scrupules à fantasmer sur une élève que je connaissais depuis une quarantaine de minutes, néanmoins ses cheveux, ses yeux, son sourire et son arrière-train semblaient vouloir m’entraîner dans une danse folle qu’ils partageaient déjà à eux quatre. Je ne lui avais même pas demandé son âge, mais à moins qu’elle ne soit surdouée, elle était forcément majeure pour étudier en dernière année de mathématiques. Je ne prenais donc pas de risques de ce côté-là. Soudain je réalisais que j’étais en train d’envisager une relation potentielle avec une élève de mon université, me donnant deux claques du plus fort que je pus, je me remis les idées en place et partit me préparer le parfait petit plateau repas du célibataire endurci que j’étais. Je m’endormis devant la rediffusion d’une émission de soi-disant culture.
Evidemment mon réveil n’eût pas envie de prendre vie d’un seul coup pour me prévenir de mon retard et j’arrivais au lycée essoufflé, devant les sarcasmes de mes élèves. Je n’avais jamais cru au coup de foudre, mais je dois reconnaître que j’étais atteint de la maladie de l’ubiquité, je voyais Sarah partout, de loin, de près, je confondais plein de filles avec elle. Je rentrais dans ma salle de cours et quelle ne fût pas ma surprise de la voir debout à côté de mon bureau en présence du directeur de l’établissement. J’appris qu’elle était nouvelle et n’étais là que depuis quelques jours, ce qui expliquait le fait que je ne l’ai jamais remarquée, elle souhaitait suivre des cours d’histoire lors de son temps libre pour parfaire sa culture générale. Evidemment j’étais légèrement embarrassé lorsqu’elle dit m’avoir déjà rencontré en m’adressant encore une fois son sourire radieux, ce que je pense elle ne manqua pas de remarquer.
Les jours passèrent et ce fut lorsque je me rendis compte qu’elle ne me souriait plus que je me décidai à l’appeler. Je bredouillai au téléphone, superbe impression, le mec de vingt-huit ans qui veut draguer une minette de vingt ans et qui n’est pas capable d’aligner deux mots sans hésiter sur la prochaine syllabe qu’il devra prononcer. Ca la faisait rire, elle était mignonne. Mais on ne parla pas beaucoup, et de pas grand chose, j’appris qu’elle habitait à quelques rues de chez moi, assez loin pour ne pas avoir envie d’y aller à pied et pas assez pour prendre ma voiture, qui était de toute manière en réparation. Elle vivait dans un petit studio financé par ses parents, des gens qui avaient très bien réussi dans l’industrie de la chaussure, leur fille était visiblement beaucoup plus modeste et réfléchie qu’eux, du moins d’après le portrait qu’elle m’en fit. Ils ne possédaient pour sa fille que l’ambition qu’elle dirige leur prochaine usine délocalisée dans un pays où la main d’œuvre était à bas prix, mais son amour de la science la portait plutôt à devenir physicienne, ce sur quoi je ne lui demandais pas de s’étendre, de peur de paraître bien penaud de mon inculture totale en ce sujet. Après une vingtaine de minutes pendant lesquelles toutes les cellules de mon corps étaient concentrées sur cet appel téléphonique, nous consentîmes à raccrocher, je crus percevoir un certain regret dans sa voix, mais ce devait être une illusion causé par un désir qui se ressentait déjà dans mon bas ventre.
Je pensais Sarah, je mangeais Sarah, je respirais Sarah, et plus rien ne comptait qu’elle. Mais ma timidité légendaire reprenant le dessus, je ne lui parlais plus pour autre chose que pour les batailles célèbres de l’Antiquité pendant plusieurs semaines. Oh je m’en voulais grandement de ne pas avoir su m’assurer une quelconque place dans son cœur, j’aurai voulu retourner en arrière pour lui avouer mes sentiments, convaincu qu’elle me prendrait dans ses bras en me murmurant qu’elle aussi elle m’aimait et que nous ferions l’amour des heures durant, que je la mettrai enceinte et que nous fonderions une famille heureuse et unie à jamais. Mais je restais derrière mon bureau à hurler le sujet de la prochaine composition et elle à dévorer son livre d’histoire. Rien de plus. Je me contentais de la reluquer en cours, je dois admettre que je pensais plus souvent à des scènes érotiques que romantiques, mais je ne pense pas qu’on puisse m’en vouloir. Son corps était magnifique et rien en elle n’était à rejeter, du moins tant qu’elle était habillée. Des jours encore s’écoulèrent sans que l’on s’adresse la parole, mais un je ne sais quoi me disait que tout n’était pas perdu et que je pouvais encore tenter ma chance.
Je la rappelai, son ton était moins enjoué, plus las, plus distant, je mis tout mon cœur à la remettre d’aplomb et lorsque je l’entendis rire doucement à l’une de mes nombreuses vannes foireuse, je repris courage. Je l’invitai à dîner dans un petit restaurant sympa près de chez elle, elle ne donna pas l’impression de réfléchir et accepta, je devinai alors ses lèvres qui s’écartaient, laissant voir l’intact blancheur de ses dents. Voilà des mois que j’attendais, enfin j’allais l’avoir pour moi, Sarah vers qui chacune de mes pensées était dirigée.
Deux jours plus tard je mis mon plus beau costume, ma plus belle cravate et essaya tant bien que mal d’arranger mes cheveux, j’avais spécialement acheté des lentilles, pour dégager un instant mes yeux qui, paraît-il, sont très beaux à la lumière. Mais sans lumière, je ne vois pas comment on aurait pu dire qu’ils étaient beaux, les compliments de mes parents sont surtout plein de subjectivité amoureuse. Mon cœur battait la chamade, je pris l’ultime précaution du célibataire qui s’apprête à prendre rendez-vous, et fin prêt je me glissai dans ma voiture maintenant réparée. Je mis un certain moment à démarrer puis roula lentement jusqu’à chez elle, il y avait un petit attroupement près du restaurant, en plein milieu de la route. Je m’arrêtai et sonnai à sa porte, aucune réponse. Je me dis qu’elle devait attendre à une table et j’allais la rejoindre. J’entendis l’ambulance. Je pressai le pas pour ne pas la gêner, priant qu’elle se déplace pour rien, j’arrivai dans le restaurant.
L’attroupement s’épaississait et les ambulanciers devaient se frayer un chemin dans la foule des badauds. Je ne trouvais pas Sarah dans le restaurant, ni plus dans les toilettes des femmes, encore moins dans celle des hommes, encore heureux pour moi. Devant le vacarme qui se faisait au-dehors je décidai d’aller voir. Enfin je la vis, elle était là, baignant dans son sang qui s’échappait d’une plaie béante creusée sur sa poitrine. Les ambulanciers la mettaient sur un brancard mais sachant la situation perdue ils n’essayaient même pas de se dépêcher. J’entendis qu’un chauffard avait traversé la rue à toute allure et l’avait percutée de plein fouet, la tuant sur le coup. Les larmes montèrent et je hurlai, devant le regard incrédule des gens qui m’entouraient. Je m’approchai de l’ambulance et la regarda une dernière fois. Sarah, ma Sarah, elle était là, morte.
J´ai lu. ![]()
Et j´ai bien aimé. Beaucoup même.
"je restai au moins cinq bonnes minutes à regarder son derrière de trémousser au rythme de sa marche quelque peu saccadée" Lol ^^
Bon style, fluide et accrocheur. Bon voc´ aussi. ![]()
Merci ![]()
La prochaine fois j´essaierai de trouver le courage nécessaire à une relecture intégrale de ce que je poste, ça m´évitera des erreurs grossières du style : "La chaleur corporelle de mon corps" ![]()
J´avais même pas vu. ![]()
Lol en tout cas t´es plus observateur que moi. =)