toi qui a aimablement cliqué sur mon topic
!
J´ai écrit une courte histoire, que j´aimerais vous faire partager
.
C´est ma première oeuvre (dans ce genre) donc ne soyez pas trop indulgents
!
Donnez-moi vos avis
.
Voilà
et bonne lecture (si vous avez envie de lire
)
Prémonitions
J’ai un don.
En fait, je ne sais pas si on peut réellement appeler ça un don. Je n’ai pas eu de chance, c’est tout. C’est tombé sur moi comme ça, le destin et ses dés l’ont décidé. Malgré moi.
Je vois les gens mourir.
Pas comme quelqu’un qui verrait un enfant s’élever dans les airs pour ensuite amorcer sa descente fatale vers le sol, la voiture venant de le percuter ayant grillé un feu rouge, ou comme quelqu’un qui assisterait à l’enfoncement du toit d’une voiture, plié sous le poids d’un homme que l’envie de vivre avait quitté.
Non, je vois les gens mourir, mais avant qu’ils ne meurent.
Des prémonitions, en quelque sorte.
Mais pourquoi ai-je ce pouvoir ? Qu’ai-je fait pour le mériter ?
Je l’ignore. Pourtant il est là, que je le veuille ou non. Ca a toujours été comme ça. Je ne vois pas pourquoi je chercherais des réponses maintenant.
Après tout, connaître la mort des gens est peut-être réellement un don. Je peux les sauver. Je « pourrais » les sauver, plutôt. Car toutes les tentatives que j’ai faites pour éviter à quelqu’un de rejoindre l’autre monde se sont soldées par un échec.
J’ai en fait des sortes de flashs.
Ca m’arrive n’importe quand, n’importe où. Parfois en rêve. La plupart du temps, cela survient en pleine journée, au travail ou dans la rue…
D’abord cette sensation étrange dans tout le corps, puis plus rien. Pendant une fraction de seconde, je n’existe plus. Je ne saurais expliquer par quel prodige tout cela est possible, mais quand je reviens à moi, que je retrouve mon corps, mon âme, un étrange souvenir est gravé dans ma tête. Ce souvenir, ce sont les dernières heures de la vie de quelqu’un. Petit à petit, j’ai compris que ce n’était pas le passé ou même des hallucinations, mais l’avenir que ces flashs me révélaient. L’avenir tragique d’une personne qui m’était inconnue.
Après cette soudaine virée dans les mystères du temps et de l’existence, deux choix s’offrent à moi.
Soit je laisse faire les choses, en ne me souciant de rien. Quoi, je ne suis pas Dieu, ce n’est pas à moi de décider qui doit vivre et qui doit mourir.
Soit j’essaye d’empêcher la mort de la personne concernée. Bizarrement, cette personne m’apparaît toujours floue, méconnaissable. Par contre je connais le lieu et l’heure exacte de sa mort. Je vous ait dit que je ne saurais expliquer comment tout cela est possible. Personne ne pourrait l’expliquer. C’est écrit dans mon cerveau, tout simplement.
Je me rends donc (lorsque j’ai fait le deuxième choix) sur le lieu précis et à l’heure précise.
Je reconnais alors en souvenir la situation, souvent quelqu’un qui se fait renverser par une voiture, ou qui saute d’un immeuble. Mais je ne parviens pas à aider la personne, soit parce que je ne l’ai pas reconnue assez vite, soit parce que j’ai réagit trop tard. J’échoue à chaque fois misérablement.
Ce jour là, je rentrais chez moi, comme tous les jours, comme chaque soir après le travail. Je passais devant un fleuriste quand le flash s’empara de moi. Comme d’habitude, un souvenir resta encré dans mon esprit.
Cette fois là, c’était un homme, mais ce fut la seule chose que j’arrivai à distinguer de l’ombre humaine. Il y avait aussi un arbre. L’homme cherchait quelque chose près du tronc. Il avait trouvé ce qu’il cherchait : il s’était précipité sur le sol pour ramasser un objet brillant. Puis il mourut. Un autre homme, plus massif, retira son couteau du corps de sa victime avant de s’éloigner.
Voilà ce que mes souvenirs modifiés me montraient. Je connaissais aussi l’heure et l’endroit où cette scène allait se dérouler.
Le soir même. Dans le petit parc en face de mon immeuble. Mais j’avais encore le temps.
Je rentrai donc chez moi, prit une douche et mangeai un morceau de pizza réchauffé.
J’allumai la télé. Le journal de dix-neuf heures. Des malheurs. Toujours des malheurs. Un car de jeunes randonneurs avait traversé une barrière de sécurité et s’était écrasé en bas d’un ravin. Une femme avait été incarcérée pour avoir empoisonné son mari.
Souvent je voyais aux informations un des drames qui m’était apparu en flash. Je m’y étais habitué, à force.
Jamais je ne parlais de ce don. J’étais le seul à savoir qui allait mourir et à quel instant. Mais pas tout le monde. C’eut été impossible que je puisse voir tous les gens sur la Terre mourir avant l’heure. Si ça avait été le cas, je me serais suicidé depuis lontemps. Non, je voyais une personne quelcquonque, qui n’avait aucun lien, quel qu’il fut, avec moi. J’avais déjà entrepris des recherches pour essayer de comprendre. Mais non, c’était le hasard. Ou peut-être pas. Pourquoi avais-je vu il y a une heure cet homme assassiné près d’un arbre en face de chez moi ? Il n’y avait aucune raison.
Mais une petite voix au fin fond de moi ne cessait de me répéter que si j’avais ce don, ce n’était pas pour rien. Que je devais essayer coûte que coûte d’aider les gens que j’avais vu mourir.
Que devais-je faire ?
La question me vint comme ça. Il était 19 heures 30. J’avais jusqu’à 21 heures pour me décider. Après, cet homme serait mort, poignardé par un assassin.
Allais-je encore échouer ? Comme à chaque fois que je tentais d’éviter à quelqu’un une triste fin ?
En face de chez toi, dit la petite voix.
Ce n’était qu’à une centaine de mètres, après tout. Mais c’était dangereux. Un meurtrier rôderait dans les parages. Je pouvais toujours essayer de prévenir la victime avant qu’elle ne meure. Oui, je pouvais le faire. Je « devais » le faire. Peut-être qu’un autre jour j’aurais renoncé à mon devoir, mais aujourd’hui ce n’était pas le cas, pour je ne sais quelle raison.
J’attendis donc patiemment l’heure que m’indiquait ma mémoire, puis je quittai mon grand appartement vide. Je passai en coup de vent dans la cage d’escalier. Devant la porte d’entrée, j’hésitai un instant. J’avais envie de revenir en arrière, de retourner devant ma télévision. Mais je ne devais pas. La petite voix me poussait à aller dans ce parc.
J’ouvris la porte et débouchai dans la rue mal éclairée. Le vent frais m’obligea à rentrer du mieux que je pu ma tête dans le col de mon manteau. Les battements de mon cœur s’accéléraient à mesure que j’approchais du parc. Je poussai la grille, et me retrouvais seul au milieu des arbres. Je repérai facilement celui qui était inscrit dans ma pensée, un grand chêne qui s’élevait au-dessus d’une mare de buissons. Je me cachai derrière l’un deux. Un sentiment de peur crût alors en moi. Je réalisai soudain qu’on allait tuer quelqu’un, sous mes yeux, dans peu de temps. C’était bientôt l’heure.
Pourquoi fallait-il que ça se passe la nuit ?
Il n’y avait aucun bruit, il faisait noir. Et j’étais seul, caché derrière mon buisson. J’attendis un peu, me recroquevillant pour lutter contre le froid. Ou peut-être mes tremblements étaient dûs à autre chose que le froid…
Je ne savais pas vraiment ce que j´allais faire. Sauter sur l´agresseur, crier à l´homme de s´enfuir, peut-être...
C’était l’heure.
Mais personne ne venait. Je patientai. Toujours rien. Pourtant mes visions ne m’avaient jamais trompé…
Je me souvins alors du flash. L’homme avait trouvé un objet par terre. Après avoir lancé quelques regards furtifs autour de moi, je m’approchai précautionneusement du chêne. Près du tronc, je cherchai du regard l’objet qui avait pu attirer l’attention de l’homme, comme me l’avait montré le flash.
Et je la vis.
Une montre dorée.
Je me baissai vivement pour la ramasser.
Et alors je compris.
Avec horreur.
Mais c’était trop tard.
Le couteau fonçait déjà sur moi, déchirant l’air de sa courbe mortelle.