et joyeux noel à tous !
Et voici ma dernière invention !
Alice & June n´est à la base pas de moi, c´est le titre du dernier album du groupe Indochine...Bon, allez pas me boycotter parceque vous aimez pas Indochine, le truc, c´est que ce double-album raconte explicitement la relation qu´entretiennent deux petites filles du nom de Alice et June et leur parcours main dans la main vers l´adolescence...
J´ai trouvé les textes et les illustrations d´une grande richesse, ce qui m´a beaucoup inspiré à commencer ce "conte de fée déglingué" qui reprend en fait la trame principal de l´album et quelques citations de chansons...Vous êtes pas obligés de l´avoir acheté pour lire, loin s´en faut
Voilà, j´espère vous avoir convaincu avec cette introduction, maintenant je vais poster le premier chapitre...Les autres suivront selon le temps que j´ai et mon inspiration, c´est-à-dire que ça sera probablement assez irrégulier...Bonne lecture
"Alice & June"
Un petit après-midi soufflait sur les collines, à moins que ce ne fût un matin. Il faisait très beau, le jour si dense et coloré déversait sa lumière sur ce monde, et pourtant, il faisait froid. Cela devait dans ce cas être une après-midi d’hiver, mais il n‘y avait alors aucune explication aux couleurs éclatantes de la nature. Un vent froid et doux à la fois soufflait sur la campagne, caressant délicatement les herbes fraîches et grasses qui inondaient les collines. Le tronc des arbres comme de longues tiges soutenant le ciel azur, se distordaient un peu comme l’univers. La brise fraîche transportait dans sa couse éperdue quelques feuilles tout juste tombées.
Il se trouvait là une maisonnette isolée du reste du monde. Un petit panache de fumée s’échappait de la cheminée et se dissipait au grès des éléments. Seul un petit chemin de terre s’en éloignait, la route traversait les collines et reliait cet endroit calfeutré à un monde incertain. Non loin du petit foyer se trouvait un vieux chêne. Massif et sombre, robuste et téméraire, cette entité régnait sur la colline et pouvait se vanter de survivre à tout ce qui l’entourait. Sur l’une de ses branches, deux petites filles avaient accroché deux balançoires. Lorsque la nature les voyait arriver pour aller jouer sous le chêne hors du temps, elle lançait son appel et alors, le vent se levait et balayait les collines, décrochait les nuages et faisait chanter les oiseaux. L’un d’eux venait quelques fois se poser sur la branche où les maigres ficelles avaient été nouées. Alors le pivert nettoyait son fier plumage vert sombre et de ses yeux de sang et perfides, il suivait les deux petites filles dans leur perpétuel mouvement de va-et-vient.
Alice semblait être la petite brune à la robe bleue. Ses grands yeux d’absinthe paraissaient aussi profonds que son âme d’enfant. A côté d’elle, June semblait être la petite blonde à la robe rouge. Ses grands yeux d’océan paraissaient aussi mystérieux que son monde de rêve. C’est à la force de leurs sourires et de leurs histoires que les deux amies se balançaient énergiquement, et plus elles riaient, plus elles allaient vite dans l’air, plus le vent soufflait fort dans leur chevelure. L’air froid qui claquait sur leurs joues pâles ne semblait nullement les inquiéter, le jeu était leur énigmatique échappatoire, à mi-chemin entre la maisonnette et l’inconnu des collines.
Plus elles se balançaient, plus la branche du vieux chêne grinçait. Un jour elle se romprait, c’était inéluctable, et le petit oiseau aux yeux rouges n’aurait plus aucun endroit où se percher, alors de haine il reviendrait pour égorger les deux petites filles durant leur sommeil et son plumage dont plus jamais il ne pourrait prendre soin resterait imbibé de leur sang.
June sursauta à cette pensée et s’arrêta aussitôt de se balancer d’avant en arrière pour poser sa main sur la cuisse d’Alice. Dans le tronc du chêne, le pivert avait creusé son trou. Un filet de sang en dégoulinait, goutte par goutte…Et ne comprenant pas ce qu’il se passait, l’oiseau perché sur la branche fixait toujours Alice et June en espérant qu’elles reprendraient leurs jeux. Mais Alice était intriguée par la plaie du vieux chêne. Sans bouger de sa planche de bois suspendue par d’improbables ficelles, elle observait attentivement le liquide sale goutter de l’arbre.
« -Tu crois qu’il est mort ? Demanda candidement Alice.
-Mais les arbres ne vivent pas…Répondit June sur le même ton.
-Comme il a l’air de souffrir ! Tu as tort ! Rétorqua la petite brune.
-Je peux le sentir, il vivra. Conclut la petite blonde. »
Réellement inquiète pour son chêne, Alice claqua des talons sur le sol dur. C’est alors que quelque chose se décrocha du ciel et ne tomba pas loin d’elle ; il s’agissait d’un corbeau désarticulé comme un patin. « Tu vois, lui, il est mort. » Fit froidement June à son amie qui regardait le pauvre oiseau noir se vider de son âge. Alors que June commençait de nouveau à donner de l’élan à sa balançoire, elle vit de l’autre coté du chemin un bouquet de fleurs bleues, rouges, vertes, roses…C’était un petit arc-en-ciel, comme si une horde de papillon avait été attrapée par les longues tiges qui émanaient de l’herbe. Mais elle ne comprit pas pourquoi au milieu de l’une d’entre elle se trouvait une effrayante petite tête de mort qui les regardait se balancer depuis tous ces jours sans que jamais June n’ait pu s’en apercevoir. « Est-ce que c’est ça la mort ? » Demanda timidement Alice en essayant de capturer le regard de son ami. Mais celui-ci restait fixé sur les joyeuses fleurs.
June se leva soudainement et traversa le chemin de terre sous le regard interloqué d’Alice. Avec force et conviction, la petite fille arracha la fleur à la tête de mort. Avec des yeux pleins de terreur, elle regardait les orbites du petit crâne ; il la regardait. Un papillon surgit alors, de ses ailes rouges et noires il battait le ciel. L’idée aussi, improbable et spontanée fut-elle, traversa instantanément l’esprit que se partageait les deux petites filles ; Alice quitta également sa planche de bois et avec son amie, elle se lança à la poursuite du papillon. Elles coururent ainsi en riant très fort vers les collines que nappaient voluptueusement les brumes. Malgré l’interdiction qu’elles avaient de s’éloigner du vieux chêne et de la présence protectrice du pivert, elles coururent à toute jambe vers le monde, vers le brouillard, vers l’inconnu…
Et 1, 2, 3, Alice était née au pays des cauchemars, elle aurait juste voulu la rassurer. Et 1, 2, 3, Alice courait à grandes enjambées après le petit papillon. Et 1, 2, 3, malgré ses petites jambes, malgré l’interdiction, elle s‘oignait avec son amie. Et 1, 2, 3, Alice se perdit vite dans le brouillard, sa peur la rattrapa. Et 1, 2, 3, Alice était tombée dans un trou noir, elle aurait peut-être pu la sauver. Mais qu’avait-elle fait demain, elle ne se rappelait de rien. Il y avait beaucoup trop de monde autour d’elle, Alice ne se retourna pas et n’entendit pas les appels désespérés de June car la pluie tombait à torrent et étouffait tout dans son terrifiant vacarme. Jésus Christ était tellement mort pour rien, June espéra juste que tout irait bien pour son amie. Alice était née dans un endroit qu’il ne fallait pas, et son départ pour le pays des étoiles était une bonne chose car là, il n’y avait plus de place pour qu’elle pusse grandir davantage et son seul ennui était de comprendre les jours de pluie.
Et 1, 2, 3 , Alice est tombée dans un trou noir, mais June était là…