Bonjour bonjour,
Je vous présente une petite nouvelle, qui n´est pas finie. J´espère évidemment que vous aimerez, mais surtout que vous me disiez ce que vous en pensez, même si c´est pas du positif. (A la limite, surtout si c´est pas du positif... Mais ca fait du bien quand meme de temps en temps ^^)
J’avais envie de vivre. Ce n’était pas courant. J’ai sorti le thermomètre, mais non, la fièvre ne m’avait pas gagné. Il y a des matins comme ça où pas mal de choses changent, sans même une raison. J’ai descendu l’escalier, j’ai vu des formes mal réveillées assez repoussantes dans la cuisine, communiquant à cette heure par des grognements ressemblants vaguement à des mots, un langage se rapprochant certainement de celui des pionniers de l’humanité. L’aube du langage comme celle de la journée. En temps normal, mon optimisme aurait été balayé d’un seul coup par cette vision d’horreur, mais pas cette fois. Allez savoir pourquoi, ma gaîté ne m’avait pas lâché. Elle avait même tendance à augmenter. Je comprenais de moins en moins, les bases de mon comportement étaient bouleversées. Je ne savais plus trop quoi penser, la logique ne trouvait plus son siège dans le royaume de mon esprit. Et encore, ce n’était là que le début.
Je devais donc me rendre dans cet ignoble édifice dédié à la connaissance, où le rêve était interdit, où l’obéissance et la logique (qui semblait avoir disparu) étaient maîtresses.
J’ai donc passé la première heure de la journée à admirer le labeur d’une tisserande à huit pattes dans le coin de ma geôle dédiée aux mathématiques. Mon artiste était depuis de longues minutes occupée à élaborer son gagne-pain (ou plutôt son gagne-mouche) lorsque j’ai été interrompu dans ma contemplation par mon geôlier : une bête énorme haute d’au moins cent quatre vingt feuilles d’exercices et d’une bonne centaine de théorie. Autant dire que je ne faisais pas le poids avec mon gabarit de poisson rouge souffrant d’Alzheimer.
La brute m’a donc donné un billet d’invitation pour deux heures de piquet aux frais de la maison. Là encore, à ma grande stupéfaction, ma joie n’avait pas été atteinte. Après tout, j’allais pouvoir admirer la tapisserie en cours de ma chère épeire.
L’heure suivante, nous devions réaliser un travail de groupe, où j’ai passé tout mon temps à admirer les yeux de mon équipière, autrement plus agréable à regarder que la brute de l’heure précédente. Dans la pupille de cette tendre créature se mêlaient la douceur et la sagesse de la nuit, et son iris avait l’éclat d’une fabuleuse tempête marine, sans nul doute créée par les dieux eux-mêmes. Et s’il n’y avait eu que ses yeux… Non, elle devait être l’incarnation d’Aphrodite, déesse de la beauté. Sa bouche était un brasier contrastant admirablement avec la limpide cascade dorée de ses cheveux. Quant à son corps, il avait du être inspirateur de toute une génération de poètes, et le flot qui sortait de sa bouche charmait mes humbles oreilles. De ma mémoire (celle d’un poisson rouge souffrant d’Alzheimer), je n’ai jamais été aussi passionné par un court que celui-ci, qui me sembla bien trop court…
Il est évident que ma morosité me quittait de plus en plus, alors qu’elle aurait du revenir au galop lors de ma troisième heure.