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Le siège de Dümrist

KaiM
KaiM
Niveau 11
17 février 2006 à 08:36:39

Dans ce chapitre, la révélation à laquelle tout le monde s´attendait depuis des lustres :

Debout au sommet du donjon, Alice observait les mouvements de l’armée ennemie qui ondulait lentement sous le soleil du soir. Maître Variaz, le professeur de l’Académie qui s’occupait de l’examiner, lui avait accordé quelques jours de congé pour assiter au spectacle. D’autant que lui-même, comme la majorité des Dümréens, se régalait à longueur de journée du spectacle des Elfes battant en retraite.
Itraïr s’en allait. La nouvelle avait fait le tour de la ville à une vitesse hallucinante, écho mille fois répété qui soulevait sur son passage d’incomparables cris de joie et donnait lieu à des fêtes aussi chargées en vin qu’en soulagement. Le siège se terminait. Dümrist était libérée. Les espoirs des citoyens trouvaient enfin leur récompense. Et déjà on attribuait cette victoire à la fermeté avec laquelle Alexandre avait défendu la cité lors de la dernière bataille, en passe de devenir une légende.
Depuis trois jours, les Elfes se repliaient, abandonnant leurs positions pour se regrouper à l’est. Depuis trois jours, Alexandre les harcelait, menant des charges de cavalerie contre chacun des innombrables points faibles que créait le démantèlement précipité du siège. Sans pitié, il lançait des raids contre les villages trop tardivement évacués, les colonnes isolées, les convois mal protégés.
Jamais les Elfes ne reviendraient.
Et pourtant, deux sources de crainte assombrissaient le bonheur des Dümréens.
Dès le premier jour du repli, une partie de l’armée elfique avait pris la direction du nord. Tant que le reste des forces ennemis resterait stationné dans les environs, poursuivre cette division était impossible. Et, selon toute probabilité, ces Elfes allaient tenter de compenser leur échec à Dümrist en pillant les Marches du Nord.
D’autre part, le roi Alexandre VII était mourant. A ce qu’on racontait, sa fièvre avait augmenté d’un coup, des temblements l’agitaient en permanence et son coeur faiblissait. Il succomberait probablement dans les jours à venir, sans même avoir repris connaissance. Déjà on préparait ses obsèques.
Etrangement, en contemplant le départ des Elfes, Alice ne ressentait qu’un infime soulagement. Même si la guerre finissait, cela ne lui rendrait pas ses parents, pas plus que la victoire ne redonnerait vie à Tarlaq et Vladek. Ce triomphe apporterait certes la paix, mais les morts ne reviendraient pas.
Une boule douloureuse se noua dans la gorge d’Alice quand elle repensa aux corps inanimés qui avaient jonché sa route durant les dernières semaines. Elle se consola en se disant qu’elle allait revoir ses frères et sa soeur. Adrien, Conrad, Katja. Pourvu qu’ils aient survécu !
Perdue dans ses pensées, elle s’aperçut soudain qu’Alexandre était venu se placer à côté d’elle. Le Prince la dévorait du regard, visiblement incapable de trouver un mot pour entamer la conversation.
- Nous avons gagné, dit-il finalement.
- Oui... murmura-t-elle.
Ils restèrent silencieux un moment. Apparemment, Alexandre avait quelque chose à lui dire, mais ne savait pas comment le présenter.
Il promena son regard sur les serviteurs et les courtisans rassemblés sur la terrasse, les yeux rivés sur les Elfes en déroute. Il laissa passer ses yeux sur les créneaux, observa le drapeau bleu et or de Dümra qui flottait au sommet d’une tourelle, puis prit une grande inspiration.
- Je voulais te parler de Conrad et de Katja.
Alice sentit la peine et la gêne dans sa voix. Un mauvais pressentimment la saisit.
- Voilà. A Kridath...
- Sire !
Un homme venait de surgir par l’escalier qui reliait la terrasse au dernier étage du donjon. Alexandre se tourna vers lui, furieux d’être interrompu.
Il parvint à se contrôler.
- Qu’y a-t-il, Juhaz ?
L’homme, un grand échalas aux cheveux coupés en brosse vêtu d‘un camisole de maçon, paraissait surexcité.
- C’est au sujet des travaux dans le bureau de Tanaril de Ganor. On a fini par découvrir une...
Alexandre avait déjà dépassé Juhaz et bondi dans l’escalier.

Un puissant vent du nord étendait dans le ciel de lourds nuages gorgés de pluie quand le messager arriva au campement du comte Thibaut.
Cela faisait deux jours que l’armée, rapidement rassemblée, se dirigeait vers le sud, droit sur Dümrist. Le voyage n’avait présenté aucune difficulté. Les robustes hommes du Nord, habitués aux départs urgents en campagne, n’avaient eu aucun mal à trouver le bon rythme de marche. L’intendance avait été organisée de manière exemplaire : un nombre largement suffisant de chariots et de chevaux de bât transportait assez de vivres pour nourrir les quatre mille hommes pendant un mois. Et rejoindre Dümrist n’était que l’affaire d’une semaine.
Deux heures avant la nuit, les soldats avaient fait halte pour ériger leurs tentes et organiser la garde tandis que les cuisiners préparaient le repas du soir et que les chefs s’installaient derrière les palissades du petit village de Sorquille.
Le cheval du messager parcourut en quelques minutes la distance qui le séparait du hameau. Arrivé devant les portes, l’homme mit pied à terre, se fit connaître des gardes, auxquels il laissa son cheval fourbu, et se dirigea vers l’hôtel de ville, un bâtiment de pierre grise à deux étages, où les barons tenaient conseil.
Il les trouva assis autour d’un repas copieux composé de cinq variétés de viandes grillées, accompagnées d’une profusion de vins.
- Désolé de vous interrompre, Messeigneurs, commença le messager. Mais j’ai deux nouvelles. Une bonne et une mauvaise.
- Nous t’écoutons, dit le comte Thibaut.
- La bonne pour commencer : Itraïr bat en retraite. Il retourne chez lui.
Une explosion de cris de joie secoua l’assemblée. Vite retombée devant l’air abattu du messager.
- La mauvaise, c’est qu’il a envoyé une armée dans notre direction, qui ravage consciencieusement les terres qu’elle traverse.
- Ils veulent nous affronter ? s’étonna Tercius de Humbar.
- Je ne crois pas, répondit le messager. Les Elfes semblent avoir choisi le nord parce qu’aucune grande armée ne le défendait. Ils ont déjà pris la ville d’Ankar.
Thibaut s’accorda un temps de réflexion.
- Oui, c’est logique, murmura-t-il. Ils ne se doutaient pas que nous enverrions des forces à leur rencontre. Le destin semble placer face à face deux armées qui n’avaient pas prévu de se rencontrer...
- Alors, que faisons-nous ? questionna William.
- Nous n’avons guère le choix, lui répondit Jérôme de Chest. Nous ne pouvons pas laisser l’ennemi détruire ce royaume en toute impunité. Il faut livrer bataille. Dans combien de temps pourrons-nous les rencontrer ?
Le messager réfléchit quelques secondes.
- Ils progressent très vite et droit vers nous. Si nous partons à l’aube, nous les trouverons à midi.
- Et combien sont-ils ?
- Trois mille. Nous avons donc un avantage de sept cents combattants.
- Je sais calculer, merci.
- Mais si nous affrontons les Elfes et que nous perdons, les Marches du Nord seront à leur merci ! intervint le duc Erçus de Barwuan. Nous avons réuni dans cette armée tous les hommes dont nous disposions, à part ceux de Rangjord. En choisissant la confrontation, nous risquons la totalité de nos domaines !
- Nous n’avons guère le choix, répliqua Jérôme. Tôt ou tard, il faudra se battre. Et plus tôt nous le ferons, moins le pays subira de dégâts.
Le comte Thibaut redressa la tête.
- Alors ainsi soit-il ! Dans une situation pareille, nous n’allons certainement pas nous retirer. Demain, mes hommes combattront ! Avec tous ceux qui aurons le courage de me suivre !
Sans exception, les seigneurs se levèrent de table et l’approuvèrent de vive voix.

Galahad traversa le campement au pas de course, se frayant un chemin entre les tentes rectangulaires, les hommes fatigués et les paquetages éparpillés. Depuis le début de cette guerre, il avait le sentiment de ne servir à rien. A présent qu’il avait enfin l’occasion de participer à une grande bataille, l’excitation le gagnait.
Mais il lui restait une tâche à accomplir.
Il pénétra en coup de vent dans la tente qu’il partageait avec Zortas. En l’apercevant, l’Ork leva les yeux du sabre qu’il affûtait.
- Toi, tu as un message urgent.
Galahad reprit à peine son souffle.
- Une armée elfique marche sur nous, déclara le chevalier. Nous la rencontrerons demain. Mais surtout, tu vas pouvoir remplir ta mission. Itraïr retourne en Alméra.
Zortas esquissa un sourire, révélant ses dents jaunes.
- Ca veut dire que les miens ont réussi, siffla-t-il.
- Tu ne devais pas aller les avertir ?
- Les avertir, oui. Aller quelque part, non.
- Quoi ?
Zortas se leva, prit son sac en toile et le fouilla pour en tirer une petite sphère de verre.
- Un objet enchanté par un de nos chamans, annonça-t-il avec fierté. Il me suffit d’un mot de passe.
Il se pencha sur la boule et chuchota :
- Darkelès oriturak plarif...
Une faible lueur rouge s’alluma dans la sphère.
- C’est tout ? fit Galahad.
- C’est tout. Borkas et tous les autres chefs de clans possèdent une réplique de cette boule. Et quand on en active une, toutes se mettent à briller. Borkas doit déjà avoir reçu le message. A présent, je suis libre d’agir comme je veux.
Galahad lui jeta un regard intrigué.
- Et que vas-tu choisir de faire ?
Zortas sourit largement et donna une bourrade chaleureuse dans l’épaule de son ami.
- Quelle question ! J’ai droit à ma part de gloire moi aussi, non ?
Il caressa le pommeau de son sabre.
- Tu m’as bien parlé d’une bataille prévue pour demain ?

KaiM
KaiM
Niveau 11
17 février 2006 à 08:38:04

Le bureau de Tanaril de Ganor offrait un spectacle consternant.
Les solides blocs de pierre d’un gris sombre presque noir qui constituaient les murs avaient pour la plupart été descellés. Les ouvriers avaient constaté à cette occasion l’incroyable épaisseur des cloisons, de deux à trois mètres au moins. En certains endroits, ils avaient perçé jusqu’à la pièce voisine avant de renoncer.
Quand Alexandre franchit la porte, il admira aussitôt le travail colossal effectué par les ouvriers. Puis il aperçut ce qu’ils avaient découvert.
A sa droite, derrière un pan de mur abattu, se trouvait une petite niche aménagée dans la roche. A l’intérieur, un livre. Un épais grimoire relié de cuir noir, mystérieux par sa seule apparence. Envoûtant.
Bouillant d’impatience à l’idée de connaître enfin les secrets qui avaient poussé Tanaril à tenter de l’assassiner, le Prince se tourna vers les six maçons.
- Juhaz, Raqel, Alfred, Tommy, Derhel et le Nain, je vous félicite. Vous serez récompensé à hauteur de votre formidale travail. Mais pour l’instant, laissez-moi seul. Je veux être le premier à consulter ce livre.
Les hommes saluèrent et se retirèrent. Alice arriva sur ces entrefaites, essoufflée. Elle lança un regard intrigué à Alexandre qui lui fit signe d’entrer.
Le Prince extirpa le lourd volume de sa cache et le contempla longuement. La couverture striée d’arabesques était largement usée, les pages jaunies par le temps et, pour certaines, détachées de la reliure.
Maîtrisant son excitation, Alexandre savoura l’instant.
- Je vais savoir, murmura-t-il.
Après une si longue attente, il osait à peine ouvrir le livre. Qui savait ce qu’il pourrait y trouver ? Peut-être le regretterait-il...
Il se rappela les événements des derniers jours. Des soldats de l’ordre des Vzad’orû’bausns étaient arrivés à Dümrist de façon mystérieuse et s’étaient placés sous le commandement de Karen. Certains espionnaient Onorius de Finglä, sans avoir pour l’instant remarqué quoi que ce soit d’anromal dans son comportement. Les autres s’étaient répartis dans le Palais, à la recherche d’indices. Sans résultats.
Alexandre savait que sa seule chance de comprendre résidait dans ce livre. Ce livre que Tanaril avait jugé précieux au point de l’enfermer sous des tonnes de pierre, sans pour autant le détruire où le cacher dans un lieu inaccessible.
La curiosité l’emporta.
D’un geste fébrile, Alexandre ouvrit le grimoire et tourna quelques pages couvertes d’une écriture étrange. Mobilisant ses connaissances, il constata qu’il s’agissait de Kalasséen, une langue ancienne qu’il maîtrisait heureusement à la perfection. Le livre devait avoir quelques millénaires.
Respectueux d’un tel âge, Alexandre se pencha lentement sur les lignes et les parcourut avec attention. Plusieurs minutes passèrent. Le Prince feuilleta quelques autres pages.
- Alors ? demanda Alice.
Alexandre traduisit encore quelques lignes avant de répondre.
- Le texte fait référence à une époque très lointaine, qui remonte bien à dix mille ans.
- Dix mille ? Si je me souviens bien, notre Histoire ne remonte pas plus loin...
- Exact. Pour la bonne raison qu’à cette période, une terrible guerre a fait rage. Toutes les archives, tous les documents, ont été détruits. Les survivants, terriffiés et à demi fous, n’ont pas retenu grand-chose du passé. C’est ce que dit ce livre. Il semble que l’auteur ait fait de longues recherches pour retrouver, dans chaque civilisation, des traces de ce cataclysme. Et il a reconstitué toute l’histoire...
Un travail de titan, songea Alexandre. Il érpouva soudain une grande admiration pour celui qui avait rédigé cet ouvrage.
Il revint au début du livre.
- Avant la guerre, les civilisations étaient à leur apogée. Les arts, la culture, la technologie, avaient atteint un point inimaginable...
Alexandre se souciait peu de ces informations. Il lui fallait du concret. L’origine de la catastrophe.
Il finit par la trouver.
- Ah, voilà. Selon le texte, un effroyable démon a fait son apparition, qui a déclenché des ravages sans précédent. Arkos, le Tigre Noir.
Ce nom lui disait quelque chose. Il l’avait déjà entendu. Non. Il l’avait déjà lu.
Le Prince tourna les pages.
- Il est question des ravages causés par Arkos, secondé par une armée démoniaque et... ses douze fils.
« Fils d’Arkos ». C’était ça. Alexandre commençait à se rappeler.
- La suite du livre raconte les détails de la guerre. Apparemment, Arkos et son armée se déplaçaient à une vitesse folle, surgissant toujours là où on ne les attendait pas. Ils ont vaincu les forces de toutes les nations. Il ont dévasté chaque pays, avides de sang. L’auteur insite beaucoup sur la folie meurtrière du Tigre Noir et la terreur qu’il inspirait. Il précise aussi que le monde est passé très près d’une destruction totale. Cette époque fut même appelée “L’Âge de Mort”.
Alexandre se souvenait de son périple, à Kridath. La crypte millénaire dissimulée sous la ville, nichée au coeur d’une cité souterraine. Les énigmes laissées par les moines Lémaniens, qui permettaient de retrouver l’endroit. Le sabre et le bouclier qui, quand on combinait leurs inscriptions, menaient à la crypte. Alexandre avait reconstitué l’histoire : d’abord des hommes avaient trouvé la crypte grâce aux armes runiques, puis ils avaient érigé la cité secrète, puis Kridath avait été fondée.
Les énigmes des moines Lémaniens, la porte qui ne s’ouvrait qu’avec du sang, n’étaient que secondaires. De simples artifices destinés à une sorte d’élu. Ce qui importait, c’était la crypte, et les runes qui permettaient de la trouver. Et l’ultime énigme, le nom du propriétaire de l’oeil...
« Kashnir Arador, Gornis Tewean, Arkos Renovial Filiae »
« Kashnir l’Ecarlate, Destructeur des faibles, Fils neuvième d’Arkos »
Poussé par son instinct, Alexandre se rendit aussitôt aux dernières pages du grimoire.
- Arkos a fini par être vaincu, par un homme-Zahr du nom d’Hermos.
Homme-Zahr. Etrangement, Alexandre fit le lien avec ce qu’il avait appris à Kridath. Du sang Zahr coulait dans ses veines. A l’époque, ça ne lui avait pas semblé si anormal : il pouvait très bien compter un Zahr parmi ses ancêtres. Ce qui expliquait aussi son endurance et sa force, étonnante chez quelqu’un de son âge. Mais ce livre lui inspirait d’autres pistes...
« Après la défaite d’Arkos et de ses fils, la paix revint, traduisit-il. Mais la menace ne fut pas enterrée pour autant. Malgré sa mort, le Tigre Noir conservait des fidèles... »
Pressentant une terrible révélation, Alexandre se força à poursuivre.
« Portant, en signe d’allégeance, la tête d’Arkos en tatouage, ils cherchent, encore aujourd’hui, à ramener le Tigre Noir et ses fils à la vie, afin que s’achève leur oeuvre de mort. Car si leurs corps ont été détruits, leurs âmes ont perduré. »
Alexandre déglutit péniblement et posa les yeux sur la dernière ligne. Surmontant la terreur qui l’envahissait peu à peu, il lut :
« Les âmes d’Arkos et de ses fils ont perduré... dans leurs yeux. »

:)

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
17 février 2006 à 12:21:59

Chouette ! C´est la première fois que je suis le premeir à lire un chapitre ! :)

Même si on s´y attendait, c´est bien d´apprendre ces révélations. Le siège est fini mais la vériatble histoire ne fait que commencer.

La suite ! :ok:

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
17 février 2006 à 12:48:40

Erf, j´ai du aller manger alors Os´ m´a dépassé. :( Snif.^^

"tous ceux qui aurons"
"érpouva"

Voilà pour les fautes, y´en a aussi une troisième, je sais plus laquelle.
Euh sinon, comme le dit Ostra´, l´histoire ne fait que commencer, mais je suppose que celle-ci ne se finira que dans le quatrième...à moins que..."La guerre du Tigre" serait-elle le récit du retour d´Arkos? Humm...dire qu´il va falloir attendre des mois et des mois pour lire cette histoire. :snif:

Vivement dimanche, même si ça signifie la fin des vacances. :(

chris12
chris12
Niveau 9
17 février 2006 à 13:17:48

"des temblements" tRemblements
"d’anromal" anormal
"une langue ancienne qu’il maîtrisait heureusement à la perfection." comme par hasard :lol:
"L’auteur insite beaucoup " insiSte

Bouh les elfes ils sont nazes lol. Arkos au pouvoir, faut leur crever les yeux :diable: . Je croyais que l´oeil de kashnir c´était qu´une pierre, à quoi elle ressemble en fait ? La suite ?

-Alir-
-Alir-
Niveau 8
17 février 2006 à 19:56:45

"les cuisiners"

Raah ! Vivement dimanche. (Nan, j´ai rien d´autre à dire. :o)) )

hipop_danseuse
hipop_danseuse
Niveau 10
17 février 2006 à 20:15:48

chris a raison, je trouve qu´il connaisse la langue, c´est un peu une coïnciden e douteuse...

sinon, excellent, quelques fautes, et une répétition, perdue vers la fin du 1er post ou le début du 2eme (enfin, je crois...)
:)

KaiM
KaiM
Niveau 11
17 février 2006 à 22:03:39

L´oeil de Kashnir est une pierre... préciseuse. Une émeraude ovale, pour être précis.

En ce qui concerne la langue, ce n´est pas une coïncidence, c´est juste qu´Alexandre maîtrise un bon paquet de langues anciennes (ce dont on s´apercevait déjà dans les Bracelets et la cathédrale).

Voilà.

KaiM
KaiM
Niveau 11
19 février 2006 à 09:39:41

Dans ce (court) chapitre, la révélation à laquelle, j´espère, un peu moins de monde s´attendait depuis un peu moins de lustres.

Bonne lecture.

Hustouk entrouvrit les yeux. Ses doigts remuèrent.
- Il s’est réveillé ! s’exclama une voix d’Ork.
Des cris enthousiastes explosèrent tout autour. Hustouk sentit une main se poser sur son épaule. Quelqu’un le happa, essaya de le mettre debout. Puis il y eut un choc sourd, un gognement de douleur, et la voix d’Hoktar, menaçante :
- On ne touche pas au blessé ! Laissez-lui le temps d’émerger, quand même !
A peine à moitié conscient, Hustouk jeta un regard autour de lui. Il se trouvait dans une pièce aux murs de bois beige, allongé dans un lit moelleux. Une dizaine d’Orks l’entouraient, surexcités.
Hustouk ne put se résoudre à les décevoir.
- Merci, Hoktar, mais je vais très bien.
Ses forces lui revienrent d’un seul coup. Il s’assit sur son lit et adressa un grand sourire à ses camarades.
- Ravi de vous revoir, les gars !
D’autres acclamations fusèrent. Hustouk examina la salle plus en détail. C’était une infirmerie meublée dans un style des plus élégants, léger et grâcieux. La lumière du soleil couchant entrait de toute sa puissance par les fenêtres cadrées d’argent qui perçaient le mur à sa droite.
Il était chez les Elfes. A Alkarion.
- Quel est cet endroit ? interrogea-t-il.
- Le palais d’Alkarion, là où siégeait le conseil des Elfes, répondit Hoktar.
Un Ork tendit une choppe de bière qu’Hustouk accepta avec plaisir.
- A votre bonne humeur, je comprends que nous avons remporté la bataille. Mais quelqu’un pourrait-il m’expliquer le détail des événements ?
Il vida sa choppe d’un trait.
- Très bien, fit Hoktar. Quand tu as détruit le cristal, notre victoire s’est trouvée assurée. La moitié des elfes se sont enfuis. Les autres ont combattu. Ils se sont fait massacrer, alors que nous ne déplorons quasiment aucune victime. Alkarion est tombée juste après. La ville est à nous, l’ennemi en fuite. Nous avons gagné !
Hustouk se rappela soudain que la dernière fois qu’il avait vu Hoktar, il gisait assomé au milieu d’un combat.
- Je constate que tu t’en es sorti, lança-t-il à son cousin.
- Tout le mérite te revient, fit un autre Ork. C’est toi, le héros qui a mis en pièce une bonne dizaine d’Elfes et qui a détruit le cristal !
- J’ai repris conscience après quelques minutes, expliqua Hoktar. Mais toi, on t’a vraiment cru mort. Tu dors depuis des jours !
Une petite fête s’improvisait dans l’infirmerie. Les Orks buvaient à sa santé en laissant échapper des gros éclats de rire.
- Et pour le reste ? demanda Hustouk.
- Les Elfes s’enfuient très loin, déclara Hoktar. Mais Borkas a reçu un message : Itraïr revient par ici. Le temps de rassembler le butin et d’incendier la ville, et on vide les lieux. Très vite.
- A-t-on fait des prisonniers ?
- Quoi ?
- Des prisonniers, répéta Hustouk. Maintenant que les Elfes n’ont plus de magie, ils deviennent moins dangereux.
Hoktar le regarda avec des yeux étonnés.
- Oui, nous en avons capturé un bon nombre. Mais pourquoi ?
- Il faut que j’en voie un. Un Elfe bien informé. C’est important.
- Mais qu’est-ce que tu veux lui demander ?
- S’il te plaît, ne pose pas de questions. C’est vraiment important pour moi.
Hoktar hocha la tête. Quand son cousin avait une idée en tête, il n’en démordait pas.
Ils s’arrachèrent à la fête.

Après avoir traversé la moitié du luxueux palais, les deux Orks atteignirent les cachots du sous-sol. Malgré sa nature de prison, l’étage n’avait rien de sinistre : lumineux, décoré avec raffinement par des sculptures et des bas-reliefs. Hustouk se sentait de plus en plus impatient. Délaissant toutes les invitations de ses camarades, il avait récupéré son couteau et son épée avant de quitter l’infirmerie à toute vitesse. Borkas voulait le féliciter, mais ça n’avait pas d’importance.
Hoktar s’arrêta devant une porte de chêne gardée par deux Orks à l’air mauvais, armés de grandes haches de combat. Hoktar saisit le verrou qui bloquait la porte et dut forcer pour le faire jouer
- Ces geôles n’ont pas servi depuis longtemps, expliqua-t-il. Les Elfes avaient pris l’habitude des condamnations à mort. Celui que tu vas rencontrer était l’administrateur de la ville. Ne l’abîme pas trop.
Hustouk acquiesça et pénétra dans la cellule. C’était une pièce aux dimensions restreintes, éclairée par une petite fenêtre munie de barreaux. Un lit et une table s’alignaient contre le mur, ainsi qu’un pichet d’eau à moitié vide.
Retenu par des chaînes solidement fixées dans le mur de bois brun, un Elfe était assis par terre, l’air misérable. Ses vêtements en lambeaux et son visage abattu témoignaient de la rudesse du traitement qu’il avait subi.
- Bonsoir, commença Hustouk.
L’Elfe releva la tête et plongea ses yeux bleus chargés de fureur dans ceux de son interlocuteur.
- Disparais de ma vue, monstre ! cracha-t-il.
Un terrible coup de pied le cueillit au creux de l’estomac. Il se plia en deux et laissa échapper un gémissement pitoyable.
- Je suis plutôt pressé, dit Hustouk sur le ton de la conversation. Je te prierai donc de répondre le plus vite possible à mes questions.
- Va te faire...
Hustouk décocha un nouveau coup de pied qui frappa l’Elfe au menton. Une poignée de dents s’envola dans une giclée de sang.
- Je te prierai de rester poli.
Auprès des hommmes de Dümra, Hustouk avait appris de nombreux détails sur la torture. Des rafinnements qu’il n’aurait jamais imaginé seul. Mais au final, il préférait s’en tenir à la bonne vieille méthode : tabasser le prisonnier jusqu’à ce qu’il lâche ce qu’on attendait de lui. Et puis, il n’avait pas de temps à perdre.
Il prit une grande inspiration.
- As-tu déjà entendu le nom de Tarwàdis Garnéulor ?
Une pression atroce tomba sur ses épaules. Il avait conscience de jouer sa seule carte. Au cours de leur voyage, Ektaïn ne lui avait révélé que ce nom. Tarwàdis Garnéulor. Un enchanteur qui exerçait autrefois en Alméra, à Alkarion. Et qui pourrait l’aider à mieux connaître l’Autre qui vivait en lui.
L’Elfe lui jeta un regard dédaigneux.
- Jamais entendu parler.
Hustouk eut la conviction qu’il mentait. Il frappa à nouveau, arrachant quelques autres dents.
- Tu sais, il m’est pénible de faire ça. Je préférerais que tu parles et qu’on en finisse.
- Ve ne de dirais rien, gréadure invâme.
Hustouk commençait à s’inquiéter. L’Elfe était trop fier pour céder. C’était trop bête ! Echouer si près du but à cause de l’obstination d’un prisonnier !
Il empoigna l’Elfe par les cheveux et le souleva de terre. Puis, de son autre main, il lui lâcha une série de coups de poings. Violents et irréguliers.
L’Elfe ne broncha pas.
Devant le peu d’effet de sa tentative, Hustouk s’écarta et tira son épée. Mettant le plus de conviction possible dans sa voix, il déclara :
- Je pourrais t’éventrer, t’arracher les tripes et pourtant te garder en vie, tu le sais, ça ? Tu ne mourrais pas avant une bonne journée.
- Augune imbordanze.
- Je pourrais faire subir ça à ton fils.
Un coup de bluff éhonté. Hustouk ne s’était pas renseigné sur l’Elfe, il ne savait rien de sa famille. L’angoisse monta en lui quand il comprit que cette phrase pouvait tout faire échouer.
Mais sa ruse fonctionna. Le regard de l’Elfe se teinta d’horreur, et il fondit en larmes. C’était un spectacle affligeant. Un Elfe, summum du raffinement et de la maîtrise de soi, sanglotait comme un enfant. Hustouk en était presque peiné.
- Drès bien, articula le prisonnier. Ve vais barler, mais ne faîdes bas de mal à mon fils. Darwadis édaid un mave qui vivait dans fette fité. Guand nous avons découvert les horribles egzbérienzes auxguelles il se livrait, nous l’avons dué. Z’édaid il y a des années.
Hustouk sentit son sang se figer. Sa seule piste, morte et enterrée ! Un cri de rage monta de ses entrailles, qu’il réprima pour poser une nouvelle question :
- Où travaillait-il ?
L’Elfe fut secoué d’un sanglot.
- Guardier ezd de la ville. Une maison bazze, doude noire. Immanguable.
- Merci.
Hustouk rengaina son épée et quitta la cellule.
- Tu as eu ce que tu voulais ? demanda Hoktar.
- Pas vraiment. Mais j’ai un nouvel indice.
Hoktar haussa les épaules. Visiblement, il ne s’intéressait pas beaucoup aux lubies de son cousin. Hustouk remarqua alors un nouveau venu, un Ork pâle et maigre vêtu d’une robe rouge, un livre à la main. Argonak, le chaman.
- Avant toute chose, dit celui-ci, je voulais te féliciter pour ta victoire dans la pyramide. Bravo.
- Merci, répondit Hustouk. J’apprécie ton enthousiasme.
Sans relever la subtile ironie du propos, le chaman ouvrit le livre bleu qu’il tenait entre les mains.
- J’ai trouvé cette objet dans le bureau de l’administrateur, expliqua-t-il. Il semble qu’Itraïr envoyait régulièrement des rapports sur l’évolution de la guerre, pour les archives.
Hustouk ne voyait pas où le chaman voulait en venir. Oui, des rapports, quoi de plus normal ?
- Il fait un récit détaillé des batailles et sdes mouvements, poursuivit Argonak. Mais là où ça devient intéressant, c’est qu’il est question d’un attentat contre le roi Alexandre VII.
- Le comte Thibaut nous en avait parlé avant de nous quitter, intervint Hoktar, apparemment aussi intrigué qu’Hustouk et que les deux gardes.
Le chaman se pencha sur le texte.
- C’est de l’elfique ancien. Incroyable que nos ennemis se servent encore de cette langue arriérée... Je n’ai pas encore tout traduit, mais si j’ai besoin de toi, Hustouk, c’est pour ta connaissance de Dümra.
- C’est-à-dire ?
- Il est question d’une maladie dont souffrait le roi Alexandre. Et de celui qui en a parlé aux Elfes.
Le sang d’Hustouk ne fit qu’un tour.
- Le nom du traître ? demanda-t-il, fébrile. Il est marqué ?
- Je ne sais pas encore, répondit Argonak. J’ai besoin de toi parce que les informations du texte pourraient nous permettre de le démasquer. Et cette information peut valoir cher. D’après ce rapport, quelqu’un est venu voir les elfes pour leur porter un extrait de sang royal, à partir duquel ils ont mis au point leur poison.
- Ah ? fit Hustouk. Très bien. Mais le traître. Qui est-ce ?
Argonak examina soigneusement la fine écriture.
- Alors, ce mot signifie « homme ». Le traître est un humain.
- Très utile, grinça Hustouk.
Il n’en tenait plus. Il lui fallait à tout prix savoir.
- Il y a son nom... murmura Argonak.
- Alors ? s’enquit Hoktar. C’est quoi ?
Le chaman releva la tête.
- Le nom est inscrit sous sa forme elfique. Je ne peux pas savoir à quoi il correspond dans le langage ordinaire.
Le poids de la déception s’abattit sur Hustouk. Le nom du traître était à portée de main, et il ne pouvait pas le connaître !
- A moins que...
Hustouk sentit renaître l’espoir. Argonak relut avec attention le passage précédent.
- Je peux vous dire comment s’appelle le traître, déclara-t-il.
- Quoi ? s’étonna Hoktar. Je croyais que...
Le chaman se fendit d’un mince sourire.
- Je viens de repérer une similitude. Voyez-vous, notre traître et le roi de Dümra...
Ses yeux brillaient quand il acheva sa phrase :
- ... ils portent le même nom.

:ouch:

:)

Merci aux premiers qui commenteront de ne pas spoiler.

chocobo3
chocobo3
Niveau 10
19 février 2006 à 10:37:13

J´ai ratrappé mon retard! J´ai bien aprécier l´invasion Orks contre le royaume des Elfes^^

Reste les deux dernier chapitre (avec j´ai cru comprendre pas mal de révélation :-d ) a lire, et je serais revenu dans les temps^^

(Toujours aussi bien hein^^)

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
19 février 2006 à 12:05:26

Ok vais pas spoiler^^. Mais je dois dire qu´avec un peu de logique, on aurait pu y penser^^. Bon, j´en dirai pas plus avant qu´on ait changé de page alors.^^

Euh voilà, un chapitre qui bouge pas mais avec beaucoup de révélations, dont une très importante^^. Il est intelligent le chaman, même par rapport à un humain normal^^ (je spoile pas trop là j´espère? :) )
Vivement mardi alors. :-d Ca va rebouger? :-)

chris12
chris12
Niveau 9
19 février 2006 à 13:36:08

"un gognement de douleur," gRognement
"Ses forces lui revienrent d’un seul coup." revinrent
"Des rafinnements" raffinement ?
"des batailles et sdes mouvements" des

Et donc voilà ce qui nous ramène sur l´intéret de l´histoire d´Anaïs...

hipop_danseuse
hipop_danseuse
Niveau 10
19 février 2006 à 17:14:44

sale gossE! :ouch:

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
19 février 2006 à 18:21:37

C´est bien tout ça mais en attendant, ça fait un petit moment qu´on a aps vu Adrien et Artus. Les cavalaiers auraient dui les rejoindre depuis des lustres ...

KaiM
KaiM
Niveau 11
20 février 2006 à 09:19:34

Comme le chapitre d´hier était très court, j´en poste un autre aujourd´hui, qui marque le coup d´envoi de la bataille finale.

Bonne lecture.

- Veille bien sur tes frères, Anaïs.
- Ne t’inquiète pas, répondit la jeune femme. Il ne feront pas de bêtises.
Debout sous les premières lueurs de l’aube, les regards plongés l’un dans l’autre, le père et la fille échangeaient leurs derniers mots avant le départ de l’armée. Le comte Thibaut avait tenu à ce que sa famille l’accompagne, aussi sa femme et ses quatre enfants se trouvaient-ils à présent au campement. Mais leur route s’arrêtait là. Il avait été convenu que quelques hommes demeureraient sur place pour les protéger, eux, le matériel et les réserves de nourriture, tandis que le gros des forces se dirigerait droit vers le sud pour affronter l’armée elfique.
Une terrible bataille s’annonçait. D’après les rapports, Sineor ne cherchait pas à éviter le combat. Il filait droit vers eux, prêt à en découdre de toutes ses forces. Un choix surprenant, mais que Thibaut comprenait. Il avait déjà rencontré le capitaine des Elfes. Et il savait que son sens de l’honneur lui interdisait de fuir. Sineor, était un guerrier, pas un assassin. La mission que son roi lui avait confiée, détruire les Marches du Nord, devait lui répugner. Au contraire, l’idée de livrer bataille avait tout pour lui plaire.
Alors que les hommes d’armes s’activaient tout autour à seller leurs montures et à ajuster leurs cuirasses, les yeux de Thibaut se reposèrent sur Anaïs. Il remarqua qu’elle tremblait un peu.
- Prends bien soin de toi, père, lui dit-elle d’une voix faible.
- Ne te fais pas de souci, répondit-il d’une voix assurée. Je tiendrai le coup.
Et puis non. Thibaut savait ce qu’il risquait. Il ne pouvait pas mentir à sa fille. Il n’en avait pas le droit.
- Ecoute. Si d’aventure je ne revenais pas...
Anaïs s’affola aussitôt.
- Ne dis pas ça ! s’écria-t-elle, l’angoisse brillant dans son regard. Ca porte malheur ! Je ne...
- Non, la coupa son père. Laisse-moi parler. Je me fais vieux. Cinquante ans n’est plus un âge pour se battre. N’est pas Shun Khonnry qui veut.
- Shun Khonnry ?
- Un homme extraordinaire. A soixante-dix ans, il était encore en pleine forme. Mais ce ne sera pas mon cas. Même aujourd’hui, mes réflexes faiblissent, mes muscles perdent le force et ma vue se fait moins perçante.
- Alors n’y va pas !
- Je n’ai pas le choix. Je dois être présent pour motiver mes hommes. C’est le devoir de tout chef. Dans quelques heures, je combattrai. Et si je succombe, ne verse pas trop de larmes sur un pauvre veillard. Tourne-toi vers l’avenir : le comté, tes frères, et ta vieille mère à consoler. Tu dois être forte, d’accord ?
- D’accord, répondit Anaïs.
L’émotion lui nouait la gorge.
- Dans tous les cas, poursuivit Thibaut sur un ton plus joyeux, je mène aujourd’hui ma dernière bataille.
- Quoi ?
- Si je survis, j’arrêterai tout ceci. Je laisserai le destin du monde et la marche des armées à d’autres que moi. Les bons candidats ne manquent pas. Comme William...
- Oh, père, je t’en prie, ne recommence pas...
Il la serra dans ses bras.
- Allez, il est l’heure de nous dire au revoir. Ou adieu.
- Au revoir, père, balbutia-t-elle.
- Je t’aime, ma petite. Comme ta mère et tes frères. Sois heureuse.
- Survis, père.
Ils relâchèrent leur étreinte. Anaïs regarda son père une dernière fois. Une larme perlait au coin de son oeil gauche. Elle s’éloigna lentement de Thibaut, à reculons, puis tourna les talons et partit en courant.
Le comte poussa un long soupir. Le moment de vérité approchait. La bataille qui déciderait du destin des Marches du Nord n’était qu’à quelques heures de route. Il allait lui fallloir faire preuve de plus de courage que jamais auparavant. Et il craignait de ne pas en être capable, davantage même qu’il craignait la mort.
Un écuyer s’approcha dans son dos et l’aida à enfiler une épaisse cotte de mailles qui lui tombait à mi-cuisse. Afin de la maintenir, Thibaut boucla son ceinturon, chargé de sa lourde épée d’un côté et d’un redoutable poignard de l’autre, tous deux logés dans des fourreux de cuir et de bois.
Le sort des Marches du Nord lui tendait la main. Il était le plus puissant et le plus valeureux des seigneurs du Nord. C’était lui qui mènerait ses troupes à la victoire, ou les précipiterait à la mort. Tout reposait sur lui. Et il était prêt à supporter une telle charge.
Thibaut ceignit son casque en fer et serra la lanière sans toutefois fermer le ventail qui protégeait sa bouche : il devait pouvoir parler à ses hommes. Il ajouta ensuite ses solides protections de métal : jambières, coudières, brassards, et pectoral. L’écuyer passa à son cou la courroie de son bouclier de bois. Le comte l’ajusta lui-même, vérifiant qu’il pouvait le lâcher puis le ressaisir sans mal.
Depuis longtemps, sans même savoir pourquoi, il attendait ce jour. Le jour de son ultime bataille, qu’il aurait plutôt dû redouter. A présent, il comprenait. Il attendait ce jour pour se dresser en pleine lumière, pour enfin faire à tous la preuve de sa vaillance.
Pour entrer dans la légende.
Thibaut saisit la lance à pointe d’acier que lui tendait son écuyer. Le garçon l’aida ensuite à enfourcher son cheval, un énorme destrier brun à la crinière noire, particulièrement discipliné.
Puis, alors que le soleil débutait son ascension dans un univers de froides couleurs, l’armée se mit en marche dans un roulement de sabots martelant le sol.
Les nuages s’amoncelaient dans le ciel, de plus en plus épais.
Spectacle impressionnant.
Sinistre présage.

- Ca y est ! J’y suis !
Alice sursauta. Après une demi-heure de concentration intense, maître Variaz venait enfin d’ouvrir les yeux, et sa soudaine exclamation avait failli faire tomber la jeune fille de sa chaise.
- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
Maître Variaz semblait excité comme une puce. Trépignant de joie, il sautillait comme un chien dans tous les coins de son bureau en poussant des petits cris victorieux.
- Ca y est ! Ca y est ! J’ai trouvé !
Alice observa longuement son professeur. Vêtu d’un manteau vert pomme, le mage était un homme minuscule, bien plus petit qu’elle, avec des cheveux blonds frisés, un menton proéminent, un nez retroussé et une impressionnante moustache de morse. Spécialiste dümréen des enchantements et malédictions, il avait été chargé par Onorius de faire passer à Alice une batterie d’examens, afin de caractériser le phénomène que le directeur avait repéré en elle dès leur première rencontre. Il s’acharnait sur son cas depuis des jours, et apparemment il venait enfin de comprendre.
Maître Variaz finit par se calmer. Encore surchauffé, il traversa son luxueux bureau, bondit par-dessus sa table basse en ébène, glissa sur un tapis oriental aux motifs colorés et vint se caler dans son fauteuil de cuir, tournant le dos à la fenêtre.
Il posa sur Alice des yeux bleus pétillants d’enthousiasme.
- Excuse-moi, commença-t-il avec un grand sourire, mais je suis vraiment content d’avoir découvert ce qui t’arrivait.
- Vu votre réaction, je suppose que ce n’est pas bien grave ? fit Alice.
En réalité, elle en doutait. Maître Variaz était tout à fait le genre d’homme à s’extasier devant une maladie répugnante qui condamnait sa victime à agoniser trois ans avant de mourir dans d’atroces souffrances.
- Eh bien, c’est un cas exceptionnel, déclara-t-il d’une voix exaltée. Je n’avais jamais vu ça, et j’ai mis du temps à identifier tous les détails. Un puissant sortilège est ancré en toi, ma petite. Un sortilège qui a été scellé depuis longtemps, et qui oeuvre dans un seul but.
Alice n’y comprenait pas grand-chose.
- C’est une sorte d’entrave, poursuivit Variaz. En fait, cet enchantement agit à distance sur une autre personne.
- Hein ?
- Je m’explique. Tu portes en toi un sort destiné à limiter les facultés d’une autre personne. Je dirais même, à limiter ses facultés magiques. Quelque part dans ce monde, j’ignore complètement où, il y a un sorcier qui ne peut utiliser ses pouvoirs à cause de cet enchantement.
- Mais qu’est-ce que vous racontez ? s’emporta Alice. Je n’y comprends rien ! Et quand serait-ce arrivé, d’abord ?
Le mage eut un geste apaisant.
- Du calme. Il me faudra certainement un peu de temps pour finir de te sonder, mais voilà ce que j’ai pu découvrir. Il y a dix ans, peut-être plus - tu ne peux donc pas t’en souvenir - un magicien a placé un enchantement en toi. Tant qu’il est actif, il interdit à une personne précise, désignée depuis le début, d’user de la magie. Je n’en comprends pas vraiment l’intérêt, mais une seule chose est sûre : c’est du travail de maître. A part ta mort, rien ne pourra briser ce sort.
Alice s’affaissa un peu dans son fauteuil, partagée entre la surprise et le doute. Qu’est-ce que cette histoire pouvait bien signifier ? Qui aurait eu intérêt à l’ensorceler ?
- Parle-moi de ta famille, lui enjoignit maître Variaz.
Alice s’arracha à ses réflexions et reporta son attetion sur le mage. L’image de ses parents apparut dans son esprits, corps inertes criblés de flèches elfiques. Le chagrin la saisit. Puis elle pensa à ses frères et, comme toujours, une effroyable détresse l’envahit à l’idée qu’ils étaient peut-être tous morts.
- Mon père et ma mère étaient médecins, fit-elle d’une voix tremblante. Des éclaireurs d’Itraïr les ont tués... et... j’ai une soeur, Katja, et aussi deux frères, Conrad et Adrien.
- De quel âge ? Tu m’excuseras si je suis curieux, mais j’ai besoin d’un maximum d’éléments pour tirer cette affaire au clair.
- Katja a seize ans et Conrad quinze. Adrien en a treize.
- Comme toi ? Vous êtes jumeaux ?
- Non, pas du tout. Papa et maman l’ont recueilli alors que j’étais encore bébé. Il l’avaient trouvé devant la maison, tout seul. Nous n’avons jamais su qui étaient ses parents, et encore moins ce qui leur était arrivé. Les enfants abandonnés ne sont pas si rares que ça, à la campagne, et papa avait bon coeur. Il a choisi de l’élever plutôt que de le confier à des moines.
Maître Variaz réfléchit un instant puis demanda :
- Et où habitais-tu ?
- A Siorac, dans le Nord-Est.
- Je vois à peu près... Et tes parents n’ont jamais mentionné un étranger qui se serait intéressé à toi ?
- Je ne crois pas, non, répondit Alice.
Son angoisse se dissipait peu à peu tandis qu’elle parlait. Maître Variaz jugea qu’il valait mieux en rester là pour aujourd’hui.
- Très bien ! Je vais méditer sur la question de cet enchantement. Allez, sauve-toi !
Alice salua poliment le mage et quitta le bureau.
Elle se retrouva dans un couloir de l’Académie de Magie. Même après une semaine de visites, le faste du lieu l’impressionnait toujours. Ce simple promenoir, long d’une trentaine de mètres, devait contenir à lui seul de quoi acheter une petite ville. Des statues de pierre blanche s’alignaient sur les murs, encadrant des portes aux poignées de d’or et de bronze, tandis qu’une mosaïque de cristaux versicolores couvrait le sol d’où s’élevaient parfois des chandeliers de cuivres surmontés d’élégantes sphères lumineuses qui compensaient la semi-obscurité de ce jour.
La jeune fille jeta un regard par l’une des grandes fenêtres cadrées d’argent qui perçaient le mur extérieur du bâtiment sur toute la longueur du couloir. Des nuages noirs, lourds et menaçants, emplissaient le ciel de Dümrist, lâchant une pluie fine qui crépitait sinistrement sur les carreaux de verre. Une triste journée...
Alors qu’Alice se dirigeait vers un escalier en réfléchissant aux paroles de maître Variaz, un sanglot étouffé attira son attention. Elle se dirigea vers l’angle d’un couloir, le passa et déboucha dans un petit hall.
Une jeune fille en robe blanche, pleurant à chaudes larmes, s’appuyait sur l’épaule d’une étudiante brune un peu plus âgée qui lui murmurait quelques paroles réconfortantes sans parvenir à la consoler.
- Mais enfin, tu n’y est pour rien... Personne ne pouvait le prévoir.
Alice s’approcha.
- Que se passe-t-il ? souffla-t-elle à la brune.
L’étudiante serra son amie contre elle et se tourna vers Alice.
- Un garçon de notre classe a raté un sort, chuchota-t-elle. Il a drainé trop d’énergie, et il s’est gravement épuisé. Pour l’instant, il est à l’infirmerie, mais on ne sait pas encore s’il va s’en sortir...
La plus jeune s’écarta, tira un foulard de soie de sa poche et se moucha bruyamment.
- Cette classe est maudite, ajouta la blonde. Avec ce qui est arrivé à Fernio et Lynae...
- Lynae ? répéta Alice.
Ce nom lui disait quelque chose. Où avait-elle bien pu l’entendre ?
- Oui, continua l’étudiante. Ils se sont fait agresser dans une ruelle et on les a retrouvés égorgés.
Lynae, Lynae... Oui, elle connaissait ce nom...
- A quoi ressemblaient-ils ?
L’étudiante parut surprise du ton d’Alice, soudain très intéressé, et répondit avec un léger trouble :
- Fernio était un grand gaillard blond, assez préntentieux mais sympathique, et Lynae une petite rousse, très jolie. Je les aimais bien, tous les deux... Ils n’ont vraiment pas eu de chance. Tués le jour du retour du Prince, juste avant que les choses ne commencent à s’arranger...
Le retour d’Alexandre ! C’était ça ! Alice s’en souvenait parfaitement, à présent. Un garçon et une fille, un peu plus vieux qu’elle, dans le grand hall des appartements royaux ! Que faisaient-ils là, déjà ?
Ah oui ! Ils voulaient parler au Prince Alexandre. Ils avaient dit « se méfier du directeur ».Et ils avaient été tués le même jour !
Alice se sentit tout à coup complètement idiote. Pourquoi n’en avait-elle pas parlé à Alexandre plus tôt ?
La fille retomba dans une cirse de larmes et son amie lui posa une main sur l’épaule.
Déjà Alice s’était élancée vers la sortie.

KaiM
KaiM
Niveau 11
20 février 2006 à 09:20:11

Tout reprendre. Depuis le début.
Plongé dans ses pensées, Alexandre arpentait les couloirs des appartements royaux, ne prenant pas toujours la peine de rendre leur salut à ceux qui le croisaient. Il réfléchissait à tout ce qu’il avait appris aux cours des dernières semaines.
Dix mille ans auparavant, un démon du nom d’Arkos, le Tigre Noir, ravageait le monde avec l’aide de ses fils. Il était finalement vaincu par un homme-Zahr, Hermos, qui l’abattait dans un combat acharné. Mais le Tigre Noir ne mourait pas complètement. Son corps était détruit, mais son âme et celles de ses fils restaient enfermées dans leurs yeux, symbolisés par des pierres précieuses - ou bien simplement transformés.
S’ensuivaient une série d’événements étranges. Certaines personnes, peut-être Hermos lui-même, dissimulaient les yeux dans des endroits secrets, protégés par de terribles sortilèges, comme la crypte de Kridath - enfin, c’est ce qu’Alexandre supposait. Si l’oeil de Kashnir - droit ou gauche, d’ailleurs ? - avait reposé à Kridath, les autres devaient bien trouver leur place dans des lieux du même genre.
Les maléfices qui protégeaient la crypte témoignaient de la volonté d’empêcher le retour du Tigre Noir. Mais alors, pourquoi ces pierres n’avaient-elles pas été détruites ? Ou bien coulées dans des hectolitres de mortier et jetées au fond d’une fosse sous-marine ? Alexandre savait pertinemment que la présence de pièges ne pouvait signifier qu’une chose : celui qui les posait voulait qu’on puisse quand même accéder à ce qu’ils protégeaient...
Ensuite, quelqu’un forgeait le sabre et le bouclier runique. Des armes étranges qui, à elles deux, permettaient de retrouver l’emplacement de l’oeil de Kashnir. A quoi cela servait-il ? Qui avait intérêt à ce que l’on retrouve les yeux ?
La réponse à cet question en soulevait d’autres. Les Migrodis, évidemment. Ils oeuvraient dans l’ombre depuis des siècles, de millénaires peut-être. Et ils comptaient ramener Arkos à la vie. Pour cela, ils avaient sans nul doute besoin de retrouver les yeux. Mais dans ce cas, pourquoi avaient-ils attendu que lui, Alexandre, se rende à Kridath dans le but de résoudre les énigmes ? Au lieu de veiller à ce qu’il accomplisse cette mission - en tentant d‘éliminer Jakarn -, ne pouvaient-ils pas aller chercher eux-mêmes les yeux du Tigre ? Qu’est-ce qui les en empêchait ?
Alexandre reconstitua une nouvelle fois les événements de Kridath. Des hommes avaient découvert le sabre et le bouclier, qui les avaient menés à la crypte. Incapable de trouver une solution à l’énigme, ou bien effrayés par les sortilèges de protection, ils avaient scellé le passage, placé des gardiens et édifié une cité souterraine dans la colline. Puis ils l’avaient abandonné, et les Dümréens avaient bâti Kridath par-dessus.
Les moines Lémaniens avaient alors découvert la crypte, sans parvenir à ouvrir la porte. Ils avaient alors dissimulé dans la ville une série d’énigmes, une sorte de jeu de piste, afin de permettre à un « élu » de découvrir le secret de la montagne. C’était bien dans leur genre.
Par la suite, le clergé s’était cassé les dents sur ces logogriphes et avait renoncé à pousser plus loin les recherches. A Dümrist, Alexandre avait découvert le Livre d’Or des Lémaniens et, dans la foulée, entrevu une solution à l’énigme de la tour de la cathédrale. Sur les conseils d’Onorius de Finglä, qui pensait comme lui que le trésor de Kridath était un artefact magique dont les Elfes ne devaient surtout pas s’emparer, Alexandre s’était rendu à Kridath pour terminer son travail. C’est alors que Tanaril de Ganor, en possession de cet étrange livre d’histoire, et apparemment très bien renseigné sur l’histoire de Kridath, avait eu vent de l’affaire et s’était empressé de recruter un mercenaire pour assassiner le Prince. L’idée du retour du Tigre Noir devait vraiment le terrifier !
Alexandre avait résolu toutes les énigmes. Franchi toutes les épreuves. Et à présent, il se retrouvait avec un démon millénaire sur les bras ! Dès qu’il le pourrait, il lui faudrait absolument récupérer le sabre runique et l’oeil de Kashnir auprès du comte Thibaut. Le bouclier seul, rapporté de Kridath par Alice et entreposé dans la salle du trésor, ne servait pas à grand-chose.
Alexandre pensa brièvement qu’il avait mis en branle une machine qui le dépassait complètement. Puis il songea aux autres yeux. Arkos avait douze fils, ce qui faisait un total de vingt-six pierres. Où était-elles cachées ? Dans des cryptes pareilles à celle de Kridath ? Dans des châteaux anciens ou des temples oubliés ? Déjà dans les mains des Migrodi ?
Et Molloch, dans tout ça ? Qui était cet homme, ou ce dieu, ou cette chose, qui semblait tirer toutes les ficelles, mais dont le but restait toujours secret. Il était capable de diriger les destins, peut-être de prédire l’avenir et d’agir en conséquence, et disposait de serviteurs aussi puissants et mystérieux que lui, tels Barn. Mais que comptait-il faire ? Son apparaition dans la vie d’Alexandre avait-elle un rapport avec Arkos ? Ou bien Molloch ignorait-il tout de cette affaire ?
Le Prince n’oubliait pas non plus la dette qu’il avait envers cet être. Un jour, il lui faudrait sacrifier une vie pour s’en acquitter. A cette pensée, une sensation de malaise l’étreignit. Alexandre n’aimait pas se sentir comme le jouet de quelqu’un d’autre...
Le Prince ne s’en sortait plus, d’autant qu’un fort sentiment de culpabilité l’étreignait. C’était Tanaril qui avait raison. L’Elfe Noir avait certes employé des méthodes un peu radicales, mais il savait ce qu’il faisait. Il voulait simplement empêcher la renaissance d’Arkos. D’accord, il aurait mieux fait d’en parler à Alexandre, d’accord il avait agi de manière irréfléchie. Mais le Prince l’avait tué, alors que Tanaril combattait pour le bien du monde.
C’était méprisable. Lamentable. Stupide à en pleurer. Tanaril aurait pu apporter un grand secours, et au lieu de ça ces cendres reposaient dans un petit vase.
Alexandre repensa à leur dernière rencontre. Quand il avait demandé à Tanaril pourquoi il n’avait rien tenté contre Onorius, l’Elfe Noir avait répondu : « Onorius n’est pas ce qu’il semble. » Alors quoi ? Le maître de l’Académie de Magie paraissait beaucoup plus impliqué dans cette histoire qu’il ne le prétendait. Après tout, c’était bien lui qui avait suggéré au Prince de se rendre à Kridath. Que dissimulait-il ? Pour l’instant, rien, d’après les hommes de Karen. Les Vzad’orû’bausns faisaient du bon travail, et Alexandre commençait même à apprécier ses anciens adversaires, n’osant toutefois pas avouer à Karen qu’il avait tué sa soeur.
Cependant, si les Chevaliers Blancs étaient d’excellents espions, il n’avaient jusque-là rien trouvé d’anormal dans le comportement d’Onorius de Finglä.
A côté de tout cela, la mort prochaine du roi semblait presque accessoire. Alexandre VII n’avait, d’après les médecins, plus que quelques heures à vivre. Sa maladie entrait dans sa dernière phase, lui ôtant les pauvres forces qui lui restaient. Malgré tous les efforts des mages, il ne tiendrait plus longtemps. Et Alexandre serait couronné.
Le Prince passa devant la porte des appartements de Dario. Mû par une intuition soudaine, il poussa le battant et pénétra dans la pièce.
Le petit salon n’avait pas changé. Elégamment décoré, pourvu de confortables fauteuils et d’une solide table basse, il paraissait toujours aussi accueillant.
Sauf que Dario n’était pas là.
Le mage avait disparu depuis deux semaines, à présent, et son absence devenait plus qu’inquiétante. Que lui était-il arrivé ? S’enfuir quand on avait le plus besoin de lui n’était pas dans son genre. Il avait été contraint de s’éclipser. Mais comment ? Par qui ? Et pourquoi le grand Thenetos de Vordal en personne n’arrivait-il pas à le repérer.
Les yeux d’Alexandre tombèrent sur les larges baies vitrées de la pièce. De sinistres nuages emplissaient le ciel, assombrissant la ville entière, tandis qu’une onde encore faible martelait les carreaux. Un terrible orage se préparait.
Le sabre de Dario reposait sur la table, logé dans un fourreau de bois doublé d’une étoffe bleue sur laquelle couraient des fils d’or entrecroisés. C’était une arme magnifique, au pommeau serti d’ambre et d’argent, à la poignée moulée pour la main de son maître, à la lame aussi tranchante qu’un rasoir. Un instrument de mort d’une beauté sauvage, pour l’instant endormi, mais dont l’éclat scintillant égalerait sans nul doute celui du soleil lorsque viendrait le jour de son réveil.
A la vue du sabre, puis à la pensée d’Arkos et de la terrible menace que son ombre faisait planer sur le monde, Alexandre sentit une boule d’anxiété se nouer dans sa gorge.
- Où êtes-vous, maître, à cette heure où votre soutien me serait plus précieux que jamais ?

Une ultime note s’échappe de la gorge du maître. Longue, douce et puissante.
Venant s’ajouter aux milliers d’autres, elle parachève un incroyable sortilège, élaboré avec minutie pendant presque trois semaines.
L’enchantement se complète, s’ordonne.
Se déchaîne.
Une pression formidable, de l’ordre de cent tonnes au milimètre carré, s’applique soudain aux parois de la cellule. Sous l’effet de cette contrainte phénoménale, l’indestructible cloche de verre ne se fend pas, ne craque pas, ne tremble pas.
Non.
Elle explose.
Une terrible détonation ébranle les murs de la caverne alors que des milliards d’éclats étincelants jaillissent dans toutes les directions. L’onde de choc arrache les chandeliers, renverse les gardes momifiés, se répercute sur les parois et reflue dans la salle.
Puis le tumulte se calme, aussi subitement qu’il est survenu.
Le maître est libre.

Dario ne perdit pas une seconde. Dépliant en un éclair ses jambes ankylosées, il bondit au pied du socle. Construire son sortilège lui avait pris des jours et des jours de labeur, mais il savait qu’une épruve plus redoutable encore l’attendait à présent.
La voix d’Onorius résonna dans sa tête. « Je connais tes limites. »
Dario se secoua. Son maître s’était trompé. Lui, Dario d’Yrwald, conseiller du roi, maître d’armes du Prince, intendant de Dümrist, ne laisserait rien ni personne le dominer.
Ou peut-être que si...
Dario se mit en garde.
Une lueur rouge irréelle s’alluma dans les orbites vides des cinq momies à terre. Soudain, l’une d’elles s’anima, probablement mue par un des enchantements d’Onorius. Elle se releva brusquement, d’un mouvement étonnament souple, et se rua sur Dario en braquant vers lui sa lance à pointe de bronze.
Le maître Chanteur avait, au cours de sa longue existence, affronté des ennemis de toutes sortes et de toutes races. Hommes, Orks, nains, Elfes, Singes, Wolks, Varaks, bêtes sauvages ou monstres de légende, aucun ne lui avait résisté. Certes ces derniers temps, il avait accumulé les erreurs, mais à présent il se retrouvait tel qu’il était au temps de sa grandeur.
Un guerrier invincible, capable de triompher de n’importe quel adversaire, formé depusi l’enfance par un maître inégalable.
Sauf qu’à présent, c’était ce même maître qui s’opposait à lui.
« L’élève ne surpasse jamais son professeur. » C’était le credo d’Onorius.
Aujourd’hui, il était temps de le vérifier.
Cette épreuve serait la dernière.
Le garde au corps embaumé arrivait sur lui à une vitesse inimaginable, guidé par le seul désir de tuer. Dario songea que son sabre d’acier lui aurait permis de se défaire aisément de la lame en bronze de son assaillant, puis il mit cette considération de côté. Sa volonté toute entière tendue vers l’affrontement, il attendit le choc.
Le soldat monstrueux parvint au contact, sa lance fonçant sur la poitrine du mage. Dario n’entra en action qu’à la dernière fraction de seconde. D’un mouvement délicat du pouce et de l’index, il écarta la pointe de bronze, tandis que sa jambe s’envolait avec la légèreté du roseau caressé par le vent.
Son pied arracha la tête de la momie.

:)

hipop_danseuse
hipop_danseuse
Niveau 10
20 février 2006 à 10:12:46

excellent!!!!
"de n’importe quel adversaire, formé depusi l’enfance par un maître inégalable. "

"mais il savait qu’une épruve plus redoutable encore l’attendait à présent. "

:d) voilà, voilà :)

LeConseiller
LeConseiller
Niveau 10
20 février 2006 à 10:32:48

Arkos avait douze fils, ce qui faisait un total de vingt-six pierres.

=> Les yeux d´Arkos aussi ont été conservés ?

Sinon, je suis content d´avoir enfin des nouvelles de Dario :)

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
20 février 2006 à 11:40:08

C´est bien beau tout ça mais je le redemande encore : quand va-t-on revoir Adrien et Artus.

C´est assez anachronique car selon mes éstimations et les descriptions que tu as donnée de l´avancée des cavaliers et des Singes, l´armée et les deux bonhommes auraient déjà du être à Ganor depuis des lustres.

Ca fait un sacré bail qu´il se passe rien là-bas alors je trouve que ça déséquilibre le récit.

KaiM
KaiM
Niveau 11
20 février 2006 à 12:17:03

Les Singes ne sont pas une armée, il ne font que lancer quelques razzias. Ils n´oseront donc jamais s´en prendre à Ganor.

Par ailleurs, j´ai remarqué l´anachronisme. Pour les commodités du récit, on apprendra que nos deux cavaliers ont malheureusement essuyé quelques désagréments. En conséquence de quoi ils n´apparaîtront qu´au prochain chapitre.

Artus et Adrien, eux, s´ennuient fermement à Ganor. Ils vont bientôt reprendre du service.

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