Le livre de la Genèse, Chapitre I (ou comment Dieu s’éprit pour de la pâte à modeler)
Einstein avait raison, Dieu ne joue pas aux dés, la preuve, le merveilleux développement du livre de la Genèse.
Figurez-vous que Dieu, las de n’avoir que des âmes immaculées près de lui, pour prouver ses dons de synthèse,
Désespéré de ne compter dans ses parages que des béni-oui-oui, rêva d’un autre monde, d’une sorte d’antithèse.
Il créa des êtres contestataires, rebelles, mais suffisamment créateurs pour construire un temple comme à Ephèse.
Espiègle comme personne (question malice, Dieu n’a point d’égal), ce propos est confirmé par le magique miroir,
Qui renvoie inlassablement une image où Ses joues brillent et Ses yeux étincellent, et qu’Il consulte chaque soir,
Note du rimailleur: on peut s´interroger, la glace a-t-elle été un peu ternie ou Dieu victime d’une aberration optique,
Qui qu´il en soit, Dieu laissa à ces néo-sujets la liberté de circulation sans exiger la moindre contrepartie mystique.
Illusionné par un élan de libéralité ou attendri par un secret espoir mal placé, Il consentit à chacun le libre arbitre,
Changeant la sérénité éternelle où régnait une ambiance feutrée en une cacophonie où tout le monde tenait pupitre.
Non seulement Il permit à ces êtres de développer l´esprit frondeur, mais encore Il les dota de caractères diversifiés.
Puis, Il constata que c’était encore imparfait. Mais la création était en route, et les difficultés encore être intensifiés.
Et parmi ces âmes, l’on trouve des jeunes gens très libertins, adorant versifier entre facétie, pitrerie, plaisanterie,
Amateurs d´art mais volontiers contestataires, ces disciples d´Adonis sont des virtuoses en galanterie et clownerie.
Ces damoiseaux et damoiselles savent dérider les plus guindés de leurs profs et entretenir l’art de l’arlequinade,
Se retrouvant sur des forums à peine les devoirs bâclés, ils transmutent un cadre bien terne en joyeuse galéjade.
Maîtrisant le langage SMS, ils s’envoient des posts cryptés indéchiffrables pour les adultes au génie déjà fripé.
Regardez leur interprétation d’un conte de Perrault: ‘On ne dit pas le petit poucet, mais le gosse était constipé!’
Si le maître veut parfaire leur vocabulaire et parle de consulter un lexique, on l’apostrophe avec la ritournelle :
C’est pas bien de dire : ‘le dictionnaire Larousse’ mais ‘pouvez-vous me passer le dictionnaire mademoiselle?’
Mais ne poussons pas trop loin le sens de la controverse et laissons à Dieu la toque du patron le plus éclectique,
Pardonnez cette digression, fermons cette parenthèse qui voulait nous dérider d’un sujet un chouia nostalgique,
Les ados de tous les terroirs parlent tous un sabir étrange guère différent de la faune peuplant la Gaule antique,
But, don’t forget, jamais la tour de Babel ne s’acheva à cause d’une mauvaise gestion de la diversité linguistique.
Les ennuis ont commencé assez rapidement, lorsque, respectant un plan bien défini, Il commença par l’homme
Comme Il l’a façonné avec de la glaise, déjà un premier indice s’impose, bien avant l’histoire avec la pomme,
La glaise ne se formant qu’avec de l’argile et l’eau, soit Dieu est jardinier et ses laitues arrose maladroitement,
Soit la météo au ciel n’est pas toujours au beau fixe et on est enclin à spéculer qu’il peut y pleuvoir fortement.
L’argile est très malléable, et Dieu avait des doigts de fée, aussi son premier jet fut déjà une réussite admirable,
Hélas, tout se gâcha ensuite, juste après le vernis, au moment où Il passa le sujet au four pour le rendre durable.
Une simple faille temporelle, Dieu n’entendant pas la sonnerie de la minuterie, connut un impact considérable,
Dieu dans son étourderie oublia de couper la cuisson à temps, et cela eut pour Adam un contrecoup indésirable.
Ce fut une odeur âcre de terre brûlée et des volutes de fumée ocres qui alertèrent Dieu, qui dut réfréner un juron
Hélas, au démoulage, c’était déjà trop tard. Adam était devenu bien noir, lui qui avait un faciès de joyeux luron.
Dieu appela vite les séraphins à la rescousse pour qu’ils se dépêchent d’aérer afin de dissiper tout malentendu,
Aveuglé par la suie, Saint Pierre discriminerait-t-il une âme dévote d’une autre ayant goûté au fruit défendu ?
Le fait qu’Adam était noir est attesté par des ethnologues, prouvant par ce fait que Dieu n’entendit pas le carillon.
Mais à peine remis de ses émotions, Il se hâta d’ébaucher un deuxième sujet et lui donna l’air d’une Cendrillon.
Par coquetterie, Il apporta quelques retouches pour la différencier du premier modèle pourtant bien charpenté,
Revalorisant les formes du deuxième sujet par un galbe ravageur, il fallait être chérubin pour ne pas être tenté.
Il la dénomma Eve, ce qui authentifie sans ambiguïté que Dieu est le concepteur du premier vocable palindromique,
Il est plausible que Dieu appréciait les jeux de mots, les contrepèteries, savait de tout imprévu affectionner le comique.
A sa place, qui ne serait pas aux anges que quelques péripéties ne viennent bouleverser cette béatitude si cosmique,
Même Dieu, lorsqu’un quelconque rebondissement vient agrémenter son quotidien, peut arborer une jolie mimique.
Voici d’ailleurs la transcription fidèle de leur premier dialogue palindromique dans la langue de Shakespeare:
Il se présente : ‘’Madam, I´m Adam’’
Elle lui répond : ‘’Eve’’
Il s´exclame : ‘’Even in Eden, I win Eden in Eve’’ (Même dans l´Éden je gagne mon paradis avec Eve)
Elle rétorque : ‘’Mad, Adam’’ (Il est fou, Adam)
J´adore ![]()
C´est génial, souvent drôle, et en poeme c´est super. T´en as d´autres des comme ça?
Le livre de la Genèse, Chapitre I, Acte II
Deux jeunes bourgeons bien turbulents, une greffe qui ne prend pas par la faute d´une mauvaise graine
Adam et Eve souhaitaient avoir de beaux fils, pour garantir la succession lorsqu´ils arriveraient à l´âge de la retraite.
Ils hésitèrent sur le prénom du premier garçon. Eve préféra Caïn, Adam s´y rallia cahin-caha, maugréant sa défaite!
Caïn s´éprit pour les travaux dans les champs, humant la terre, trouvant sa condition de cultivateur presque parfaite,
Abel suivit peu après, mais ses prédilections allaient clairement à l´élevage, il adorait mener ses agnelles à la traite.
Caïn était un travailleur infatigable, labourant et semant, traçant ses sillons dans un terreau fertile, suant sang et eau,
Bêchant, aérant la terre, extirpant les mauvaises herbes, il faisait pousser des salades dans des carrés tirés au cordeau.
Abel lui était davantage un artiste. Il adorait la douceur vespérale, le troupeau qui s´apaise quant la nuit tire le rideau,
Insomniaque pour de bon, il empoignait sa lyre et cherchait la présence du créateur dans la constellation du verseau.
Caïn adorait la période des récoltes, lorsque les pommes de terres affleuraient du sol, décidément fana de tubercule,
En robe des champs ou en purée, en éplucher des sacs entiers n´était pas, pour Caïn, synonyme de travaux d´Hercule.
Abel lui aimait former des fromages du lait de ses brebis, il les laissait longuement tremper dans des solutions salées,
Affinés sur des claies dans une grotte à la bonne hygrométrie, il connaissait leur maturité par leurs effluves exhalées.
Caïn était un gastronome consommé, mais qui, comme tout disciple d´Epicure, pouvait être sujet à quelque faiblesse,
Quelle analogie avec Esaü, qui, obsédé par un plat de lentilles apprêté par son frère Jacob, vendit son droit d´aînesse!
Abel lui était moins passionné par la bonne chère, plaisir terrestre futile selon lui, que par ses relations avec l´Eternel,
C´est ainsi que la divergence entre les deux se fit, au grand dam d´Adam et d´Eve, dépités par ce grabuge sempiternel.
Un jour, Caïn fit à Jéhovah une offrande des fruits de la terre, mais mal guidé par son penchant pour la mesquinerie,
Il osa Lui présenta des fruits tachetés et tavelés, ainsi que des épis ayant perdu leurs graines, attestant de sa lésinerie.
Abel, à l´inverse, n´écoutant que son cœur, Lui offrit un agneau premier-né et de la graisse d´oie parfaitement purifiée,
S´opposant à son frérot, il estima que proposer du lait caillé et de la graisse rance aurait été d´une conduite injustifiée.
L´ Alpha et l´Oméga fit semblant de n´avoir pas remarqué les manigances de Caïn. Il passa l´éponge en cette occasion.
Hélas, une fois que les ronces de l´avarice ont envahi l´esprit d´une proie, il n´est plus possible d´en présumer l´évasion.
Caïn poursuivit son manège, ses présents devenant de moins en moins séduisants, persuadé qu´il était de son impunité,
Abel dans son ingénuité ne remarqua pas que les agissements de son frère étaient entachés de désinvolture et de vanité.
Un jour pourtant, Yahvé estima que les pratiques avaient dépassé le sens de la mesure et exprima son mécontentement,
Levant un sourcil inquisiteur, il dévisagea Caïn. Celui-ci, roublard, affecta la surprise en écartant ses mains lentement.
Il avait outrepassé les bornes en omettant de livrer citrouilles et potirons alors que Halloween était sur le pas de la porte.
Affectant de ne privilégier que les cadeaux d´Abel, Yahvé voulut démontrer à Caïn que ce comportement lui insupporte.
Caïn n´en fut que davantage courroucé. Très introverti, sa colère se changea en jalousie contre son frangin si prodigue,
Les liens du sang s´amoindrirent pour laisser la place à une inimitié morbide, qui se dilata au point de rompre la digue.
Il arriva ce qui devait arriver: prétextant de l´aide, Caïn le fourbe attira son frère dans un piège mortel, où il succomba,
Victime de sa solidarité, Abel eut le temps de pardonner à son frère lorsqu´à travers la grille du puits descellée il tomba.
Adam et Eve déplorèrent la disparition de leur enfant puîné, les échos de leur plainte résonnèrent, pleurant leur misère,
Caïn escamota ses responsabilités devant le Tout Puissant: Je ne sais pas où est Abel. Suis-je le gardien de mon frère ?
Le Très-Haut lui dit: Qu´as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu´à moi. De ce jour, tu es méprisé.
Ta vie sur terre deviendra un calvaire. Tu seras un bédouin, ton accord avec la confrérie des hommes est à jamais brisé.
Là où te mèneront tes pas, le sol deviendra stérile. Tu seras un vagabond. Les hommes oublieront jusqu´à ton patronyme.
Tu ne mourras pas, car tu connaîtras une femme. Vous aurez un fils. Il bâtira ensuite une ville, mais elle restera anonyme.
Nul ne lèvera sa main sur toi, Caïn. Par un signe sur ton front je t´ai protégé. Mais tu ne pourras plus me regarder en face,
Ton existence sera nomade, sans trouver d´apaisement, mais je te laisse en vie, car j´ai besoin de toi pour perpétuer la race.
Tu seras traqué par les bêtes fauves, ton corps souffrira et tu entendras ses doléances, ton sommeil devra être succinct,
Car bien des embûches se dresseront sur ta route, en bien des occasions il faudra faire des choix et te fier à ton instinct.
L´ histoire conservera ton forfait comme étant la première manifestation des pulsions de l´homme et de ses déficiences,
Voilà ce qui est révélé par le péché originel, le témoignage de vos convoitises et votre soumission aux concupiscences.
Caïn devint-il blasphémateur? Ou peut-être apostat? Se rebella-t-il ? Le livre de la Genèse n´en garde aucun témoignage.
Se mua-t-il, comme un peintre iconoclaste, en lèse-majesté divine? Fracassant son idole et détruisant jusqu´à son image?
Il est probable qu´il connut une existence misérable. Son sacrilège étant inexpiable, inutile de courir vers d´autres rivages.
Dieu dans sa clémence l´assura-t-il de son pardon? Retrouva-t-il le bonheur en lisant le sourire sur de nouveaux visages?
"Mais si le Diable parle parfois, Dieu Lui se tait, toujours. Il faut trouver les réponses seul." René Barjavel, L´Enchanteur
Caïn découvrit-il des réponses à ses questions? Se réincarna-t-il en démiurge ou éprouva-t-il de sa souillure la pesanteur?
Pouvons-nous lui accorder le bénéfice du doute ? Retrouva-t-il l´espoir, ou jusqu´au bout vécut-t-il dans les lamentations?
Vouloir garder pour soi potirons et coloquintes le jour d´Halloween illustre qu´il a été bien pitoyable face à ces tentations.
Faut éviter de poster,à intervalles trop courts pour pas faire trop "pavé".
Euh sinon j´ai préféré la vache qui rit personnellement parce que c´était un peu plus con, mais ça aussi ça reste très bien. ![]()
Je pourrais poster l´acte III avec l´arche de Noé en essayant d´insérer davantage de jeux de mots (pour ne pas trop laisser transpirer une impression mystique) si c´est ce que vous aimez.
Mais ce ne serait que pour demain.
§Ne change surtout rien je t´en supplit ![]()
Le Livre de la Génèse, Chapitre I, Acte III
Noé n´en mène pas large (dites-le en alsacien)
Sale temps, dit Noé! Ca fait quarante jours que je mène ma barque, mais là avec ces éclairs ça commence à faire tache,
Le tonnerre n´a jamais cessé. A ce train là, la surdité précoce me guette, moi qui suis si fier de mes trompes d´Eustache.
Heureusement que la structure du rafiot est résistante. Comme j´ai été bien inspiré de boucher les joints avec de la poix,
Jamais je n´aurais cru que les formalités d´embarquement seraient terminées à l´heure pour charger cette coque de noix.
Nous en avons embarqué du fourrage! Pour remplir nos cales, nous avons vidé des granges entières de foin et de paille,
J´ai du signer des ordres de réquisition pour qu´on nous livre des betteraves, des céréales, de la luzerne, vaille que vaille.
Les volontaires hélas n´ont pas suffi. J´ai du demander le concours de l´armée. Marins, caporaux, fantassins et piétaille,
Tout le monde était sur le pont! Je les ai tous fait suer, pour que mes invités puissent ensuite faire bombance et ripaille.
Depuis quarante jours il pleut sans discontinuer. Le niveau des océans est monté à tel point qu´on ne voit plus les falaises,
J´ai de la chance que mes passagers aient développé une culture du loisir! Ils arrivent à se distraire, ne vous en déplaises,
Il est vrai que j´ai été sage et prévoyant. Nous avons à bord un confort que l´on attendait pas d´une si humble embarcation,
Piscine, sauna, casino et spacieux restaurant panoramique, j´ai insisté auprès de l´armateur, il y a eu plus d´une altercation!
J´avais prévu de temps en temps d´accoster à un rivage pour que mes illustres hôtes puissent se dégourdir les gambettes,
Hélas, il a fallu décommander les fanfares aux escales. Bye bye les spécialités locales, pas de tambours ni de trompettes,
Quel dommage de ne pas être accueilli par des colliers de coquillages. Adieu les vahinés, adieu les filiformes majorettes,
Utopique, dans ce pot au noir, d´aborder les glaciers de l´arctique pour une aurore boréale et en prendre plein les mirettes.
Le pingouin a l´esprit aventurier. Lors de la débâcle, il opte pour un petit iceberg, dérivant à des latitudes septentrionales,
Pour s´en retourner chez lui quand l´hiver s´installe. Alors ses copains le retrouvent pour écouter ses histoires peu banales.
Les manchots sont très différents des pingouins. Si le plumage du premier est black & white, le second est blanc et noir.
Le pingouin est bien plus doué que le manchot. Lui au moins vole. Sauf que si on espère des loopings, il y a peu d´espoir.
Par une étrange curiosité de la nature, pingouins et manchots ne peuvent se rencontrer que s´ils ont des esprits intrépides,
Le printemps n´est pas pour eux synonyme de redoux, bien au contraire cette période est propice pour perdre des lipides.
Mais moi, le patriarche, je suis fier d´avoir pu les réunir pour prouver qu´ils peuvent avoir des relations de bon voisinage,
J´ai toujours été pour la coexistence pacifique. Prouvons que nous sommes une grande famille et savourons ce cousinage.
J´avais d´abord placé les éléphants dans le pont inférieur pour assurer la stabilité du bateau, idée dont il a fallu se lasser!
Il s´est avéré qu´ils sont sujets au mal de mer, et devinez qui devait descendre toutes les 5 minutes pour tout décrasser ?
Un pachyderme est glouton, c´est bien connu, mais j´ai un beau budget croisière et nulle envie de regarder à la dépense,
Du coup ils ont obtenu une place de choix sur le pont supérieur, mais ils ont du partager, je n´ai accordé nulle dispense.
Leur ennemi héréditaire, la petite souris grise, n´a pas pu s´empêcher de venir les taquiner, j´ai du prendre leur défense.
Pourquoi le peuple des trotte-menu tombe systématiquement amoureux des éléphants ? Questionnement bien intense !
En tous cas elles ont été bannies au fond de la soute, pour garantir leur sujétion j´ai réclamé aux chats de monter la garde.
Et si elles avaient grignoté des trous dans les sacs de céréales ? La répartition du ravitaillement, c´est moi que ça regarde.
Le homard dans sa nasse en pince pour l´écrevisse. Celle-ci, depuis qu´elle l´a remarqué, ne peut plus cacher ses rougeurs.
Mais je connais le caractère de l´écrevisse, elle n´a rien dans la tête. En tous cas, avec elle, il va apprendre à marcher droit.
Le homard aura beau déployer ses antennes et lui témoigner sa tendresse en dessinant les plus affriolantes des arabesques,
La petite écrevisse ne se laisse plus prendre au filet. Elle s´est fait une carapace et trouvera ses simagrées bien grotesques.
Le crocodile pleure sa mare, il est très joueur et adore les combats de boue, il ne peut garder propre son armure d´écailles,
Par contre il n´a pas envie d´écouter ce qu´on lui dit, il n´a jamais pu comprendre qu´il ne fallait pas toucher aux volailles.
C´est un peu le souci de ce genre d´expédition: on embarque des spécimens qui ne connaissaient que des régimes carnés,
Les astreindre tous à suivre une alimentation végétarienne, voilà à quoi mes acolytes et moi nous nous sommes acharnés.
J´apprécie l´humour des bonobos, ces champions des blagues! Ils dénichent à chaque fois une autre improbable cachette,
Pour m´obliger à retrouver l´un ou l´autre attribut de mon costume ce capitaine. Ces derniers temps, c´était ma casquette.
Les chimpanzés aussi sont très délurés, quel tempérament de feu. Evidemment, notre cordage est un terrain de jeu parfait,
Courant sur les bômes, traversant le pont en sautant d´une corde à l´autre. Dire que mon gréement venait à peine d´être refait!
Je me fais du souci pour le coq. Cela fait si longtemps qu´il n´y a plus de lumière diurne, cela perturbe son métabolisme,
Je ne souhaiterais pas que sa personnalité assez jalouse (il faut voir comme il surveille sa basse-cour) vire au pessimisme.
J´ai demandé à ce qu´on mette en tas le crottin des chevaux, vous savez, ce délicieux fumier qui donne des vers blancs,
Pour qu´il entretienne au moins ses réflexes de grattage et de tirage, avec toutes ces poulettes qui lui battent les flancs.
S´il y en a un qui est rarement contrarié, c´est bien le lion. Il n´y a guère d´événements qui puissent le tirer de sa léthargie,
Sont-ce ses bâillements qui ont développé ses glandes lymphatiques? Son flegme est aussi grand que gueule est élargie !
Quelle différence avec le tigre. Voilà bien là un animal racé et avenant dans son costume impeccable aux rayures noires,
Quelle dégaine en plus! Question drague, faut reconnaître qu´il assume. De ce coté-là, il ne connaîtra jamais de déboires.
Le Livre de la Génèse, Chapitre I, Acte III, (suite)
Ca fait quarante jours que cela dure, et plus un poil de sec
Son raffinement ne peut être contesté que par le léopard avec ses belles rosettes, à croire qu´il est couvert de distinctions,
Il fait un tabac parmi les gazelles qu´il n´aborde qu´après avoir pris sa collation. Lui non plus n´a pas à craindre d´évictions.
Question smart, la panthère aussi risque de faire de l´ombre au tigre, avec sa fourrure de soie et ses incisives impeccables,
Qui de ces félidés remporte la palme du mâle le plus attirant? La Star Ac de l´arche ne nomme que les plus irréprochables.
Le perroquet pérore sans arrêt. J´ai déjà pas mal de pétitions des autres passagers sur mon bureau. Va falloir le raisonner,
Pas facile de lui parler, il veut toujours avoir le dernier mot! Faudra que je trouve une savante recette pour l´assaisonner.
Ce n´est pas qu´on lui conteste le droit d´avoir un avis, mais il se croit intelligent parce qu´il est le seul à savoir articuler,
On peut aussi s´exprimer par le langage des signes, tenez, prenons exemple sur le papillon qui arrive si bien à gesticuler.
Quel charme, ces gazelles si graciles ! Mais elles menacent de changer de compagnie, se plaignant du manque d´espace,
Rebutées par la contrainte d´une cohabitation forcée, elles sont aimantés par l´appel du désert et ne tiennent plus en place,
Il me faudra bien du tact pour qu´elles acceptent cette privation de liberté! Ah si je savais la date de fin de ces pénombres!
Mettez-vous à ma place, qui pourrait résister lorsqu´on remarque la petite étincelle au fond de leurs grands yeux sombres?
Je surveille la pie aux plumes lustrées. Mes passagers, lorsqu´ils ont su qu´ils allaient tous embarquer sur le même palace,
Ont pris avec eux leurs écrins pour se parer des plus beaux atours. Je n´apprécierais pas que leur bonne humeur s´efface.
Je lui ai conseillé de se dénicher une place de choix dans la hune du mat, je sais qu´elle a l´œil perçant et un bon caquet,
De mes voyages précédents, il me reste quelques bijoux en toc. Si elle remplit sa mission, je lui en ferai un petit paquet.
Le dromadaire lui n´est guère dérangé par les remous de la houle et l´agitation des vagues, il a l´habitude des ondulations,
Il a un estomac blindé et un appétit d´ogre, comme j´ai bien fait d´avoir prévu large pour qu´il ne souffre pas de privations.
Le chameau aussi est stoïque, on voit que ces animaux ont un caractère solitaire qui ne cherche pas forcément la relation,
Ils sont si placides! Avec leurs pieds palmés, faut dire que ces vaisseaux du désert ont un sacré polygone de sustentation.
La girafe a vu son nez s´allonger au fur et à mesure que le temps restait exécrable, tout en gardant un flegme inébranlable,
Elle s´était dit qu´elle devait apprendre à dépasser l´événementiel et garder la tête haute, mieux valait rester imperturbable.
Le dauphin lui a fait le dos rond, il faut dire que ces conditions ne le gênaient pas particulièrement, il est plutôt souriant,
Toutes ces péripéties glissent si facilement sur sa peau toute lisse. Et puis il ne déteste pas l´affluence, il est du genre liant.
L´existence du hérisson elle ne manque pas de piquant. A priori, les âmes bien naïves croient qu´il est d´un naturel placide,
Il faut dire qu´il paraît si lent. Mais devant les mulots, c´est un chasseur téméraire, et s´il a la vue basse, il reste bien lucide.
Le pitbull à la face écrasée se gratte avec les pattes arrière en secouant les puces qui râlent d´être trop souvent dérangées,
Les précieux cockers et autres caniches aussi se plaignent. Leurs litières sont trop humides et pas assez souvent changées.
Les abeilles en manque de bouquets d´églantines ont fini par attraper le bourdon. Même la reine broyait des mandibules.
Devinant qu´il y avait urgence, je suis allé lui parler. Traversant plusieurs rayons, elle m´a reçu dans un de ses vestibules.
Elle m´a dit qu´elle avait du mal à maintenir la cohésion dans sa ruche, certaines étaient aiguillonnées par la dissidence,
Pour empêcher que la situation ne s´envenime, je lui ai passé un peu de cire sur le dos, en la réconfortant de ma présence.
L´escargot lui en bave pour les cornes de la licorne. Mais j´ai du mal à comprendre ses arguments au ras de la pâquerette,
Chacun fait avec ce qu´il a, la nature lui a donné d´autres attributs, il y a bien d´autres colies maçons pour conter fleurette.
C´est vrai que son horizon est tout plat, mais ce n´est pas parce qu´il est tout mou qu´on lui interdit de sortir de sa coquille,
Lui dont les spirales trahissent l´âge, pour bouger il n´a qu´à prendre son pied s´il veut nouer le dialogue avec une jonquille.
Cétacé, dit la baleine, je me cachalot. Fichu caractère que celui de Mme Baleine! Elle n´arrête pas de lâcher de la vapeur,
Est-ce le désespoir d´avoir jadis rejeté Jonas pour qu´on la voit aussi souvent s´éventer? Ou plutôt des sentiments de peur?
Cela fait longtemps qu´elle agite nerveusement ses fanons, ses chants d´amour deviennent de plus en plus désynchronisés,
Est-ce du à son régime exclusif à base de plancton? Va falloir que je lui interdise de chanter, ses camarades sont tétanisés.
Tout ce temps sans pouvoir se changer, c´est insupportable. Aussi j´ai voulu que les cigognes se chargent de la buanderie,
Ce sont nos sages-femmes, elles ont un tel talent pour emmailloter! Elles savent si bien plier le linge fin, la belle literie,
Car qu´il soit question de confort douillet, d´ordre ou de propreté, les cigognes ne prennent jamais rien à la plaisanterie,
Le seul hic, c´est qu´elles sont un peu vieux-jeu avec les boules de naphtaline, traquant les mites qui ruinent la lingerie.
Je pourrais à loisir discutailler sur les moeurs de chacun de mes excursionnistes, mais il faut que je surveille mon étrave,
Nous avons tous des traits de caractère hétérogènes, et pouvons être le jouet de nos hormones, cela n´est rien de grave,
Mais moi Noé je dois me sentir un capitaine responsable et ramener mes amis à bon port, ceci me parait sensé et brave,
Dieu m´a dit de rester impassible en toutes circonstances, que la mer se déchaîne ou que les volcans crachent de la lave.
Un jour des gens éclairés (ce serait quand même bien si ces voiles se déchiraient, Seigneur) diront: Il avait charge d´âme,
Mais en attendant, j´ai du mal à maintenir le cap, j´ai du affaler les voiles, rentrer les avirons, mais qu´est ce que je rame!
Pourtant, Toi là haut tu m´as bien dit que je ne devais oublier personne à part mes frères les hommes, dure assignation,
Certes je me sens flatté d´être devenu un directeur de parc zoologique mais des hommes je voudrais ressentir la filiation.
sympa, par contre poste pas si vite. Tu poste des gros morceaux et si tu continues si vite tu risque de dégouter les futurs lecteurs