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Le siège de Dümrist

KaiM
KaiM
Niveau 11
22 janvier 2006 à 21:24:27

Eh bien merci pour ce long commentaire, ça fait vraiment plaisir. Sans vouloir abuser, pourrais-tu m´indiquer de mémoire quelques-uns des "passages trop embrouillés, ou qui sortent de la logique de l´histoire" ?

Encore merci.

KaiM
KaiM
Niveau 11
23 janvier 2006 à 20:04:54

Vlà la suite :

L’opération avait pourtant bien commencé.
Devant l’importance du nombre des ennemis, Namâric avait emmené la totalité de ses hommes, soit dix Paladins Noirs, au village de Bardok. C’était une petite bourgade d’une quinzaine de maisons, désertée à l’arrivée des Elfes et à présent occupée par ces derniers.
Quand Namâric et ses hommes avaient surgi de la forêt au milieu de la nuit, il n’avaient pas accordé un regard au hameau, se dirigeant directement vers leur principal objectif, le château.
Bâti au sommet d’une colline, il surplombait le village de toute son écrasante hauteur. C’était une solide citadelle à cinq tours, dotés de murs épais et d’un donjon massif garni de meurtrières. Peut-être un siège de six mois, un bombardement intensif ou un empoisonnement des réserves auraient-ils pu faire tomber la forteresse, mais une chose était sûre : aucune armée, quelle que soit son nombre, n’aurait pu la prendre par un assaut frontal.
A l’exception des Paladins Noirs.

Ils se divisèrent en cinq groupes et se postèrent, aussi souples et silencieux que des chats, au pied des imposantes tours du château. Accompagné de Sven, Namâric se chargea de la plus haute.
Ils s’élancèrent en même temps, crochetèrent des prises étroites aux jointures des blocs de pierres, puis hissèrent sans difficulté leurs masses et celles de leurs armures. Sven fléchit un genou, glissa son pied dans un minuscule interstice et poussa de toutes ses forces. Son bras s’éleva de quelques dizaines de centimètres et agrippa une autre aspérité.
Déjà Namâric avait grimpé trois mètres. Prodigieusement agile, il progressait à une vitesse incroyable, même pour Sven pourtant expert en escalade. Sa nouvelle armure n’y était certainement pas pour rien.
Alors que sa première cuirasse donnait à Namâric l’impression de le protéger comme une seconde peau, celle-ci semblait ne faire qu’une avec sa véritable peau. Les plaques ondulaient au lieu de coulisser, les articulations accompagnaient chacun de ses gestes avec une extraordinaire souplesse. Une magnifique oeuvre d’art.
Namâric arriva très vite au sommet de la tour. Se retenant par les mains de chaque côté d’un créneau, il pencha légèrement la tête pour compter les sentinelles.
Il y en avait trois, trois Elfes qui scrutaient la nuit sans imaginer à quel point le danger était proche. Namâric vérifia rapidement la présence de son épée à sa ceinture, puis attendit.
Sven le rejoignit en quelques minutes. Namâric remarqua d’autres ombres qui achevaient leur ascension sur les tours voisines. Prenant d’infinie précaution pour ne pas se faire repérer, il adressa un grand signe du bras aux Paladins à sa droite, qui répétèrent le geste.
Namâric se tourna vers la gauche. Le signe allait faire le tour du château, au fur et à mesure que ses hommes prenaient position. Quand le dernier groupe de Paladins agiterait le bras, tous pourraient passer à l’action.
Namâric ne patienta qu’une minute avant d’apercevoir le signal. Il replia ses jambes et les appuya contre le mur pendant que Sven lâchait une main pour brandir deux longs couteaux.
Il les lança au moment où Namâric amorçait un saut périlleux pour bondit sur la terrasse de la tour. La paire de lames fila une fraction de seconde avant de se planter dans le cou de deux Elfes, l’une dans la nuque, l’autre à hauteur de la gorge. Hoquet de surprise. Gargouillis étranglé.
Chuintement de l’épée au sortir du fourreau.
Chant de l’acier dans la nuit.
Namâric plaqua sa main sur la bouche de la troisième sentinelle pour étouffer son cri de douleur. L’Elfe tituba, baissa les yeux vers le sang qui jaillissait en cascade à travers son pectoral lacéré. Puis il s’écroula sans un bruit.
Namâric aida Sven à se hisser au sommet et jeta un coup d’œil circulaire aux autres tours. Les gardes avaient connu le même sort que ceux étendus à ses pieds, et les Paladins Noirs se postaient à l’abri des créneaux. Namâric regarda par-dessus le parapet. Le groupe d’Elfes qui se tenait dans la cour n’avait rien remarqué. Parfait.
Namâric rengaina son épée et tira l’arc d’if logé entre ses épaules. Sven décrocha trois tronçons de bois qui pendaient à sa ceinture, les assembla en un clin d’œil, tendit une corde entre les deux extrémités et encocha une flèche sur l’arc court ainsi formé. Les autres Paladins l’imitèrent avant de se tourner vers Namâric.
- Il y a douze Elfes en bas, souffla Sven. Et nous ne sommes que onze.
- J’ai vu. J’en prends deux.
La tâche était difficile. Namâric ne doutait pas des talents d’archers de ses hommes, mais synchroniser leurs tirs et désigner une cible différente à chacun n’avait rien d’une partie de plaisir.
Il souffla légèrement dans son appeau. En silence, Frid vint se poser sur son épaule. Namâric lui chuchota des instructions que le volatile alla transmettre aux autres Paladins, désignant à chacun l’Elfe qu’il devait viser : celui assis près du feu, celui qui aiguisait son épée, celui qui mangeait un morceau de pain, celui qui portait une cicatrice à la joue droite... L’affaire se corsa encore quand Namâric trouva trois Elfes sans aucun signe distinctif. Il attendit que l’un d’eux soupèse son arc pour l’attribuer à Edwin, choisit d’abattre lui-même les deux autres et prit encore une minute pour terminer de donner ses ordres.
Quand chacun eut reçu ses consignes, Namâric posa une flèche à portée de main et banda son arc avec une autre. Il ferma un oeil, visa soigneusement, bloqua sa respiration.
Ouvrit les doigts.

Farkelion, philosophe dans l’âme, réfléchissait intensément. Là, dans la cour du château de Bardok, ses pensées s’éclaircissaient comme jamais auparavant. Pour la première fois, il approchait vraiment de la grande réponse.
Et soudain, la lumière se fit.
Une plénitude absolue se déversa en lui quand enfin, il comprit. Le sens de la vie. Le but de l’univers. La vérité sur la mort. Tout.
- Legir, lança-t-il à son voisin, j’ai trouvé la Réponse.
- La réponse à quoi ? fit l’intéressé.
- A la Grande Question. De la Vie, de l’Univers et du Reste.
Legir poussa un sifflement admiratif.
- Et qu’est-ce que c’est ?
- Quarante-deux.
- Quoi ?
Farkelion arbora un petit sourire.
- Evidemment, on ne peut comprendre la réponse que si on connaît la formulation exacte de la Grande Question.
- Ah... Et quelle est donc cette Grande Question ?
- Eh bien, en fait, c’est : « Comb...
Un sifflement aigu lui coupa la parole. Comme frappé par un poing invisible, Legir s’effondra. Autour de Farkelion, les autres Elfes s’écroulèrent eux aussi, sans même avoir le temps de pousser un cri.
Abasourdi, Farkelion eut à peine le temps de remarquer les flèches qui transperçaient les corps de ses camarades. Ensuite, un nouveau trait se planta dans son crâne, lui ôtant la possibilité de réfléchir davantage aux lois de causalité qui raisonnaient l’univers.

Namâric abaissa son arc et chercha un moyen d’accéder au donjon. Pour d’évidentes raisons de sécurité, la base ne comportait que des meurtrières trop étroites pour qu’il soit possible de s’y glisser. Le sommet de la bâtisse, réservé aux magasins d’armes et aux stocks de nourriture, ne présentait aucune ouverture lui non plus. En dehors de la porte principale, on ne pouvait donc entrer que par les fenêtres qui perçaient les étages du milieu. Namâric décréta que ces passages suffiraient, d’autant plus qu’aucune sentinelle ne venait barrer l’un d’entre eux.
Avant toute chose, il resta immobile pendant de longues minutes, afin d’assurer ses arrières. Cette décision se révéla sage quand trois Elfes quittèrent un bâtiment carré bâti dans un angle de la muraille et observèrent avec des yeux ébahis les corps étendus dans la cour. Trois flèches fusèrent et les envoyèrent rejoindre leurs compagnons.
Après un autre temps d’attente, Namâric conclut que toute menace avait été éradiquée en dehors des ennemis qui restaient dans le donjon. Il s’engagea dans l’escalier qui menait au sol, non sans faire signe à ses hommes.
Ils se retrouvèrent dans la cour.
- Nous allons nous séparer, annonça Namâric. Sven, Edwin, Phallonn, Korial, avec moi. Nous escaladons le mur jusqu’aux fenêtres médianes. Les autres, crochetez la porte, entrez et tuez. Au maximum, il reste une vingtaine d’Elfe dans cette forteresse, donc rien qui puisse nous inquiéter. Nous devrions nous retrouver vers le troisième étage. Frid, tu restes à l’écart.
Sans ajouter davantage de consignes, Namâric se hissa sur le toit d’une construction basse. Il prit son élan, bondit sur le mur du donjon, agrippa une prise et commença son ascension, suivi des quatre hommes qu’il avait choisis.
Ils parvinrent sans encombre à la première fenêtre et s’y glissèrent l’un après l’autre. Namâric avait déjà tiré son épée et observait les lieux.
Ils se trouvaient dans un couloir étroit qui longeait le mur du bâtiment. Des portes ouvertes s’alignaient du côté intérieur, et un rapide examen apprit aux Paladins qu’elles ne donnaient que sur des pièces vides, à l’exception d’une seule, qui s’ouvrait sur un nouveau corridor. Après s’être concertés du regard, ils s’y engagèrent.
Le passage menait au centre du donjon, dans une salle qui desservait l’ensemble de l’étage. Quatre couloirs en partaient, ainsi que deux escaliers menant aux étages supérieur et inférieur.
Et il n’y avait toujours aucune trace de vie.
- C’est inquiétant, souffla Sven. Nous aurions au moins dû rencontrer quelques gardes.
La réponse de Namâric fut couverte par un fracas épouvantable. Cinq herses tombèrent lourdement dans l’encadrement des portes, condamnant les couloirs et l’escalier du bas. Au même instant, une boule de verre suspendue au plafond se mit à briller, les inondant de lumière.
- Un piège, nota finement Edwin.
- Ah bon ? fit Korial. J’aurais plutôt pensé à une fanfare de bienvenue.
- J’approuve, renchérit Phallonn. Nous avons eu les accords d’ouverture en grillage majeur, je suppose que nous pouvons désormais attendre...
Dix pointes de flèches apparurent entre les barreaux de la plus grande herse.
- ... la fugue en sifflements mineurs ? proposa Sven.

KaiM
KaiM
Niveau 11
23 janvier 2006 à 20:05:36

Assis dans l’un des derniers étages du donjon de Bardok, Elaïr réfléchissait au plan.
Un plan d’une simplicité presque dérangeante.
Quand Karen avait demandé à Itraïr de lui confier ce château et sa garnison, le roi des Elfes avait accepté sans discuter, trop heureux qu’on lui offre enfin une occasion d’éliminer Namâric. D’après les Vzad’orû’bausns, les Paladins Noirs comptaient attaquer cette forteresse-là, cette nuit précisément. Il suffirait alors de le laisser entrer, de l’attirer dans le donjon et de lui régler son compte. A cette fin, les guerriers postés sur les remparts et dans la cour étaient sacrifiés d’avance, contrairement aux hommes de Karen et aux Trolls.
Les Trolls. Itraïr en avait confié quelques-uns aux Chevaliers Blancs. Hauts de trois mètres, la peau grisâtre et fripée, les membres aussi larges que des troncs d’arbres, une force colossale qui leur donnait une certaine assurance dans le maniement de la massue, et autant de cervelle qu’une moule des rochers, c’étaient de précieux auxiliaires pour une armée. Ce qui donnait lieu au paradoxe le plus intéressant de cette guerre : si Itraïr était parvenu à prendre un tel avantage sur les races inférieures qu’il comptait éradiquer, c’était avant tout grâce aux êtres les plus stupides de la Création.
Pour l’instant, ils attendaient dans des cages au second étage. On les lâcherait dans la bataille en même temps que les guerriers de Karen, quand les Paladins Noirs ne pourraient plus s’enfuir. Et lui, Elaïr, irait leur prêter main-forte. Il n’avait toujours pas digéré sa défaite face à Namâric. Il lui fallait l’abattre, ou au moins éliminer un des Paladins.
Sur le papier, le plan fonctionnait à merveille. Restait un « détail » plus ou moins essentiel : Namâric allait-il venir ?
Elaïr se tourna vers Karen, debout à côté des leviers qui commandaient une série de herses récemment installées.
- Vous savez que vous n’aurez pas d’autre chance, lança-t-il. Si vous et vos hommes ne parvenez pas à tuer Namâric cette nuit, mon roi décidera d’attaquer Dümrist malgré tout.
Karen releva la visière de son casque et lui décocha un regard chargé de ruse.
- J’y perdrais certes une occasion de me débarrasser d’un ennemi de mon organisation, déclara-t-elle. Mais je doute d’échouer.
- Ah bon ? Mais dites-moi, j’ai l’impression qu’un point m’échappe dans cette histoire...
- Vous vous demandez comment je peux être sûre que Namâric va tomber dans ce piège ?
- Oui.
Karen esquissa un sourire malicieux.
- Une information contre une autre, dit-elle.
- C’est-à-dire ?
- Je vous explique comment j’ai fait pour connaître mes projets de Namâric, et en échange vous me dites comment vous avez appris pour la maladie du roi Alexandre VII et comment vous avez pu aggraver son état.
Elaïr eut soudain l’impression de se laisser piéger par cette femme. Mais il lui fallait à tout prix en apprendre davantage.
- Très bien. Vous d’abord.
Karen hocha la tête.
- Il y a dix jours, je ne savais rien des plans de Namâric. J’ai promis à votre roi de massacrer les Paladins sans avoir la moindre idée de la façon dont j’allais m’y prendre. Mais depuis, j’ai corrompu quelqu’un à Dümrist pour me servir d’espion. Les intentions des Paladins Noirs n’ont plus de secret pour moi, désormais.
- Joli coup de bluff. Ils seront donc ici ce soir.
- Sans aucun doute. Tous réunis pour cette mission. Une occasion idéale pour en finir avec eux.
Elaïr la regarda, admiratif.
- A votre tour, rappela-t-elle.
- D’accord. Quelqu’un est venu voir Itraïr pour lui confier une fiole renfermant un peu du sang du roi Alexandre. Il a suffi à nos médecins d’analyser cet échantillon pour découvrir quel mal rongeait cet homme et comment lui donner plus de forces. Vous m’excuserez du caractère assez vague de ces explications, mais je ne suis guère compétent dans ce domaine.
- Et le nom de celui qui a remis cette fiole à votre roi ?
- Et le nom de votre espion ?
Un léger silence s’écoula. Puis Karen reprit la parole.
- Je suppose que nos deux informations sont aussi confidentielles l’une que l’autre. Aussi vais-je vous proposez un autre échange. Les renseignements communiqués par mon espion contre une explication : pourquoi les capitaines d’Alméra vous semblent-ils hostiles ?
Elaïr haussa les épaules.
- Je ne suis qu’un mercenaire. Je travaille pour Itraïr parce qu’il me paye grassement, et non parce que je lui voue une loyauté sans faille. Ca leur déplaît.
- Un mercenaire ? releva Karen.
- Oui. Pour tout vous dire, je n’ai jamais connu mes parents, je ne sais même pas où ni quand je suis né. Je me souviens d’avoir reçu une formation dans une guilde d’assassins. Quand il n’en plus rien eu à m’apprendre, j’ai déserté pour me mettre à mon compte.
- Ne risquent-ils pas de vous rattraper un jour ?
- Ils ont déjà essayé de m’empêcher de partir, répondit Elaïr.
- Et ?
- Je suis toujours là. Eux, non.
Karen approuva de la tête, bien qu’elle-même n’eut jamais songé à se rebeller contre l’organisation qui lui avait tout appris, à elle comme à sa sœur jumelle.
- Donc, que vous a appris votre espion ? reprit Elaïr.
- Deux choses. D’abord, Namâric a été nommé Karalor. C’est un rang très spécial dans l’Ordre des Paladins Noirs, réservé aux plus insignes de leurs combattants, et qui vient encore renforcer leurs capacités. Si vous voulez le battre, vous allez devoir vous surpasser !
Elaïr ne broncha pas.
- Quant à la deuxième informations, poursuivit Karen avec un sourire narquois, elle va sûrement vous déplaire. Vous avez fait preuve d’une incroyable habileté pour empoisonner le roi Alexandre, mais ça n’aura servi à rien. Son fils est de retour, et il a pris le pouvoir. Dümrist s’en trouve encore plus forte qu’avant.
A nouveau, Elaïr ne manifesta aucun signe de surprise, mais son visage blêmit légèrement, démentant son impassibilité.
- Dans quel camp êtes-vous, Karen ? A moins que je ne me trompe, vous espérez que je répète à mon roi ce que vous venez de me dire. Ce qui déclencherait évidemment une pagaille sans nom dans l’état-major.
- C’est vraiment ce que vous pensez de moi ? fit Karen, l’air faussement choqué.
- Ai-je raison ?
- Peut-être. Comment savoir ?
Une clochette tinta. Un soldat vêtu de blanc abaissa plusieurs des leviers, et un fracas assourdissant retentit.
- Je crois que nous allons devoir ajourner cette conversation, déclara Karen. Ils sont là.

Dix flèches se glissèrent entre les barreaux et filèrent droit sur les cinq Paladins.
Aucune n’atteignit sa cible.
Namâric et ses hommes plongèrent à terre, esquivant la pluie mortelle. Une deuxième salve suivit, puis une troisième. Phallonn poussa un juron quand un trait se ficha dans son épaule. A côté de lui, Korial banda son arc, visa sommairement et tira. Sa flèche, mal ajustée, ricocha contre un barreau de la grille.
D’autres projectiles jaillirent des couloirs restants. Namâric comprit à quel point la situation était catastrophique. Mais comment les Elfes avaient-ils pu leur tendre un tel piège ?
Il évita une nouvelle série de tirs, leva son arc, lâcha un trait. Une fraction de seconde plus tard, un cri s’éleva derrière la grille qu’il avait visée.
Si rapide que ses gestes devenaient flous, Namâric décocha une seconde flèche. Un autre archer s’écroula. Il ajustait un troisième projectile sur la corde quand les grilles qui barraient les couloirs se relevèrent. A côté de lui, Sven arracha un trait planté dans sa cuisse et dégaina son cimeterre.
- Approchez, chiens d’Elfes ! rugit-il d’une voix tonitruante.
Mais au lieu des guerriers d’Alméra qu’il s’apprêtait à voir surgir, ce fut une troupe nombreuse d’hommes en uniformes blancs, armés de lances et d´épées, qui s’élança dans la salle. Sans prononcer un mot ni perdre de temps, ils se déployèrent autour des Paladins, veillant à se protéger mutuellement derrière leurs boucliers rectangulaires.
- Les Vzad’orû’bausns, souffla Namâric.
Cette organisation au nom presque imprononçable, mieux connue sous l´appellation des Chevaliers Blancs, s´opposait aux Paladins Noirs depuis des siècles, luttant sur les mêmes terrains qu´eux et les prenant au piège à la moindre occasion. Le conflit entre les deux ordres faisait rage depuis si longtemps que personne ne savait plus qui l´avait déclenché. Quoi qu´il en soit, se trouver à la merci de quelques dizaines de Chevaliers n´avait rien d´une agréable perspective.
- Mais qu’est-ce qu’il font ici ? s´étonna Sven.
- Quelle importance ? D’abord on les tue, ensuite on réfléchit !
Namâric visa, ouvrit les doigts. Sa flèche passa au ras d´un bouclier. Un assaillant s’effondra. Les autres l’ignorèrent et se ruèrent sur les Paladins, toujours sans un bruit.
Edwin tira son sabre, Korial ses deux épées courtes, Phallonn son poignard et sa hache. Tous trois percutèrent sauvagement les rangs ennemis puis commencèrent à moissonner autour d’eux. Sven para un coup de taille qui lui aurait fendu le crâne et riposta par une attaque au ventre. Son adversaire esquiva d’un bond avant de repartir à l’assaut, abattant son épée de toute sa puissance.
Sven l’évita d’un pas sur le côté. L’autre changea son coup vertical en revers avant de s’apercevoir que le Paladin répliquait déjà. Il releva son arme pour dévier l’attaque, mais ne put empêcher un sillon écarlate de d´ouvrir dans sa poitrine, déchirant sa cotte de maille. Sven repoussa le soldat titubant, contra l’attaque du suivant et chercha ses compagnons des yeux.
Korial bondissait d’un assaillant à l’autre, jouant à merveille de ses épées courtes, ne frappant que lorsqu’il voyait une ouverture et se dérobant aux coups quand la garde de son adversaire paraissait difficile à franchir.
Solidement campé sur ses jambes, Edwin maniait son sabre avec toute son adresse, dressant une barrière mortelle qu’aucune lame n’avait pour l’instant réussi à percer, et les cadavres de ses ennemis s’accumulaient déjà à ses pieds.
Phallonn, plus habitué aux attaques par surprises qu’aux mêlées de ce genre, se défendait néanmoins très honorablement. Son poignard se glissait dans les défauts des cuirasses, sa hache tournoyait en brisant les os et son redoutable jeu de jambes lui permettait d’esquiver chaque attaque.
Namâric avait utilisé son arc jusqu’au dernier moment, étendant trois des hommes qui fonçaient sur lui. Brandissant à présent son épée, il virevoltait avec grâce au milieu de ses adversaires, démontrant une fois encore son impressionnante science des armes. Ses mouvements s’enchaînaient avec une impossible fluidité, comme s’il les avait répétés à l’avance, laissant derrière eux un long sillage sanglant.
Un instant, il sembla que les Paladins Noirs allaient l’emporter. Chacun d’eux était un expert du combat, contrairement à leurs ennemis qui, malgré leur entraînement, leur discipline et leur expérience, ne dépassaient pas le niveau des soldats de métier ordinaires. Un rapport de force qui vaudrait jusqu’à l’arrivée d’officiers.
Mais même un génie des arts martiaux n’aurait pu l’emporter sur autant d’agresseurs. Les soldats débouchaient par dizaines des couloirs et bientôt, les Paladins commencèrent à fléchir. Phallonn reçut une seconde blessure, au bras cette fois, alors qu’une épée entamait la jambe de Korial et qu’une hallebarde fracassait la clavicule d’Edwin, fendant leurs solides armures comme si elles avaient été de lin.
- Il faut se dégager, hurla Sven en bloquant la lame d’un adversaire.
- Je pense aussi, approuva Namâric qui évitait un violent coup d’estoc et ripostait dans le même élan.
Son épée transperça la poitrine de son assaillant, s’en arracha aussitôt et remonta pour intercepter une lance.
- Dis aux autres de se regrouper au pied de l’escalier, ordonna Namâric. Ainsi, vous tiendrez plus longtemps. Moi, je me charge de trouver le mécanisme qui commande ces herses et de vous ouvrir la porte. Ensuite, rejoignez les autres et évacuez !
- Et comment allez-vous faire, commandant ? demanda Sven.
Il para un coup de taille, assena à son agresseur un coup de pied qui le fit chanceler avant de lui trancher le cou d’un puissant revers de son cimeterre.
- Tu as remarqué que l’escalier qui mène à l’étage est resté ouvert ? lança Namâric.
- Oui, et alors ?
- J’y vais et j’avise !
Sven décocha une violente manchette à la gorge d’un soldat sur sa gauche puis lui enfonça sa lame dans le ventre.
- C’est ce qui s’appelle se jeter dans la gueule du loup, commandant !
- C’est dans la gueule du loup qu’on a les meilleures chances de le tuer, Sven, répondit Namâric. Couvre-moi !
Son épée décrivit une parabole scintillante, faucha un adversaire et en éloigna d’autres. Il bondit, réalisa un long vol plané par-dessus les Chevaliers Blancs occupés à résister contre Sven, toucha terre en frappant. L’homme qui se tenait devant l’escalier s’effondra. Namâric s’engagea dans les marches.
Phallonn se baissa, échappa de justesse à une épée qui fendait l’air en direction de sa tête. Il planta son long poignard dans l’abdomen de son assaillant, se redressa en le repoussant du pied, esquiva péniblement l’attaque d’un autre soldat et abattit sa hache à manche court. L’homme s’écroula, son sang jaillissant en cascade d’une horrible blessure au cou.
Sven surgit alors à son côté en contenant l’assaut de deux ennemis.
- On se replie sur l’escalier ! lui cria-t-il. Bouge-toi !
Phallonn et lui se frayèrent un chemin jusqu’à l’escalier en spirale et se rangèrent entre Edwin et Korial, prêt à tenir un maximum de temps.
Si Edwin ne combattait plus que d’une seule main, son talent n’en était qu’à peine diminué. Son sabre cliqueta en parant un coup de hache, passa la garde de son adversaire et plongea dans son cœur. D’un battement d’une de ses épées courtes, Korial dévia la lame d’un soldat tandis que l’autre lui tailladait le visage. Sven se décala quand une lance frôla son visage et décocha à son attaquant un terrible coup de poing qui l’envoyer bouler à trois mètres de là pendant que Phallonn déchirait de son poignard la gorge d’un autre homme.
A eux quatre, plantés devant la porte, ruisselants de sang, tranchant les armures et les chairs sans la moindre fatigue, ils semblaient invincibles. Les soldats qui les assaillaient finirent par perdre confiance, un mouvement de recul s’amorça.
Du moins, c’est ce que crurent les Paladins.
Car les rangs ennemis ne se rompaient pas. Non, ils ne faisaient que s’ouvrir pour laisser passer un renfort imposant.
Un Troll armé d’une énorme massue s’avança, en compagnie d’un Elfe vêtu de gris qui brandissait deux longs couteaux.

:)

LeConseiller
LeConseiller
Niveau 10
23 janvier 2006 à 20:45:56

Erf, je suis accro :p

Excellente description du combat, encore meilleure que d´habitude. Pour l´instant, la question qui me taraude est la suivante : Le grade de Karalor offre-t-il d´autres "bonus" ? :)

Bref, une fois de plus, tu nous régales avec une excellente intrigue.

Pour les "passages trop embrouillés, ou qui sortent de la logique de l´histoire", il va falloir que je relise rapidement les deux premières fics pour te les passez ;)

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
23 janvier 2006 à 21:23:55

Mwais, deux-trois fautes de frappe, mais j´ai oublié d´les r´lever, tu m´connais. :)

Sinon, ben c´est encore une fois très très bon, malgré que ce soit encore un peu court^^. :rire:

J´ai hâte de savoir comment les Paladins s´en sont sortis. :-)

chris12
chris12
Niveau 9
23 janvier 2006 à 21:45:42

lol le clin d´oeil à H2G2

sinon sympa, beau combat, comme d´hab

pour le karalor, y avait pas une histoire de pouvoirs en plus ?

Yun_Shui_Jen
Yun_Shui_Jen
Niveau 5
24 janvier 2006 à 12:47:29

j´aime le clin d´oeil à H2G2 :-)
c´est toujours aussi bien, génial, extraordinaire, blablabla...

je suppose que namarick va tuer le troll.ensuite, un combat terrible avec l´elfe va s´amorcer mais aucun d´eux ne va gagner car namarick va s´échapper par un super stratagème :fou:

il me tarde aussi de savoir ce que sont devenus thibaut et les autres.

vive les paladins noirs!!! :banzai:

KaiM
KaiM
Niveau 11
25 janvier 2006 à 13:20:35

Et encore une suite. Le délai est-il assez réduit pour vous ?

Namâric gravit en courant les marches qui menaient au sommet du donjon. En chemin, il trouva plusieurs portes condamnées par d’autres grilles, celles-ci bien fixées aux murs. Il ne savait pas vraiment ce qu’il faisait, mais son instinct lui dictait de continuer. Et après l’Ordre, son instinct était le guide le plus fiable.
Il découvrit enfin un couloir ouvert dans lequel il s’engagea sans ralentir. Il franchit la porte au bout du corridor...
... et n’eut que le temps de plonger en avant pour éviter une lame dirigée vers sa tête. Namâric glissa au sol, roula de côté. Un pied se posa sur son épée tandis qu’un autre le frappait au ventre. Le Paladin lâcha son arme, se releva d’un mouvement vif et balaya la pièce du regard.
Il se tenait dans une salle rectangulaire dépourvue de meubles, éclairée par quelques torches fixées au murs. Face à lui se trouvaient six combattants armés de longues épées, dont deux portaient des armures complètes surmontées de heaumes menaçants. L’un, coiffé d’un panache blanc, faisait quelques moulinets négligents avec l’épée de Namâric. C’était lui qui venait de le surprendre. Un officier, de toute évidence. Et le plus dangereux des six guerriers.
Sur sa gauche, Namâric remarqua un autre escalier ainsi qu’un ensemble de leviers métalliques.
- Les commandes des herses, je suppose ? lança-t-il avec calme.
Pas de réponse.
- Ce que je me demande, c’est comment vous êtes parvenus à installer toute cette machinerie en si peu de temps. Vous avez quand même dû percer les murs, poser des mécanismes...
Encore une fois, aucun de ses ennemis ne parla.
- Je vois... soupira Namâric Secret professionnel, hein ?
Puis, d’un coup, sa voix se fit tranchante et glaciale :
- Bon, voilà ce que je vous propose. On arrête le massacre et vous nous laissez filer, ou bien je m’occupe de rendre votre silence éternel. Vous avez une seconde pour choisir.
L’officier se décida enfin à parler.
- Tuez-le, ordonna-t-il de la voix d’une Elfe.
Namâric songea brièvement que ce timbre lui rappelait quelque chose, puis il reporta son attention sur les quatre soldats qui se ruaient vers lui en abattant leurs épées, sûrs de leur victoire.
La suite se déroula très vite.
Namâric se porta à leur rencontre. Plus souple qu’un lézard, il se coula entre les lames d’acier et frappa avec sa violence et sa précision coutumières.
Une rangée de côtes craqua sous le tranchant de sa main. Son couteau jaillit de sa gaine, se glissa sous le menton d’un autre adversaire et lui trancha la carotide avant d’achever sa course planté dans le cou d’un troisième.
Sous le choc, l’homme perdit son épée. Le Paladin s’en empara au vol puis la leva pour parer l’attaque que lui assenait le soldat encore valide.
A mains nues, Namâric était un démon. L’arme à la main, il devenait le diable en personne. Son épée siffla, s’abattit sur les jambes de son adversaire. Au moment ou l’homme abaissait sa lame pour contrer, celle de Namâric remonta selon une trajectoire improbable et l’atteignit à la tempe.
Le casque de fer se fendit, le crâne s’ouvrit et le soldat s’écroula. Il n’en restait qu’un, l’homme dont Namâric avait brisé les côtes. Sans lui accorder un regard, le Paladin se tourna vers l’officier et son second.
Dans son dos, le soldat brandit son épée d’une main tremblante. Puis une perle de sang apparut au coin de sa bouche, sa main laissa tomber son arme, il bascula sur le côté en gémissant.
- Il est encore vivant, annonça Namâric. Si vous abandonnez le combat maintenant, il peut s’en sortir.
Sans daigner s’intéresser au sort du blessé, l’officier s’adressa à son second.
- Vous l’avez observé, lieutenant ?
- Bien sûr, commandant Karen. A mon avis, je peux le battre sans difficulté.
- Dans ce cas, allez-y.
Le lieutenant empoigna fermement son épée et avança vers Namâric qui se tenait en garde, parfaitement immobile. Arrivé à sa hauteur, le Chevalier Blanc porta une estocade.
Une attaque simple, sans grand danger de chaque côté, uniquement destinée à engager le fer et à éprouver les réflexes de l’ennemi.
Il n’y en eut qu’une seule autre.
Au lieu de parer, Namâric attendit l’ultime seconde pour pivoter et se décaler, laissant passer la lame à un millimètre de sa poitrine. Sa main gauche se referma sur le bras du lieutenant tandis que son épée plongeait en avant.
L’acier s’enfonça en crissant entre le pectoral et le heaume avant de ressortir derrière la nuque. Namâric retira souplement sa lame. Un flot écarlate jaillit de l’armure. L’homme s’effondra avec un râle d’agonie incroyablement bref.
Karen n’avait pas bougé.
- Je savais qu’il ne gagnerait pas, déclara-t-elle. Je voulais simplement sonder tes forces.
- On s’est déjà rencontrés ? demanda Namâric.
Elle souleva la visière de son heaume, révélant des yeux brillants de rancune et un visage elfique qu’en effet, le Paladin avait déjà aperçu.
- Tu as rencontré ma sœur Kandrill, dit Karen. Et elle est morte.
- Exact, je ne me souviens pas l’avoir tuée moi-même.
- Peu importe. Tu es responsable de sa mort, et aujourd’hui c’est ton tour.
Sans prendre d’élan, elle lança l’épée de Namâric. On aurait pu croire l’arme projetée pour tuer tant elle filait vite et droit sur le cœur du Paladin. Il l’évita d’un bond et, dans le même mouvement, s’en saisit par la poignée avant se placer en position de combat.
- Il est intéressant de constater, dit Karen, que les affrontements de nos deux Ordres sont toujours incarnés par nos meilleurs éléments.
- Quelqu’un de bien va donc mourir dans les prochaines minutes, répliqua Namâric.
Son regard allait de Karen aux leviers de contrôle. Sa priorité n’était pas de se battre, mais de venir en aide à ses hommes. Il fallait en finir vite ou trouver une autre stratégie.
Karen rabattit sa visière et s’élança. Namâric chercha une faiblesse dans son attaque, une brèche par laquelle s’engouffrer. Il n’en trouva pas.
Les épées se heurtèrent.

- Ne bougez pas ! cria Elaïr. Ils sont à moi !
Les soldats baissèrent leur garde, tirèrent leurs blessés sur le sol et les éloignèrent des Paladins. Un silence pesant s’installa dans la pièce jonchée de cadavres, seulement troublé par les pas souples d’Elaïr et ceux, bien plus lourds, du Troll.
Le monstre aurait fait trois mètres de haut s’il ne s’était tenu aussi courbé qu’un primate et n’avait arqué aussi bizarrement ses jambes aussi larges que des troncs. A sa démarche lourde et chaloupée, on devinait facilement qu’il pesait plus d’une tonne. Une tonne de muscles et de sauvagerie. Il brandissait d’une main son immense massue cloutée tandis que l’autre agitait un colossal marteau de fonte - détail que les Paladins n’avaient pas remarqué de prime. Sa gueule hérissée de crocs s’ouvrait et se fermait au gré de ses pas, et un étonnant mélange de rage et de stupidité animait son regard.
Désigné comme le nouveau chef du groupe par un accord tacite, Sven s’efforça de garder son calme pour analyser la situation. Ils avaient abattu un grand nombre d’ennemis, de sorte qu’il ne restait qu’une vingtaine de soldats dans la pièce. Et puis Namâric n’allait certainement pas tarder à relever les grilles.
Puis les yeux du Paladin tombèrent sur Phallonn qui gisait à terre, pressant ses mains contre une horrible blessure au flanc. Il avait peut-être une chance de survivre, mais il ne combattrait plus aujourd’hui.
Sven se secoua. Si l’Elfe et le Troll voulaient se battre seuls, alors il lui restait encore un espoir.
- Edwin, Korial, vous prenez l’Elfe. Je m’occupe de la grosse bestiole.
- Quelle prétention ! railla Elaïr. Tu te crois vraiment à la hauteur ?
Pour toute réponse, Sven se mit en garde, conscient d’affronter l’une des plus grandes épreuves de sa vie.
Le Troll franchit d’un bond les derniers mètres qui le séparaient de ses proies, leva sa massue sans effort et...
... l’envoya droit dans le plafond en essayant de l’abattre sur Sven, qui poussa un soupir excédé. Charitable, le Paladin mit cette maladresse sur le compte de l’habitude. Rompu aux combats à l’air libre, le Troll devait avoir du mal à s’adapter aux dimensions restreintes de la pièce.
Un bloc de pierre capable de broyer un homme se détacha du plafond et s’écrasa sur la tête du monstre. Il ne broncha pas.
« Il ne doit pas y avoir grand-chose à endommager dans son crâne, songea Sven. Ou alors, il est trop bête pour réaliser qu’il s’est fait mal. »
Lassé de contempler l’idiotie du Troll, le Paladin engagea le combat, sans se soucier de l’écrasante différence de taille entre son adversaire et lui. Son cimeterre étincela, traça une ligne sanglante sur le torse du monstre, repassa en un revers dévastateur avant de s’enfoncer dans son ventre et de ressortir en faisant gicler le sang.
L’assaut avait duré le temps d’une expiration.
Il n’avait pas causé beaucoup plus de dégâts.
Comme si ses effroyables blessures ne le dérangeaient pas plus qu’une piqûre de moustique, le Troll se jeta sur Sven avec un rugissement assourdissant. Sa massue décrivit une courbe furieuse que le Paladin ne se risqua pas à contrer. Il esquiva en se baissant, frappa le monstre à la jambe, plaça un autre coup de taille qui lui déchira le mollet. Avec un cri strident, le Troll abattit son marteau. Sven roula de côté pour éviter l’attaque, se redressa et recula d’un pas.
Il jeta un regard inquiet aux trous béants que les coups du Troll avaient creusés dans le sol puis repartit à l’assaut.
De son côté, Elaïr avait bondi sur les deux autres Paladins. Il s’éleva jusqu’au plafond avant d’amorcer une descente qui l’amenait sur Edwin. Celui-ci fouetta l’air de son sabre et, à sa grande surprise, manqua son coup.
En touchant le plafond, les bottes d’Elaïr y avaient adhéré. l’Elfe courut tête en bas, passa au-dessus d’Edwin et retomba entre Korial et lui. Ses couteaux s’écartèrent, visant chacun la gorge d’un des Paladins.
Edwin se décala pour esquiver tandis que Korial se penchait, échappant au coup mortel. Elaïr évita le sabre du premier, se porta au contact du second et lui lança son pied dans la tête. Korial contra d’un mouvement du coude, détourna les couteaux de l’Elfe par des moulinets de ses épées courtes puis riposta. Elaïr para la volée de coups d’estoc et se retourna pour bloquer, de ses lames croisées, le sabre d’Edwin qui s’abattait sur lui.
L’affrontement entre Sven et le Troll décidé à le mettre en pièces tournait mal. Le Paladin cédait du terrain devant les coups monstrueux assenés pas son adversaire. Inéluctablement, il se laissait acculer dans un angle dans la pièce tandis que les soldats blancs s’éloignaient, presque effrayés par cette lutte sauvage.
Sven se déroba à un nouvel assaut du Troll, leva sa lame pour la lui planter dans la gorge. La massue du monstre se balançant sur sa gauche lui ôta la possibilité de mener son attaque à terme. Comprenant qu’il était trop tard pour esquiver, Sven para le coup.
Son cimeterre, son bras et une partie de ses côtes se brisèrent sous l’impact titanesque. Il partit en arrière, bascula et s’effondra sur le sol. Un rugissement de triomphe retentit.
Les paroles de Namâric résonnèrent d’un écho lugubre dans la tête de Sven « Si tu perds un bras, c’est la mort à court terme. » Un sentiment de panique l’envahit.
Sven redressa la tête pour voir le Troll lancer son énorme marteau à travers la pièce. Il l’évita de justesse puis, sans réfléchir, l’empoigna de sa main valide au moment où le monstre arrivait sur lui.
La lourde masse de fonte devait peser presque cent kilos. Sven ramassa ses muscles de géant, la souleva avec peine et la laissa tomber sur le pied droit du Troll.
Il y eut un craquement affreux. Le monstre hurla, brandit sa massue. Sven tâtonna à la recherche d’une arme. Sa main tomba sur l’arc de Namâric.
Alors que le Troll s’apprêtait à frapper, le Paladin sortit une flèche de son carquois. Sans céder à la douleur de son bras cassé, il banda le long arc d’if.
Un trait se ficha dans la gorge du Troll. Un autre suivit. Puis un troisième. Et toute une série.
Sven lâcha ses flèches aussi vite qu’il le put, avec l’énergie du désespoir, grimaçant de souffrance chaque fois qu’il tendait la corde. Une plaie béante finit par s’ouvrir dans le cou du monstre. Son sang jaillit à gros bouillons.
Ce qui n’eut pas l’air de faire beaucoup d’effet.
Sous les yeux ahuris de Sven, le Troll leva sa massue pour un coup aussi destructeur que la chute d’un météore. Les clous qui la hérissaient brillèrent sinistrement dans la lumière dégagée par la sphère.
A cet instant, le système nerveux du Troll l’informa de sa mort avec, il est vrai, un léger temps de retard. Il parut surpris, ouvrit la bouche comme pour protester, puis s’effondra lourdement.
Sven poussa un long soupir de soulagement.

KaiM
KaiM
Niveau 11
25 janvier 2006 à 13:21:52

Elaïr repoussa Edwin et revint sur Korial en lui propulsant ses couteaux dans la tête. Le Paladin esquiva d’un souple mouvement d’épaules et abattit ses épées courtes. L’Elfe para un coup de taille destiné à sa nuque, dévia la seconde lame en la faisant glisser contre son autre couteau. Puis, s’avançant tout près de Korial, il expédia son coude dans le casque du Paladin, juste au-dessous du menton. Korial chancela. Un coup de pied l’envoya rejoindre Phallonn étendu par terre.
Il ne restait qu’Edwin. Bien que blessé à l’épaule gauche, le Paladin avait derrière lui plus de vingt ans d’expérience de la guerre. Maniant son sabre d’une seule main, il força Elaïr à reculer sous des salves de coups précis et puissants. L’Elfe, sur le point de céder, riposta par de petits mouvements secs de ses couteaux, manquant à plusieurs reprises de toucher Edwin au visage.
Une lame frôla la joue du Paladin, lui faisant baisser sa garde une infime seconde. Elaïr s’élança contre lui, rendant inutile son long sabre adapté aux affrontements à distance. L’Elfe glissa un couteau entre la main d’Edwin et la poignée de son arme avec de l’écarter violemment. Le sabre s’envola.
Elaïr reçut une manchette au cou qui faillit le tuer. Changeant instantanément de style de combat, Edwin plaçait à présent des volées d’atémis aussi vicieux qu’efficaces. Son adversaire encaissa plusieurs chocs, fit un pas en arrière. Sentant la victoire proche, le Paladin porta un nouveau coup de poing.
La situation se renversa avec une soudaineté effarante. Elaïr, pourtant étourdi par les assauts, fléchit les genoux, esquiva l’attaque et frappa aussitôt.
Edwin voulut reculer. Trop tard. Les couteaux de l’Elfe trouvèrent les défauts de l’armure du Paladin et s’y enfoncèrent jusqu’à la garde, transperçant sa poitrine et son cœur.
Edwin était mort avant de toucher le sol.

- Non ! cria Sven.
Il avait suivi le combat, certain de l’avantage de son camarade. Ce revirement brutal l’avait pris complètement au dépourvu. Namâric, lui, aurait décelé les signes qui annonçaient la défaite d’Edwin. Sven avait manqué de vigilance.
Une vague de culpabilité déferla sur lui, bientôt anéantie par la colère. Il ramassa le sabre d’Edwin et se précipita sur Elaïr.
Leurs lames ne s’étaient pas touchées quand un cliquetis s’éleva. La herse qui bloquait l’escalier se leva alors que toutes les autres se refermaient. L’une d’elles tomba entre Sven et Elaïr. Par chance, le Paladin était du bon côté.
- Vite ! tonna-t-il.
Korial s’était relevé et soutenait Phallonn pour le conduire à l’escalier. Sven les rejoignit en courant.
Ils s’élancèrent dans les marches qui menaient au rez-de-chaussée. Quelques ennemis s’engagèrent à leur suite. Puis, comme prévu, la herse se rabattit, transperçant un autre homme.
Les Chevaliers Blancs essayèrent de la soulever, mais elle était bien trop lourde. Ils se retrouvaient pris à leur propre piège.
Une minute suffit à Sven pour occire les trois soldats qui avaient pu passer. Il dévala ensuite l’escalier pour rattraper ses deux compagnons.

Namâric baissa le levier orné de l’inscription « escalier inférieur, cinquième » puis releva tous ceux qui commandaient les herses du rez-de-chaussée et du cinquième étage avant de plonger sur le côté pour esquiver une attaque de Karen.
N’étant pas parvenu à terrasser rapidement son assaillante, le Paladin avait raisonné le combat de manière à s’approcher des leviers de contrôle. A présent, il avait fait tout ce qu’il pouvait pour ses hommes. Il pouvait se concentrer sur son adversaire.
Karen porta un coup foudroyant que Namâric intercepta d’un revers tout aussi vif. Il riposta par une fulgurante estocade qui ricocha contre le brassard de l’Elfe. Profitant de son mouvement, Karen abattit son épée. Le Paladin évita la lame acérée et plaça un coup de pied aussi violent qu’une tempête. Elle l’esquiva d’un bond, passa au-dessus de lui et frappa avant même de rejoindre le sol. Namâric contra, lança sa jambe vers Karen toujours en plein vol. Touchée au côté, elle s’écrasa par terre mais se reprit aussitôt pour faucher les jambes du Paladin qui bascula en avant. Leurs lames s’entrechoquèrent alors qu’aucun des deux ne s’était relevé. Ils sautèrent sur leurs pieds en même temps et se replacèrent face à face.
Le duel se poursuivit, époustouflante chorégraphie guerrière plus proche d’une danse que d’un combat. Paladin et Chevalier se mouvaient avec la même grâce, la même fluidité, enchaînant des passes virtuoses, des figures sidérantes et des attaques aussi meurtrières que magnifiques. Les lames tourbillonnaient à une vitesse incroyable qui les rendait invisibles tandis que leur chant sifflant accompagnait les gestes des deux adversaires.
A la moindre erreur, c’était la mort qui attendait le fautif.
Tout se termina donc très vite.
Namâric se fendit. Karen dévia sa lame d’un coup d’épée qu’elle accompagna d’un mouvement de pivot. Sa jambe se détendit comme un ressort, frappa le Paladin à la tête.
Namâric bascula. Il tendit la main pour amortir sa chute, se rattrapa par une roue en arrière et retomba sur ses pieds, lame en avant, face à son adversaire.
Karen arrivait sur lui comme une flèche, son épée tendue devant elle, fusant vers le cœur du Paladin.
Il y eut un crissement, un choc, quelques étincelles.
L’épée de Karen reposait sur l’épaule du Paladin après avoir ripé contre son armure, qu’il avait fait pivoter à la dernière seconde.
Celle de Namâric, plantée dans le ventre de l’Elfe entre deux plaques de sa cuirasse, se couvrait lentement de sang.
Karen hoqueta.
Namâric savait ce qu’il aurait dû faire. La pointe de sa lame n’avait pénétré que de cinq centimètres. Il fallait pousser davantage, achever son ennemie.
Il ne pouvait s’y résoudre. Eliminer un adversaire vaincu, et, pour ne rien gâcher, un aussi bon combattant, lui faisait presque de la peine. Mais il ne pouvait pas non plus désobéir.
Il hésita pendant une seconde avant de faire le choix que lui dictait sa conscience.
Son épée s’enfonça brusquement dans l’abdomen de Karen avant d’en ressortir pour la laisser s’effondrer.
Namâric se détourna et essuya sa lame.

Quitter les lieux fut un jeu d’enfant.
Namâric descendit l’escalier jusqu’à regagner le cinquième étage. Sans s’attarder sur les soldats encore présents, il courut vers la fenêtre qu’il avait empruntée à l’aller et bondit par cette issue.
Le retour au sol s’apparenta plus à une chute contrôlée qu’à une véritable désescalade. Namâric se laissait tomber le long du mur, n’agrippant les prises que pour se ralentir un peu. A peine avait-il touché terre qu’il se dirigea vers la porte grande ouverte.
Deux hommes se tenaient là. Ils moururent en deux coups. Namâric s’élança dans la nuit, s’éloigna du château, bifurqua vers la forêt.
Il y retrouva ses hommes.
Il n’en restait que huit, dont plusieurs gravement blessés. Sven et Korial harnachaient un traîneau au cheval de Phallonn pour pouvoir le déplacer.
- Commandant ! s’exclama un autre Paladin. Nous avons cru ne jamais vous revoir !
Namâric remarqua qu’il boitait.
- Je m’en tire toujours, Jenk. Où sont Edwin et Lazigël ?
- Morts, expliqua Sven. Edwin tué par un Elfe, Lazigël par un Troll.
- A peine entrés, nous sommes tombés dans le même piège que vous, ajouta Jenk. Nous nous sommes postés dans un passage étroit et avons résisté sans grand espoir, jusqu’à l’ouverture des herses.
- Bon esprit d’initiative, commenta Namâric.
Il aida Sven à sangler Phallonn sur le traîneau, puis rajusta le pansement que Jenk portait à l’épaule.
En grimaçant, Sven acheva de poser une attelle sommaire sur son bras, puis enfourcha son cheval. Namâric l’imita.
- En route ! Nous devons rejoindre Dümrist au plus vite !

- Voilà, vous savez tout.
Installé dans la salle d’audience privée, Namâric venait d’achever son récit. Alexandre rejeta son dos contre le dossier de son fauteuil et réfléchit longuement.
Après la bataille sur la Place des Exécutions, les Paladins étaient allés rejoindre les blessés auprès des guérisseurs amenés sur place à l’avance en prévision d’un éventuel affrontement. Thenetos, encore inconscient, avait été emmené on ne savait où par les dix serviteurs qui lui restaient.
- C’est malheureux pour vos hommes, déclara enfin le Prince. Je constate que vous-même en êtes sorti sans aucune égratignure.
- Comme toujours, piailla Frid, perché sur l’épaule du Paladin. Ce type est invincible ! Fais-moi confiance, gamin ! Depuis le temps qu’il nous met dans des situations impossibles, il s’en tire à chaque fois avec le sourire pendant que j’y laisse toujours plus de plumes !
- Je ne t’ai pas beaucoup vu prendre de risques, la nuit dernière, lança Namâric.
- Vous m’avez dit de rester à l’écart, patron ! Et après être entré, vous ne m’avez plus appelé ! Si vous m’avez oublié, ce n’est pas de ma faute !
Le Paladin le chassa d’une pichenette et reposa son regard sur Alexandre.
- Le véritable problème réside dans le fait que l’on ai pu vous tendre un piège, affirma le Prince. Quelqu’un vous a trahi et a communiqué vos plans à nos ennemis.
- Il était impossible de se poster en embuscade dans tous les points stratégiques de la région, approuva Namâric. Je rejoins votre avis, mais...
- Mais seuls vos hommes savaient où vous deviez vous rendre, n’est-ce pas ? Enfin, c’est ce que je suppose, puisque moi-même j’ignorais vos projets.
- En effet, dit sombrement le Paladin. Mes hommes uniquement. Ce qui signifie que, si traître il y a...
- ... il se trouve parmi eux, acheva Alexandre.
Namâric se mura longuement dans un silence total avant de déclarer :
- A partir de maintenant, toute opération est compromise. Je ne pourrai plus lancer mes attaques tant que cet espion ne sera pas démasqué.
Il se leva et ouvrit la porte.
- Je vais m’y affairer, annonça-t-il. On ne trahit pas l’Ordre impunément.
Il quitta la pièce. Alexandre s’y apprêtait lui aussi quand un homme en manteau noir pénétra sans frapper dans la salle d’audience.
Le Prince reconnut Azbédial Kotèil, le nouveau commandant des Mages de Combat. C’était un homme blond, de taille moyenne et de peu de carrure, à l’air rusé souligné par des yeux marron pétillants de malice. Sous son aspect de conspirateur, il cachait comme tous les membres de sa troupe un grand pouvoir magique et de solides aptitudes dans le maniement des armes.
Accessoirement, il était aussi chargé des enquêtes sur la mort de Pyers Thul’lod et de Hendar Gorts.
- J’ai du nouveau sur Gorts, annonça-t-il.
- Je vous écoute, dit Alexandre.
- Vous savez que nous avons d’abord pensé qu’il avait été égorgé par surprise, expliqua Azbédial. Mais l’examen de son épée révèle de nombreuses ébréchures. Comme il s’agit d’une arme de cérémonie qu’il n’utilisait jamais, et qu’il aurait de toute façon aiguisée après l’usage, nous pouvons déduire qu’il s’en est servi pour se défendre contre son assassin. Il y a donc eu combat.
Alexandre fronça les sourcils. Tuer quelqu’un dans son sommeil était à la portée du premier venu. Mais vaincre une fine lame comme Hendar Gorts exigeait déjà plus d’habileté. Bien sûr, des centaines de guerriers devaient en être capables, mais cette information, combinée aux rapports indiquant qu´il avait fallu un redoutable talent pour s´introduire dans la chambre du général, restreignait fortement le champ des recherches.
- D’autres renseignements ?
- Oui, répondit Azbédial. On a retrouvé sur la lame de Gorts la marque de coups d’épée, mais aussi d’autres entailles, plus fines.
- Ah ?
- C’est très étrange, déclara le mage. On les observe par groupes de trois, avec le même espacement à chaque fois. Comme trois petites lames qu’on aurait fixées côte à côte pour en faire une arme.

:)

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
25 janvier 2006 à 13:40:27

Ce délai me convient parfaitement. :) Juste comme ça, on en est à combien de pages là? :)

Et sinon, rien à redire j´adhère toujours autant, et j´ai bien aimé les passages comiques avec le Troll^^. Ceci dit, ça existe les Trolls intelligents (un peu comme une tare^^), ou pas dans ton monde? Juste pour savoir^^

Ah, et aussi : Salaud sur la fin! Perso je pense Vladek incapable de faire ça, donc soit c´est effectivement lui (ce qui resterait étrange), soit ce fameux Azbédial ment...hum, moi VOULOIR SUITE! :)

KaiM
KaiM
Niveau 11
25 janvier 2006 à 13:54:45

On en est à 148 pages, soit plus ou moins la moitié de ce que ça devrait faire au total (oui, je sais, c´est une TRES longue fic.) Quant aux Trolls intelligents, ben, ça peut toujours arriver. J´ai bien créé quelques Orks intelligents...

chris12
chris12
Niveau 9
25 janvier 2006 à 13:56:18

non pas vladek quand meme ?

ben tjrs super, belle baston, le rythme me plait

KaiM
KaiM
Niveau 11
27 janvier 2006 à 16:36:35

La suite encore. A mon avis, la fin du chapitre est un peu trop rapide, mais on verra bien...

Le chevalier parcourut au galop la distance qui le séparait de la troupe.
- Alors ? s’enquit le comte Thibaut.
- Ils sont de plus en plus nombreux. Une centaine, au moins.
Le comte étouffa un juron. Qu’un Elfe les ait repérés aurait pu ne pas entraîner de trop graves conséquences. Mais, soucieux d’assurer ses arrières, Thibaut avait choisi d’envoyer régulièrement des hommes en reconnaissance. Et il ne s’était pas trompé.
- Une centaine, dis-tu ? Soit trois ou quatre fois plus que nous...
- Bravo, Monseigneur, vous savez bien compter, intervint Galahad. Pour être tout à fait exact, sachez que cent est égal à trois... euh... trois fois trente plus dix.
- Trois virgule trois cent trente trois suivi d’une infinité de trois, incapable, corrigea Théo. Bon, sérieusement, qu’est-ce qu’on fait ?
- Récapitulons, dit Thibaut.
- Bonne manière de commencer, approuva Jean.
- Laisse-moi me concentrer ! Donc, nous sommes dans ces montagnes...
- Ah bon ? Je sais que ça paraît incroyable, mais je l’avais déjà remarqué ! lança Théo en jetant un regard au paysage bosselé et rocailleux qui s’étendait dans toutes les directions.
Son père expira longuement afin de garder son calme.
- Nous sommes dans ces montagnes, répéta-t-il, nous sommes repérés, et nous sommes suivis par un ennemi trois fois plus nombreux que nous.
- Trois virgule trois cent trente...
- Ca va, j’ai compris ! La question est donc : ces Elfes nous poursuivent-ils vraiment ?
- Non, en fait ils passent par hasard, lâcha Galahad.
- Ils avaient le choix entre trois chemins, et ils ont choisi celui-ci, renchérit Zortas.
- Ils cherchent la route de Troie, en fait, ajouta Jean.
- Ce sont peut-être des trentaines de triplets à la poursuite des trois ours...
- Ou alors des trios qui jouent en ternaire devant un public du troisième âge...
Le comte Thibaut explosa :
- C’est fini ces blagues, oui ou non ? Au risque d’appesantir un peu l’atmosphère, je vous signale que nous nous trouvons en danger de mort ! Alors dites-moi que vous en êtes conscients et que vous ne plaisantiez que pour vous donner du courage.
Théo et Jean se concertèrent du regard.
- D’accord, dirent-ils ensemble. Nous en sommes conscients et nous ne plaisantions que pour nous donner du courage.
- Conscients de quoi ? fit Zortas.
Un coup de poing exaspéré au visage le contraignit au silence.
- Merci, articula Thibaut. Je disais donc : notre situation est délicate. Nous devons envisager tous les choix qui s’offrent à nous.
- Quels sont-ils ? demanda Geneviève, qui jusque-là s’était tenue à l’écart.
Le comte désigna une trouée dans les montagnes, une vaste ligne où descendaient les pentes et où s’arrêtaient les falaises.
- La vallée du Lanor, annonça-t-il. Nos chevaux ne pouvant franchir l’autre partie des montagnes, nous devront emprunter cette voie pour quitter le massif. Et nous devons la rejoindre rapidement.
- Pourquoi ? interrogea Théo.
- Parce que plus à l’ouest, les plateaux où nous chevauchons en ce moment ne sont bordés que de falaises, expliqua Galahad. Donc, à moins de savoir faire descendre cent mètre à un cheval en pente verticale, je vois mal comment tu pourrais quitter les montagnes.
- Le problème, ajouta Thibaut, c’est que nous engager maintenant dans la vallée fera de nous une cible facile. Les Elfes n’auront qu’à se poster sur les hauteurs pour nous abattre à coup de flèches.
Zortas poussa un grognement.
- Donc, si j’ai bien compris, on ne peut pas rejoindre cette vallée, et on ne peut pas non plus décider de ne pas la rejoindre.
- En gros, oui, confirma Thibaut.
- Bon, ben, il ne reste plus qu’à faire face.
Le comte sursauta.
- Quoi ?
Zortas haussa les épaules.
- C’est le seul moyen, non ?
- Mais nous n’avons aucune chance ! s’emporta Thibaut. Ils ont un avantage écrasant sur nous !
Autour d’eux, les chevaliers commençaient à s’inquiéter. Des murmures circulaient dans leurs rangs pour se transformer en brouhaha puis en cris puissants.
- A un contre trois, on peut pas gagner !
- Ouais, il a raison !
- Non, on peut y arriver !
- La ferme, toi ! Tu veux mourir jeune ?
- A la guerre comme à la guerre ! On fait demi-tour et on se bat !
- T’es dingue ?
- ASSEZ !
Le comte Thibaut avait dû hurler pour se faire entendre. A sa voix, l’agitation décrût sans pour autant s’éteindre.
- D’accord, nous devons combattre. Mais en attaquant de front, c’est perdu d’avance. Nous devons établir un plan, tendre un piège à ces Elfes ! Tant que nous n’aurons pas d’idée susceptible de fonctionner, nous continuerons tout droit ! Compris ?
- Et qu’est-ce qu’on fera au bout, si on n’a pas de plan ?
- Nous chercherons une position facile à défendre, décréta Thibaut. Une colline, de gros rochers...
Galahad ne l’écoutait plus. Les yeux fixés sur le sol, il mûrissait une stratégie qui pourrait bien se révéler la plus efficace.
- J’ai peut-être une idée, annonça-t-il sans détacher son regard des empreintes laissées dans un petit creux de terre molle.
Des empreintes de pieds larges et griffus.

Alonir ne s’étonna pas en voyant les trente hommes bifurquer vers le nord-ouest. Il se savait repéré depuis longtemps et se doutait que ses proies tenteraient de lui échapper. Mais ça n’avait aucune importance. Ils ne pourraient pas s’enfuir. Le temps était venu de les rattraper.
Alonir fit signe à ses guerriers et éperonna sa monture. L’animal, un grand étalon blanc à la crinière dorée, se lança dans un galop aussi rapide que le vent. Les autres suivirent.
Cent dix cavaliers dévalèrent la petite pente et filèrent droit sur les humains, qui se dirigeaient vers un terrain particulièrement accidenté, jonché d’énormes collines pierreuses et de forêts éparses. Espéraient-ils s’y cacher ? Quelle vanité ! Ignoraient-ils que les Elfes étaient les meilleurs pisteurs au monde ?
Alonir goûtait le vent qui fouettait son visage durant sa course folle. En même temps, un sentiment de victoire lui montait à la tête. Itraïr l’avait laissé en arrière avec pour consigne de finir de pacifier cette région déjà conquise. Bien que cette mission ne lui donnait que peu de chances de s’illustrer, Alonir l’avait acceptée, et voilà qu’il tombait sur une troupe ennemie qui n’aurait jamais dû se trouver là ! Sa victoire sur ces intrus lui vaudrait certainement une récompense.
Il trouva néanmoins étrange que les chevaliers ennemis aient bifurqué dans cette direction qui leur ôtait tout espoir de rejoindre la vallée du Lanor. Ils devaient avoir un plan. Et quel plan un misérable humain pouvait-il fomenter sinon une embuscade ?
Alonir se tourna vers son second.
- Daréas ! lui cria-t-il. Il faudra se méfier quand nous les perdrons de vue. Ils vont probablement se poster à l’abri pour nous tendre un piège. Soyons vigilants.
Daréas approuva d’un signe de tête.
Quelques instants plus tard, les Dümréens disparurent derrière un amas rocheux planté devant une forêt qui s’étendait sur près d’un kilomètre. Les Elfes poursuivirent leur route.
Il ne leur fallut que quatre minutes pour dépasser la pierre et arriver à l’orée du bois. Avisant la végétation très dense, ils longèrent la forêt jusqu’à trouver un endroit où les arbres se clairsemaient et où s’engouffraient des traces de chevaux.
- Ils sont passés par là, annonça Alonir. Ils doivent nous attendre, dissimulé derrière les troncs comme des rats. Quelle ruse pitoyable...
Il tira son épée.
- Faisons le tour pour vérifier qu’ils n’ont pas fui de l’autre côté. S’ils sont toujours là-dedans, alors nous encerclerons ce bois et nous le battrons jusqu’à les avoir tous exterminés !
Ses paroles firent place au martèlement des sabots. Les montures s’élancèrent en suivant l’orée de la forêt.
Alonir esquissa un sourire en songeant à la stupide tactique de ses adversaires. Avaient-ils vraiment cru se jouer ainsi de lui ? Alors qu’il contournait le bois au grand galop, il lui sembla entendre des cris qu’il identifia comme ceux des Dümréens. Ils avaient dû se rendre compte de l’échec de leur plan.
Puis les Elfes parvinrent de l’autre côté du bois, et Alonir réalisa que les choses qui avaient poussé ces cris n’avaient rien d’humains.
Les épées des chevaliers ennemis brillaient au soleil, tailladant férocement des dizaines de créatures trapues au pelage gris, qui se dressaient sur leurs pattes arrières en faisant claquer leurs mâchoires et en agitant leurs griffes.
Des Wolks.
Les chevaliers avaient traversé cette forêt et les avaient attaqués dans le but de les entraîner à leur suite.
Au moment où il les aperçut, Alonir comprit que ses guerriers allaient se retrouver au milieu de la bataille sans avoir le temps de freiner leurs montures. A leur vue, comme s’ils n’attendaient que ce signal, les Dümréens détalèrent, talonnant leurs chevaux poursuivis par les Wolks.
Alonir tirait de toutes ses forces sur les rênes quand un des monstres jaillit de la forêt et bondit sur Daréas, le désarçonnant d’une seule charge furieuse. Le Wolk et l’Elfe roulèrent à terre, se débattant frénétiquement.
Il y eut une giclée de sang. La bête se releva, arrachant la gorge de Daréas sur laquelle ses mâchoires venaient de se refermer.
C’était un monstre à la carrure humaine, mais pourvu d’une énorme tête de loup. Debout sur ses pattes arrières, vêtu d’un simple pagne, de longues griffes de métal fixées aux poignets, il inspirait la crainte. Ses crocs et son pelage ruisselaient du sang de Daréas et ses poings serrés comme la tension de sa puissante musculature ne laissaient aucun espoir de le voir déguerpir avant d’avoir massacré tout être vivant dans son champ de vision.
Il se rua en avant.
Alonir fit pivoter son cheval et se défit de la créature d’un habile coup d’épée. Tout en se préparant à repousser l’assaut de trois autres, il jeta un regard bref à ses guerriers. Son sang se glaça.
La moitié des Elfes gisait déjà au sol dans une écœurante flaque de sang tandis que les survivants, à peine remis de leur surprise, tenaient tête à la horde de Wolks qui se déversait hors de la forêt. Mais combien étaient-ils ?
Si Alonir avait daigné se documenter sur la faune locale avant de partir en guerre, il aurait appris qu’une femelle Wolk pouvait accoucher de dix petits par portée. Si la nourriture ne manquait pas - et elle ne manquait pas dans les monts du Lanor - six atteignaient l’âge adulte en trois ans. De savantes études avaient été menées pour établir, sur le terrain et de manière certaine, l’évolution d’une population wolk. Par malheur, aucun chercheur n’était jamais revenu. Egarés en chemin, sans aucun doute.
On avait donc estimé le nombre de Wolks dans ces montagnes à partir de calcul hautement scientifiques pour conclure, très rigoureusement et selon les termes exacts, qu’il y en avait « des milliers et des milliers. » Une meute du genre de celle que les Elfes affrontaient alors comptait, elle, quelques centaines d’individus regroupés dans un lieu confortable, sous le commandement d’un chef élu à la bagarre universelle. De manière générale, on considérait qu’il valait mieux, toujours selon les termes exacts, « leur foutre la paix et espérer qu’ils n’aient pas faim quand on passe près de leurs points de ralliement. » Deux conditions qui n’étaient pas vraiment réunies lors de cette confrontation.
Alonir évita la charge sauvage d’un Wolk et lui trancha le bras avant de transpercer sa poitrine. D’autres se jetèrent sur lui et faillirent le faire tomber de cheval. L’étalon prit peur et tenta de s’enfuir. Des griffes d’acier lacérèrent sa patte antérieure droite, lui arrachant un hennissement déchirant. Il s’effondra. Alonir vida les étriers, se rétablit souplement et para une nouvelle attaque, ne bloquant les lames adverses qu’à quelques centimètres de son cou.
- Ne vous occupez pas d’eux ! hurla-t-il. Poursuivez les humains !
Les uns après les autres, les Elfes parvenaient eux aussi à cette conclusion. Certains parvinrent à s’échapper et foncèrent en direction des Dümréens déjà éloignés. Alonir eut le temps de voir quelques dizaines de ses guerriers quitter le champ de bataille, puis un coup déchira sa cuisse, lui faisant perdre l’équilibre. Un pied griffu percuta son visage, ouvrit une plaie brûlante dans sa joue et le projeta au sol. Des crocs acérés fondirent sur lui, trouvèrent sa gorge.
Alonir se dit qu’il avait peut-être commis une erreur.

KaiM
KaiM
Niveau 11
27 janvier 2006 à 16:37:18

Le comte Thibaut se félicitait de l’excellent minutage de l’opération.
En suivant les traces des Wolks et en trouvant cette forêt, il avait soigneusement calculé l’instant exact où il lui faudrait débouler au milieu des monstres. Un plan délicat, puisque ses chevaliers devaient retenir les créatures jusqu’à l’arrivée des Elfes, mais aussi éviter d’en attirer un trop grand nombre dès le début. Il avait perdu deux hommes dans l’affaire, mais au final on pouvait dire que tout avait fonctionné.
Sans ralentir son cheval, Thibaut se retourna. Il s’attendait à voir ses ennemis se faire dévorer par les Wolks, et les rares survivants déguerpir sans demander leur reste. Il se trompait.
Un peu plus de quarante Elfes à cheval s’étaient lancés à leur poursuite, délaissant leurs camarades aux prises avec les monstres.
Et ils se rapprochaient.
Le comte étudia brièvement la situation puis jeta ses ordres :
- On se disperse ! Groupes de quatre ! Ambar, Gerlen, emmenez Geneviève et les garçons à l’abri ! Si vous êtes suivis par moins de quatre Elfes, attirez-les dans le pierrier à droite et réglez-leur leur compte ! Les autres, montez des embuscades !
En guerriers endurcis, ses hommes réagirent avec rapidité et efficacité. Les rangs s’espacèrent, des équipes se formèrent et commencèrent à se séparer.
- Hugh, Lars, avec moi ! cria Thibaut.
Il bifurqua vers la gauche, suivi des deux chevaliers.
Quand tous les hommes se furent dispersés, les Elfes mirent quelques secondes à se décider. Ne voyant pas de groupe principal à poursuivre, ils se séparèrent eux aussi. Parfait, songea Thibaut.
Quatre Elfes l’avaient pris pour cible, et talonnaient leurs montures pour le rejoindre. Moins parfait, se dit-il.
- A droite ! rugit-il.
Ses chevaliers et lui s’engagèrent dans un passage étroit entre un petit monticule et une forêt de sapins, soulevant une volée de poussière. Thibaut entendait souffler son cheval, il le voyait peiner à éviter les rochers qui jonchaient le sol. Sa monture allait ralentir d’un instant à l’autre. Alors, il faudrait faire face.
Quand les trois hommes eurent contourné la colline et dépassé la forêt, le comte tira sur les rênes et se retourna pour observer l’avancée des Elfes. Un détail le frappa aussitôt.
- Où est passé le quatrième ?
En guise de réponse, il y eut un sifflement suivi d’un cri étonné. Lars, qui avait perdu du terrain, tomba de sa monture, une flèche plantée dans le torse.
Les yeux de Thibaut tombèrent sur le dernier Elfe qui chevauchait vers eux depuis le sommet du monticule, arc à la main, prêt à tirer. Alors que ses compagnons empruntaient le chemin, il avait choisi de passer sur la colline. Et il presque avait réussi à les devancer.
- Tu vas voir, ordure, grinça le comte.
Il décrocha l’arbalète qui pendait à sa selle alors que son assaillant encochait une nouvelle flèche. L’Elfe montait un cheval lancé au grand galop et secoué au rythme de ses foulées. Thibaut, lui, était immobile, ajustant soigneusement son tir.
La suite se déroula sans surprise. L’Elfe lâcha son trait qui se ficha dans la terre, un mètre devant le comte. Thibaut appuya sur la détente. Le mécanisme se déclencha, la corde se détendit et le carreau fila.
L’Elfe s’écroula.
Les autres arrivaient sur eux.
- On repart !
Thibaut et Hugh éperonnèrent leurs chevaux qui s’élancèrent dans un champ désert. Des flèches sifflèrent autour d’eux sans les atteindre. Les poursuivants se rapprochaient.
Le comte se dirigea vers une autre forêt avant d’apercevoir une trouée dans le sol, cinquante mètres devant lui. Il ne l’avait pas remarquée plus tôt mais à présent, en regardant le sol de l’autre côté, il comprenait qu’il fonçait droit sur une falaise.
Thibaut jura en découvrant dans quelle impasse il s’était fourré.
Juste avant de basculer dans le vide, il fit volter sa monture et repartit contre les Elfes, suivi de Hugh.
Thibaut dégaina son épée et se porta à la rencontre de celui qui chevauchait en tête. En le voyant arriver, l’Elfe abattit sa lame.
Ce fut sa dernière attaque.
Comme s’il obéissait davantage aux pensées de son maître qu’à ses coups de talon et ses pressions des genoux, le cheval du comte fléchit les antérieurs et dérapa sur le sol. L’épée elfique fendit l’air trente centimètres au-dessus le la tête de Thibaut qui frappa à son tour.
Sa lame trancha net une patte de l’étalon ennemi. L’animal hennit et s’effondra, entraînant son cavalier dans sa chute. L’Elfe avait a peine esquissé un geste pour se relever quand un sabot lui percuta le crâne. L’os se brisa avec un craquement écœurant.
Le cheval de Thibaut se rua sur l’adversaire suivant. Les lames se heurtèrent. Le comte para un coup de taille, dévia une estocade, aperçut une ouverture. Son poing fusa, frappa l’Elfe au menton. L’autre porta un nouvel assaut. Le cheval de Thibaut avança d’un bond pour esquiver l’attaque. L’ennemi perdit l’équilibre, tenta de se reprendre. L’épée de Thibaut s’abattit.
Le bras de l’Elfe tomba, suivi de sa tête. Il mourut sans comprendre ce qui lui était arrivé.
Non loin de là, Hugh bascula de sa selle en lâchant son arme, blessé au bras. Son adversaire leva son épée pour l’achever.
Dans un effort surhumain, le chevalier entraîna sa lourde armure et roula sur le côté. La lame se planta dans la terre. L’Elfe voulut la dégager.
Trop tard. Hugh se redressa, lui agrippa le bras et le tira en avant. De l’autre main, il abattit une grosse pierre ramassée sur le sol.
Heurté à la tête, l’Elfe s’écroula. Le chevalier récupéra son épée et l’embrocha d’un coup violent.
- Rejoignons les autres, dit Thibaut.

Dans le pierrier, la bataille faisait rage. Si leur arrivée désordonnée avait tout d’abord donné un atout aux Dümréens, les Elfes étaient à présent tous arrivés, et leur nombre assurait à lui seul leur victoire.
Les chevaliers étaient des hommes forts et violents, mais les Elfes conservaient l’avantage de la souplesse et de la rapidité. Les épées sifflaient et s’entrechoquaient avec force, les mourants hurlaient à terre, les chevaux piétinaient les blessés et une seule pensée animait les combattants couverts de sang : tuer.
Thibaut déboucha sur les lieux à pleine vitesse, son épée rengainée. Son cheval s’élança sur une pierre, bondit le plus haut possible. Le comte vida les étriers et se laissa tomber sur un cavalier Elfe. Il l’agrippa en plein vol et le jeta à terre.
Thibaut saisit la dague passée à sa ceinture. Il contra un coup de poing de l’Elfe et lui enfonça le poignard dans la gorge. Repoussant son adversaire agonisant, il se redressa et tira son épée.
Un de ses chevaliers tomba à sa droite. Son meurtrier, un Elfe armé de deux sabres rougis par le sang, aperçut Thibaut et se rua sur lui.
Le comte l’esquiva malgré sa fatigue. Il trébucha contre une pierre, retrouva son équilibre et porta une puissance riposte ; les lames de son adversaire, relevées au dernier moment, écartèrent la sienne avant de se dégager. L’Elfe frappa à nouveau.
Thibaut bloqua un des sabres, se baissa pour éviter le second. Son assaillant lui décocha un féroce coup de pied à la tête. Sans tenter de le parer, le comte propulsa sa lame. Son épée déchira la cotte de mailles, traversa le ventre de l’Elfe.
Thibaut se releva en massant son crâne meurtri, repoussa le corps de son adversaire et profita d’un moment de répit pour observer le déroulement de la bataille.
Les Elfes approchaient de la victoire. Ils n’étaient plus qu’une vingtaine à combattre, mais la moitié des chevaliers du comte avait déjà trouvé la mort ou reçu des blessures qui empêchaient de poursuivre la lutte. Thibaut chercha ses amis des yeux.
L’épée dans une main, la hache dans l’autre, Galahad ferraillait contre un Elfe, le contraignant à céder du terrain par sa vigueur étonnante.
Zortas maniait ses sabres avec adresse, repoussant les assauts de deux adversaires. Ses gestes précis et vigoureux témoignaient de solides connaissances en matière de duels.
En compagnie d’un autre chevalier, Jean contenait un Elfe dans une attitude strictement défensive. « Mais qu’est-ce qu’il fiche là ? pesta Thibaut. Je lui avait dit de se mettre à l’abri ! »
Trois des ennemis se jetèrent simultanément sur le comte, l’assaillant de toutes parts. Il fut aussitôt débordé. Reculant empêcher ses adversaires de l’encercler, il contrait leurs attaques avec peine. De plus en plus, des coups passaient sa garde et manquaient le tuer. La peur s’empara de lui.
Du coin de l’œil, Thibaut remarqua un mouvement sur sa droite. Un de ses chevaliers se rangea à son côté pour lui prêter main-forte. A eux deux, ils parvinrent à supporter la pression maintenue par les Elfes sans pour autant la faire disparaître.
Thibaut para un coup d’estoc, releva sa lame pour contrer un balayage. Il recula pour esquiver une autre attaque, plongea en avant et riposta tandis que l’homme à sa droite le protégeait d’un revers fulgurant. Malheureusement, le chevalier avait dû baisser sa propre garde pour couvrir son seigneur. Une épée se planta dans sa cuisse, juste sous la frange de sa cotte de mailles. Il tomba à genoux.
Jouant le tout pour le tout, Thibaut se jeta de tout son poids sur les Elfes. Une mêlée confuse de corps enchevêtrés roula au sol. Le comte avait perdu son épée. Il donna un coup de coude à sa gauche sans savoir ce qu’il visait, empoigna un Elfe par les cheveux et lui lâcha un coup de tête dans le front. Les crânes se cognèrent. Celui de Thibaut résista. Il tenta de se relever, un croche-pied l’en empêcha. Il retomba.
Un ennemi se dressa de toute sa hauteur, levant son épée.
- Monseigneur !
Une arbalète vola vers le comte. Thibaut l’attrapa, la braqua sur son assaillant et pressa la détente, espérant qu’elle était armée.
Elle ne l’était pas. Aucun carreau ne partit. L’Elfe abattit sa lame.
Projetant l’arbalète contre l’épée, Thibaut dévia l’attaque. Il aperçut son arme à moins d’un mètre de là. Il s’en saisit, para une nouvelle attaque, se releva en empoignant un bouclier.
L´ennemi s’élança. Sa lame fouetta l’air. Thibaut para le coup avec le bouclier, écarta l’épée de son adversaire et lui transperça la gorge d’une estocade précise. L’Elfe s’écroula.

Au terme d’un échange acharné, Galahad aperçut une brèche dans la garde de son attaquant. Son épée intercepta le sabre de l’Elfe, les deux lames s’abattirent sur le sol alors que la hache du chevalier fendait l’air. L’acier fracassa le crâne de son adversaire.
Au même instant, Zortas para une série de coups puissants portée par ses deux agresseurs. Il repoussa les lames, bondit en avant et se trouva soudain entre les deux Elfes. L’un d’eux tomba aussitôt, la gorge ouverte. L’autre plaça un revers qui manqua de peu la tête de Zortas. L’Ork recula sous les coups jusqu’à rejoindre Galahad.
Jean était complètement dominé. Le chevalier qui le défendait venait de s’effondrer, le laissant seul pour combattre l’Elfe qui l’assaillait. Un coup de pied le cueillit au creux de l’estomac. Un autre lui faucha les chevilles. Jean bascula. L’Elfe frappa.
Mû par un réflexe soudain, le garçon bondit dans les jambes de son adversaire. Celui-ci modifia l’angle de son coup et parvint à tracer un sillon sanglant dans le dos de Jean. Le garçon hurla de douleur, puis sa rage prit le dessus. Son épée se glissa sous l’armure de l’Elfe et se planta dans son bas-ventre.
De ses yeux brouillés par la souffrance, Jean observa la bataille et comprit qu’elle était perdue.
Réduits à une petite dizaine, les chevaliers combattaient dos à dos, sentant eux aussi la fin proche. Ils allaient tous mourir, ça ne faisait plus aucun doute.
C’est alors que retentit un cri strident doublé d’un grondement féroce. Un gigantesque oiseau tomba du ciel tandis que trois colosses aux écailles vertes surgissaient de derrière une barrière rocheuse.
Le regard de Thibaut alla des uns aux autres. Il comprit rapidement à qui il avait affaire.
L’oiseau, maniant une lourde épée, était un Dylran. Barn.
Quant aux trois reptiles, il s’agissait de Varaks prêts à jeter leurs haches dans la bataille.
Tout fut terminé en quelques secondes. Les quatre créatures passèrent comme une tornade au milieu de la bataille, faisant vrombir leurs lames étincelantes.
Les Elfes réalisèrent qu’ils étaient la cible des nouveaux venus et tentèrent de résister. L’un d’eux réussit à ouvrir une blessure sanglante dans la cuisse d’un Varak. Un acte méritoire qui ne se révéla pas d’une très grande utilité.
Tous les Elfes s’effondrèrent.
Un silence complet s’établit sur le champ de bataille. Les chevaliers se tenaient les côtes, essayant de retrouver leur souffle. Geneviève et Théo émergèrent de leur cachette. Jean se releva péniblement. Sa mère s’approcha de lui pour défaire sa tunique et soigner sa plaie.
- Petit inconscient ! chuchota-t-elle. N’aurais-tu pas pu rester à l’abri ?
- J’en ai tué un, maman ! Ca y est, j’ai tué un ennemi !
Elle lui posa une main sur l’épaule.
- C’est très bien. Mais si tu veux pouvoir recommencer un jour, reste calme et laisse-moi m’occuper de toi.
Barn et les trois Varaks restaient campés côte à côte, murés dans un silence total. Thibaut s’approcha d’eux.
- Merci, articula-t-il.
- Nous n’avons aucun mérite, répondit Barn. Nous sommes arrivés largement trop tard.
Il poussa un long soupir.
- Pourquoi êtes-vous là ? reprit Thibaut.
- Molloch nous a envoyés, expliqua l’un des Varaks. Permettez-moi de me présenter : Tyradus, du Sud.
- Et les deux autres ?
- Diklar et Kerdus, mes lieutenants.
- Ah...
Le comte réfléchit un instant, ordonnant ses questions dans sa tête. Pour se donner une contenance, il se tourna vers ses hommes.
- Soignez nos blessés, achevez les Elfes et creusez une tombe pour les morts.
Puis il se retourna vers les envoyés de Molloch.
- Et pourquoi votre maître a-t-il voulu m’aider ?
- Molloch espère, à ce que j’ai compris, que Dümra gagne la guerre, répondit Barn. Ce qui passe par votre survie.
- Bien entendu.
- Et de plus, ajouta Tyradus, vous transportez l’arme runique et l’œil de Kashnir. Les Elfes ne doivent pas s’en emparer.
Thibaut jeta un regard au sabre gravé de caractères qui pendait toujours à sa selle, puis vérifia la présence de l’œil dans sa bourse.
- J’avais complètement oublié que le Prince m’avait confié ces trucs. Sont-ils si importants ?
- Oui, affirma Barn.
Il déploya ses ailes.
- Nous allons vous accompagner jusqu’aux Marches du Nord. Ainsi, nous veillerons sur vous avec plus d’efficacité. Et pardonnez-nous d’avoir laissé mourir autant de vos hommes.
Encore un peu dépassé par les événements, Thibaut hocha la tête.

:)

chocobo3
chocobo3
Niveau 10
27 janvier 2006 à 16:55:35

J´viens encore de lire un tit bout de ta fiction :) Faudrais p-e que j´me décide a Lire en commencant par le début un jour...

Enfin juste pour dire que c´est très bien écrit, que le vocabulaire est assez fouillé, et que la lecture est plus que fluide :-) Au fait, puis-je te posé une question?
J´vois que tu as fais pas mal d´écrit sur ce forum, et si j´ai bien compris, tous se suivent d´une certaine facon. Quel est le premier? :)

KaiM
KaiM
Niveau 11
27 janvier 2006 à 17:12:26

C´est en fait une seule et même histoire, même si je résume les faits au début de chacune. Ca commence par "Les Bracelets d´Arzhan" (la version 2, donc la meilleure, est celle qui ne porte pas "fic" dans le titre du topic), ça continue avec la cathédrale de Kridath puis le siège de Dümrist. Avec une quatrième fic, le tout formera le Cycle d´Alexandre.

Voilà.

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
27 janvier 2006 à 17:15:56

chocobo==>Le premier, c´est "Les Bracelets d´Arzhan" (plutôt court par rapport aux autres), le second c´est "La Cathédrale de Kridath" et celui-ci est le dernier en date. :-)

Sinon, y´a juste "Reculant empêcher ses adversaires de l’encercler, il contrait leurs attaques avec peine" à signaler comme erreur d´étourderie, et aussi un "le la" quelque part, ou quelque chose du genre, ´fin bref.

Sinon, j´avoue que la fin est précipitée et peu probable mais bon, il y en a partout des coïncidences de ce genre. :-) ´fin bref.

Ah, et si tu pouvais continuer avec un tel rythme indéfiniment, ce serait génial. :-)

chocobo3
chocobo3
Niveau 10
27 janvier 2006 à 17:21:41

Merci bien Kaim et Az^^
Bah je vais commencer la lecture des Bracelets D´arzhan je pense bien :)

J´en avais déja lu une courte partie, et elle m´avais bien plu!

chris12
chris12
Niveau 9
27 janvier 2006 à 18:40:35

"Et il presque avait réussi à les devancer. " je crois que "avait" est pas à la bonne place.

Sinon beau combat, sauf que c´est un peu con le coup de l´arbalete :lol: . Je veux voir dario mnt

cicicacou
cicicacou
Niveau 5
27 janvier 2006 à 21:29:27

Bravo Bravo :gni: :gni: C´est exellent Kaim en fait je viens juste de lire le premier chapitre et c´est exellent : Kaim permet moi de t´appeler maître Kaim parce que c´est vraiment exellent et donc en fait maintenant ca y est j´ai maintenant j´ai une idole et je vais essayé de faire aussi bien que toi ( même si c´est pas encore donné) et même si ta fic est logue je vais tout lire

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