Scène d´une pièce sans nom, sans début et sans fin, écrite dans la nuit froide d´une chambre trop étroite...Soyez méchants et jugez comme il faut.
PIECE 1
Scène ?
Mirtille, seule sur une table, robe rouge.
Mirtille, se caressant le corps d´une main, et tenant une lettre de l´autre : Amour, ce que tu dis est terrible. Toutes ces images si indécentes, tu n´aurais pas dû (sourire). Un baiser entre deux portes, une main entre deux cuisses, mon coeur entre deux côtes (elle se lève).Ca va pas du tout là ( elle déchire la lettre et la jette en petits morceaux par terre).Fais chier.(elle marche de long en large). A quoi ça rime, ces aperçus de vie? Ces petits bouts de phrases qui sonnent comme...Une musique? Je n´entends plus rien, ces mots ne me conviennent pas.(sourire).C´est pourtant si facile d´aimer.(elle s´assoit au bureau, prend un style et une feuille, puis, sans écrire, elle prononce doucement):Amour, ce que tu dis est terrible.(Elle se tait).Je ne le pense pas, ça.(elle se lève et va au centre de
la scène). Ignoble existence parée d´inconstence, revancharde vérité, illusion de ces billevesées enchaînées à nos peines, embrumées, diffuses comme des cendres. (d´un air désespéré, parlant très fort). Je me brûlerais vive, je m´arracherais le coeur!
Entrée d´Amado.
(éclat de rire), Amado : Mirtille se dévoile-t-elle, déchirera-t-elle sa délicieuse robe rouge? (ironiquement).Ah les peines de coeur, elles nous poussent aux extrèmes.
Mirtille, qui était à genoux, qui se relève froidement et allume une cigarette, la fume, tousse puis la jette d´un air dégouté : Te fous pas de ma gueule.
Amado, sombre : Je suis très sérieux, pourtant.
Mirtille : Dans ce cas que désires-tu?
Amado, s´allonge par terre et d´un air exaspéré : Le fruit défendu.
Mirtille s´approche de lui, comme pour lui marcher dessus : Tu ferais mieux de te casser d´ici.
Amado, levant légèrement la tête : Mais ma belle, je suis venu pour toi!
Mirtille lui jette un regard impassible, s´allonge près de lui, puis l´embrasse. Ils se relèvent très vite tous les deux, se regardent d´un air effrayé, incrédule, comme si ce baiser l´espace d´un temps les avait aliénés.
Amado : En fait, elle s´appelle Catherine.
Mirtille (sourire jaune) : Mais je la connais! (rires) Je t´aiderais, car c´est ce que tu me demandes.
Amado : Fais la venir demain, la nuit tombée. Je veux que demain, les astres virvoltent comme sa jupe longue dans le vent, tu sais, ce tissu qui semble vouloir quitter son corps, par la brise qui tire, qui tire....Ah, ah! C´est comme la vie, tout pareil!
Mirtille : Qu´est ce que tu peux être grossier...Tu me dégoutes (elle semble très sérieuse)
Amado : Et ses seins...Ah, Mirtille, je n´ai jamais autant aimé la terre, la boue et la sueur.
Mirtille (ironique) : Et les astres, alors? Ils se figent?
Amado : Non, ils virvoltent, comme la jupe, mais ça, c´est toujours pareil.
Mirtille (s´assoit, et avec un geste, comme si elle le chassait) : Tu es libre, après tout.
Amado (inquiet) : Tu le penses, je veux dire, est-ce que c´est vrai?
Mirtille (rire) : Oui! (ironique) Quand tu la toucheras, ta terre et ta sueur, t´en auras plus rien à foutre. Ne resteras que la jupe. Et tes étoiles à la con pour te faire tourner la tête. Souviens-toi juste qu´on ne peux pas les atteindre. Libre ou pas libre...Oui on l´est, y´a que les abrutis qui sont pas encore au courant, mais nous on le sait, on est trop sincères. ( vers la fin, son ironie se transforme en une réflexion entrecoupées de songes)
Amado (rires) : Tu as raison!
Mirtille (froide) : Je t´en pries, pars maintenant. J´étais occupée avant ton arrivée. Je dois m´entraîner à parler, pour qu´il me comprenne.
Amado : Qui?
Mirtille : Le vent, mon cher...
FIN