Qaldis Etrifek avait l’habitude des bagarres d’ivrognes, mais là, il se sentait un peu dépassé par la situation.
Quand il avait choisi d’ouvrir sa taverne à Piazel, une petite ville histenique au bord de la mer Caspiée, il savait qu’il ne prenait pas de risques. Le commerce était florissant, les clients pas plus malhonnêtes et agités que de raison, la région loin des frontières et bien surveillée par la troupe, bref, le coin était tranquille.
On voyait souvent passer sur la route des personnages étranges, pas toujours humains, aussi Qaldis ne s’était-il pas étonné quand deux hommes minuscules, pourvus d’épaisses barbes blonde et noire, armés l’un d’un marteau, l’autre d’une hache, avaient fait irruption dans sa taverne et commandé à boire.
Il aurait peut-être dû s’inquiéter à l’arrivée d’une demi-douzaine de solides gaillards équipés de lourdes masses d’armes, mais il avait préféré leur servir la bière qu’ils demandaient.
Eventuellement, il aurait pu voir dans les regards féroces échangés par la paire de nains et le groupe de voyageurs une excellente raison de se mettre à l’abri, mais il pensait à autre chose.
Et à présent, il n’avait plus le choix.
Les huit personnages avaient bondi en même temps pour se mettre en garde. Les clients qui se trouvaient à côté de la sortie s’étaient enfuis sans demander leur reste. Les autres n’avaient pas eu cette chance.
Les deux nains et les six hommes se faisaient face, tendus comme des arcs. Enfin le plus grand de tous, un géant barbu vêtu d’une cotte de mailles, prit la parole d’une voix menaçante.
- Le maître a ordonné votre mort. A tous les deux.
- Mon cher Garun, je n’ai pas l’intention de te faciliter la tâche, répondit le minuscule bonhomme blond.
- Le problème avec toi, Ektaïn, c’est que tu n’as jamais su t’écraser, hein ?
Le nain haussa ses épaules carrées.
- C’est un problème ?
Une lourde masse prit son envol et s’abattit sur le sol, faisant trembler le bâtiment entier.
- Oui, c’est un problème, articula Garun. Mais laisse-moi finir. Le maître est très déçu de votre échec, mais il n’a rien contre l’idée de négocier.
- Et qu’aurions-nous à lui offrir ? intervint l’autre nain.
- Le miroir du maître lui a révélé, capricieusement, il faut le dire, que vous aviez voyagé quelque temps avec un certain Hustouk, qui l’intéresse énormément.
Garun attendit une réponse. N’en obtenant pas, il poursuivit :
- Où se trouve cet Hustouk, désormais ?
Les deux nains réfléchirent une dizaine de secondes.
- Un nom contre la vie sauve ? demanda Ektaïn.
- Un nom juste contre la liberté, répondit Garun. Pour vous deux.
- Anamïn, t’en penses quoi ?
L’autre nain semblait hésiter.
- Ce n’est pas très honnête de notre part...
- Non.
- Mais Hustouk n’est pas vraiment un ami...
- Non. Nous avons juste combattu côte à côte.
Les deux nains se tournèrent vers Garun et déclarèrent d’une même voix :
- Ca marche. Il est en route pour Alméra.
Kridath.
La ville a été brûlée. Ses habitants massacrés. Les Elfes ont poursuivi leur chemin.
Sur la colline, il ne reste que des ruines.
Dans la rivière, les poissons sont partis.
Dans les plaines, même l’herbe ne pousse plus.
Et deux cavaliers galopent vers le sud.
Il fallut encore une semaine à Alexandre pour asseoir son autorité.
Le premier jour, il étudia les moyens dont disposait Itraïr pour attaquer la ville. Il passa ensuite de longues heures à discuter avec Thenetos, lui parlant de l’œil de Kashnir et des assassins tatoués.
- Il doit y avoir un lien entre les deux, déclara le mage. J’ai quelques idées concernant cette pierre et les armes ornées de runes qui y menaient, mais je ne veux pas me prononcer. Quant aux tatoués, j’en ai déjà entendu parler. A ce que je sache, il s’agit d’une société secrète qui ne se montre que rarement. Je dois étudier tout ceci.
- Vous me cachez des choses, constata Alexandre.
Thenetos se contenta de sourire.
- Peut-être. Comment savoir ? C’est vous qui avez demandé mon aide en échange d’informations, par l’inverse. Je ne voudrais pas affirmer quelque chose dont je doute encore.
Le Prince ne faisait qu’à moitié confiance au mage, qu’il soupçonnait de se tenir prêt à quitter la ville par un moyen sûr dès que la guerre le menacerait. Thenetos, lui, ne se montrait pas non plus un modèle d’ami et de confident. Cependant, tous deux avaient conscience de ce qu’ils pouvaient accomplir ensemble. Par ailleurs, Thenetos tenta de repérer la trace de la magie de Dario. Alexandre espérait beaucoup de cette recherche, mais malheureusement, elle resta sans résultat.
Le deuxième jour, Alexandre fit évacuer les faubourgs, à présent trop menacés : les troupes d’Itraïr avançaient, et si les premiers éclaireurs ne pouvaient constituer une force d’attaque suffisante, le gros de l’armée se trouverait bientôt assez proche pour lancer un assaut rapide.
L’opération se déroula dans le calme, même si quelques vieillards attachés à leurs maisons refusèrent de les quitter. On les laissa sur place pendant que le reste de la population allait s’abriter derrière les remparts, prenant place dans d’innombrables logements depuis longtemps préparés à cet effet. Le peuple était un peu entassé, mais rien d’insupportable.
Dans la soirée, Namâric détruisit une position avancée de l’armée elfique et rafla un bon stock de provisions.
Le troisième jour, Alexandre dirigea lui-même, avec une totale hypocrisie, l’enquête sur le meurtre de Pyers Thul’lod. Il conclut après de nombreuses investigations que Tanaril de Ganor avait contacté un de ses fidèles pour assassiner le général. Par mesure de sécurité, dix Mages de Combat, les plus loyaux serviteurs de l’Elfe Noir, furent arrêtés et jetés en prison, un collier de dantarium autour du cou.
Alexandre passa plusieurs heures à s’exercer au maniement du glaive, affrontant et battant un par un, puis deux par deux, puis trois par trois, tous les soldats qui s’entraînaient dans la grande salle d’armes. Il démontra à cette occasion que s’il lui manquait encore quelques années et quelques centimètres pour devenir un adulte, il en avait déjà la force et l’endurance. Le sang Zahr qui coulait dans ses veines faisait la preuve de son utilité.
Tarlaq, admiratif, assista à toute la séance. Au soir, quand les combats s’achevèrent, il se contenta d’un bref commentaire à Vladek :
- Rapide, costaud, acrobate et adroit ! Quand on voit les progrès qu’il a fait depuis le début de l’hiver, on se dit que ce gamin a de l’avenir !
Gamin ? releva Vladek.
- Son Altesse, je voulais dire !
Le quatrième jour, Hendar Gorts fut assassiné.
Les vingt hommes de sa garde personnelle, qui surveillaient tous les accès à sa chambre, le trouvèrent au matin étendu dans une flaque de sang, égorgé. Prévenu par Tarlaq, Alexandre se força à rester calme. Cette fois, ce n’était pas lui qui avait accompli, ni même commandité le meurtre. Il devait démasquer le coupable au plus vite.
Passant en revue les différentes hypothèses, il songea qu’une seule personne avait réussi jusque-là à s’introduire dans une pièce aussi surveillée : Elaïr, l’Elfe qui avait attaqué le roi. Se pourrait-il qu’Itraïr ait l’intention d’abattre le reste du Conseil ? Peut-être se trouvait-il aussi à l’origine de la disparition de Dario ? Alexandre frissonna à cette pensée.
Il s’efforça de considérer le bon côté des choses. Hendar Gorts disparu, le Prince se retrouvait sans adversaire pour diriger le royaume. Il s’empressa de remplacer Gorts par Darl de Kester, le second des généraux qu’il avait prévu de nommer au Conseil. Les morts rapprochées de Pyers Thul’lod et de Hendar Gorts n’empêchèrent pas les autres généraux de protester contre la nomination de Darl. Encore une fois, Alexandre sut leur expliquer son choix.
Le cinquième jour, en guise de représailles, il dénicha le repaire de la Guilde des Assassins et organisa une opération coup de poing. La Guilde jouait un rôle essentiel dans la vie de la cité, et savait se dissimuler. Alexandre savait qu’il n’en abattrait ni les chefs ni les membres les plus habiles. Néanmoins, il avait besoin de frapper pour embellir son image.
L’assaut se révéla ardu. Les Assassins, féroces combattants, luttèrent farouchement pour leur vie. Alexandre dut intervenir en personne pour calmer le jeu avec l’aide de Thenetos. Le mage, secondé par quelques serviteurs qu’il avait amené avec lui, se livra à un véritable carnage. Tarlaq et Vladek prirent eux aussi leur part, et au terme de l’attaque, trente-sept cadavres d’Assassins furent brûlés, contre quatre dépouilles de soldats.
Alexandre alla se coucher satisfait.
Le sixième jour, Barn le quitta.
Ils s’étaient retrouvés sur la terrasse au sommet du donjon. Un vent du Nord glacial fouettait leurs visages et empêchait les oiseaux de s’élever trop haut.
- Molloch m’a donné de nouveaux ordres, annonça le Dylran. Je dois partir vers l’Est.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas. C’est toujours ainsi avec lui. J’obéis, mais il ne me dit pas à quoi tout ça va aboutir.
Alexandre médita le sens de ses paroles avant de déclarer :
- Vous me manquerez. Je suppose que vous emportez l’Ecorcheuse ?
Barn brandit la lame colossale.
- Si tu n’y vois pas d’inconvénients, oui. Rassure-toi, je te la ramènerai.
- Adieu, Barn.
- Au revoir. Prends soin de toi. Et n’oublies pas ta dette envers Molloch.
- Ca, aucun risque !
Le Dylran bondit du haut du donjon, amorça une chute vertigineuse. Il déploya ses ailes de titan, freina sa descente et s’éloigna vers l’Est. Emportant ses secrets.
Alexandre ressentit une vague tristesse, déçu de voir partir un tel ami. La gorge un peu serrée, il régla quelques affaires concernant le rationnement et trancha une querelle entre deux de ses généraux.
Le septième jour, Il se reposa.
Durant toute la semaine, il n’avait vu Alice que très rarement. Un peu étonné d’apprendre qu’elle ne disposait d’aucun pouvoir magique, il avait accepté qu’Onorius la fasse examiner par d’autres mages pour déterminer la nature du phénomène que le maître Chanteur avait perçu en elle. Il avait quand même trouvé quelques occasions de la rencontrer, passant à chaque fois de longs moments à discuter avec elle. S’il se sentait toujours gêné en sa présence, il gardait à chaque fois de ces conversations un sentiment heureux, une tranquillité d’esprit qui lui permettait d’oublier ses problèmes.
Au matin du huitième jour, alors qu’il sortait de la cession quotidienne du Conseil, Alice vint le trouver, l’air inquiète.
- J’ai entendu des rumeurs, commença-t-elle sans préambule. Mais je n’arrive pas à y croire. C’est vrai que...
- La décision a été difficile, l’interrompit Alexandre. Ce qu’on t’a dit est probablement juste.
- Mais comment peux-tu faire ça ?!
- Comprends bien que je n’y prends aucun plaisir, se défendit le Prince, embarrassé. Mais je n’ai pas le choix.
Un moment de silence s’écoula.
- Je n’ai pas le choix, répéta-il. Tout sera vite réglé.
![]()
Euh, désolé. Vous l´aurez sûrement remarqué, il manque des tirets dans certaisn dialogues. J´espère que ça ne vous gênera pas. (ou que ça ne vous a pas gêné.)
Ca m´a un peu gêné, mais bon rien de dramatique. Quand on est prévenu avant (j´ai regardé tous les messages^^), on comprend^^.
Hum sinon...juste par curiosité : "histenique"==>C´est une faute ou c´est un mot que ni moi ni mon dico ne connaît?
Dans ce cas, ça veut dire quoi?
Ah, et c´est une très bonne nouvelle que tu te mettes à poster plus rapidement.
Personnellement, trois à quatre chapitres de cette taille par semaine me convient très bien.
Parce que là on n´est même pas à la moitié de ce que tu as écrit alors bon...t´en as de l´avance quand même.
La suite. ![]()
"Adrien avait le souffle court. Pour la dixième fois, il avait il tenté" soit un "il" de trop ou un mot qui manque
"Le septième jour, Il se reposa. " mdr
sinon cool pour le post plus rapide, cool pour la gueguerre finale ![]()
Bonne nouvelle que tu postes plus vite.
J´ai dû remarqué quelques erreurs, mais je n´en ai pas pris note.
[Celle de chris, entre autres.]
D´ailleurs je m´apprêtait à faire la même remarque (très constructive, j´en conviens ^^) à propos du septième jour. (Au passage, après la virgule dans cette phrase-là, tu as mis un i majuscule.)
Le i majuscule est volontaire, c´est écrit comme ça dans la Bible.
Dümréen non plus n´est pas dans le dictionnaire. Histenique est l´adjectif désignant les lieux qui se trouvent en Histena, royaume situé au sud-ouest de Dümra. J´aurais dû en parler plus.
![]()
C bôooooooo !
T´inspires-tu d´un auteur en particulier ?
et la suite ?? ??????
Je ne m´inspire pas d´un auteur, non, mais de plusieurs, comme tout le monde je pense.
En dehors des clins d´oeil, je tire une bonne partie de mes expressions - ainsi que plusieurs idées - de romans d´héroïc fantasy plutôt "jeunesse" comme Ewilan, Bartiméus, etc... et forcément un peu du Seigneur des Anneaux. Pour placer un peu de réalisme dans l´histoire, je puise mes infos dans un de mes ouvrages cultes, les Piliers de la Terre, de Ken Follett (absolument pas de la fantasy, mais une superbe mines de renseignements sur le Moyen-Âge).
", Bartiméus,"
excellente, cette trilogie
toujours pas lu
![]()
Bartiméus ^^, je viens de commencer la trilogie, j´suis aux 2/3 du premier tome.
Au fait, quand comptes-tu mettre la suite de la fic´ ? ![]()
Voilà la suite. Bonne lecture !
Un long nuage blanc croisa la trajectoire du soleil, projetant son ombre sur Adrien et Nurmill Aqlaï. Par réflexe, l’apprenti magicien leva les yeux au ciel.
Une puissante rafale de vent écarta le nuage, faisant rejaillir la lumière dans tout son éclat. Adrien soupira. Ca n’était pas à lui que ça arriverait !
Il s’était entraîné pendant des jours depuis qu’il contrôlait mieux son pouvoir. Mais il n’y avait rien à faire : la magie refusait de lui obéir totalement.
- C’est très étrange, avait commenté Artus. On dirait que tu disposes de toutes les capacités requises, mais qu’au dernier moment quelque chose entrave ton sortilège et t’empêche de le construire jusqu’au bout. Soit tu t’empêches inconsciemment de pratiquer la magie...
- Ce qui n’est pas le cas.
- ... soit il s’agit d’un autre problème, et dans ce cas je n’ai jamais rien vu de semblable.
Adrien se sentait déprimé. Pour lui, ses échecs s’expliquaient d’une manière très simple : il était nul.
Lentement, il détacha ses yeux du nuage. Son regard tomba sur Artus, arrêté au sommet d’une colline.
Adrien se mit à courir. Depuis plus d’une semaine, ils arpentaient cette contrée inhospitalière au rythme odieusement lent de Nurmill. Qu’Artus fasse halte ne pouvait signifier qu’une chose.
Il gravit la colline à toutes jambes et stoppa net à côté de son maître. Devant eux, l’interminable paysage vallonné avait fait place à une grande étendue herbeuse, striée de routes et parsemée de forêts. Et au milieu de cette plaine...
- La ville de Ganor, annonça Artus.
A première vue, Ganor semblait bâtie comme n’importe quelle ville de province. S’élevant de part et d’autre d’un bras étroit du fleuve Zanir, reposant en partie sur une petite colline, située à proximité d’une grande forêt touffue, elle se composait d’un amas de bâtisses hétéroclites entre lesquelles serpentait un dédale enchevêtré de rues, de ruelles, d’allées et de coupe-gorges. Des milliers de gens s’y activaient, parcourant les avenues en tous sens dans un brouhaha qui portait à des kilomètres. Le tout aurait donné l’impression d’avoir été assemblé au gré du hasard, des effondrements et des démolitions, sans la solide muraille qui protégeait la cité et en marquait la limite.
L’effet était saisissant. Il y avait là une ville fourmillante d’activité où s’agglutinaient des centaines de maisons puis, soudain, se dressait un rempart au-delà duquel tout trace de vie s’arrêtait, en dehors des files de chariots qui progressaient sur les routes.
Une cathédrale imposante - quoique moins écrasante que celle de Kridath - se tenait au centre de la cité, non loin d’une grande place couverte d’étals aux couleurs vives.
- L’évêque réside dans un château à dix kilomètres de la ville, annonça Artus. Quant au comte, il occupe une autre forteresse, assez loin à l’est.
- Qui dirige la ville, alors ? demanda Adrien.
- En théorie, son administrateur, Tanaril. Mais comme il se trouve en ce moment à Dümrist, le pouvoir revient au prieur du monastère, qui s’occupe de la cathédrale.
- Et c’est ici que nous allons rester ?
- Jusqu’à la fin de la guerre, oui.
Les trois voyageurs descendirent la colline et se mirent en route vers Ganor. Il leur fallut une heure pour rejoindre la cité, au cours de laquelle le bruit s’amplifia jusqu’à devenir assourdissant. Quand Artus arriva devant la porte Nord, Adrien se avait le plus grand mal à supporter les cris des marchands, des charretiers, des gardes et des clients en colère.
- C’est jour de marché, le rassura le magicien. Les choses se calmeront demain.
Ils franchirent la porte sous les yeux durs des sentinelles et s’engagèrent dans Ganor. Dès qu’il entra dans la ville, Adrien comprit que, malgré tout ce qu’il imaginait, il avait sous-estimé l’activité qui régnait là. Des marchands beuglaient partout, des échoppes se dressaient dans les moindres ruelles, des enfants couraient, des animaux se promenaient plus ou moins librement tandis que des charriots tentaient de se frayer un chemin dans la cohue.
Sans cesse, les yeux d’Adrien étaient attirés par les viandes d’un boucher, les étoffes d’un tisseur, les sacs d’un paysan ou les pierreries d’un bijoutier. Il remarquait à peine qu’il avançait dans les rues tant il était absorbé par la contemplation de la ville.
Puis ils franchirent un nouveau porche, et la foule se fit soudain moins dense.
Ils se trouvaient dans une cour qu’Adrien reconnut rapidement comme celle du monastère. A sa gauche se dressait la cathédrale, qui avec plusieurs bâtiments délimitait un cloître. A droite s’alignaient une cuisine, un cellier et une hôtellerie tandis qu’en face se trouvaient une tourelle ainsi qu’un bâtiment plat orné d’une double croix renversée - probablement le colombier et l’infirmerie. Reportant son attention sur les bâtisses qui jouxtaient la cathédrale, Adrien déduisit qu’elle devaient abriter le dortoir des moines, la salle capitulaire, la bibliothèque et le réfectoire. Il ne regrettait pas d’avoir autrefois passé quelques jours à apprendre par coeur la structure d’un monastère !
Un petit homme en robe de bure quitta un minuscule abri pour venir à leur rencontre.
- Bonjour, voyageurs, commença-t-il. Je suppose que vous recherchez un abri pour la nuit ?
- Bonjour, frère portier, répondit poliment Artus. Si je serais enchanté d’accepter votre hospitalité, j’ai également une affaire urgente à traiter. Père Liffip est-il toujours prieur ?
- Bien entendu. Comment pourrait-il en être autrement ? Il n’est guère vieux et je vois mal pourquoi nous décierions de limoger le meilleur gestionnaire qu’ait connu ce prieuré depuis un siècle.
- Evidemment, acquiesça le magicien. Pourriez-vous alors lui faire savoir que je souhaite le rencontrer ? Mon nom est Seubal Artus.
- C’est l’heure de la messe, objecta le moine. Vous devrez attendre.
Artus adopta un ton plus ferme.
- Allez le voir quand même. S’il ne dirige pas la cérémonie, alors je pense qu’il viendra.
L’homme haussa les épaules.
- Comme vous voulez.
Il s’éloigna vers la cathédrale d’un pas lent, sous le regard compatissant de Nurmill Aqlaï.
- Il boîte, constata-t-elle.
Un léger temps de silence s’écoula.
- Quelle religion a cours ici ? s’enquit ensuite Adrien.
- Le culte sigordien, comme à Kridath, répondit Artus.
Le garçon hocha la tête, rassuré. Si la religion sigordienne ne présentait qu’un avantage, c’était bien de prôner l’amour et la paix au lieu des sacrifices sanglantes. Ses prêtres se montraient parfois un peu à cheval sur les dogmes, mais on avait rarement de mauvaises surprises avec eux.
Les voyageurs n’eurent pas à attendre très longtemps. Le portier ressortit de la cathédrale avec un homme de grande taille, aux cheveux roux tondus selon la coutume. Son visage enjoué et sympathique, aux yeux bleus et perçants, se fendit d’un sourire amical quand il aperçut Artus.
Les deux hommes s’étreignirent chaleureusement, puis le magicien recula d’un pas.
- Liffip, je te présente Adrien Heinkel, mon apprenti, et Nurmill Aqlaï, conteuse ambulante de son état. Adrien, Nurmil, voici le père Liffip, prieur de Ganor et ami de longue date.
- Ca remonte à combien de temps, Seubal ? fit celui-ci. Cinq ans ? Dix ?
- Je dirais sept. Souviens-toi, j’avais terminé depuis peu mon apprentissage et je débutais comme Mage de Combat.
- C’est ça ! Et maintenant, ça te fait...
- ... vingt-cinq ans, compléta Artus.
- C’est fou comme le temps passe ! Et qu’est-ce qui t’amène par ici ?
Le magicien désigna son élève.
- J’ai besoin d’un endroit sûr pour entraîner ce garçon, et j’aimerais rester ici jusqu’à la fin de la guerre.
Un tic agita le visage du portier, qui intervint aussitôt :
- Impossible ! A moins de travailler pour le monastère, vous ne pouvez passer qu’une nuit à l’hôtellerie !
Liffip lui adressa un signe de la main.
- Du calme, frère Dénel. C’est à moi d’en décider.
Adrien commençait à s’inquiéter. Cette situation relevait précisément du seul problème qu’on pouvait rencontrer avec les moines sigordiens : le caractère très strict de leurs règles. Quand Liffip reprit la parole, il sentit son cœur accélérer.
- Je t’accueillerais avec plaisir, Seubal, mais tu comprends que je dois me plier aux règlements...
Le portier esquissa un sourire.
- ... aussi je t’engage comme aide bâtisseur jusqu’à la fin de ton séjour. J’ai justement une chapelle en chantier dans un petit village au sud.
Les lèvres du portier se resserrèrent, il lança un regard féroce à Artus, puis se détendit. Après tout, il n’avait rien à redire à cette décision.
Son regard tomba sur Nurmill Aqlaï.
- Et vous ? Que comptez-vous faire ?
La vieille conteuse lui jeta un coup d’oeil brillant de malice.
- Oh, je ne vous importunerai pas longtemps. Je vais rester ici pour la nuit, puis j’irai visiter les environs. J’aimerais cependant passer quelque temps dans votre bibliothèque. Il me faut de la matière pour nourrir mes histoires, vous comprenez ?
Une cloche retentit à cet instant.
- C’est l’heure du repas, signala le prieur Liffip. Vous devez avoir faim...
Ils acquiescèrent avant de se diriger vers le réfectoire.
Un petit village à la lisière d’une forêt.
Deux chevaux sur la place centrale.
Sur l’un d’eux, un petit homme replet, souriant et bien vêtu.
Sur l’autre, rien. Son cavalier s’est rendu à l’auberge.
Les habitants, d’ordinaire hardis, se terrent chez eux à présent. La peur les cloue derrière leurs portes.
L’aubergiste, lui, n’en mène pas large. Saisi au collet par deux mains puissantes, plaqué contre son mur pas cet escogriffe menaçant, il lances des petits coups d’œil affolés dans toutes les directions.
L’homme parle d’une voix froide où l’on sent pointer l’agacement.
- Nous avons perdu beaucoup de temps, alors soyez poli de me répondre vite. Je cherche un garçon. Treize ans, brun, assez maigre. Accompagné d’un grand type en rouge. Ca te dit quelque chose ?
L’aubergiste secoue frénétiquement la tête de haut en bas.
- Parfait...
- Ce plan ne me dit rien qui vaille, Altesse. Ce genre de stratagème ne marche que dans les contes pour enfants.
Alexandre se retourna vers Tarlaq.
- Je vous en prie, baron. La dernière fois que vous m’avez dit ça, nous avons gagné, non ?
- Je dirais plutôt que nous avons tous failli nous faire tuer et que Vladek a laissé une main dans l’affaire.
- Il l’a récupérée.
- Et je n’ai pas perdu au change, intervint le capitaine en faisant cliqueter ses phalanges métalliques. Cela dit, je rejoins l’avis de Tarlaq. Tanaril ne tombera jamais dans un piège pareil.
Alexandre haussa les épaules avec l’air de l’incompris qui pardonne puis, posant les mains sur la rampe du balcon, jeta un regard à la foule amassée devant lui.
La Place des Exécutions se trouvait devant le palais de justice, au pied des remparts du Palais Royal. De nombreuses boutiques encadraient cette esplanade aux pavés noirs de laquelle partaient plusieurs rues larges et animées. Après tout, une mise à mort constituait une distraction très populaire.
Debout sur l’échafaud dressé au milieu de la Place, le bailli lisait à la foule l’édit princier qu’on venait de lui remettre. Piètre orateur, il faisait cependant un effort méritoire pour conserver l’attention de son public.
- Ces hommes, que dis-je, ces traîtres ! ont été reconnus coupables de félonie envers la couronne et de tentative d’assassinat sur la personne de notre Prince ! En outre...
Une clameur monta de la foule. Quelques oeufs pourris s’envolèrent avant de s’écraser sur trois des vingt condamnés.
Les mains enchaînées à de lourds billots, la tête appuyée contre le bois couvert d’entailles, un collier de dantarium fixé autour du cou, les vingt Mages de Combat attendaient leur fin avec résolution. Aucun d’eux ne s’agitait, depuis Arnéus Rivoln, le plus proche ami de Tanaril de Ganor, jusqu’à Ernal Saqis, une recrue de dix-neuf ans dont le seul crime était d’avoir reçu trop d’éloges de la part de son commandant.
Alexandre n’avait en fait rien de particulier à leur reprocher, mais il lui fallait à tout prix faire sortir Tanaril de l’ombre. Tout portait à croire que l’Elfe Noir n’avait pas quitté Dümrist et qu’il se dissimulait encore dans la cité, à l’abri des regards. Aussi le Prince avait-il décidé de faire tuer les dix Mages qu’il avait arrêtés dans la semaine et, pour ratisser large, autant d’autres, pris plus ou moins au hasard dans la troupe d’élite du royaume.
- Récapitulons une dernière fois, lança Alexandre. Premier cas de figure : Tanaril se rend en échange de la vie de ses hommes. Nous l’arrêtons, nous ajournons l’exécution et nous allons l’interroger.
- Je doute fort que ça puisse se dérouler aussi simplement, signala Onorius. Je connais assez Tanaril pour savoir que, même s’il se montre, il va ensuite tenter de s’échapper.
- Ce qui nous mène à la seconde possibilité, poursuivit le Prince. L’affrontement devient inévitable. Tanaril a largement eu le temps de récupérer de son duel contre Dario et de soigner sa blessure à la cuisse, ce qui fait de lui un adversaire coriace. Les gardes évacuent le peuple par l’ensemble des issues et engagent le combat. Mais je doute que de simples hommes puissent vaincre un magicien de son niveau sans subir des pertes conséquentes.
Tarlaq jeta un coup d’œil aux dizaines de soldats qui, massés devant la foule, empêchaient d’approcher des condamnés. Parmi eux, Tektus, parfaitement immobile, tenait fermement sa hache dans sa main écailleuse. Le baron ne souhaitait pas les voir se battre et mourir en vain.
- Pourquoi ne pas faire appel aux Mages de Combat ? questionna-t-il.
- Ils hésiteront à s’en prendre à leur commandant, expliqua Alexandre. C’est pourquoi je leur ai ordonné de ne pas quitter leur citadelle. Mais, au risque de vous vexer, Tarlaq, ce point a déjà été abordé.
Vladek, lui, regrettait plutôt l’absence de Namâric. Parti la veille pour attaquer une section vulnérable de l’armée d’Itraïr, il n’était toujours pas rentré. Aurait-il rencontré des difficultés imprévues ? Dommage... Et inquiétant.
De son côté, Onorius de Finglä, malgré sa puissance, se savait incapable de rivaliser avec un génie de la magie offensive comme Tanaril. Le plan d’Alexandre reposait donc en grande partie sur Thenetos.
Debout à côté des autres sur le balcon du palais de justice, le Premier Sorcier de l’Empire d’Affoth n’avait qu’un geste à faire pour donner à ses serviteurs l’ordre d’intervenir. Seize de ses hommes se tenaient en effet dans le public, féroces guerriers vêtus de cuir et de métal, armés de sabres et d’épées aux lames redoutables, rompus à l’art de lutter contre la magie. En toute logique, il ne devraient faire qu’une bouchée de Tanaril.
Alexandre se demandait comment Thenetos avait fait pour amener ses sbires à Dümrist, sans paraître gêné par la présence d’Itraïr et de son armée. Une semaine auparavant, il n’avait qu’un seul guerrier, Andorion. Quelques jours plus tard, cinq, puis dix. Et à présent, seize.
Le Prince décida qu’il se préoccuperait de cette question plus tard. Du bout des doigts, il caressa le pommeau du glaive accroché dans son dos. L’arme, livrée la veille par Hixbykiû, lui semblait parfaite en tous points. Solide, équilibrée, tranchante et mortelle.
- Et quoi qu’il arrive, n’oubliez pas qu’il nous le faut vivant, rappela-t-il.
Un point primordial. La fouille des appartements de Tanaril n’avait pas donné plus de résultats que l’interrogatoire de ses amis ni l’examen de sa carrière exemplaire. Arrivé à Ganor trente ans auparavant comme guérisseur, il était devenu évêque puis administrateur de la ville avant de créer sa propre troupe de Mages de Combat pour enfin prendre le commandement de celle de Dümrist. Sa loyauté, souvent éprouvée, n’avait jamais failli. Aucun indice ne permettait d’expliquer pourquoi il s’était retourné contre le Prince. A part, évidemment, ses propos énigmatiques selon lesquels tous ceux qui s’intéressaient à l’œil de Kashnir devaient mourir. Mais pourquoi ? Quelle importance cette pierre magique avait-elle ? Il fallait en apprendre plus à ce sujet.
Une pensée en entraînant une autre, Alexandre se demanda pourquoi Tanaril n’avait rien tenté contre Onorius, pourtant parfaitement au courant de l’existence de l’œil, ni contre lui, le Prince, depuis son retour à la capitale. D’autres questions sans réponses...
Ses yeux parcoururent les balcons voisins, réservés aux notables et aux courtisans. A côté du groupe formé par les généraux en chefs, il aperçut Alice, vêtue de la robe blanche des élèves de l’Académie.
Il ne désirait pas la choquer, ni donner de lui une image de barbare. Mais la situation ne lui laissait pas le choix.
- Et si Tanaril ne vient pas ? s’enquit Vladek.
Alexandre répondit sans hésiter une seule seconde.
- Alors les condamnés mourront. Jusqu’au dernier. Pour lui prouver que je ne plaisante pas.
Le cheval du comte Thibaut manqua trébucher sur une pierre. Il l’évita de justesse et poursuivit sa route comme si de rien n’était.
Depuis des jours, le comte et ses chevaliers progressaient vers le Nord. Si leur allure ne faiblissait pas, il ne leur faudrait plus très longtemps pour rejoindre leurs terres. De plus, la partie la plus dangereuse du voyage s’achevait. Ayant dépassé la zone contrôlée par Itraïr, l’escorte abordait à présent les montagnes du Lanor, un massif assez praticable à l’exception de quelques pics et des falaises qui se dressaient à l’ouest, là où le grand fleuve qui naissait dans les sommets venait s’engager dans la plaine. Rien d’inquiétant.
Thibaut appréciait particulièrement la camaraderie qui s’était installée dans sa suite, notamment entre quatre de ses membres.
Théo, Jean, Zortas et Galahad ne se quittaient plus de la journée, discutant et plaisantant jusqu’à la tombée de la nuit. En père heureux, le comte ne se lassait pas de voir enfin ses fils s’amuser.
- Dis-moi, fit soudain Geneviève, j’ai l’impression de voir quelque chose à gauche. Quelque chose qui bouge.
Thibaut tira sur les rênes et son cheval s’arrêta.
- Où ça ?
- Là-bas, au sommet de cette crête.
Le comte plongea la main dans une poche de sa selle et en tira un long tube de cuivre muni de deux lentilles en verre. Une invention étrange qu’il avait achetée à Yagâtar bien des années auparavant, et dont les propriétés étonnantes lui rendaient souvent service. Le marchand qui la lui avait vendu l’appelait « télescope ».
Thibaut appuya son oeil droit à la plus petite extrémité du tube et regarda dans la direction indiquée par son épouse.
Le sommet d’un rocher lui apparut, bien plus grand qu’il n’aurait dû l’être. Le comte scruta soigneusement la pierre, jusqu’à ce qu’il remarque...
Une silhouette élancée se tenait accroupie sur le roc, un arc à la main, tournée dans leur direction.
- Un éclaireur Elfe, affirma Thibaut. Il nous a repérés.
Une piste poussiéreuse au milieu des buissons.
Quelques serpents. Enormes. Effrayants. Morts.
Les charognards ont dévoré leur viande et rongé leurs os blanchâtres.
L’homme se redresse, remonte en selle, talonne sa monture.
Son compagnon s’élance à sa suite.
Toujours vers le sud.
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Bon, je vais faire un commentaire un peu plus constructif que les fois précédentes. En commençant par : j´ai aimé, comme d´hab.
Tout dans le premier post, j´ai rien remarqué dans le second :
"Il leur fallut une heure pour rejoindre la cité, au cours de laquelle le bruit s’amplifia"
"au cours de laquelle" précise "la marche" (voire le trajet, plutôt, mais vu que c´est au féminin...). Mais dans la phrase telle qu´elle est là, le ´laquelle´ remplace ´cité´. ^^
"Adrien se avait"
Un ´se´ en trop.
"Adrien déduisit qu’elle devaient"
Le singulier n´était pas invité. ^^
"nous décierions de limoger"
Le verbe aurait-il perdu un d en cours de route ?
"plaqué contre son mur pas cet escogriffe"
Une faute de frappe : par et non pas.
"il lances"
Hum... Je te laisse observer l´erreur. ^^
Argh, honte à moi pour avoir laissé autant de fautes. (Honte aussi au correcteur automatique de Works qui... n´existe tout simplement pas.)
Et au fait, personne ne m´a jamais parlé des petits paragraphes au présent, du coup je ne sais pas si l´effet est réussi...
ouais ouais tjrs bien. Ben les petits paragraphe au presents, je vois pas encore trop à quoi ils servent.
remmmmmmmmmmmmmmmmmmmm
je commence à prendre sérieusement du retard, là...
hipop==>Ben lis au lieu de tenter (vainement je l´espère) d´empêcher KaiM de poster en feignant le retard non voulu.
Alors c´est vrai qu´il y a beaucoup plus de fautes de frappe comme d´habitude, dont celles de chris mais aussi d´autres que j´ai malheureusement pas retenu^^.
A part ça c´est toujours aussi bon, comme avec toi quoi.
Ca m´fait juste bizarre qu´Alexandre, en pleine guerre contre Itraïr, décide de tuer (il sait probablement que Tanaril va pas tomber dans le piège je suppose) vingt de ses meilleurs Mages de Combat. De plus, le dantarium empêche-t-il de lancer un sort ou altère-t-il juste la concentration? Parce que dans ce cas les Mages pourraient ne pas se laisser tuer...
Hummm...LA SUITE! JE VEUX SAVOUAAAAAAAAAAAAAAAAAR!
La suite, donc. ![]()
je reprend le cri de guerre de az´:
JE VEUUUUUUUUUUUXXXXXXX LAAAAA SUIIIIIIIIIITEEEEEEEEUUUUUUUU!!!!
(je suis miss_allsunday)
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