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Liste des sujets

Blanc et Noir

Aralegogi
Aralegogi
Niveau 4
28 décembre 2005 à 20:32:37

:hello: à tous !
Je viens d´écrire une très courte nouvelle sur le racisme dans les années 1960 aux USA, et j´aimerais bien avoir votre avis dessus !
Merci d´avance à ceux qui auront le courage de me lire !

Blanc et Noir

New York, 24 décembre 1963 ...

Un homme, emmitouflé dans un long manteau noir, marchait d’un pas rapide, le cœur léger, dans la Cinquième Avenue, le noyau de la Big Apple qu’était la gigantesque New York. La rue, en cette heure tardive, était silencieuse et vide, illuminée de toute part par des farandoles de guirlandes lumineuses et par de hauts réverbères aux ampoules oranges. Seuls quelques passants, avec force écharpes, gants et chapeaux, arpentaient en hâte les larges trottoirs tandis que s’éteignaient les éblouissantes lumières bleues, rouges, vertes et jaunes des devantures des grands magasins.
Le 24 décembre tirait à sa fin, et chacun filait chez soi se mettre au chaud pour fêter le réveillon comme tout bon citoyen se le devait. New York ronronnait à peine, ensevelie sous un épais manteau de neige, et le froid terrible de cette merveilleuse soirée d’hiver avait découragé bien des fêtards de venir chanter dans cette rue habituellement bondée.
Notre homme, un grand monsieur respectable, rentrait chez lui, les derniers achats de Noël sous le bras : un camion de pompier d’un rouge éclatant pour son fils, une poupée aux blonds cheveux pour sa fille, un magnifique collier en argent serti d’une émeraude pour sa femme.
L’écharpe remontée jusqu’au nez, les gants jusqu’aux coudes, il se pressait de quitter l’avenue. Il risquait d’être en retard. Soudain, quelque chose attira son regard, quelque chose appuyé contre la façade de la plus grande chocolaterie de la ville ...
Un gamin était blotti entre deux poubelles, frigorifié, habillé de vieilles guenilles sans plus aucune couleur. Il s’était fait un abri de détritus, de chiffons et de journaux. Un sac poubelle gisait contre lui, éventré, déversant sur sa triste figure toute sorte d’ordures. Mais le froid avait comme dissipé les odeurs nauséabondes, et il n’y avait là plus qu’un enfant chétif, et une crasse indescriptible aux effluves figés dans la glace.
Le givre faisait une dentelle blanche sur les lèvres, les sourcils et les cheveux de l’enfant, et la faim, la fatigue et le froid lui avaient creusé de larges cernes sous ses yeux embués de larmes. Recroquevillé sur lui même, il claquait des dents, tremblait de tout son corps, paralysé par le froid, et sa maigreur était elle qu’il ne devait sans doute guère pouvoir se lever, ou même marcher, même vivre ...
L’homme s’arrêta devant lui, et il ne ressentit aucune pitié, car de la pitié, il savait que cet enfant n’en voulait pas. Il éprouvait pour lui de la compassion, ce que tout homme doit éprouver pour son égal lorsque celui-ci est dans la misère. Il fixa l’enfant droit dans les yeux, et l’autre répondit à son regard. L’homme tressaillit, tant les deux yeux du petit débordaient de chagrin et de désespoir. Il eût alors honte, honte d’être un homme qui de sa poche peut payer des cadeaux à ceux qu’il aime, il eût honte de mener une vie correcte alors que d’autre, tout simplement, ne vivaient pas ...
` Et continuant à sonder l’enfant du regard, et pas celui d’un touriste devant la cage des singes, il discerna dans ces yeux noirs une amère vérité. Ce soir, en cette veille de Noël, cet enfant allait mourir si nul ne lui prêtait assistance. Il était lassé de la vie, lassé de la pauvreté, lassé d’un passé douloureux, lassé d’un présent impitoyable, lassé d’un futur sans aucune perspective d’espoir. Il n’y a guère d’échappatoire pour celui qui s’embourbe dans les méandres de l’humilité, peu de lumière dans le ciel gris, peu de tolérance chez les hommes, peu de chaleur dans le monde insouciant. Ce soir, cet enfant voulait mourir ...
L’homme le considéra, frappé par le courage et en même temps la peine de cet enfant qui s’apprêtait à se laisser emporter par le froid de la mort. La neige faisait au petit un trône immaculé, l’élevant au-dessus des ordures et de la honte du trottoir, et ce monticule était si haut que même assit, son visage arrivait à hauteur de celui de l’homme blanc.
Car sombre de peau était ce petit, rejeté par une cruelle société qui n’avait de préférence que le blanc, l’idôlatrant au-delà de toute raison, maudissant et bannissant le noir sans chercher à le connaître. Mais notre homme n’était pas fait de cette pâte lamentable qui constitue la chair des racistes, et dieu sait si ils étaient nombreux en ces temps de troubles. L’enfant avait beau fouiller dans les yeux de l’homme qui se tenait devant lui, il avait beau dépecer son regard, il ne trouva nulle marque de mépris, et n’entendit même pas le ricanement infect de l’arrogance.
Et voici que dans le silence, l’homme blanc, sans le quitter des yeux, lui tendit la main. L’enfant noir la regarda, avec la méfiance due au temps, et avec un soudain espoir. Une fenêtre s’ouvrait dans les ténèbres devant lui, par laquelle il pourrait s’enfuir et s’en aller de sa prison où les longues et atroces tourmentes de la solitude et du chagrin finiraient par le terrasser.
L’homme, de son côté, attendait patiemment, la main tendue dans le vide. Ses traits étaient tirés par l’affliction, le froid démangeait son visage, ses pieds semblaient se faire de glace, tous ses muscles étaient tendus dans une lourde attente ... de tout cœur, il espérait épargner à cet enfant, quelque soit sa couleur de peau, l’effroyable châtiment qui pesait sur lui.
Soudain, le petit rompit son immobilité de statue, comme enlevé à de brumeux rêves dans lesquels il se perdait, et il jeta un dernier regard à l’homme blanc avant de saisir la main qu’il lui tendait.
L’homme, lorsqu’il sentit la petite main froide toucher la sienne, poussa un long soupir de soulagement. Il avait réussit, au moins pour un soir, à sauver cet enfant de la malheureuse fatalité à laquelle il s’était lui même condamné.
Main dans la main, ils se mirent en route. L’enfant bondit de son tas de détritus et de neige, l’abandonnant sans regret derrière lui, et l’homme blanc le guida avec douceur. Son alliance scintillait sous les tapageuses lumières de la rue, enlacée par les doigts de l’enfant noir, et ainsi quittèrent-ils la Cinquième Avenue sous les regards dédaigneux des derniers passants. Mais ils n’osèrent rien, peut-être parce que c’était Noël, peut-être parce que le visage en paix de l’homme blanc et le grand sourire de l’enfant noir les mirent au défi de briser la glace à leur tour.
Tout deux s’en allèrent de par les rues endormies, et il leur parvenait à peine le lointain carillon des cloches, le brouhaha de la circulation, le murmure du vent, les cantiques à travers les murs des maisons. Ils se dirigèrent vers la maison de l’homme blanc, où ce soir il y aurait un convive de plus à table, et ils traversèrent Central Park où un grand sapin aux aiguilles bleutées lançait dans la nuit une lumière digne de celle d’un véritable phare.
Alors, il n’y eût plus ni homme blanc, ni enfant noir, et ils furent frères, mariés par l’amitié, et ils se sentirent légers comme des feuilles soulevées par le vent. Toutefois, l’homme eût un pincement au cœur tandis qu’il admirait les étoiles, petites guirlandes argentées dans la toile bleue du ciel, car être léger comme une feuille, c’est être une feuille morte, détachée de la branche. Il reporta son regard sur son nouvel ami ...

Ainsi donc, l’inéluctable mort viendrait tôt ou tard, et l’amour ne pourrait rien y changer. Pour Lui, la Fin s’approchait déjà à grands pas. Elle se saisirait de lui, comme de n´importe quel autre, sans se soucier, elle au moins, de la couleur de sa peau. Bientôt, la rue le reprendrait ...

Diablo76
Diablo76
Niveau 6
28 décembre 2005 à 21:03:23

Qu´est ce que c´est triste au début, mais qu´est ce que c´est beau à la fin.
T´as presque réussi à me faire décrocher une larme, et avec moi, c´est vraiment pas facile. :snif:
C´est beau de voir un homme blanc et un enfant noir se tenant la main.
Une des plus belles nouvelles que j´ai lu.
C´est ça qu´il faudrait voir plus souvent dans ce pays, presque envahie par des personnes pour Le Pen.

A BAS LES RACISTES, A BAS LE FN, A BAS LE PEN !! !!

Dame_Mistie
Dame_Mistie
Niveau 10
28 décembre 2005 à 21:19:56

J´ai aimé.
Tu as un bon style, l´histoire est attendrissante, on est heureux pour l´enfant qui, pour un soir, échappe à son quotidien.
Bravo :-)

Diablo >> seulement dire "A bas untel" est une forme de racisme :sarcastic:

Diablo76
Diablo76
Niveau 6
28 décembre 2005 à 21:24:57

Dame_Mistie :d) Ah bon ? Je l´ai pas fait exprès, je savais pas. Je suis loin d´être raciste.
Mais si on n´y réfléchit, si je dis "A bas Le pen" C´est du racisme contre un raciste...
Bon, tout ça pour dire que je déteste Le pen et son parti à la con, que je suis loin d´être un raciste.
Voilà :)

Dame_Mistie
Dame_Mistie
Niveau 10
28 décembre 2005 à 21:45:11

Je te taquine hein, je joue sur tes mots, c´est pas grave, on dira rien, je suis une incomprise :snif:
:-)

-Vito_Corleone-
-Vito_Corleone-
Niveau 5
28 décembre 2005 à 21:54:09

terrible comme histoire ! on a de la compassion pour l´enfant, et la façon dont tu ecris l´histoire donne envie de la lire :ok:

Diablo76
Diablo76
Niveau 6
28 décembre 2005 à 21:54:16

Désolé si tu taquinais, mais je déteste qu´on me traîte de raciste, directement ou indirectement.
Pour moi, Le pen est le Hitler français, je le hais.

Dame_Mistie
Dame_Mistie
Niveau 10
28 décembre 2005 à 22:02:26

Je ne te traitais pas de raciste, pas vraiment. Simplement je pense réellement ce que j´ai dit, sans pour autant appliquer cette phrase à la lettre pour toi.
Je ne sais pas si tu as compris.

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
28 décembre 2005 à 22:04:20

Le forum politique est juste un peu plus loin hein...^^

Diablo76
Diablo76
Niveau 6
28 décembre 2005 à 22:15:22

Maintenant, je comprends mieux le sens de ta phrase, Mistie, désolé.
Je ne dirait plus "A bas quelqu´un", au moins tu m´as appris un truc :)
Mais toujours est-il que m´insulter de raciste est la pire insulte pour moi.
Débat clos.

Désolé Skysoft d´avoir parlé politique ici, mais comme cette nouvelle parle du racisme, je me suis laissé emporter sur ma haine contre Le pen.
Encore désolé

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
28 décembre 2005 à 22:26:36

Lol, pas de prob´!
C´est juste pour pas trop "polluer" le topic.

Aralegogi
Aralegogi
Niveau 4
29 décembre 2005 à 12:06:23

:rouge: ! merci beaucoup à vous tous ! je suis content que ça vous plaise ! et apparemment, c´est un thème au goût du jour vu les réactions de diablo ! :lol: ! encore merci à vous !

Aralegogi
Aralegogi
Niveau 4
27 mars 2006 à 11:45:27

et encore un :up: ! en plus, on parle pas mal de racisme en ce moment (avec les USA notamment) !

Evidance
Evidance
Niveau 8
28 mars 2006 à 03:06:00

bravo (y´a rien à rajouté)

Aralegogi
Aralegogi
Niveau 4
28 mars 2006 à 12:11:50

:merci: evidance !

Yohan-Kiefa
Yohan-Kiefa
Niveau 10
25 septembre 2007 à 19:10:06

up !

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