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Liste des sujets

Le siège de Dümrist

KaiM
KaiM
Niveau 11
14 décembre 2005 à 13:58:13

Euh, quoi ? Tu peux expliquer un peu plus ? je comprends pas bien...

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
14 décembre 2005 à 16:38:01

Jpeux pas faire de com approfondi, je me sens dans un état second là, mais c´était bien.

KaiM
KaiM
Niveau 11
14 décembre 2005 à 16:48:30

Houlà, qu´est-ce qui t´es arrivé ?

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
14 décembre 2005 à 17:37:40

Rien, rien ^^´ Juste la fatigue et d´aut trucs de peu d´importance :) Je suis plus claire à présent ! (Enfin, un peu XD)

KaiM
KaiM
Niveau 11
14 décembre 2005 à 18:50:26

Ah, OK.

La suite, donc, en espérant que mes explications sur la magie soient potables :

- Je vous croyais mort, commença Alexandre.
- Ca a bien failli, répondit Hustouk en s´asseyant.
Ils se trouvaient seuls dans la tente du Prince, installés sur de simple sièges de bois. Alexandre avait entraîné Hustouk ici pour lui parler tranquillement avant que la situation ne se complique encore. Depuis que l´Ork était resté en arrière, à Kridath, pour retenir Andorion au cours d´un affrontement mouvementé, le Prince pensait ne jamais le revoir. Et pourtant...
Alexandre se sentait heureux de revoir son ami, mais rapidement sa curiosité passa au premier plan.
- Alors, comment vous en êtes-vous tiré ?
Hustouk prit une cuisse de poulet dans un plat que le Prince avait fait apporter.
- Longue histoire, dit-il en mastiquant. Vous permettez que je parle la bouche pleine ?
- Je vous en prie...
- Donc, Andorion était bien hors d´état de combattre. Je l´ai vaincu, mais pas tué. Et les hommes du gouverneur m´ont capturé. Quand la bataille de Kridath a débuté, les gardes ont laissé sortir tous les prisonniers, moi compris, pour affronter les Elfes. Jamais vu une armée à ce point désespérée !
- On peut le comprendre, dit Alexandre. Ils se battaient à un contre quatre ou cinq.
Hustouk recracha un bout d´os.
- Je sais. Donc je suis descendu dans les rues pour casser de l´Elfe. Très vite, j´ai compris que nous ne remporterions pas la bataille. L´ennemi était trop nombreux.
- Et alors ?
- Vous vous souvenez des nains qui secondaient Andorion ?
- Anamïn et Ektaïn ?
- C´est ça. Ce n´étaient pas de mauvais bougres, finalement. Ils se sont retrouvés au milieu de ces combats et m´ont secouru juste à temps. A nous trois, nous avons réussi à atteindre une des portes de la cité.
- Et ?
Hustouk haussa les épaules :
- Nous nous sommes enfuis !
Alexandre réfléchit un instant, essayant de reconstituer le cours des événements.
- Les deux nains sont retournés vers leur maître, ensuite ? demanda-t-il.
- Non. Apparemment, Thenetos de Vordal ne tolère pas l´échec. Ils ont déserté et j´ai voyagé un temps avec eux.
- Ce qui ne répond pas à l´interrogation essentielle : que faites-vous ici ?
L´Ork vida un gobelet de bière.
- Une autre longue histoire... Je pourrais vous retourner la question, mais je me doute que vous ne me diriez rien. Donc, autant raconter...
Il se cala confortablement dans son siège et poursuivit :
- Je suis né dans ces montagnes, j´y ai grandi. Je vous passe les détails de mon enfance pour en venir au point-clé : il y a cinq ans, notre clan a lancé un raid sur Dümra. Nous comptions piller quelques villages et rentrer chez nous quand les choses ont mal tourné : nous sommes tombés sur une bande de mercenaires chargée d´exterminer les brigands. Un affrontement a suivi, ne laissant que trois survivants : Zortas et moi dans mon camp, un Varak chez les autres.
- Tektus ?
- Oui. Zortas, qui dirigeait notre groupe, a prétendu que tout ça était ma faute et m´a interdit de revenir dans ce pays, menaçant de me tuer si nous nous revoyions à nouveau. Incapables de continuer à nous battre, Tektus et moi avons sympathisé et nous sommes rendus à Dümrist pour oublier à coups d´alcool cet épisode peu glorieux. C´est là que le baron Tarlaq nous a rencontrés et engagés.
- Et maintenant ?
- Regagner la capitale à pied, sur un terrain contrôlé par les Elfes, n´était guère envisageable. J´ai senti, au fond de moi, que je devais revenir ici, régler son compte à Zortas et retrouver mes racines.
- Et Tarlaq ? lança sévèrement Alexandre. C´est votre maître. Vous auriez dû le rejoindre.
- Il approuverait, assura Hustouk sans hésitation.
Le Prince s´aperçut que l´Ork avait raison. Tarlaq considérerait le départ d´Hustouk comme une lourde perte, mais le comprendrait. C´était son genre.
- Et visiblement, j´ai eu raison, ajouta l´Ork.
- Quoi ?
- J´ai cru comprendre que la horde allait attaquer Alméra.
- Oui, et ?
- C´est là que je dois aller.
- Quoi ?
Alexandre se sentit aussitôt intrigué. Il voyait Hustouk comme un bon guerrier, féroce et obéissant. Qu´il puisse cacher un secret paraissait impossible. Pourtant, le Prince avait conscience d´un mystère dans cette histoire.
- Je ne peux pas tout vous révéler, expliqua l´Ork. J´ai discuté avec Anamïn et Ektaïn et ainsi découvert deux choses. D´abord, leur maître, Thenetos, pourrait s´intéresser à moi. Ensuite, je dois me rendre en Alméra. Désolé de ne pas vous en dire plus, mais ça ne concerne que moi.
- Très bien...
Alexandre décida de ne pas insister.
- Et vous, qu´allez-vous faire ? l´interrogea Hustouk.
- Dans quelques jours, la horde se mettra en marche. Le comte Thibaut regagnera le nord pour rassembler des renforts. Je le suivrai.
Un silence s´installa que le Prince finit par rompre :
- Hoktar vous a appelé « cousin », tout à l´heure.
- Nous le sommes. Il fait partie de ceux qui étaient restés dans les montagnes lors du raid dont je vous ai parlé tout à l´heure.
Alexandre se leva.
- Je suis vraiment content de vous revoir, Hustouk. Savoir que l´un des nôtres a survécu aux événements de Kridath est rassurant. Je regrette simplement de ne pas savoir si les autres s´en sont sortis.
- Sur ce point, je ne peux pas vous aider.

La chambre était une pièce carrée meublée de deux lits et d´une étagère. A peine entré, Artus alla fermer les volets, ne laissant filtrer que très peu de lumière.
- Assieds-toi, dit-il à Adrien.
Le garçon s´installa sur un des lits et attendit. Artus se tourna vers lui.
Il aimait bien son élève. Outre ses pouvoirs incroyables, il possédait un trait de caractère très précieux aux yeux du magicien, qui n´avait pas de temps à perdre : le détachement.
Adrien n´avait pas manifesté de remords en tuant une dizaine d´Elfes à Kridath, ni de peine en quittant la ville sans savoir ce qu´il advenait de sa famille. Il semblait indifférent à tout, et Artus ne le lui reprochait pas. Au contraire. Si en plus, il pouvait se montrer un disciple attentif et appliqué...
Le magicien s´assit sur son lit.
- Je vais essayer de te faire une introduction potable. Il existe des milliers de formes de magie, depuis l´art d´invoquer des démons jusqu´à celui de préparer des potions, en passant par le plus intéressant : celui de jeter des sorts par soi-même. Ce dernier se subdivise en des centaines de styles, mais suppose dans tous les cas l´existence d´une sorte de champ d´énergie qui couvre le monde entier, comme si la magie était présente partout, dans l´air et dans les objets. Tu suis ?
Adrien hocha la tête. Artus poursuivit :
- Donc, la pratique de la magie se décompose en deux étapes. La première consiste à accumuler de l´énergie, la deuxième à la libérer sous forme de sortilège. Dans les deux cas, il est possible de recourir à des incantations mais le plus important est la concentration. Tu suis toujours ?
Comme son élève acquiesçait, Artus continua son cours :
- Bien. Certains mages, comme les maîtres Chanteurs, sont capables de s´approprier l´énergie qui circule dans l´air, ce qui rend leur pouvoir presque inépuisable. Nous n´avons pas ce niveau, et nous devons nous contenter du pouvoir enfermé à l´intérieur de notre corps.
- Tout le monde a ce pouvoir ?
- Oui, mais en quantité différente. La plupart des gens ne disposent pas d´assez d´énergie pour utiliser la magie. Tous les deux, nous faisons partie des rares élus qui reçoivent ce don inné. Donc, pour jeter un sort, tu dois d´abord concentrer en un seul point l´énergie répartie dans ton corps entier.
- Quelle genre de point ?
- Vu que tu dois ensuite la projeter, le plus simple est de choisir les mains. Une fois que c´est fait, tu dois prendre le contrôle de cette force et la modeler pour élaborer ton sortilège. Le plus simple, pour cela, est de la diviser en lignes d´énergie qui serviront à tisser le sort en question.
- Là, je comprends plus.
Artus soupira.
- Je m´en doutais. C´est généralement à ce point qu´on bloque. Heureusement, nous n´en sommes pas encore là. Avant de projeter ton énergie, il convient de la rassembler. C´est à cela que tu vas t´exercer.
- Et pourquoi la magie fatigue-t-elle ?
- Drainer l´énergie à travers ton corps est éprouvant. Non seulement tu finis par épuiser tes réserves de pouvoir, ce qui t´oblige à attendre qu´elles se reforment, mais en plus ton organisme est malmené. Autant t´avertir tout de suite : si tu forces trop, tu risques la mort.
- A ce point ?
- Oui.
Adrien resta pensif une dizaine de secondes puis demanda :
- Comment suis-je censé m´entraîner ?
- C´est à la fois simple et compliqué. Simple, parce que je ne te donnerai presque aucune directive. Toi seul peut prendre conscience de ton pouvoir. Compliqué, parce qu´il te faudra des jours, des mois peut-être, avant de le maîtriser. Tu dois te concentrer, faire le vide en toi, et chercher à sentir l´énergie qui coule dans ton corps. Ta volonté te permettra alors de la diriger vers ta main. Les explications s´arrêtent là. A toi de jouer.
Adrien ferma les yeux. Son front se plissa. Ses bras se crispèrent.
- Détends-toi, lui enjoignit son maître.
Le garçon s´apaisa, sa respiration se fit lente. Trois minutes s´écoulèrent.
- Je n´y arrive pas, déclara-t-il enfin.
- Je m´en doute, répliqua Artus. Tu n´y travailles que depuis quelques minutes. Il faut bien plus de temps.
Il se leva.
- Je vais faire un tour dans le village. Reste ici et continue.
Le magicien ouvrit la porte et disparut dans le couloir en refermant derrière lui.
Adrien se concentra. Il avait beau faire, il ne parvenait pas à sentir le pouvoir dont parlait son maître. Il en arrivait à douter de la vérité de la leçon. Comment de l´énergie pouvait-elle circuler en lui ? C´était absurde !
Il poursuivit néanmoins ses efforts. Il s´étendit sur le lit, respira profondément. Chercha.
Il restait immobile, inconscient de toute lumière et de tout bruit. Seules quelques sensations lui parvenaient. Son gros orteil droit le démangeait. Il avait chaud sur la joue gauche. Une odeur de bois. Le contact du matelas et d´un coussin sous sa main gauche. Une légère douleur au poignet. Un picotement à la nuque. Non. Une bosse à la nuque.
Adrien palpa son crâne. Il n´y avait rien. L´impression avait disparu.
Il s´allongea à nouveau, referma les paupières.
Un long moment passa.
Puis, à nouveau, cette sensation. Comme un poids à l´arrière de sa tête. Cette fois, Adrien ne chercha pas à se redresser. Il essaya de ne pas y faire attention, sentant confusément cette charge dans sa nuque. Puis il s´aperçut que le phénomène s´étendait dans son cou. Non, il ne s´étendait pas. Il avait lieu dès le début.
Adrien prit peu à peu conscience que tout son corps devenait lourd, piquant. Il essaya de comprendre, tout disparut.
Artus avait raison. Le pouvoir se manifestait. Excité, le garçon recommença.
Tant qu´il fut énervé, il ne se passa rien. Puis il se calma, et lentement cette impression revint. Adrien essaya de la capturer. Elle s´enfuit.
Après trois tentatives, il parvint enfin à saisir ce poids. Il sentait à présent l´énergie palpiter en lui. Fort d´un peu de prise, il essaya de la rassembler. Il échoua.
Une heure, deux, trois. Sans se décourager, Adrien tenta de s´emparer de ce pouvoir.
Enfin, il eut comme l´impression de crocheter quelque chose. Il tira.
Une légère vague de chaleur envahit sa main droite. Disparut très vite.
Adrien sourit. Il comprenait.
Artus poussa la porte à cet instant.
- Alors ?
- Je crois que je commence à sentir ce dont vous m´avez parlé, maître.
- Très bien. Mais tu devrais arrêter. Descendons.
- Pourquoi ?
- Cette vieille femme, Nurmill Aqlaï. Elle va commencer un récit.

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
14 décembre 2005 à 19:54:51

Chapitre légèrement moins intéressant que les autres, ´cause y´a qu´d´la parlotte et que voilà, faut l´avouer t´es plus doué pour les combats. :-) M´enfin, j´ai quand même apprécié le ch´tit cours sur la magie, hein. :)

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
14 décembre 2005 à 20:09:12

Pour ma part, les chapitres comme ça me plaisent autant que les autres ^^ J´ai juste repéré une faute en lisant vite, euh... atta que je retrouve... "- Quelle genre de point ? "

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
14 décembre 2005 à 20:48:24

Chacun son truc Grhyll. :-) J´avoue que quand s´passe rien général´ment ça m´emballe moins, m´enfin y´a des exceptions. :-) (Moux par exemple. :-))) ). Et au niveau fautes, j´avais oublié d´signaler qu´j´crois en avoir vu une, mais que j´suis pas entièrement sûr : " La plupart des gens ne disposent"==>C´est LA plupart, donc j´aurais tendance à dire "ne dispose", mais maintenant je ne suis pas sûr...donc j´attends d´autres avis. :-)

miss_allsunday
miss_allsunday
Niveau 7
15 décembre 2005 à 19:05:39

je suis plutôt d´accord avec grhyll :-)
les combats sont en effet super méga géniaux, mais ça fait pas de mal aux personnages de se reposer un peu :fou:
:ange:

hipop_danseuse
hipop_danseuse
Niveau 10
15 décembre 2005 à 19:23:54

en effet, je suis aussi d´accords avec grhyll et miss...

pour ce qui est deta faute, azerty, je ne l´avais pas remarquée, et je crois que c´est ce que tu dis, mais je suis vraiment mais alors vraiment pas sûre ^^ :)

chris12
chris12
Niveau 9
16 décembre 2005 à 19:27:18

autant y a certain chap de calme que j´aime autant celui-là il m´a pas trop plu. Trop lent je pense et pas un petit sort ou un chouia de magie

KaiM
KaiM
Niveau 11
17 décembre 2005 à 10:24:58

L´idée était justement de faire comprendre que la magie, c´est pas simple. C´est long, ennuyeux, fatigant, et il faut pas mal de temps pour franchir les premières étapes. Evidemment, j´aurais aussi pu faire l´enfant prodige qui maîtrise des sorts ultra-puissants du premier coup, mais j´ai préféré éviter.

Bon, allez, la suite.

KaiM
KaiM
Niveau 11
17 décembre 2005 à 10:27:18

L´énorme bassine de fonte s´enfonça dans l´ombre avant d´en ressortir, chargée de dizaines de mètres cubes d´eau. Le tout devait bien peser cent tonnes.
Un homme fouetta un attelage de boeufs, qui s´avança en entraînant un levier qui à son tour imprima son mouvement à une immense roue dentée fixée sur un bloc de pierre. Les engrenages cliquetèrent, la première roue en fit tourner une seconde, plus petite, faisant pivoter un axe.
Une chaîne s´enroulait autour de cette axe, passait dans une impressionnante grue de bois avant de soulever la bassine emplie d´eau. Cran par cran, mètre par mètre, cette dernière remonta le Puits.
Dario ne se lassait jamais de ce spectacle.
Debout au bord du gouffre creusé dans la caverne, il contemplait l´incroyable machine en action. L´eau s´élevait lentement vers lui, se balançant sans jamais toucher les parois. Une preuve du génie des hommes.
Bâtie sur une colline pompeusement nommée « le mont Düm », Dümrist se dressait à un kilomètre de la plus proche rivière, le Forig. Son approvisionnement en eau, nécessaire à toute citadelle fortifiée, ne venait pas de là.
On avait érigé la ville à cet endroit précis pour une raison capitale. En cas de siège, un cours d´eau peut aisément être empoisonné par l´ennemi. Une nappe phréatique, non.
Il avait fallu bien des années de travaux pour forer et consolider les galeries, la caverne et le Puits. L´ensemble s´enfonçait à cent mètres sous le sol du Palais Royal pour enfin atteindre l´eau si précieuse, capable d´alimenter toute la cité.
Le seau émergea du Puits après une bonne demi-heure d´efforts. Quelques hommes dételèrent les boeufs et leur donnèrent à manger tandis que d´autres faisaient tourner la grue.
La bassine de fonte se balança dans l´air avant de heurter une rampe de bois incurvée large de plusieurs mètres. Un homme tendit une corde accrochée à la base du seau, un nouveau groupe de boeufs tira et la bassine bascula.
L´eau se déversa dans le tuyau de bois avec un grondement assourdissant. Des tonnes de liquide roulèrent sur la rampe et disparurent dans les canalisations. Bientôt, l´eau atteindrait un réservoir d´où partiraient des porteurs qui ravitailleraient toute la ville.
Une mécanique parfaitement huilée.
- Maître Dario !
Le mage détacha son regard du Puits et se retourna pour apercevoir le baron Tarlaq qui déboulait d´un couloir éclairé par une torche, visiblement très excité.
- Qu´y a-t-il ? demanda le maître Chanteur.
- Dites tout de suite que vous ne m´avez pas vu ! cria une voix nasillarde.
Une forme brune bondit de l´épaule de Tarlaq et vint voler juste devant le nez de Dario.
- Et maintenant, c´est toujours pareil ? Vous ne voyez pas non plus ? Hein, c´est ça ?
Un grand sourire illumina le visage du mage.
- Frid ! Si tu es là, c´est que...
- Ouais, le gamin est toujours vivant ! Je sais pas pour combien de temps, mais il tient le coup.
- Mais où est-il ?
Tarlaq arriva à leur hauteur.
- Si vous arrivez à faire parler cet oiseau, alors bravo ! grommela-t-il. Il vient d´arriver et ne veut parler qu´à vous. Et bien sûr, impossible de trouver Namâric.
- Je ne cause qu´à Dario d´Yrwald en personne, pigé ? Ce sont mes ordres !
Le maître Chanteur ne les écoutait pas. La surprise passée, il débordait de joie. Alexandre, vivant ! Il aurait serré Frid dans ses bras s´il n´avait craint de l´écraser.
- Donc, écoutez ça, poursuivit le volatile.
Sa voix changea, et il récita son message avec le timbre du Prince Alexandre :
« Bonjour, maître. Vous aurez certainement beaucoup de questions à me poser quand je rentrerai à Dümrist, mais pour l´instant je vais être bref. Je suis en vie et je me trouve dans un camp Ork près de l´Echine du Serpent, avec le comte Thibaut de Montfort qui rassemble des renforts dans les marches du Nord. Si vous n´y comprenez rien, allez interroger le général Thul´lod, c´est lui qui a conçu ce plan et il a tenu à n´en parler à personne dans la capitale, excepté à mon père et à moi.
« Il s´est passé beaucoup de choses à Kridath. Entre autres, je me suis mis à dos Thenetos de Vordal, le Premier Mage de l´Empire d´Affoth. Je sais, c´est un cauchemar, mais pour l´instant je m´en soucie comme de ma première paire de bottes. J´ai trouvé ce que j´étais allé chercher, c´est-à-dire non pas les cendres de Saint Gapor, comme je vous l´ai fait croire, mais un objet magique appelé l´oeil de Kashnir. Personne ne peut l´utiliser à moins de passer des années à construire un sort avec, mais encore une fois je m´en moque car un sujet plus grave requiers notre attention.
« En chemin, j´ai été attaqué par un certain Jakarn, un mercenaire chargé de me tuer par, tenez-vous bien, Tanaril de Ganor. Je sais, ça paraît incroyable, et pourtant je suis formel. »
Dario s´étrangla de surprise. Tarlaq, tout aussi interloqué, reprit le premier ses esprits.
- Tanaril ! rugit-il en empoignant son épée. Jamais je n´aurais cru ça de lui ! Je vais m´occuper de le pourfendre !
- Doucement, modéra Dario, blême. Ecoutons d´abord la fin du message.
- Vous devriez, dit Frid.
Il reprit la voix d´Alexandre :
« Apparemment, malgré l´inutilité de l´oeil de Kashnir, Tanaril préférait me tuer que de me voir le récupérer. En attendant d´éclaircir ce mystère, je veux que vous l´arrêtiez. Sous n´importe quel prétexte, meurtre, viol, fraude fiscale ou abus de bien sociaux, mais écartez-le du jeu.
« En ce qui me concerne, je vais regagner les marches du Nord avec le comte Thibaut. Nous nous reverrons à la fin de la guerre.
« Un dernier détail : Ce mercenaire, Jakarn, a été pris pour cible par quatre assassins envoyés eux aussi par Tanaril pour le faire taire. Je joins à ce message une copie du tatouage qu´ils portaient tous sur la poitrine. Si vous pouviez vous renseigner, ça m´aiderait. Ils appartiennent peut-être à une guilde dont nous ignorions jusque-là l´existence.
« Au revoir, maître. Portez-vous bien »
- Le courrier s´arrête là, déclara Frid.
Un instant de silence s´écoula. Tarlaq finit par hasarder :
- Que fait-on pour Tanaril ?
- Cette histoire est vraiment incroyable, murmura Dario. Bon, arrêter Tanaril de Ganor ne devrait pas poser trop de problèmes en soi, mais les conséquences ne sont pas négligeables. Notamment, nous devons éviter de semer le trouble parmi les Mages de Combat.
Tarlaq haussa les épaules :
- Vous me surprenez toujours par la rapidité avec laquelle vous laissez de côté votre étonnement. Vous vous occupez déjà de la suite des opérations alors que moi, je suis encore en train de digérer les révélations. Quoi qu´il en soit, en ce qui concerne les Mages de Combat, pourquoi y aurait-il des problèmes ?
- Leur commandant est un héros pour eux, expliqua Dario. Ils ne nous laisseront pas l´arrêter comme ça. Il faut vite trouver quelqu´un capable de les reprendre en main.
- J´ai l´homme qu´il vous faut, affirma le baron.
Dario le regarda droit dans les yeux.
- Qui ?
- Son premier lieutenant, Azbédial Kotèil. Il est ambitieux et contrôle déjà une bonne partie des Mages de Combat. Il prendra le commandement sans heurt. Voilà pourquoi je vous ai dit que tout se passerait bien.
- Tarlaq, je me demande parfois qui de nous deux s´y connaît le plus dans ce domaine...
Le maître Chanteur se tourna vers Frid :
- Tu m´as parlé d´un document ?
- Exact. Ce fameux tatouage qui intéresse tant le Prince.
Le volatile tendit à Dario une mince feuille de parchemin. Le mage la déroula, l´observa attentivement...
Et devint livide.
- Quoi ? s´inquiéta Tarlaq.
Les mains tremblantes, Dario fourra le parchemin dans une poche de son long manteau bleu.
- Une chose à la fois. Occupons-nous d´abord de Tanaril.
- Entendu.
Les deux hommes et l´oiseau se dirigèrent vers la sortie de la caverne du Puits. Dario restait très pâle.
Il ne pouvait s´empêcher de penser au dessin.
Une de ses plus grandes certitudes venait de s´effondrer.

KaiM
KaiM
Niveau 11
17 décembre 2005 à 10:27:48

L´arrestation de Tanaril de Ganor fut préparée avec soin.
Moyennant quelques couronnes, on trouva bientôt dix personnes prêtes à jurer sur l´honneur qu´elles avaient trouvé un cadavre poignardé dans une ruelle. En ajoutant encore un peu d´or, on obtint vingt témoignages expliquant que Tanaril de Ganor lui-même avait été aperçu dans les parages et que d´ailleurs, la victime n´avait pas été poignardée, mais tuée par un sortilège. Quelques pièces changèrent encore de main, et trois experts en magie purent affirmer que le corps portait la marque des sorts de Tanaril. Tout ceci ne ferait pas long feu devant une enquête plus poussée, mais pour l´instant ces pseudo-preuves suffisaient pour faire enfermer le suspect.
Azbédial Kotèil assura bien vite qu´il était prêt à prendre la direction des mages de Combat, que d´ailleurs il se méfiait de Tanaril depuis des années et que lui ne ferait pas honte à son roi qu´il aimait plus que tout au monde.
Frid partit se reposer et on retrouva vite Namâric. Le Paladin envoya un oiseau messager à Alexandre pour l´informer de l´état du roi et lui transmettre un bon coup de colère de Dario, furieux d´avoir été tenu si longtemps hors des secrets de son propre élève.
Restait la partie essentielle de l´opération : procéder à l´arrestation.
Le quartier général des Mages de Combat occupait quelques étages austères dans la tour Est du Palais Royal. Après s´être assurait que Tanaril s´y trouvait bien, Tarlaq posta des hommes à toutes les issues, bouclant le périmètre avec une efficacité redoutable.
Namâric proposa son aide, mais Dario déclina l´offre :
- Cette affaire ne concerne pas les Paladins Noirs. Je m´en occupe seul. Sans vouloir vous vexer, je crains que votre présence ou celle d´un de vos hommes lors d´une telle arrestation puisse donner naissance à trop de rumeurs.
Le guerrier n´insista pas.
Dario pénétra dans la tour Est, accompagné de Tarlaq, Vladek, et de vingt soldats des plus entraînés. Autant ne pas prendre de risques.
Ils passèrent une porte marquée de l´insigne des Mages de Combat, traversèrent un couloir puis une salle d´entraînement, gravirent un escalier, parcoururent une enfilade de corridors et se retrouvèrent devant le bureau de Tanaril.
- J´y vais seul, déclara Dario. Même en cas de problème, attendez mon signal pour intervenir.
- Et si vous êtes incapable de parler ? demanda Vladek.
- Ca n´arrivera pas. Vous êtes sûr de vouloir rester, au fait ? Je pense que vous n´avez pas assez récupéré...
Le capitaine se contenta de sourire. Parfaitement remis, il avait revêtu l´uniforme et la cotte de mailles conventionnels des soldats du baron Tarlaq, et dégageait tant de force qu´on ne pouvait douter de ses capacités.
- C´est vous qui voyez, après tout, soupira Dario. J´espère quand même qu´il ne sera pas nécessaire de se battre.
Il poussa la porte d´acajou.
Tanaril de Ganor se tenait devant sa fenêtre grillagée, entre une armure sombre à l´aspect menaçant et un bureau de chêne couvert de cartes et de livres. Ses yeux rouges brillaient sinistrement dans les dernières lueurs du jour tandis que sa cape noire, complètement repliée, lui donnait un air sinistre.
Il ne parut pas surpris quand Dario entra dans la pièce et referma la porte derrière lui.
- Que désires-tu ?
- Tanaril, tu es en état d´arrestation.
Aucune réaction. Dario poursuivit :
- On a découvert un cadavre dans une ruelle, et tout prote à croire que c´est toi qui l´a tué. Tu en répondras devant la justice.
- Le Prince a donc survécu...
- Quoi ?
Tanaril avança de deux pas.
- Inutile de jouer la comédie, Dario. Ce prétexte stupide pour me faire arrêter prouve que tu as reçu un message du Prince. Pourquoi comploterais-tu contre moi, sinon ?
Le maître Chanteur ajusta ses appuis, prêt à bondir. Tanaril était dangereux, pas question de se laisser surprendre.
- Tu as envoyé un mercenaire pour tuer Alexandre. Explique-toi.
- Je n´ai pas d´explications à te donner, Dario. De toute façon, ça te dépasse.
- Les Elfes Noirs ?
Tanaril éclata de rire.
- Tu as toujours cru à cette théorie, hein ? Selon laquelle les Elfes Noirs essayent de noyauter tous les gouvernements de ce continent ? Oublie ça. Je t´ai cent fois répété que nous formons un peuple à part, qui vit loin des hommes, et que ceux d´entres nous qui s´aventurent dans ces contrées ne peuvent pas rentrer chez eux. Je n´ai pas de maître qui me dicte mes actes depuis un royaume perdu, Dario. Fourre-toi bien ça dans le crâne.
- Pourquoi, alors ?
- Je te l´ai dit : ça te dépasse.
- Et les hommes tatoués ?
Pour la première fois, Tanaril se raidit.
- Qu´as-tu dit ?
- Tu as envoyé des hommes pour tuer ton assassin. Des hommes qui portaient tous les même tatouage sur la poitrine.
- Ce n´est pas moi qui les ai envoyé, affirma l´Elfe Noir. Mais ça m´intéresse. Merci de me l´avoir signalé.
- Qui sont-ils ?
- Aucune importance. Maintenant, si tu veux bien me laisser partir... Je crois que ma place n´est plus ici.
Il avança encore. La tension monta. Dario se campa face à lui.
- Tu vas me suivre jusqu´à la prison, Tanaril. Sans discuter.
L´Elfe Noir le jaugea un instant du regard puis lança :
- Tu n´aimes pas qu´on s´en prenne à tes élèves, hein ?
Le maître Chanteur ne répondit pas. Concentré sur l´inévitable.
- Nous ne devrions pas être ennemis, conclut Tanaril.
Dario perçut la naissance du sort juste avant qu´il ne se matérialise. Une boule de feu apparut entre les doigts de l´Elfe Noir et fila droit sur le maître Chanteur.
Une seconde.
C´est le temps que mis la sphère ignée à atteindre sa cible.
C´est aussi le temps qu´il fallut à Dario pour réciter les trente-trois notes du Chant du Bouclier, réputé pour son exaspérante complexité et la difficulté qu´on éprouvait généralement à en retenir le premier quart sans sombrer dans la folie.
Un écran d´énergie se matérialisa devant lui. La boule de feu s´y écrasa avec une assourdissante détonation qui couvrit le chuintement du sabre quittant son fourreau.
Déjà Dario bondissait en avant. Sa lame décrivit une courbe étincelante, empreinte de grâce et porteuse de mort. Tanaril ne l´esquiva qu´en plongeant au sol. Il roula sur lui-même, se redressa et tendit la main à nouveau.
Un rayon rouge fusa vers Dario en sifflant. L´air autour du maître Chanteur gardait la trace du bouclier qu´il venait de créer. Deux notes suffirent à le réactiver. La flèche de lumière ricocha contre le rideau magique et revint sur Tanaril qui l´évita d´un bond avant de se remettre en garde.
Dario abaissa son écran et s´élança. Son sabre tournoya, s´abattit.
Long crissement.
Le maître Chanteur dépassa son adversaire et fit volte-face pour se replacer en position de combat.
Tanaril de Ganor se tenait debout devant lui, un sourire sarcastique aux lèvres.
Entaillée sur toute sa longueur, sa cape tomba au sol.
Le commandant des Mages de Combat portait une armure noire sur laquelle s´entrelaçaient des motifs dorés et mystérieux. Une longue éraflure barrait le métal, de la hanche gauche à l´épaule droite.
- Un coup pareil m´aurait tué si je n´avais porté cette cuirasse. Tu cherches donc vraiment à prendre ma vie ?
- Tu t´attendais à ma venue, constata Dario.
- Je sentais un affrontement imminent. Je n´ai fait que prendre mes dispositions.
Le maître Chanteur fit un pas en avant.
- Tu vas perdre, Tanaril. Tu le sais. Pourquoi ne pas te rendre ?
- Parce que tu me sous-estimes !
L´Elfe Noir leva la main. Dario s´attendait à un nouveau sort, mais il n´en fut rien. Une superbe lance de combat s´envola d´un râtelier et vint se poser dans les mains de Tanaril. Il passa à l´attaque.
Dario para un coup d´estoc, repoussa l´arme de son adversaire et riposta. L´acier cliqueta quand les lames se heurtèrent. Tanaril recula d´un bon mètre, évita une nouvelle attaque et plaça un coup de pied circulaire. Le maître Chanteur le contra l´un revers de la main, glissa sur le côté avec une fulgurante rapidité et dans le même mouvement abattit son sabre.
Tanaril bloqua de justesse la lame qui lui aurait tranché la tête, fit un pas en arrière. Sa lance fendit l´air en une ample parabole. Dario esquiva l´assaut, passa sous la garde de son adversaire et frappa. L´Elfe Noir ne dut qu´à un prodigieux réflexe de ne pas finir transpercé. Il se laisser tomber au sol, rebondit et s´éloigna avant de serrer le poing.
Des rais de lumière filtrèrent entre ses doigts. Dario se rua vers lui. Son sabre chanta, heurta la lance de Tanaril. Les lames s´écartèrent, se rejoignirent dans une pluie d´étincelles, tourbillonnèrent encore.
Les deux mages rivalisaient de puissance et d´adresse. Dario jouait du sabre avec une extraordinaire maestria, enchaînant des attaques aussi fluides que précises, bondissant en tous sens et échappant sans cesse à la lance de Tanaril. Ce dernier lui tenait tête avec brio, maniant sa lance d´une seule main, frappant de la pointe ou du manche et parant les assauts avec une fermeté implacable.
Dans son autre main la lumière se faisait de plus en plus vive.
L´Elfe Noir feinta, lança son pied dans la hanche de Dario, manqua son coup. Le maître Chanteur leva son arme...
Qui lui échappa des mains quand une vague argentée la percuta. Tanaril chancela sous le contrecoup de la magie, mais continua d´accumuler de l´énergie dans son poing.
Dario comprit qu´il devait agir vite. Très vite. Son adversaire rassemblait assez de pouvoir pour le réduire en cendres.
Trois notes, et son sabre s´éleva dans les airs pour retourner dans sa paume. Le maître Chanteur contra une dernière fois la lance de Tanaril, l´écarta d´un coup sec du plat de sa lame, prit son élan...
Trop tard.
Une explosion de lumière le frappa en pleine poitrine et le rejeta contre le mur.
Dario, sonné, étendu à terre, commença par se maudire pour sa lenteur puis s´étonna d´avoir survécu. La vue brouillée, il aperçut la porte du bureau qui s´ouvrait sur les gardes : Tarlaq et Vladek avaient dû décider de passer outre les recommandations du maître Chanteur.
Celui-ci comprit alors pourquoi le sortilège ne l´avait pas tué : Tanaril avait gardé de l´énergie en réserve !
L´Elfe Noir leva la main. Une sphère lumineuse traversa la pièce et éclata entre les soldats qui s´éparpillèrent au sol comme un jeu de quilles, dans un chaos indescriptible de corps, d´épées et d´armures.
Tanaril courut vers la sortie.
Les guerriers, assommés et empêtrés, gênés par leur nombre et leur équipement, ne parvenaient pas à se relever.
Vladek se reprit le premier, alors que l´Elfe Noir atteignait la porte. Il sauta sur ses pieds et son épée cingla l´air, meurtrière. Tanaril intercepta la lame avec sa lance et décocha au capitaine un violent coup de hampe. Vladek esquiva l´attaque en se baissant, sortit les griffes dissimulées dans sa main d´argent et les propulsa droit sur le ventre de son adversaire.
Il ne toucha pas sa cible.
Tanaril fit un geste de l´index et le capitaine s´arrêta net, figé sur place. Le pied de l´Elfe Noir percuta son visage et il retomba à terre.
Dario se redressa péniblement. Chuta à nouveau. Tanaril franchit la porte.
Devant lui, le baron Tarlaq mit un genou en terre. Empoignant son épée à deux mains, il la projeta avec toute la violence dont il était capable. L´Elfe Noir tenta de l´éviter. Il n´y parvint pas.
Le fil de la lame mordit sa cuisse et la lacéra jusqu´à l´os. Tanaril poussa un hurlement de douleur mais, en grimaçant sous la souffrance, parvint à abattre le manche de son arme sur le front de Tarlaq. Le baron s´effondra.
Tanaril s´éloigna en boitant. Comme d´autres soldats se relevaient derrière lui, il rassembla ses dernières forces et cria :
- Proguèlès !
Un bouclier d´énergie apparut dans le couloir, barrant la route aux soldats. Tanaril disparut dans l´ombre.
Dario accourut enfin pour constater l´échec des soldats. L´écran se dissipait lentement.
- Poursuivons-le ! rugit Tarlaq.
- Inutile, rétorqua le maître Chanteur. Il doit déjà être loin.
- Alors, que faire ?
- Tanaril est blessé. Il ne sait pas voler, comme certains mages. De toute façon, ce combat l´a épuisé et il lui faudra plusieurs jours pour récupérer. Bloquez toutes les portes du Palais et de la ville, et il ne pourra pas s´échapper !
- Entendu, répondit le baron.
Il s´éloigna avec ses hommes tandis que Vladek demeurait à côté de Dario.
- Je savais les Mages de Combat puissants, mais pas à ce point ! s´exclama le capitaine.
- Tanaril est quelqu´un d´exceptionnel parmi eux, répondit le maître Chanteur. Cela dit, je n´aurais jamais imaginé qu´il disposait d´un tel pouvoir. Ou alors, c´est moi qui vieillis...
Vladek rengaina son épée et se massa le menton.
- Quand même, paralyser son adversaire, je considère ça comme un coup bas. J´aurais ma revanche. Et vous, qu´allez-vous faire ?
Dario se retourna vers un groupe de mages qui venaient de déboucher d´un couloir, attirés par le vacarme de l´affrontement.
- Je vais vous laissez leur expliquer ce qui se passe, déclara-t-il. Moi, j´ai une autre affaire en cours...

:)

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
17 décembre 2005 à 11:44:03

Wéééé j´aiiime ^__^

Rien d´autre à dire en fait, chuis vraiment pas constructive, au fond.

KaiM
KaiM
Niveau 11
17 décembre 2005 à 12:15:28

Je note que tu n´as pas repéré la faute à l´avant-dernière phrase...

Bon, ben heureux que ça te plaise, parce que moi je trouvais ce combat faiblard.

Sunshadow
Sunshadow
Niveau 7
17 décembre 2005 à 12:42:15

Toujours aussi bien
Une faute, pour une fois que j´en remarque une:
"Après s´être assurait que Tanaril s´y trouvait bien"
Devinez...

miss_allsunday
miss_allsunday
Niveau 7
17 décembre 2005 à 12:55:39

trop bien!!!!
j´adore le combat dario VS tanaril.j´étais sûre qu´il arriverait à s´échapper :-(
:ange:

Docteur_Chakall
Docteur_Chakall
Niveau 8
17 décembre 2005 à 19:28:22

Tiens tiens... Tanaril qui s´échappe.

Les choses se mettent en place, on dirait. Mais pourquoi Dario a-t-il été surpris pas le dessin des tatouages ?

KaiM
KaiM
Niveau 11
19 décembre 2005 à 12:27:09

Suite, explications et interrogations :

Le temple de Mogas, dieu de la guerre, se trouvait au bout d´une large rue marchande, non loin du Palais Royal de Dümrist. C´était un bâtiment carré, sans étage, pourvu de colonnes massives qui soutenaient son toit de granit. Si on avait encore pour coutume de faire des offrandes au dieu avant les batailles, le rôle du culte de Mogas dans la vie du royaume n´allait pas beaucoup plus loin. Les prêtres vivaient des maigres dons de leurs quelques fidèles et des largesses occasionnelles du roi. Leur influence n´était plus qu´un souvenir, leur religion une relique du passé. Le temple n´avait plus rien de sa grandeur de jadis.
Contrairement à l´Académie de Magie.
Adossée aux remparts du Palais, elle dressait vers le ciel son amas de tours scintillantes coiffées de flèches ou de coupoles plaquées au bronze. Une seule et immense porte permettait d´accéder à cette école plus prestigieuse que toute autre, où l´on formait la quasi-totalité des magiciens du royaume. Les études, longues et difficiles, mais sources de pouvoir et d´argent, duraient entre huit et quinze ans.
Fernio et Lynae en étaient à sept. Entrés à l´Académie depuis leur dixième anniversaire, c´étaient des étudiants modèles, travailleurs et appliqués. Si leur pouvoir n´avait rien d´exceptionnel, leur sérieux suffisait à leur ouvrir un avenir tranquille et un poste correct dans une ville importante, si toutefois Dümra gagnait la guerre.
Fernio, un grand blond athlétique, se distinguait aussi par son épouvantable caractère en présence de plus jeunes élèves que lui et son affabilité devant les professeurs. Séduisant, bien bâti et doté de magnifiques yeux bleus, il n´avait eu aucun mal à impressionner ses copains en faisant tomber Lynae sous son charme.
Du moins le croyait-il.
La jeune fille, en réalité, commençait à s´ennuyer de lui. Pourvue d´un physique des plus avenants, d´un visage gracieux et d´une éblouissante chevelure rousse, elle n´avait cédé à Fernio que pour profiter de sa science en prévision des examens.
Une complète hypocrisie des deux côtés.
Un couple parfaitement assorti, en somme.
Vêtus de l´uniforme de l´Académie, tunique blanche et sandales de cuir, ils déambulaient dans les couloirs, derniers à quitter l´école, en discutant du principal sujet d´intérêt du moment : la guerre.
- C´est quand même incroyable que les cours se poursuivent alors que l´ennemi arrive ! s´exclama Fernio. En plus, interdiction de quitter la ville ! J´aurais dû partir quand c´était encore possible !
- Tu sais, il paraît qu´il n´y a rien à craindre. Les Elfes vont, semble-t-il, essayer de nous assiéger puis renoncer devant les défenses. Pourquoi s´inquiéter ?
- Là, je rêve !
- Quoi ?
- A ton avis, si la situation était désespérée, est-ce que le roi nous le dirait ? Déjà qu´on ne le voit même plus ! On nous cache des choses, Lynae, tu devrais t´en douter !
- Mais non, je pense que...
Une haute silhouette bleue les croisa en coup de vent et poursuivit sa route.
- C´était qui, ça ? fit Fernio.
- Dario d´Yrwald, le conseiller du roi.
- Mais qu´est-ce qu´il fait ici ?
- Quelle importance ? On devrait partir, maintenant...
Ils parcoururent une série de couloirs et descendirent un escalier en spirale avant que Fernio ne lâche pensivement :
- Je me demande s´il ne se dirigeait pas vers le bureau du directeur...

La porte du bureau directorial s´ouvrit brusquement et claqua contre la butée.
- Ah, Dario ! lança Onorius, souriant. Tu viens souvent me voir, en ce moment. J´espère qu´aujourd´hui, c´est avec de meilleures intentions que la dernière fois !
Le sabre de Dario quitta son fourreau et vint se dresser devant lui.
- Apparemment pas, soupira Onorius. Puis-je connaître la raison d´une intrusion aussi agressive ?
Dario avança, menaçant, et parla d´une voix aussi froide que l´acier de sa lame :
- Je n´étais sûr que d´un chose, dans cette histoire : vous ne pouviez être qu´un inoffensif vieillard, certes cachottier, mais sans plus. Vous avez fait courir des risques à Alexandre, mais vous n´aviez pas conscience de ce qui se passait vraiment.
- Tout ceci est exact, Dar...
- Non ! Vous m´avez menti !
- Mais de quoi parles-tu.
Dario s´approcha d´Onorius et l´empoigna par le col de son habit.
- Vous souvenez-vous de notre passé, maître ? Quand je n´étais qu´un élève talentueux et vous un professeur bienveillant, et que nous voyagions à travers ce pays pour compléter ma formation ? Vous souvenez-vous que vous ne retiriez jamais votre tunique devant moi ?
- Mais que veux...
- Mais évidemment, ça ne pouvait qu´attiser ma curiosité. Je voulais savoir ce que vous dissimuliez. Alors, une nuit, j´ai regardé...
- Qu´est-ce que...
- Je n´ai pas compris, bien sûr, mais aujourd´hui...
Dario tira de toutes ses forces. La tunique et le manteau et le manteau d´Onorius se déchirèrent dans un long craquement tandis que leur propriétaire affichait un air outré. Son torse apparu.
Tatoué de noir.
Un cercle hérissé de pointes enfermait une tête de tigre aux crocs menaçants, encadrée de douze têtes plus petites entre lesquelles couraient des arabesques mystérieuses. Le dessin entier dégageait une aura inquiétante. Malsaine.
- Je pense qu´il est inutile de continuer à mentir, maître.
Onorius poussa un long soupir.
- J´aurais préféré que tu ne découvres jamais ça, Dario. Tu me places dans une situation embarrassante...
- Expliquez-moi.
- Quoi ?
- A Kridath, quatre hommes portant le même tatouage que vous ont essayé d´éliminer le mercenaire que Tanaril avait engagé pour se débarrasser d´Alexandre.
- C´est une nouvelle ! Tanaril aurait fait ça ? Où l´as-tu appris ?
Dario approcha la pointe de son sabre de la gorge d´Onorius.
- Tanaril ne nie pas avoir tenté de faire assassiner Alexandre. Cependant, il prétend que ces quatre hommes n´ont rien à voir avec lui. Je suppose que c´est vous qui les avez envoyés...
- Et c´est pour un soupçon pareil que tu démolis la porte de mon bureau avant de t´attaquer à mes habits ?
- Expliquez-moi tout.
Un silence étouffant s´abattit sur le bureau. Les deux hommes restaient là, l´un brandissant son sabre, l´autre retenant les lambeaux de ses vêtements. Enfin Onorius déclara :
- Tu n´en sais pas beaucoup, Dario. Mais c´est déjà beaucoup trop. J´en suis désolé, mais je vais devoir t´éliminer.
- Vous voulez vous battre contre moi ? Oubliez-vous que vous m´avez appris tout ce que vous saviez ? Quoi que vous fassiez, je connais la parade ! Vous ne vous en tirerez pas comme ça !
- Tu veux tout comprendre, Dario. Tu viens te mêler d´affaires qui te dépassent. Alors ne t´étonnes pas de ce qui t´arrive.
- Tanaril m´a dit ça aussi. Mais comprenez-moi bien, maître, j´en ai assez d´être tenu à l´écart. Je ne sais pas ce que vous manigancez, mais vous allez me l´avouer, et très vite ! Quelle est l´origine de ce tatouage ? Formez-vous une guilde ? Une société secrète ? Quels sont vos buts ?
- Tu ne renonceras pas à me questionner ?
- Non.
Onorius prit un air navré.
- Alors tant pis pour toi.
Une note jaillit de sa gorge.
Une seule.
Pure, cristalline.
Vibrante de pouvoir.
Dario fut projeté en arrière comme si un taureau l´avait chargé. Il lâcha son arme, s´effondra sur le sol, tenta de respirer.
Sa conscience se brouillait.
- Tu chantes très vite, Dario, déclara la voix soudain lointaine d´Onorius. Mais tu n´as jamais compris le pouvoir d´une note unique. Quel dommage...
Des points noirs dansaient tout autour. La lumière fuyait. Ses forces s´échappaient.
- Sache cependant que je ne te tuerai pas. Tu m´es trop cher. Mais je vais m´assurer qu´on n´entende plus parler de toi pendant un moment...
Dario perdit connaissance.

« Le prince traversa de vertes contrées, de tumultueux océans et de dangereuses montagnes. Il pourfendit des monstres, des démons, des hommes aussi, et chaque combat faisait de lui un guerrier plus accompli encore. Lorsque enfin il parvint à la forêt noire, aucun ennemi en ce monde n´aurait eu la force de s´opposer à lui.
« Le sorcier maudit se trouvait là, rayonnant de pouvoir maléfique. Le prince s´approcha dans son dos, son épée étincelante brandie vers le ciel, prête à s´abattre.
« Juste avant qu´il ne frappe, le sorcier se retourna. Leurs regards se croisèrent et ils se comprirent, au plus profond de leurs âmes.
« Ils se marièrent, vécurent heureux et adoptèrent beaucoup d´enfants. »
Nurmill Aqlaï se tut. Sa voix douce et envoûtante s´éteignit, faisant place à un silence absolu.
Quelqu´un applaudit.
D´autres l´imitèrent, et bientôt la grande salle de l´auberge vibra des rires des hommes et des cris des enfants. Adrien se joignit à eux pendant qu´Artus, plus réservé, hochait la tête en signe d´approbation.
Tout le village s´était réuni dans l´auberge à la tombée de la nuit pour écouter la conteuse. Celle-ci achevait sa quatrième histoire, certes plus étrange que les précédentes, mais tout aussi captivante. Elle reçut les acclamations avec un sourire plein de sagesse puis, quand le calme revint, elle reprit la parole :
- La nuit avance, et bientôt il sera temps de dormir, pour les enfants comme pour leur parents. J´ai néanmoins le temps de vous narrer une dernière légende.
Aussitôt, les dernières rumeurs se turent et l´auditoire redevint attentif. La voix de la vieille femme était comme une berceuse, on ne pouvait se lasser de l´entendre.
« Il me faut à présent remonter aux origines même du monde tel que nous le connaissons. Cette histoire est la plus importante de toutes, et trop souvent les hommes ont tendance à l´oublier.
« Il y a dix mille ans, les ténèbres régnaient. Arkos, le maléfique Tigre Noir, surgi du néant, dévastait chaque contrée, sans autre but que de détruire toute vie. Nul ne pouvait résister, ni à lui ni à aucun de ses douze fils. Ceux qui se mettaient en travers de sa route périssaient à coup sûr, dans des souffrances indescriptibles. Les rois rassemblèrent leurs armées, et bien que leur savoir fut infiniment supérieur au nôtre, il ne purent arrêter le Tigre.
« Tout espoir semblait perdu, quand un héros se dressa contre Arkos. Son nom était Hermos, un homme-Zahr au courage sans égal.
« Hermos vit son père, roi de Karnial, tomber au combat. Fou de rage, il affronta Arkos, et perdit. Mais il survécut. Par miracle, le Tigre Noir ne l´acheva pas.
« Il fallut des mois à Hermos pour se remettre de sa défaite. Enfin, il entreprit un voyage dans les lointaines contrées du Nord, au-delà même des royaumes des Zahrs. Il erra dans les montagnes, sans but, sans destin.
« Nul ne sait ce qu´il trouva mais, alors que les derniers survivants de la guerre se rassemblaient pour l´ultime bataille, il reparut face à Arkos.
« Le duel fut terrible, titanesque. Après trente jours de combat acharné, au cours desquels l´homme-Zahr occit les douze fils d´Arkos, Hermos se trouva désarmé face au Tigre Noir. Alors, sa puissance se déchaîna. Rassemblant ses dernières forces, il frappa Arkos au milieu du front. Un seul coup de poing suffit à terrasser le démon qui avait failli détruire le monde.
« Hermos mourut peu de temps après. Pendant des semaines, on chanta les louanges du héros avant de l´ensevelir sous un mausolée somptueux, digne de celui qui avait vaincu le mal en personne.
« Ainsi s´achève la légende. Mais l´histoire, aujourd´hui, n´est pas encore terminée. »
De nouveaux applaudissements s´élevèrent, plus faibles cette fois. Tous avaient sommeil et ce dernier récit, s´il avait captivé l´auditoire, ne lui rendrait pas son énergie du début de soirée.
- Pourquoi dites-vous que l´histoire n´est pas terminée ? demanda Adrien en s´approchant de Nurmill Aqlaï.
La vieille femme le regarda avec des yeux emplis de savoir et d´expérience.
- Ca, mon garçon, c´est un chapitre qui reste à écrire. Et tu pourrais bien le découvrir par toi-même.
La main d´Artus se posa sur son épaule.
- Il est temps de dormir, disciple.

:)

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