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Le siège de Dümrist

KaiM
KaiM
Niveau 11
21 février 2006 à 20:08:05

Hustouk n’y comprenait rien.
De toute évidence, ce n’était pas le roi Alexandre VII qui était venu donner aux Elfes le moyen de le tuer. Et les gens qui portaient ce nom n’étaient guère nombreux. A vrai dire, Hustouk ne connaissait qu’un seul autre Alexandre. Mais pourquoi le Prince de Dümra aurait-il voulu faire supprimer son père en pleine situation de crise ? Ce n’était pas son genre. Alors quoi ? Que s’était-il passé ?
Hustouk traversa la rue à grands-pas. D’après le plan qu’il s’était procuré, il touchait au but. La maison de Tarwàdis Garnéulor n’était plus très loin.
Dans le quartier est d’Alkarion, comme dans toute la ville, les Orks pillaient une dernière fois les bâtiments et chargeaient leur butin sur des chariots qui quittaient la ville à la hâte. Itraïr rentrait chez lui, plus question de s’attarder.
Hustouk, lui, avait encore quelque chose à faire avant de partir. Il était venu pour ça, après tout. Le secret de ses origines était à portée de main.
Il avait passé la nuit à finir de récupérer de la bataille dans la pyramide. A présent, en pleine forme, il avançait d’un pas résolu vers le but de son voyage. Il avait tenu à venir seul, s’arrachant à l’attention de son cousin et de son commandant pour se rendre chez Tarwàdis. Cette affaire ne concernait que lui.
Son coeur battait à toute allure. Avec un peu de chance, il allait enfin savoir.
Il tourna encore l’angle d’une rue, et constata que le prisonnier avait trouvé le mot juste.
Immanquable.
Au milieu des constructions gracieuses allégées par des tourelles et des ponts de verre, la demeure de Tarwàdis Garnéulor, une bâtisse noire à un étage, sautait aux yeux dès la première seconde.
Hustouk s’approcha de la porte et détailla la maison. Elle était faite de gros blocs de pierre noire, soudés les uns aux autres par un mortier grisâtre. Aucune fenêtre ne perçait sa façade, tandis qu’une unique porte de bois, ornée d’une corne d’origine inconnue, donnait l’impression d’exiger le départ immédiat d’un éventuel visiteur.
L’ensemble était plutôt inquiétant.
Hustouk prit une grande inspiration et posa une main sur le battant. Les charnières avaient rouillé, rendant l’ouverture de la porte impossible. Un pue énervé, Hustouk prit son élan et se jeta contre le bois.
Le panneau céda sans difficulté et s’écroula dans les ténèbres de l’intérieur. Hustouk pénétra dans la maison.
Quand ses yeux se furent habitués à la pénombre, une scène de carnage se présenta à lui.
La pièce était remplie de meubles fracassés, de chandeliers renversés et de tentures lacérées. Des objets jonchaient le sol, la plupart dans un état lamentable : assiettes de porcelaine brisées, verres en miettes, livres déchirés... Des marques de brûlures noircissaient le sol et les murs. Dans un coin, une table de bois coupée en deux portait une traînée de sang. Un terrible combat devait avoir eu lieu dans cette maison.
Hustouk commença à s’inquiéter. Restait-il encore quelque chose pour lui ?
Au fond de la salle, il aperçut une seconde porte qui s’ouvrait sur un escalier. Sans hésiter, il s’y engagea.
Les marches descendaient en spirale sur une bonne dizaine de mètres. Sentant croître l’excitation, Hustouk tenta de la réfréner. Rien n’était encore joué.
Il finit par déboucher dans un couloir plongé dans les ténèbres. La lumière du rez-de-chaussée ne filtrait que très faiblement par l’escalier, à peine suffisante pour remarquer que le corridor s’étendait sur environ vingt mètres.
Hustouk fit un pas en avant.
Aussitôt, une flamme vive illumina les lieux. Surpris, l’Ork fit volte-face en dégainant son épée.
Une torche fixée au mur par une pince de fer venait de s’allumer. Le feu brûlait haut et clair, éclairant tout le couloir. Un autre flambeau s’embrasa, puis un troisième, un quatrième, une dizaine.
Lentement, Hustouk remit sa lame au fourreau. Il ne s’agissait que d’un phénomène magique auquel, certes, il ne comprenait rien, mais qui ne pouvait pas lui faire de mal.
Il avança vers le fond du couloir, s’attendant à découvrir une nouvelle porte. Au lieu de cela, il n’y avait qu’un mur.
Un mur de pierre noire, absolument plat, si lisse et brillant que la lumière des torches s’y reflétait joyeusement. Convaincu qu’une telle structure devait forcément cacher autre chose, Hustouk l’examina soigneusement à la recherche d’un mécanisme d’ouverture. Il n’en trouva pas.
Dix minutes d’enquête finirent pas le convaincre de l’inutilité de sa démarche. Il n’y avait rien ici. Rien du tout. C’était absurde, un couloir souterrain devait nécessairement mener quelque part, et pourtant tout s’arrêtait là. Il avait fait tout ça pour rien.
La deception lui pesait comme une chape de plomb. Ses forces, mobilisées dans le seul but de parvenir jusqu’ici, l’abandonnèrent soudain. Il chancela, tituba, s’appuya sur le mur.
Une sensation de chaleur passa alors dans sa main tandis qu’un grondement sourd ébranlait le couloir. Hustouk sentit vibrer le sol sous ses pieds, il vit les flammes des torches vaciller. Le bruit roulait toujours, impressionnant.
Lentement, L’Ork se retourna.
Devant lui, spectacle hallucinant, le mur s’enfonçait entre les dalles avec un crissement aigu qui força Hustouk à se boucher les oreilles. Quand enfin le vacarme s’éteignit, Hustouk risqua un coup d’oeil dans la pièce secrète.
C’était une salle ronde aux sol dallé de marbre et au plafond incurvé en coupole. Des meubles d’ébène garnis de fines sculpture s’alignaient le long de murs couverts d’incriptions mystérieuses. Une montagne de fioles, d’alambics et d’intruments de métal reposaient sur les tables tandis qu’une armoire aux portes de verre abritait une montagne de flacons colorés. Au centre de la pièce, une série de pentacles était gravées dans le sol.
Un laboratoire.
Le laboratoire d’un mage.
Hustouk pénétra dans la pièce, émerveillé. Ainsi tout n’avait pas disparu. Les Elfes qui avaient tué Tarwàdis n’avaient pu parvenir jusqu’ici. L’Ork se demandait comment le mage avait pu batir tout ceci sans éveiller l’attention des habitants d’Alkarion, quand une voix s’éleva de partout et nulle part à la fois.
- Bonjour, Hustouk. Enfin, je suppose que c’est toi, puisque la porte ne peut s’ouvrir qu’avec l’empreinte de ta main. J’ignorais si tu finirais par venir jusqu’ici, mais si tu entends ceci, c’est que tu y es arrivé.
- Qui êtes vous ? interrogea l’Ork, franchement mal à l’aise.
- Je suppose que tu vas maintenant me poser des questions, continua la voix, aussi dois-je t’avertir : ce que tu écoutes à présent n’est qu’un message enregistré par avance, n’essaie donc pas d’y répondre. Les Elfes commencent à se méfier de moi, et si tu peux m’entendre, c’est que je suis déjà mort.
Hustouk essaya de deviner quel genre d’homme pouvait se cacher derrière cette voix. A priori, un humain. Pas très vieux, mais plus tout jeune non plus. Quarante ans, peut-être.
- Je déteste passer des heures à tergiverser, en conséquence j’irais droit au but. Je m’appelle Tarwàdis Garnéulor. Si je maîtrise la magie, mon véritable domaine est l’invocation des démons.
Démons ! Hustouk sentit son coeur accélérer. Cet homme avait placé une protection qui ne laissait entrer que lui, et il parlait de démons. Tout concordait.
- Vois-tu, poursuivit Tarwàdis, les mages versés dans l’art de l’invocation peuvent ouvrir pendant un court instant un passage vers une autre dimension, où vivent des créatures fascinantes que, en bons humains effrayés à la vue de ce que nous ne connaissons pas, nous appelons “démons”. Il se trouve que si les pouvoirs de ces bestioles sont intéressants, elles ne peuvent survivre très longtemps dans notre monde, ce qui rend difficile leur utilisation.
Hustouk écoutait attentivement. S’il se souciait peu des arcanes de la magie, il attendait en revanche que la voix lui explique ce qu’un Ork comme lui faisait dans cette histoire.
- Une autre méthode consiste à fournir au démon un corps à hanter. La structure devient plus stable, le démon plus contrôlable. Dans une premier temps... Car il broie l’esprit de son hôte, s’empare de son corps, devient trop puissant et finit par ne plus obéir à son maître. Ajoutons à cela que la subtilité n’est pas le fort de ces monstres, et qu’ils finissent par se réduire eux-mêmes en pièces. J’ai donc fait d’autres recherches dans le but suivant : permettre à un homme de s’approprier la force et la vitalité d’un démon, sans pour autant y perdre son âme. Et c’est là que tu interviens, Hustouk.
L’Ork se raidit. Enfin !
- Les hôtes capables d’abriter un démon et de lui résister sont rares. Or il me fallait un premier spécimen possédé pour mener mes recherches. Et, je l’ai découvert par hasard au cours d’un voyage dans l’Echine du Dragon, tu fais partie des quelques personnes à la personnalité assez forte pour ne pas se laisser dominer. Je t’ai rencontré alors que tu n’avais que quelques semaines, et j’ai tout de suite vu quelle aide tu pouvais m’apporter.
Sans s’en rendre compte, Hustouk opina. Etrangement, il sentit l’Autre se lancer à l’assaut de son esprit pour tenter encore une fois de le contrôler. Il le repoussa et reporta son attention sur la voix.
- Mon but était de créer un enchantement qui contiendrait le démon tout en mettant ses pouvoirs à la disposition de son hôte. A l’insu des Orks de ton clan, j’ai invoqué un démon et je l’ai enfermé dans ton corps pour l’étudier. Malheureusement, je me suis heurté à une difficulté. J’avais besoin du pouvoir du cristal des Elfes pour contruire mon enchantement, ce qui impliquait de rester à Alkarion. Et les Elfes n’auraient jamais accepté la présence d’un Ork dans la ville. Après des mois de recherches, j’ai donc dû te laisser dans l’Echine du Serpent pour regagner cette ville seule.
Hustouk se demanda pouquoi on ne lui avait jamais parlé d’un mage qui se serait occupé de lui après sa naissance. Il faudrait qu’il en parle à Hoktar.
- J’ai conçu l’enchantement, mais les Elfes se méfient de moi, désormais. Je sens qu’ils ne vont pas tarder à m’arrêter. Je vais essayer de m’enfuir, mais je ne garantis pas d’y arriver. Encore une fois, si tu entends ce message, c’est que j’ai échoué.
Soudain, une table s’illumina au fond de la salle. Deux flacons se dressaient sur le plateau : l’un rouge et l’autre vert.
- Voilà le résultat de mes travaux. C’est pour les voir aboutir que je laisse ce message, en espérant que tu le trouveras. La potion rouge finalise l’enchantement. Si tu la bois, le démon sera enfermé au fond de toi, incapable de te posséder, tandis que ses pouvoirs seront tiens. J’aimerais que tu prennes cette potion. Mais j’ai aussi conscience du poids que ta condition peut représenter. Je te considère presque comme mon fils, Hustouk. Alors je te laisse la fiole verte. Si tu veux te défaire du démon, bois son contenu, et il repartira d’où il vient. Le choix t’appartient.
La voix se tut. Hustouk resta sur place un long moment, rassemblant ses pensées. Ainsi c’était donc ça ! Il n’était qu’un sujet d’expérience, un cobaye destiné à tester une nouvelle recette ! Le petit discours de l’enchanteur ne l’émouvait guère. Cet homme s’était servi de lui comme d’un spéciment curieux à examiner.
Mais cette histoire pouvait lui apporter le pouvoir. Une force considérable, qui ferait de lui un chef de guerre sans pareil. Il n’avait qu’à prendre la fiole rouge, et la horde serait à lui.
Ou alors, il pouvait renoncer. Tarwàdis n’avait peut-être pas pensé à tout. Et si le démon parvenait à le contrôler ? La fiole verte était peut-être une solution préférable...
Préférable ? Etait-il vraiment préférable de tourner le dos à une telle puissance ?
Il n’avait pas encore fait son choix quand une voix nouvelle parla dans son dos.
- Très intéressant. Le sujet et le laboratoire... Maître Thenetos sera content.
Hustouk fit volte-face. Deux hommes se tenaient face à lui. Deux hommes aux visages graves et aux longs cheveux noirs, vêtus de combinaisons en cuir blanc munies de sangles serrées.
Leurs bottes claquèrent sur le sol de marbre.
Leurs fouets se déroulèrent.

KaiM
KaiM
Niveau 11
21 février 2006 à 20:09:18

Un éclair déchira le ciel de Dümrist, suivi d’un épouvantable roulement de tonnerre. Comme s’ils n’attendaient que ce signal, les immenses nuages crevèrent, et un rideau de pluie glacée tomba sur la capitale. Emportées par un vent tourbillonnant, quelques gouttes d’eau virevoltèrent entre les tours du Palais, s’aventurèrent sur le chemin de ronde, franchirent les créneaux de pierre avant de longer un toit d’ardoises et de venir se briser contre la fenêtre du bureau d’Onorius.
Le maître Chanteur ne se soucia pas de la pluie qui tambourinait contre ses carreaux, et guère plus du thé fumant déposé sur sa table. Les yeux plongés dans un petit miroir cerclé d’or, il avait d’autres problèmes en tête.
Il avait sous-estimé Dario. Son élève se débrouillait à merveille, et quelques minutes allaient lui suffir pour se débarasser des sentinelles. Bien sûr, en théorie, il ne pouvait pas quitter la caverne, mais Onorius s’attendait à tout, à présent. Et il ne voulait pas prendre le risque de laisser son prisonnier s’évader.
Il réfléchit intensément. Il lui fallait trouver un moyen d’arrêter Dario au plus vite. Mais il ne pouvait pas s’en charger lui-même. Onorius se savait plus expérimenté que son élève, mais il avait également conscience de ne l’avoir vaincu que par surprise. Dans un véritable duel, Dario l’emporterait sans mal.
Onorius trouva soudain partculièrement idiot de n’avoir aucun serviteur dévoué sous ses ordres, et encore moins d’expert du combat prêt à l’aider sans poser de questions.
Quoique...
Ce qui avait fonctionné avec le capitaine Vladek pouvait bien marcher avec d’autres. Il suffisait de trouver un homme assez fort pour vaincre Dario, et qui ait une bonne raison d’essayer...
Qui ? Qui correspondait à ce profil ?
Onorius faisait tourner son cerveau à pleine vitesse, passant en revue tous les mages et soldats qu’il connaissait...
Azbédial !
Azbédial Kotèil, nouveau commandant des Mages de Combat. Il pratiquait une forme particulière du style Makashi, qu’il avait mise au point avec le défunt gouverneur de Kridath, Stall Kogard. L’arme à la main, il était largement capable de rivaliser avec Dario.
Et il le méprisait.
Il avait toujours trouvé injuste que le maître Chanteur dispose d’une autorité aussi étendue, alors que les Mages de Combat n’avaient que rarement voix au chapitre. Il avait fini par se persuader que Dario n’était qu’un traître qui manipulait le roi, un misérable escroc avide de pouvoir...
Oui, Azbédial ferait l’affaire. Il suffisait de transformer en haine féroce son aversion pour Dario.
Et ça, Onorius en était capable.
Mais il faudrait agir vite.
Il ferma les yeux, se concentra sur l’image d’Azbédial et entonna un Chant aussi rapide que complexe. Les notes jaillissaient de sa gorge, brèves, pures et lancinantes. Le sort se construisait à une vitesse ahurissante.
On frappa à la porte. L’impressionnant débit de la mélodie se tarit soudain, et Onorius lutta de toute sa volonté pour ne pas voir son enchantement s’évanouir.
Quand il l’eût stabilisé, il alla ouvrir au visiteur.
Un élève de l’Académie se tenait dans le couloir, essoufflé et l’air très inquiet.
- Maître... balbutia-t-il. Des dizaines d’hommes se dirigent par ici... Ils veulent vous capturer...
- Quoi ? Mais que racontes-tu ?
Le garçon semblait bouleversé.
- Le Prince Alexandre est là. Ses gardes montent à cet étage...
- Hein ?
Luttant contre une panique grandissante, Onorius s’efforça de garder la tête froide. Pourquoi Alexandre en avait-il après lui ? Se doutait-il de quelque chose ? Etait-il possible de le convaincre de renoncer à ses plans ?
Non, évidemment. Le Prince n’était pas du genre à agir de manière irréfléchie. S’il avait choisi de lancer cette opération, c’est qu’il avait une excellente raison, contre laquelle un discours moralisateur ne pourrait rien.
Onorius se sentait comme un loup pris dans un piège. Il n’avait jamais été doué pour se tirer avec brio des situations délicates, surtout dans l’urgence. Il ne pourrait pas renverser ele cours des événements.
Sa vie défila soudain devant ses yeux. Il lui avait fallu des années pour prendre de l’importance à Dümrist, des décennies pour asseoir son autorité et obtenir le poste de direc teur.
Un poste qu’il devait à présent abandonner au plus vite, sans se soucier des conséquences.
Donc, s’enfuir sans se faire prendre, se fondre dans la nature et rejoindre ses compagnons, voilà ce qu’il lui fallait faire.
Sans oublier d’effacer les traces.
Onorius de Finglä boucsula l’étudiant planté devant lui et s’élança dans les couloirs.
Se concentrant de nouveau sur Azbédial Kotèil, il reprit son chant.

D’un côté, une interminable étendue de collines.
De l’autre, une plaine tout aussi immense, parsemée de forêts, parcourue de rivières.
A la frontière des deux, une petite crête couverte d’herbe, surmontée par un vieux chêne solitaire.
Sous cet arbre, deux cavaliers viennent de s’arrêter, soulagés. Leur voyage arrive à son terme, leur mission va enfin s’achever.
En contrebas, la ville de Ganor est en vue.

L’ennemi apparut à midi.
Le plafond nuageux se faisait de plus en plus dense. L’orage grondait déjà au loin, mais dans la région il n’avait pas encore éclaté. L’air était lourd, oppressant, chargé de tension.
Tension renforcée par la peur qui tenaillait chaque homme, chaque bête de l’armée des Marches du Nord, et qui ne les lâcherait qu’au moment de la bataille.
Le comte Thibaut fit s’arrêter sa monture quand il aperçut les Elfes. Le soleil était à son zénith mais la noirceur des nuages atténuait la lumière. La lueur sombre qui éclairait le paysage n’avait rien de rassurant.
L’armée se tenait au sommet d’une crête. Devant elle s’étendait une vaste plaine ponctuée de trois petites collines et, plus loin, de deux autres plus importantes. Une rivière rapide courait sur la gauche tandis qu’à droite se dressait une forêt épaisse, impénétrable.
Les Elfes attendaient à quelques kilomètres, entre les deux grandes collines.
- Sineor a bien choisi sa position, constata Thibaut pour lui-même.
Il rassembla autour de lui les seigneurs des territoires du nord.
- L’ennemi prend place entre les collines et, à mon avis, compte également poster des troupes sur les hauteurs. Un bon nombre doit attendre derrière pour nous prendre par surprise. Je parierai aussi que Sineor nous garde un peu de cavalerie en réserve.
Personne ne l’interrompit. Dans la situation délicate qu’était la préparation du combat, on faisait confiance au comte Thibaut. Aveuglément.
- Nous avons l’avantage du nombre, poursuivit-il, mais leur archerie est redoutable. Nous devons trouver le moyen de parvenir au corps à corps, où la longueur de nos lances et la force de nos bras représenteront de sérieux atouts. Mais pour y parvenir, il faudra déloger les guerriers postés sur les deux collines.
- Ce ne sera pas simple, lança Erçus de Barwean. Une position en hauteur est difficile à prendre.
- Les collines ne sont guère escarpées, répondit Thibaut. Deux charges de cavalerie devraient suffire à les emporter, à condition d’y mettre les moyens. Ce qui signifie qu’une partie des forces d’assaut devront ensuite aller soutenir le gros des troupes.
- Qu’on envoie au centre ? demanda William Hamleigh.
- Qu’on envoie au centre, confirma Thibaut. La totalité de notre infanterie devra foncer entre les collines pour engager le combat. Un premier rang d’arbalétirers éclaircira les rangs adverses, puis le reste de nos forces chargera.
- Pourquoi une tactique aussi simpliste ? s’étonna Jérôme de Chest.
- Parce que Sineor va faire exactement la même chose : lancer toutes son armée face à la nôtre. A peu de chose près, néanmoins. Je le soupçonne de préparer une attaque surprise par la forêt. Jérôme, tu garderas tes hommes en réserve pour la contrer. Je mènerai la charge de cavalerie sur la colline gauche, avec mes soldats. Tercius, tu porteras les tiens de l’autre côté. Erçus, ton contingent d’abalètes occupera la première ligne avant de se replier. Arnaud, tes hommes tiendront le centre, avec ceux de Ranulf sur le flanc gauche et ceux de William à droite. Fabrice, l’arrière-garde. Qerdis...
Le comte Thibaut continua de donner ses ordres, puis les barons s’en allèrent organiser leurs troupes. Doucement, l’armée s’agença en une série de bataillons.
La peur restait présente chez tous, difficile à surmonter. Même les plus courageux ne pouvaient retenir un frisson à l’approche du combat.
Thibaut regarda à l’horizon. La masse ennemie grossissait.

KaiM
KaiM
Niveau 11
21 février 2006 à 20:12:01

Les hommes de Karen et les gardes du Prince investirent l’Académie avec une efficacité exemplaire. Ils verrouillèrent minutieusement chaque issue, gravissant les étages sans laisser à personne la moindre occasion de se dérober aux contrôles. Les étudiants, bien que surpris et choqués par cette intrusion, n’osèrent pourtant pas protester.
Alexandre arriva devant le bureau directorial, suivi de Karen, d’Alice et d’une trentaine de soldats. Le Prince et l’Elfe tirèrent leurs lames et poussèrent la porte du bureau.
Il était vide. La pluie battante qui faisait vibrer les carreaux des fenêtres constituait la seule trace d’animation dans la pièce.
Karen avisa un jeune étudiant qui contemplait les soldats, l’air stupéfait.
- Où Onorius est-il censé se trouver à cette heure ? l’interrogea-t-elle en souriant. Donne-t-il un cours, inspecte-t-il une salle ?
Le garçon resta muet comme une carpe.
- Inutile de chercher, lança Alexandre.
Karen se retourna vers lui. Le Prince désigna une tasse de thé fumante déposée sur la table.
- Onorius ne laisserait pas son thé refroidir, expliqua-t-il. Il a appris que nous arrivions, et il s’est enfui.
Il s’adressa aux gardes.
- Dispersez-vous ! Fouillez tout le bâtiment ! Onorius n’a pa pu quitter l’Académie !
Les hommes s’exécutèrent. Karen se dirigea vers un escalier et disparut avec quelques-uns de ses guerriers.
Alexandre demeura dans le bureau, Alice à ses côtés.
- Qu’est-ce que tu cherches ? questionna la jeune fille, alors que le Prince se penchait sur les étagères fixées aux murs.
- Un indice, une piste, quelque chose qui pourrait m’expliquer ce qu’Onorius me cache...
Puis, soudain, Alexandre se figea.
- Tu as trouvé ? fit Alice.
Le Prince ne répondit pas. Totalement immobile, il écoutait une voix familière.
Qui résonnait dans sa tête.
La voix de Dario.
« Alexandre, les dieux soient loués, j’arrive à te contacter. Retiens bien ce que je vais te dire, car il me reste trop peu d’énergie pour maintenir longtemps la communication. Je me trouve actuellement dans une caverne secrète, dans les environs de la salle du Puits. Onorius m’a enfermé là il y a trois semaines et, depuis, je travaille à m’en évader. Je devrais y parvenir bientôt mais, au cas où les choses tournent mal, sache qu’Onorius joue un double jeu. C’est lui qui a commandité les assassins en blanc, à Kridath. Et il porte sur la poitrine le même tatouage qu’eux, cette sorte de tête de tigre.
« Viens m’aider, Alexandre, car j’ignore si je pourrai m’en tirer seul. Mais ne prends pas trop de risques. »
La voix s’éteignit. Alexandre ordonna à toute vitesse ces nouvelles informations. Onorius était un Migrodi. Ce qui expliquait pourquoi il avait envoyé le Prince à Kridath. Il savait depuis le début quel trésor abritaient les souterrains. Il voulait qu’on lui ramène l’oeil de Kashnir.
Alexandre se sentit dépassé par les événements. Ses intuitions au sujet du directeur de l’Académie se révélaient justes, mais dépassaient de loin tout ce qu’il avait imaginé. Tout cela était incroyable ! Le vieillard gâteux et inoffensif qui le conseillait depuis tout ce temps était un fanatique aspirant à réveiller un démon destructeur !
Avec cette révélation, tout s’éclairait.
Alexandre essaya d’anticiper les agissements de son adversaire. Onorius trouverait certainement un moyen de s’enfuir. Mais il ne savait pas que Dario avait pu contacter le Prince. Avant de quitter Dümrist, il tenterait à coup sûr d’éliminer le maître Chanteur, afin de ne laisser aucune piste derrière lui.
A cette pensée, le coeur d’Alexandre se serra et l’angoisse le saisit, bientôt remplacée par une volonté de fer. Il n’allait pas laisser son plus vieil ami se faire tuer par un veillard sénile !
Le Prince se redressa et se tourna vers Alice.
- Dario est en vie, quelque part près de la salle du Puits, et il besoin de mon aide. Onorius va essayer de l’assassiner Mais mes hommes sont dispersés dans toute l’Académie, et je n’ai pas de temps à perdre. On y va tous les deux.
- Moi aussi ? s’étonna Alice. Je ne pourrai rien contre un mage !
- Onorius me connaît trop bien. Il saura comment me battre. Toi, tu restes un élément imprévisible. Tu pourras nous apporter la victoire.
Leurs regards se croisèrent une fraction de seconde.
Ce qui suffit à convaincre Alice.
Elle acquiesça d’un signe de tête. Alexandre se concentra. Les Bracelets d’Arzhan se mirent à briller.
- Qu’est-ce que tu fais ?
- Quelque chose que je n’ai jamais essayé. Mais là je n’ai pas le choix.
La lumière des pierres incrustées dans les Bracelets se fit aveuglante. Alexandre saisit Alice par la taille et bondit sur la fenêtre.
Un éclair, jailli des Bracelets, désintégra la vitre. Ils passèrent à travers l’ouverture.
Le bureau d’Onorius se situait au dix-septième étage de l’Académie. Soixante mètres séparaient Alice et Alexandre du sol. Un instant, leur élan les entraîna à l’horizontale, puis ils tombèrent.
Une chute vertigineuse, capable de faire lâcher le coeur du plus courageux des hommes. Alice ne put retenir un hurlement quand elle dégringola dans le vide, son visage fouetté par le vent et la pluie. Alexandre, lui, conserva son calme. Il savait parfaitement ce qu’il devait faire. Comme s’ils avaient conscience de l’urgence la situation, les Bracelets lui conféraient des pouvoirs qu’il n’aurait jamais imaginés.
Alors qu’ils n’étaient plus qu’à trois mètres du sol, leur chute ralentit. Ils se posèrent en douceur sur les pavés de la rue. Alice, encore secouée, mit quelques secondes à cesser de crier. Alexandre lui passa un bras autour des épaules et attendit qu’elle se calme.
- Désolé, mais il y a urgence.
Quand la jeune fille se sentit mieux, Alexandre se dirigea vers le Palais. L’entrée du plus proche escalier menant à la salle du Puits se trouvait dans la cour, juste derrière les portes.
Puis, soudain, le Prince s’arrêta et tendit la main vers le donjon. Dans l’une des chambres du bâtiment, un objet s’éleva dans les airs, fracassa la fenêtre et tomba dans le vide pour se loger dans la main d’Alexandre. Un objet magnifique, qui sommeillait depuis bien trop longtemps et qui, aujourd´hui, devrait resplendir à nouveau.
Le sabre de Dario.

Du haut du rocher qui lui servait de promontoire, Sineor vit l’armée des hommes du Nord se scinder en plusieurs parties et commencer à avancer vers lui, bannières dressées dans les airs. Le capitaine elfe fit parvenir ses ordres aux archers sur les collines puis se tourna vers les deux mille guerriers qui composaient le centre de ses forces. Au soir, ils pourraient être victorieux ou massacrés jusqu’au dernier. Nul ne pouvait prédire l’issue de la bataille, et pourtant Sineor remerciait le destin de la lui avoir envoyée. Il ne supportait plus de tout dévaster sur sa route, comme un barbare, la conscience tenaillée par la conviction que cette guerre ne rimait à rien. Livrer combat lui permettrait de se libérer un instant de ses doutes.
Il prensait détenir une chance raisonnable de gagner. Il comptait beaucoup sur les archers postés au sommet des collines, mais également sur les troupes qu’il avait dissimulée dans la forêt. En voyant une partie de l’armée ennemie demeurée en arrière, il comprit que sa ruse avait été décelée. Il ne s’en alarma pas.
Il s’était douté que son stratagème ne ferait pas long feu. Pour scette raison, il avait ordonné que la force cachée dans les bois attaque en deux vagues. Une première pour faire diversion, une seconde pour faire des dégâts.
Et un dernier atout, un peu un coup au hasard, destiné à poignarder l’ennemi dans le dos. Ca pouvait toujours fonctionner.
Et après ?
A vrai dire, Sineor n’avait pas vraiment envie de remporter la victoire. Les Dümréens étaient chez eux, ils défendaient leurs terres contre des ennemis qui leur semblaient des monstres. Les Elfes avaient tort dans cette histoire, il en était convaincu.
Mais Sineor n’avait pas le choix. Son roi lui avait confié une mission, il la remplirait coûte que coûte. Et ses guerriers étaient pour la plupart profondément endoctrinés par Itraïr, persuadés du bien-fondé de leur tâche. Anéantir les races inférieurs leur apparaissait comme une nécessité. Même si les véritables fanatiques se faisaient de plus en plus rares, aucun n’aurait cependant remis en question les idées du roi. Tous avaient à coeur de massacrer l’armée qui leur faisait face.
- Je ne comprends toujours pas pourquoi tu n’as pas cherché à les éviter.
D’accord. Tous, à une exception près.
Sineor se retourna vers l’Elfe qui venait de lui adresser la parole.
- Je me doute bien que tu ne comprends pas, Elaïr. Tu ne te bats que contraint et forcé. Tu aurais certainement préféré que nous obliquions vers l’ouest pour aller raser la ville d’Ancerac. Mais pour moi, l’honneur réside dans l’affrontement, pas dans les tueries aveugles. Si mon choix te dérange, tu es libre de partir.
Elaïr se raidit, mais ne répondit rien.
Sineor reporta son attention sur l’ennemi qui approchait. La bataille allait commencer.
Il tira son épée et la brandit vers le ciel. Au sommet des collines, les archers tendirent leurs cordes.
En face, un officier aboya un ordre. Dans un fracas assourdissant de sabots et de métal, accompagné d’une formidable clameur guerrière, les bataillons dümréens chargèrent. Sineor les vit arriver, poussant des cris féroces, cognant leurs lames contre leurs boucliers. « Ca y est, songea-t-il. C’est parti. »
De chaque côté de l’armée ennemie, une vague de cavaliers s’écarta pour foncer sur les collines. Sineor se demanda brièvement si ses archers pourraient contenir cette charge, puis la réponse s’imposa à lui.
Non.
La première ligne des Dümréens fit halte à quatre cent mètres des rangs elfiques, à peine hors de portée de flèche. Des arbalétriers.
Ils ouvirent le tir en quelques secondes. Une volée de carreaux fusa vers les troupes de Sineor. Les Elfes ne portant pas de bouclier, ou bien de très légers écus, leur premier rang s’effondra aussitôt, mortellement frappé.
Sineor repéra aussitôt l’ouveture. Les arbalétriers mettraient bien une minute à recharger. Il fallait attaquer maintenant.
D’un grand geste du bras, il ordonna à ses troupes de passer à l’action. Des centaines de lames brillèrent sous les nuages quand les Elfes chargèrent à leur tour.
Les lanciers dümréens dépassèrent les tireurs et vinrent à leur rencontre. Une pluie de flèches s’envola des collines pour s’abattre sur l’ennemi. Des cris de douleur et d’agonie parcoururent les rangs des humains, mais la plupart des traits se fichèrent dans de larges boucliers de bois.
Sur les côtés, les cavaliers gravissaient les collines sous le flot continu de projectiles qui s’opposait à eux sans parvenir à les ralentir.
Les deux armées étaient toutes proches, à présent.
Pour se rassurer, Sineor caressa le pommeau de sa seconde épée, fixée dans son dos par une courroie de cuir.
Puis le choc eut lieu.

Après avoir rompu le contact avec Alexandre, Dario s’appuya contre le mur. Il avait utilisé ses dernières forces pour envoyer ce message. Désormais, il lui fallait reprendre de l’énergie.
Il fredonna une douce mélopée et, aussiôt, la sensation de faiblesse s’amenuisa. Il ferma les yeux et posa ses deux mains sur les parois.
Le sol de la caverne était jonché de membres embaumés, de bouts d’os brisés et de bandelettes déchirées. Certains morceaux palpitaient encore mais, dans l’ensemble, les momies étaient hors d’était de nuire.
Dario laissa son esprit couler dans les murs de la salle. Aidé de sa magie, il sonda minutieusement chaque pan de la paroi, cherchant une ouvetrture. Il examina chaque recoin, chaque pli de la roche, chaque creux dans la pierre...
Et il trouva.
Onorius ne l’avait certainement pas cru capable d’un tel exploit, mais Dario percevait clairement le sortilège enfoui dans le mur. Une clé, un moyen de créer une ouverture.
Même pour un mage du niveau de Dario, agir sur une telle magie n’était pas chose aisée. Il y parvint pourtant en un temps record, liant étroitement son propre chant à celui qu’avait récité son maître pour installer le sortilège. Mû par la volonté inébranlable de se libérer du carcan de mystère et de doute qui l’emprisonnait, il savait que rien ne pourrait l’arrêter.
Il renversa le sens de l’enchantement.
Et la porte s’ouvrit.
Un pan entier de la paroi se liquéfia et se répandit au sol, une fumée âcre et épaisse se dégageant de la pierre fondue.
Dario empoigna fermement le glaive de bronze qu’il tenait à la main et s’engagea dans le tunnel. Une minute lui suffit pour le traverser, et il déboucha dans la salle du Puits.
Aucun ouvrier n’y était présent. L’énorme seau de fonte était remonté, pendant au bout de la chaîne qui le raccordait à la colossale grue de bois. Encore une fois, Dario admira la beauté de cette incroyable machinerie.
Puis il sentit le danger.
Il se figea aussitôt, levant son glaive devant lui, cherchant ses adversaires.
Deux hommes émergèrent d’un escalier menant à la surface. Le premier était Onorius de Finglä. Jamais il n’avait paru aussi affolé. Ses rides, creusées par la panique, lui donnaient l’air d’avoir cent ans, tandis que des auréoles de sueur trempaient son manteau de lin blanc.
Le second homme, aux allures de corbeau et une épée à la main, semblait autrement plus redoutable. Dario le reconnut instantanément. C’était Azbédial Kotèil, le commandant des Mages de Combat. Que faisait-il avec Onorius ?
- Il est là, dit simplement ce dernier. Vas-y, Azbédial, tue-le.
Le guerrier avait l’air quelque peu désorienté. Il jetait des regards étonnés de tous côtés, se demandant probablement ce qu’il faisait là. Il aurait presque pu paraître comique, n’eussent été son épée mortellement affûtée et la haine qui brilla dans ses yeux quand il aperçut Dario.
En un éclair, le maître Chanteur comprit.
Onorius avait poussé l’art du Chant à un niveau hallucinant, qui n’avait été atteint que par quelques mages légendaires. Il maîtrisait la partition qui exacerbait les sentiments ! La mélodie qui permettait de soumettre n’importe qui à son autorité !
Effrayant.
Azbédial se rua en avant, l’épée haute. Dario brandit son glaive.
- Reprends-toi, Azbédial ! Je ne veux pas te faire de mal !
Il n’y eut pas de réponse.
Dario lança à son maître un regard étincelant de fureur. Comment Onorius pouvait-il s’abaisser à de telles pratiques ?
Puis les lames se heurtèrent.

KaiM
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Niveau 11
21 février 2006 à 20:13:24

Thibaut regrettait sérieusement l’absence de Barn. Si le Dylran n’avait pas disparu aussi mystérieusement après son étrange malaise dans le hall du manoir, et s’il n’avait de surcroît emporté les Varaks avec lui, il aurait facilement pu prendre d’assaut la colline. Au lieu de quoi Thibaut devait se contenter de ses chevaliers, certes compétents mais désavantagés par la pente.
La vitesse de la charge permit néanmoins à ses hommes de gagner le sommet de la colline sans s’exposer trop longtemps aux tirs des archers. Le comte prit une grande inspiration et pointa sa lance. Le combat débutait.
Les puissants chevaux des hommes du Nord, pareils à une vague irrésistible, renversèrent les positions ennemies. Des dizaines d’Elfes tombèrent. Des montures trébuchèrent et s’écroulèrent au milieu du fracas des armes. Des hurlements s’élevèrent, des hennissements terrifiés parcoururent toute la colline. Un instant, l’affrontement fut sur le point de sombrer dans le chaos, puis les Elfes se ressaisirent et se regroupèrent pour cribler de flèches les cavaliers qui se battaient autour d’eux.
Thibaut éperonna sa monture et fonça sur un groupe d’ennemis. Ces derniers l’esquivèrent sans mal, toutefois sa lance taillada le bras de l’un d’eux. Le comte tourna bride dans une volée de poussière, la pointe de son arme scintillant dans la faible lumière. Un Elfe courait vers lui, l’épée haute. Thibaut savait qu’il ne devait pas le laisser arriver au contact. Brandissant sa lance, il la projeta avec violence contre son adversaire. Parfaitement ajusté, l’acier traversa la poitrine de l’Elfe de part en part.
Le comte dégaina son épée. Un autre guerrier l’assaillait par la droite. Leurs lames s’entrechoquèrent à deux reprises, puis Thibaut talonna son cheval pour se dégager. L’animal s’élança vers un nouveau groupe d’ennemis. Le comte en tua deux par de grands moulinets de sa lame. D’autres tombèrent sous les coups de ses chevaliers. Son précédent adversaire revenait à la charge. Thibaut para un coup d’estoc avec son bouclier, et plongea son épée dans la gorge de l’Elfe. Le sang jaillit.
Le comte s’éloigna un peu de la mêlée. Au bas de la colline, les Elfes et les Dümréens s’étaient rejoints, et s’affrontaient à présent dans un tourbillon de lames et de clameurs. Sur l’autre colline, Tercius de Humbar semblait en difficulté, mais il finirait bien par déloger les archers. Du côté de la forêt, une troupe ennemie avait surgi des bois, mais Jérôme de Chest l’avait interceptée.
Thibaut se sentait mieux. Sa peur l’avait quitté, ne restait que l’excitation. Alors qu’une partie de ses hommes poursuivait les archers en déroute, il rassembla les autres et se dirigea vers le pied de la colline.
Vers le coeur du combat.

Assise à une table de travail, les yeux rivés sur un manuscrit ancien, une plume à la pointe noircie serrée dans la main, Nurmill Aqlaï travaillait sur une nouvelle traduction.
Les moines appréciaient de plus en plus ses talents pour les langues anciennes. Elle avait déjà transcrit une montagne de documents et ne semblait pas vouloir s’arrêter en si bon chemin. On avait pris l’habitude de la laisser oeuvrer en paix, dans le petit bureau qui jouxtait celui de Liffip.
La pièce était étroite, austère, pourvue de murs nus et très simplement meublée. Une table et une chaise se dressaient contre un mur tandis qu’à l’opposé, une fenêtre à barreaux permettait d’apercevoir la cathédrale, où les moines, à cette heure-ci, célébraient le troisième office de la journée.
Midi approchait. Le soleil était déjà haut dans un ciel sans nuage, les habitants s’activaient pour certains à préparer le repas, pour d’autres à conclure des affaires, et l’éternel brouhaha de la ville s’élevait au-dessus des toits.
Pourtant, malgré cette apparente quiétude, Nurmill sentait que quelques chose d’anormal allait se produire. Une désagréable intuition la tenaillait, l’avertissant de problèmes imminents. Elle ne s’en souciait guère. La plupart du temps, son instinct de vieille femme inquiète la trompait.
Elle repensa à Artus et Adrien. Depuis leur retour à Ganor, ils se reposaient. Le chantier de la chapelle n’avait pas encore repris et, de toute façon, les nouvelles de Dümrist étaient des plus encourageantes : Itraïr rentrait chez lui, ce qui allait permettre au magicien et à son élève de regagner la capitale.
Ainsi, leurs chemins se séparaient. Avec un léger sourire, Nurmill songea au petit Adrien. Elle l’aimait bien, ce garçon. Sympathique, vif, plein d’esprit, peut-être un peu indolent. Combien avait-elle connu d’enfants dans ce genre ? Elle ne se le rappelait pas.
Elle ressassait ses souvenirs quand la porte s’ouvrit brusquement.
- Vous n’avez pas frappé avant d’entrer, fit remarquer Nurmill sans même tourner la tête vers le nouvel arrivant.
- Où sont le mage et son apprenti ?
La vieille conteuse ne connaissait pas cette voix froide et distante, un brin méprisante. Lentement, elle pivota sur sa chaise.
Deux hommes se tenaient dans l’encadrement de la porte. Aussitôt méfiante, Nurmill se raidit.
- Pardonnez-moi, j’ai mal entendu. Pouvez-vous répéter ?
L’un d’eux s’avança et la vieille femme parvint à mieux le voir. C’était un grand échalas d’une vingtaine d’années, aux bras fins et aux épaules étroites, à la démarche souple et fière. Le visage harmonieux, les yeux bleus, les cheveux bruns plaqués sur son crâne, il portait une petite moustache et un bouc finement taillé. Sa vêture, depuis ses bottes de cuir montantes jusqu’à son pourpoint rouge sombre liseré d’or, était à la fois riche et sobre, luxueuse et fonctionnelle. En un mot, élégante.
Quand il parla, ses doigts manucurés s’approchèrent imperceptiblement de la longue épée à garde incurvée qui pendait à sa ceinture, logée dans un fourreau somptueusement décoré.
- J’ai dit que je cherchais deux personnes. Un jeune garçon de treize ans environ accompagné d’un mage. Je me suis renseigné, je sais qu’ils sont ici. Indique-moi où ils sont, vieillarde, et tu resteras en vie.
Nurmill se contenta de sourire et plissa les yeux pour observer le second homme. Beaucoup plus petit et assez bedonnant, il portait une tunique verte marquée d’un écusson illisible et des hauts-de-chausses noirs apparamment usés. Ses yeux porcins, son triple menton, ses bajoues de singe, ses cheveux ras, sa moustache noire en broussaille et son embompoint n’incitaient guère à la méfiance, en dépit de la courte dague fixée à sa ceinture de cuir.
- J’ignore tout de ceux dont vous me parlez, affirma la conteuse avec une parfaite assurance. Mais ma mémoire me joue parfois des tours, je vais peut-être m’en rappeler... Comment avez-vous dit que vous vous appeliez, déjà ?
Les deux hommes échangèrent un regard, puis le grand reprit la parole.
- Nous ne l’avons pas dit, mais je ne vois pas de mal à te l’apprendre. Je me nomme Strelian Falar, et mon compagnon, Juvorn Arpas.
- Enchantée. Nurmill Aqlaï.
- Où sont les magiciens ?
- Navrée, je n’ai vraiment aucune idée...
L’épée de Strelian se trouva soudain très près de la gorge de la conteuse.
- Ma patience a des limites, déclara-t-il. Nous avons subi de nombreux contretemps, et il me presse d’en finir. Alors parle, vieillarde, ou je t’étripe.
Nurmill ne se départit pas de son calme.
- Paix, mon ami. Je ne suis qu’une humble employée du prieuré. Je ne peux rien vous dire sans l’avis du père Liffip. Et, sans vouloir vous vexer, il se trouve actuellement à la messe...
La colère apparut sur le visage de Strelian. Sa rapière s’approcha de quelques centimètres. Nurmill fit un pas en arrière et continua de sourire. Elle s’amusait.
- Doucement avec ce jouet ! Pourquoi cherchez-vous Artus et Adrien ?
- Ah ! exulta l’épéiste. Tu vois que tu les connais !
Juvorn avança vers eux.
- Je ne l’aime pas, cette vieille. Elle se moque de nous. Tue-la, sinon elle nous jouera un sale tour, et maître Thenetos ne sera pas content.
Un pli soucieux barra le front de Strelian.
- Maintenant que tu as prononcé le nom du maître, je n’ai en effet plus le choix. Désolé, l’ancêtre.
Nurmill comprit soudain ce qu’il allait faire. Elle avait pensé qu’il n’aurait jamais le cran d’agir, et réalisait à présent qu’elle s’était trompée. Sa plaisanterie tournait très mal.
Plus vive qu’on ne pouvait s’y attendre de la part d’une femme de son âge, elle esquissa un pas pour s’enfuir.
En pure perte.
La rapière de Strelian la frappa au niveau du coeur. La fine lame d’acier s’enfonça dans sa poitrine et ressortit dans son dos avec une giclée de sang. Nurmill roula des yeux incrédules, sa bouche s’ouvrit sur un cri muet, sa peau vira au gris.
Sans la moindre trace d’émotion sur le visage, Strelian retira son arme du corps de sa victime.
Nurmill Aqlaï s’écroula.

KaiM
KaiM
Niveau 11
21 février 2006 à 20:14:15

Makashi contre Ataro. Epée d’acier contre glaive de bronze.
En combat sigulier, l’issue ne faisait aucun doute. Le style Ataro visait à affronter des dizaines d’adversaires, à passer de l’un à l’autre par des enchaînements spectaculaires. Le Makashi, lui, était conçu pour remporter des duels. Sans compter qu’Azbédial Kotèil pratiquait une forme particulière, encore plus économe et désapointante que le style ordinaire. Il feintait souvent, privilégiait les battements du poignet aux amples mouvements de bras, bref ne perdait pas temps.
Et pour ne rien arranger, Dario retenait ses coups, conscient qu’Azbédial ne se contrôlait pas. Il ne voulait pas le tuer.
Dario para un coup d’estoc, lança son pied dans le ventre de son adversaire. Azbédial se contorsiona, esquiva l’attaque et se fendit d’une botte audacieuse. Dario recula pour s’échapper et commença à chanter.
Sa mélodie vint accompagner le tintement des armes qui s’entrechoquaient. Instantanément, Dario sentit ses muscles se renforcer tandis que son esprit se purifiait, tendant toute sa concentration vers le combat.
La longueur de sa lame donnait un sérieux avantage à Azbédial, mais cet atout pouvait se muer en faiblesse, à condition de réduire la distance. Dario dévia l’épée d’un revers fluide et précis, puis s’élança au contact en tournant sur lui-même. Son coude frappa Azbédial à la tempe. Ce dernier bondit en arrière pour se dégager, et plaça une feinte suivie d’un nouveau coup d’estoc. Dario le contra avec adresse, puis agrippa d’un geste vif le poignet de son adversaire. Il passa sa jambe par-dessus le bras d’Azbédial, verrouilla une clef impitoyable.
Un craquement retentit. Azbédial poussa un cri et lâcha son épée. Dario en profita pour lui assener un coup à la tête avec le pommeau de son glaive.
Il n’avait pas encore touché sa cible quand il perçut la naissance d’un sort. Un boule d’énergie fusa depuis la paume d’Azbédial et cueillit Dario au ventre. Le maître Chanteur fut projeté en arrière, mais parvint retouver son équilibre. Il en fallait plus que ça pour le terrasser !
Sans se soucier de sa blessure, Azbédial leva son bras valide. Un rayon de lumière fendit l’air. Dario lâcha une poignée de notes et lui opposa un indestructible bouclier d’énergie. Un nouveau tir jaillit de la main d’Azbédial. Dario riposta par une aveuglante sphère de lumière. Les deux attaques se percutèrent et explosèrent avec une effroyable détonation.
Déjà Azbédial repartait à l’attaque. Tenant son épée de la main gauche, il fonça sur Dario lame en avant, comme si sa blessure ne le gênait pas le moins du monde. Le maître Chanteur recula pour esquiver, et remarqua soudain le gouffre derrière lui.
Il se trouvait au bord du Puits !
Azbédial porta un coup de taille, tentant de le faire basculer. Déployant toutes ses ressources pour une seule acrobatie, Dario bondit.
Il s’éleva au-dessus du Puits, réalisa un époustouflant vol plané, et retomba sur la grue de bois.
Azbédial rassembla son pouvoir et projeta une nouvelle boule d’énergie. N’avait-il pas encore compris qu’aucun assaut de ce genre ne pourrait franchir les défenses de Dario.
La shpère explosa contre la grue.
La structure entière vacilla, s’affaissa vers le gouffre béant du Puits. Dario se retint de justesse à une poutrelle, puis se redressa, maîtrisant sa painque à grand-peine. Il n’allait quand même pas se faire tuer ainsi !
Onorius contemplait la scène, un petit sourire aux lèvres. Dario sentit la colère bouillonner en lui. non, il n’allait aps se laisser faire. Il allait vaincre son adversaire, arrêter Onorius et lui arrcaher des explications. En quelques semaines, la confiance infinie que Dario vouait à son maître s’était complètement effondrée. Professeur bienveillant ou pas, Onorius aurait de sérieux comptes à rendre !
Azbédial tira de nouveau. Dario intercepta son rayon d’énergie, en bloqua un second, puis un troisième. Azbédial manquait peut-être d’imagination, mais on ne pouvait qu’admirer sa persévérance...
Il finit pourtant par comprendre qu’il ne l’emporterait pas ainsi. Il courut jusqu’au socle de la grue, l’escalada en une seconde malgré sa fracture au bras et se dressa sur la structure de bois, l’épée levée, face à Dario.
Celui-ci le regarda venir sans sourciller. Un instant de répit s’écoula, puis le combat reprit.
L’épée d’Azbédial cingla l’air. Dario para l’assaut et recula d’un pas sous la violence du choc, évitant adroitement de se prendre les pieds dans les poutrelles. Le maître Chanteur intercepta une nouvelle fois la lame de son adversaire, la rabattit sur le sol et porta un puissant coup de poing. Azbédial l’esquiva en se baissant, releva son épée afin de dévier le glaive, pivota pour prendre de l’élan et lâcha un terrible balayage.
Dario le contra du plat de la lame, et bascula par-dessus la grue. Au dernier moment, il parvint à saisir une tige de bois, évitant la chute fatale.
Azbédial se dressa au-dessus de lui, imposant malgré ses airs d’abbé. Il abattit son épée.
Dario lâcha prise.
Il se raccrocha à une autre poutre, se balança puis se laissa tomber sur le rebord de la gigantesque bassine.
Azbédial se savait incapable de briser la chaîne d’acier qui retenait le seau de fonte. Il bondit à son tour dans le vide, et retomba en face de Dario, en équilibre précaire.
Les deux mages se toisèrent un instant.
- Ressaisis-toi, implora Dario. Ce combat ne rime à rien !
Azbédial ne l’écoutait pas, débordant de haine, totalement soumis à Onorius.
Il s’élança.
Dario s’écarta au dernier moment de la trajectoire de son épée. Il rétablit ses appuis sur la bassine, tenta une riposte qu’Azbédial para sans mal, lâcha un coup de pied circulaire. Son adversaire, plutôt que de reculer, avança vers Dario et le renversa d’un coup d’épaule. Le maître Chanteur bascula dans le vide, puis agrippa le rebord du seau et d’une incroyable traction remonta sur l’étroite plate-forme. Dans le même mouvement, il faucha du pied les jambes d’Azbédial, qui s’écroula sur la fonte puis essaya de se redresser. Dario lui plaça un atémi à la nuque. Azbédial s’affaissa et ne bougea plus.
Dario se releva et se tourna vers Onorius, debout au bord du Puits.
Derrière lui, Azbédial sauta sur ses pieds.
Dario fit volte-face au dernier moment. Son glaive s’interposa face à la lame du Mage de Combat... et vola au loin sous un vicieux mouvement du poignet. Dario se retrouva désarmé face à son adversaire.
Azbédial abattit sa lame. Le maître Chanteur l’évita d’un cheveu, en même temps que l’implacable certitude de sa mort l’envahissait comme un froid galacial.
- Maître !
Le cri avait retenti depuis l’entrée de l’escalier. De là où il se trouvait, Dario ne pouvait voir celui qu’il l’avait poussé, mais il reconnu sans peine cette voix si familière.
Alexandre.
Son élève avait répondu à son appel !
Au bord du gouffre, Onorius se retourna. Un long objet bleu passa au-dessus de sa tête et fondit vers le seau.
D’une formidable détente, Dario se propulsa dans les airs. Son corps tournoya, décrivit une courbe parfaite avant de se tendre et de faucher sa cible. Le maître Chanteur retomba de l’autre côté du seau. Azbédial le rejoignit en quelques enjambées et frappa derechef.
Le sabre de Dario chuinta en sortant du fourreau, bloqua l’épée du Mage de Combat qui fit un pas en arrière.
Dario n’avait plus peur désormais.
Son arme à la main, nul ne pourrait le vaincre.

KaiM
KaiM
Niveau 11
21 février 2006 à 20:14:49

Onorius se retourna vers Alexandre et Alice. A peine le Prince avait-il lancé le sabre de Dario dans le Puits, où retentissaient les bruits du combat, qu’il se rua vers Onorius en activant les Bracelets d’Arzhan. Le mage ne s’y attendait pas, et il évita d’extrême justesse le rayon de lumière qui lui frôla la tête. Déjà Alexandre armait un nouveau tir...
Onorius se ressaisit. Il chanta pendant quelques secondes sur un rythme effréné, et dévia la seconde attaque du Prince. Un troisième rayon alla s’écraser à ses pieds, un quatrième au plafond.
Alexandre joignit les mains. Une colonne de flammes jaillit de ses paumes et fondit sur Onorius. Le maître Chanteur lâcha une série de notes, qui érigèrent devant lui un bouclier protecteur. Les gerbes de feu grondèrent en ricochant contre l’écran, mais ne lui causèrent aucun mal.
Puis Onorius riposta. Son Chant se fit plus lent, plus puissant et plus profond. Avec horreur, Alexandre se rendit compte que l’air autour de lui s’épaississait, le privant de toute possibilité de mouvement. Il essaya de résister, lançant tout le pouvoir des Bracelets à l’assaut du sortilège, mais Onorius avait trop d’expérience. Ses enchantements ne présentaient aucune faiblesse, aucune faille à exploiter. Alexandre songea brièvement que Dario, lui, aurait trouvé le moyen de s’échapper.
Puis il ne put même plus remuer un doigt.
Onorius interrompit son Chant. Alexandre se concentra, projeta un éclair sur le maître Chanteur. La décharge ne parcourut pas un mètre avant de se dissiper.
- A toi de jouer, Alice, parvint-il à murmurer.
La jeune fille, apparemment libre, s’écarta sur le côté. Onorius la suivit d’un oeil amusé puis s’adressa au Prince.
- J’ignorais que tu avais réussi à maîtriser les Bracelets d’Arzhan. Cela fait plusieurs siècles qu’ils sont aux mains de ta famille et que personne n’a trouvé le moyen de les éveiller...
- Je suis au courant, siffla Alexandre.
Onorius jeta un regard distrait par-dessus le bord du gouffre.
- Mon serviteur est en mauvaise posture. Avec un bras cassé, aussi, il fallait s’y attendre. Je l’ai peut-être un peu trop énervé, il a manqué de prudence.
- Arrêtez ça tout de suite ! hurla Alexandre. Laissez Dario en paix !
Il lança sa volonté contre les liens magiques qu’Onorius avait tissés autour de lui. Le mage chanta quelques notes, et le sortilège se consolida pour résister à l’attaque.
- Tu es vraiment admirable, commenta Onorius, l’air dégagé. Bon combattant, excellent dirigeant, et même magicien à tes heures perdues. D’un autre côté, en ce qui concerne ce dernier point, tu manques encore de connaissances. N’espère pas l’emporter contre moi sur ce terrain.
Alexandre bouillait de rage. Il attendait des explications, et Onorius se contentait de discuter d’un ton désinvolte.
- Dario aussi est quelqu’un d’exceptionnel, d’ailleurs, ajouta le mage. J’avoue que sa mort sera une grande perte. C’est vraiment dommage. Il a été mon unique élève pendant des années, le seul à qui j’aie su enseigner correctement l’art du Chant. Je m’étais attaché à lui, tu sais. Je l’apprécie vraiment, et je regrette de devoir le tuer. J’espérais le retenir ici jusqu’à trouver un moyen de lui faire oublier ce qu’il avait vu...
- Inutile ! lança Alexandre. Il m’a parlé ! Je suis au courant pour votre tatouage, je sais que vous êtes un Migrodi !
Le visage d’Onorius vira soudain au livide tandis que son expression décontractée se muait en masque de panique.
- Quoi ? Que savez-vous des Migrodis ?
- Beaucoup plus de choses que vous n’imaginez, mais pas autant que je le voudrais. Vous formez une organisation secrète, vous recherchez les yeux d’Arkos et de ses fils afin de les ramener à la vie, et vous m’avez manipulé pour que j’aille tirer l’oeil de Kashnir de sa cachette.
Onorius était décomposé.
- Je vois... Qui d’autre connait ces informations ?
- Trop de gens pour que vous puissiez tous nous éliminer.
Alexandre jubilait. Il tenait son adversaire par son point faible. Onorius n’avait plus de secret à garder. Peut-être même allait-il renoncer à ses plans pour déguerpir au plus vite, laissant Dario en paix.
Pendant ce temps, Alice contournait le mage et s’approchait subrepticement.
- Je suis très contrarié, articula Onorius. Tu as mené de nombreuses recherches dans mon dos, dirait-on.
Alexandre sentit l’anxiété revenir. Rien encore ne prouvait Qu’Onorius allait s’enfuir. Il fallait laisser à Alice une ouverture pour passer à l’action. Gagner du temps.
- J’admets que je me suis longuement renseigné, déclara le Prince. Cela dit, tout ça me semble absurde. Vous avez monté toute cette histoire d’artefact magique pour m’envoyer à Kridath, alors que vous pouviez très bien aller chercher l’oeil vous-même, non ?
Onorius eut un petit sourire.
- C’est malheureusement impossible. Les Migrodis ne peuvent approcher des yeux des Tigres. Tu as vu les protections qui entouraient l’oeil de Kashnir, je suppose. Pour nous, elles sont encore pires.
Alexandre, malgré toute sa bonne volonté, n’y comprenait strictement rien.
- La magie est un phénomène explicable, affirma-t-il. Pourquoi des défenses se montreraient-elles plus puissantes face à certaines personnes ?
- Tu parles sans savoir. La magie ancestrale est quelque chose de très mystérieux. Nous ne pouvons récupérer les yeux nous-mêmes, voilà tout. Peut-être que les sortilèges de protections sentent nos intentions. Aussi envoyons-nous des gens qui ignorent tout de la nature de laur butin.
- Pourquoi vous être servi de moi au lieu d’employer un mercenaire, alors ? s’étonna Alexandre.
- Pour qu’il disparaisse ensuite dans la nature avec l’oeil ? Non merci ! Nous avons suffisamment de mal à découvrir les endroits où sont dissimulées ces pierres, sans en plus prendre le risque de les voir s’échapper ! Il nous fallait quelqu’un qui ramènerait l’oeil dans un endroit sûr, convaincu de la nécessité de le mettre à l’abri. Avec toi, j’étais sûr que la pierre reviendrait à Dümrist.
- Ce qui ne s’est pas produit.
- Aucune importance. Quand le temps sera venu, nous rendrons une visite au comte Thibaut de Montfort.
La gorge d’Alexandre se serra. Un instant, il s’en voulaut d’avoir mêlé le loyal Thibaut à une histoire aussi dangereuse.
Alice n’était plus qu’à quelques mètres du dos d’Onorius.
- Et les armes runiques ? interrogea Alexandre. C’est une de vos inventions, aussi ?
- Tu parles du sabre et du bouclier ? J’ignore d’où il sort, et qui a pu avoir l’idée d’indiquer l’emplacement de l’oeil de Kashnir. Mais nous allons enquêter sur cette affaire. Il existe probablement d’autres armes du même genre, qui mènent à tous les emplacements des yeux.
- Parce qu’en dix mille ans, vous ne savez pas encore où ils se trouvent ?
Onorius ricana.
- Notre organisation s’est formée il y a dix mille ans, certes, mais n’est entrée en action qu’au cours des derniers siècles. L’âme d’Arkos a subi des dommages, il lui fallait un énorme délai de repos. A vrai dire, nous ignorons beaucoup de choses : qui a fondé notre ordre, pourquoi attendre avant de se lancer à la recherche des yeux, pourquoi ces mêmes yeux sont-ils cachés au lieu d’être enfouis au fond de la terre... nous nous occupons de notre mission : rassembler les yeux des Tigres et réveiller Arkos.
- Comment allez-vous vous y prendre ?
- Je ne sais pas. Mes supérieurs ne me disent pas tout. J’étais simplement un élément infiltré en Dümra pour le cas où un des yeux se trouverait dans la région.
- Et à quoi cela servira-t-il ?
- Notre mission est de réveiller Arkos. La suite importe peu.
Alexandre comprenait peu à peu qu’Onorius n’était qu’un simple éxécutant. Il ignorait en définitive l’essentiel des activités de son ordre, et ses explications étaient si bacales qu’il devait certainement les avoir inventées lui-même. Pour y voir plus clair, il faudrait retrouver le chef de cette organisation.
Onorius, pourtant, retrouvait son assurance.
- Bien ! Maintenant, revenons à nos problèmes actuels. Puisque je suis découvert, je quitte Dümrist sur l’heure. Avant cela, cependant, il me faut effacer les preuves de mes activités. Je doute que vos amis en sachent autant que toi. Ta mort et celle de Dario devraient donc suffire à brouiller les pistes.
- Vous allez me tuer ? releva Alexandre sans se troubler.
- Tu m’étais sympathique, et tu aurais pu encore servir. Tu aurais fait un excellent roi pour ce pays, d’ailleurs je t’ai aidé à supprimer quelques obstacles. Mais à présent tu en sais trop. Je me trouve donc dans l’obligation de t’ôter la vie...
Brusquement, il fit volte-face et braqua ses yeux sur Alice.
- ... ainsi que celle de cette fille.
Elle eut un mouvement de recul, les yeux emplis d‘effroi. Onorius se permit un sourire. Il l’avait laissée s’approcher pour mieux apprécier cet instant. Que pouvait faire une jeune fille terrifiée face à un mage doués d’autant de pouvoirs que lui ?
Puis il se souvint de ce qui s’était passé avec Tanaril. Alice était dangereuse, justement parce qu’on la sous-estimait.
Pris d’un doute, Onorius jeta un regard à Alexandre.
Ses yeux tombèrent sur un fourreau vide au niveau de sa cuisse.
Alice s’élança, un poignard à la main. Onorius dévia le coup avant son bras gauche. L’acier trancha l’étoffe et la peau. Une traînée rouge apparut sur son manteau. Sous la douleur, il relâcha un peu la pression de son sortilège.
Il n’en fallait pas plus à Alexandre pour se délivrer complètement. Une boule d’énergie jaillit de sa main droite et fila sur Onorius. Celui-ci la contra au dernier moment, repoussa Alice d’un revers de la main, et se remit à chanter.
Cette fois, il ne prit aucun risque. En une seconde, la prison d’Alexandre se réactiva, et s’élargit pour englober Alice.
- Bien essayé ! Mais il faudra une meilleure ruse pour me vaincre.
Alexandre sentit ses jambes se dérober. Cette confrontation tournait très mal. Puis, lentement, sa détermination vacilla, et la certitude qu’il ne pouvait rien face à Onorius s’imposa à son esprit. Il ne pouvait pas faire face. Il allait échouer. Mourir.
Ses forces le quittaient.
C’est alors qu’une explosion retentit dans le gouffre. Dario s’envola au-dessus du vide et reprit pied sur le bord de Puits. Une bouffée d’espoir vint gonfler le coeur d’Alexandre.
Puis un autre homme émergea de la fosse. Un homme blond et maigre vêtu de noir, l’air fragile et pourt ant rayonannt de pouvoir. Azbédial Kotèil.
Alexandre n’en revenait pas.
- Azbédial, un Migodi ?
- Non, répondit Onorius. J’ai juste rendu son aversion pour Dario si puissante qu’elle l’empêcher de vouloir autre chose que sa mort. Un Chant très complexe, je l’admets. J’ai utilisé le même pour Vladek.
- Quoi ?!
- Vladek. Je l’ai enchanté pour le forcer à tuer Arnéus Rivoln ainsi que Hendar Gorts. Leurs morts m’arrangeaient, et toi aussi. Alors remercie-moi au lieu de me lancer ce regard noir.
La rage d’Alexandre contre le mage monta encore d’un cran. C’en était trop. Il ne pouvait pas tolérer qu’on manipule ses amis comme des jouets. Pour une raison étrange, l’oeuvre d’Onorius et la mort de Vladek s’associèrent dans son esprit. Tout était de la faute de cet homme. Il fallait lui faire payer !

KaiM
KaiM
Niveau 11
21 février 2006 à 20:15:39

Les deux hommes avaient fait quelques pas en avant.
Hustouk tira vivement son épée et se campa sur ses jambes, lame en avant.
- Qui êtes-vous ? demanda-t-il aux nouveaux venus.
- Nous servons Thenetos de Vordal, répondit le premier.
- Tu n’as pas besoin de savoir autre chose, ajouta le second.
Ils s’approchèrent. Hustouk nota qu’ils ne portaient pas de lames. Pour toute arme, ils ne possédaient qu’un fouet chacun. Mais quelque chose laissait penser à l’Ork que ces deux hommes n’étaient pas des amateurs.
- Que faites-vous là ?
- Quelle question ! Maître Thenetos s’intéressait depuis longtemps aux recherches de Tarwàdis, mais sa mort l’a pris au dépourvu. Il a essayé de forcer le passage pour trouver le laboratoire, cependant ce mur est indestructible, même pour lui. La porte ne devait s’ouvrir que pour son cobaye. Et quand Andorion t’a rencontré à Kridath, il a fait le lien avec cette histoire de guerrier possédé par un démon qui ne le contrôle pourtant pas. Ensuite, Anamïn et Ektaïn et Ektaïn nous ont appris que tu te rendais en Alméra.
- Ils m’ont trahi ?
- Pas très sympathiques, tes “amis”, hein ? enchaîna l’autre. En réumé, nous avons attendu que tu viennes ici pour ouvrir le passage. Un plan hasardeux, je te l’accorde, mais qui a fonctionné.
Hustouk étudia les deux hommes. Leurs combinaisons moulantes, particulièrement souples, ne leur offraient que peu de protection mais leur laissaient certainement une grande liberté de mouvement. Leurs fouets parassaient redoutables, et leurs regard décidés ne laissaient aucun doute quant à leurs intentions.
- Que me voulez-vous ? demanda quand même Hustouk.
Les deux hommes échangèrent un regard amusé.
- A ton avis ? Maître Thenetos veut les travaux de Tarwàdis. Nous embarquons ses notes, ses potions et son cobaye.
- Prenez les notes si ça vous amuse, mais moi je ne vous suivrai pas ! répliqua Hustouk.
- Sois sérieux, un peu. Thenetos peut t’offrir de l’or et du pouvoir. Tu seras le premier d’une nouvelle forme de guerriers, peut-être le général d’une armée invincible !
- La horde est une armée invicible. Et elle me suffit. Je ne viens pas avec vous.
Hustouk lança un regard menaçant aux deux hommes, qui s’écartèrent un peu et ajustèrent leurs appuis.
- Tu n’as pas le choix, dit le plus proche. Si tu refuses, nous t’emmènerons de force. Et, fais-moi confiance, ni toi ni ton démon ne sont de taille face à nous.
- C’est ce qu’on va voir !
Hustouk brandit son épée à deux mains. Aussitîot, l’un de ses adversaires fit tournoyer son fouet avec une adresse sidérante. La lanière de cuir s’enroula autour des poignets d’Hustouk, les plaquant l’un contre l’autre.
Une terrible sentation de brûlure irradia dans ses bras, comme si le fouet avait été porté à la chaleur du métal en fusion. Hustouk entendit sa peau grésiller. Il poussa un hurlement de douleur et de rage.
- Nous devons te prendre vivant, signala l’homme. Vivant, mais pas forcément intact. Je te prierai de te rendre tant que tu as encore des bras. Ces fouets sont enchantés, et ils vont te ronger la peau jusqu’à l’os.
Hustouk se tourna vers lui, furieux, et tenta de lui cracher au visage. L’homme évita le jet de salive et tira sur son fouet, faisant basculer l’Ork en avant. Hustouk se reprit et, plantant une jambe devant lui, resista fermement à la traction de son adversaire.
L’autre leva son fouet à son tour.
Un filet de fumée montait du poignet d’Hustouk. Aveuglé par la souffrance, il se rua en avant.
Sa charge surprit son ennemi. Soudain libéré du poids de l’Ork, il perdit l’équilibre. Son fouet se détendit, Hustouk se dégagea et abattit son épée.
L’homme esquiva d’un bond incroyable et, dans le même mouvement, plaça un puissant coup de pied dans la poitrine de l’Ork qui partit à la renverse et s’écroula.
Comment pouvait-il frapper aussi fort ?
Hustouk se releva en titubant et chercha ses adversaires du regard. Un fouet claqua, s’enroula sur son bras droit. Brûlure, douleur atroce. Hustouk fléchit les genoux. Une forte secousse dans son poignet, la sensation que sa main se déchirait. Cette fois, il lâcha son épée.
Il aperçut son assaillant sur le côté. Furieux, il empoigna le fouet et tira un grand coup, afin de renverser l’homme en blanc. Celui-ci ne chercha pas à résister. Il sembla s’envoler dans les airs, et fondit sur l’Ork comme un éclair. Son pied percuta la mâchoire d’Hustouk, le projetant à terre. Il sentit le goût du sang dans sa bouche.
La colère bouillonait en lui, lui redonnant des forces. Il se redressa, recut un terrible coup de poing à la nuque, retomba, se releva. Un fouet mordit sa joue. Il ne s’effondra pas.
Hustouk réalisait qu’il n’aurait pas dû venir seul. Face à deux adversaires de ce genre, il n’avait aucune chance. Il allait se faire capturer. Mais pourquoi avait-il refusé de laisser Hoktar l’accompagner ? Quelle idiotie !
Il repéra son épée, plongea dessus, l’attrapa et se remit en garde. Un des deux hommes lui faisait face. Hustouk fonça sur lui et porta un coup de taille. Son adversaire l’évita avec aisance et lui plaça un atémi à la gorge. Le souffle coupé, Hustouk releva néanmoins son épée pour frapper à nouveau. Son ennemi esquiva sans mal la série de coups d’estoc, puis recula de quelques pas.
L’autre homme surgit alors par-derrière. Hustouk encaissa un coup de pied dans le dos, bascula en avant. Il se retourna en abattant son épée. Insaisissable, son adversaire se déroba et leva le bras.
Son fouet cingla l’air, frappa Hustouk au cou, repassa sur sa nuque avant de s’enrouler autour de ses jambes. Happé par une brusque traction, l’Ork s’abattit sur le sol de marbre. L’homme le traîna sur quelques mètres pendant que son compagnon abattait son fouet sans relâche. Le cuir claquait, inlassable, ingligeant sans fin ses impitoyables brûlures. La cheville d’Hustouk, toujours prisonnière de l’autre fouet, lui donnait l’impression de fondre et de se réduire en cendres. Les deux hommes ne lui laissaient aucun répit, le harcelant de leurs coups répétés.
Hustouk comprit qu’il n’avait plus qu’une option.
Il se transforma.

Dario prenait des risques inouïs, combattant avec une telle audace que son adversaire fut plusieurs fois cantonné à la défensive. Son sabre volait en tous sens, si rapide qu’il en devenait flou, parant et frappant à un rythme infernal.
Après sa folie meurtrière de tout à l’heure, Azbédial avait un peu repris ses esprits. Tenant son épée de la main gauche tandis que son bras droit inutile pendait misérablement, il luttait de façon méthodique, maintenant la pression sur son ennemi au moyen de coups aussi puissants qu’imprévus, et d’enchaînements d’attaques assez décousues pour déstabiliser le plus attentif des tireurs.
Les lames se heurtèrent, s’abattirent sur le sol. Le talon de Dario fusa vers la tête d´Azbédial, qui bloqua sa jambe d’un coup de pied retourné et porta un coup de taille. Le maître Chanteur bondit pour esquiver, passa par-dessus son adversaire et frappa de son sabre. Azbédial se déroba d’un pas sur le côté puis plaça une botte au ventre de Dario, toujours dans les airs. Le maître Chanteur la dévia d’un court battement de lame, lança son pied dans le bras cassé de son agresseur. Le Mage de Combat poussa un cri de douleur et de rage, puis s’élança en avant.
Dario toucha terre, rebondit. Azbédial l’accompagna dans son vol plané et attaqua de nouveau. Le maître Chanteur para le coup d’estoc, bascula en avant, abattit sa jambe et manqua sa cible. Azbédial tenta une nouvelle frappe, transforma son geste pour intercepter le sabre de Dario, poussa une estocade au visage de son adversaire. Celui-ci tenta de la parer, réalisa qu’il s’agissait d’une feinte, abaissa sa lame pour bloquer l’attaque qui visait sa hanche.
Ils retombèrent sur leurs pieds. L’épée d’Azbédial enroba le sabre de Dario, franchit sa garde et plongea vers sa poitrine. Le maître Chanteur se décala, évita de perdre son arme par un souple mouvement du poignet, et porta un coup aux tibias du Mage de Combat.
Azbédial tenta de le contrer. Dario avança d’un pas et releva sa lame pour l’abattre sur son poignet. Il s’agissait au mieux de lui trancher le bras, au pire de lui faire perdre son épée. Mais Azbédial se repositionna à une vitesse impressionnante, évita le coup et plaça un autre balayage au moment où Dario corrigeait son attaque.
Deux plaies s’ouvrient en même temps, à l’épaule de Dario et sur la main d’Azbédial. Le mage de Combat esquissa un nouveau coup, renonça, bondit en arrière pour esuiver une riposte. Il leva son bras blessé, éxécuta quelques gestes complexes de la main en prononçant une formule mystérieuse. L’air autour de Dario devint dur comme du roc et le frappa avec une telle force que le maître Chanteur fut projeté à la renverse. Il se releva, lâcha une série de notes pour bloquer un second sortilège. Empoigna son sabre à deux mains.
Azbédial se rua en avant, vif comme l’éclair, décidé à en finir. Conservant un calme olympien, Dario sentit une grande paix l’envahir. Le temps sembla ralentir. Dario perçut la fin imminente du duel, compenant que chacune des actions de l’affrontement ne visait qu’à le mener ici, que tous les coups, toutes les parades, tous les mouvements, convergeaient vers ce moment de vérité.
Vers cet instant de communion absolue, où l’esprit, le bras et la lame, si intimement liés qu’ils ne font plus qu’un, révèlent tout leur pouvoir de destruction.
Dario s’élança. La grâce, la vitesse, la puissance et la mort épousèrent la courbe fulgurante de son sabre. Les lames se rencontèrent, les combattants se croisèrent.
Se figèrent.
Une interminable seconde s’écoula.
Azbédial Kotèil s’effondra.

KaiM
KaiM
Niveau 11
21 février 2006 à 20:17:26

Arf, voilà, c´est fait. Rien d´autre ne viendra avant deux semaines, donc modérez-vous.

Il reste sûrement quantité de fautes que je n´ai pas repérées, ce qui est assez logique sur une longueur pareille.

Sur ce, bonne lecture, et bonnes vacances à moi.

chris12
chris12
Niveau 9
21 février 2006 à 20:30:01

"le Prince Alexandre déboicha d’un couloir latéral " déboucha
"sentie particulièrement coulagée" Soulagée
"Un bruit de escalier dans le grand escalier " Un bruit de pas dans le grand escalier ?
"Quelqu’un a dû les empêcher de te recontrer !" reNcontrer
"(Il se tourna vers Karen.) " t´es pas obligé de mettre entre parenthese
"Si nos intuitions juste," si nos intuitions sont juste

1ere partie de lu, je vais faire une par jour

KaiM
KaiM
Niveau 11
21 février 2006 à 20:37:21

Pour les parenthèses, je dois te signaler que cette forme est correcte, ayant pour but d´éviter un pénible double retour à la ligne.

Pour le reste, merci.

LeConseiller
LeConseiller
Niveau 10
21 février 2006 à 20:39:13

Déjà lu trois des messages, mais je vais arrêter pour savourer la suite :)

(y´a pas mal de fautes d´innatention)

Bonnes vacances :p)

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
21 février 2006 à 21:28:52

J´suis l´seul fanatique à avoir tout lu d´une traite? :o)) Bon et bien...effectivement il y a quelques fautes, tu devrais trouver un logiciel de traitement de texte libre, la plupart desdites fautes étant des fautes de frappes qui sont donc repérées par les logiciels. Par contre je citerai quand même "déboicha " (euh non je croyais avoir pris une autre, je voulais dire "et Ektaïn et Ektaïn"^^).

Bon et bien cool il s´passe plein d´trucs, dommage qu´il faille attendre deux semaines, mais bon ça va, le pavé était assez gros quand même. :-)

KaiM
KaiM
Niveau 11
21 février 2006 à 21:33:58

Az´, tu n´es qu´un barbare.

En même temps, ça m´arrange bien de poster tout ça d´une traite, car c´est vraiment long, et que si j´avais fait un chapitre tous les deux jours vous vous seriez lassés.

Restent 53 pages.

LeConseiller
LeConseiller
Niveau 10
21 février 2006 à 21:36:41

C´est pas possible d´en rajouter encore un petit chapitre ? :)

KaiM
KaiM
Niveau 11
21 février 2006 à 21:37:40

Nan. Me dis pas que toi aussi t´as tout lu ?

LeConseiller
LeConseiller
Niveau 10
21 février 2006 à 22:03:42

Nan, j´ai réussit à me retenir à la moitié, mais je sais que demain, je ne pourrai pas m´empêcher de lire :p) Alors bon, autant prévoir :lol:

chris12
chris12
Niveau 9
22 février 2006 à 13:43:16

"Un pue énervé" pEU
"Dans une premier temps..." un

"Onorius trouva soudain partculièrement idiot" partIculièrement
" Il ne pourrait pas renverser ele cours des événements. " Le cours
"le poste de direc teur. " directeur en un seul mot
"Onorius de Finglä boucsula l’étudiant" bouscula (en passant, ca fait très classe pour un vieux directeur)

il a raison n´empeche, pcq meme moi qui avait dit que un mess par jour, ben j´ai eu du mal à me retenir today :-d

chris12
chris12
Niveau 9
22 février 2006 à 16:45:57

"cherchant une ouvetrture." ouverture
"En combat sigulier," siNgulier
"maîtrisant sa painque" panIque ?
"il n’allait aps " pas
"arrêter Onorius et lui arrcaher des explications. " arrAcher
"il s’en voulaut" voulut
"Onorius dévia le coup avant son bras gauche." avec
"et pourt ant rayonannt de pouvoir." et pourtant rayonnant de pouvoir.
"En réumé," En résumé
"Les lames se rencontèrent, " rencontrèrent

Par contre, ca fait bcp de fois que t´envoie 2 soldats voir tes heros lol, pour Hustouk, pour Nurmill, pour Dario, et pour chais plus qui + les deux qu´on connait pas encore.

Et m***e j´ai finis

-Alir-
-Alir-
Niveau 8
22 février 2006 à 17:06:44

Je viens de lire 3 parties. Et je crains que je vais pas m´arrêter là pour aujourd´hui. :o))

Bonnes vacances. :ok:

Yun_Shui_Jen
Yun_Shui_Jen
Niveau 5
22 février 2006 à 17:40:22

bin ça y est j´ai tout fini :snif:
et je vais rester sur ma faim pendant DEUX semaines!!!(comme tout le monde :fou: )
je suppose que le siège de dumrist va finir dans quelques chapitres, et que la guerre du tigre va vraiment commencer :ok:

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