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Le siège de Dümrist

KaiM
KaiM
Niveau 11
24 décembre 2005 à 10:04:44

Ils étaient cinq mille.
Cinq mille guerriers Orks rassemblés en une seule horde, protégés par des armures solides et des boucliers rondes, équipés d´épées dentelées, de sabres recourbés, de lourdes haches de bataille, de lances acérées et d´arbalètes redoutables.
Rassemblés au pied de l´Echine du Dragon, véritable marée verte hérissée de lames et d´étendards, ils écoutaient le bref discours du chef de la horde, Borkas.
Le général était un être trapu mais puissant, doté d´un charisme écrasant, expert dans le maniement du cimeterre et dans l´art, encore très sommaire chez les Orks, de la rhétorique.
- Aujourd´hui, nous partons en guerre contre Alméra ! clamait-il du haut d´un promontoire. Et tout ce que peux vous dire, c´est que ça va faire mal ! Très mal ! On y va, on tue tout ce qu´on trouve, on pille et on passe au royaume suivant ! Pour la première fois, nous nous vengeons des humiliations que les Elfes nous ont infligées !
Personne ne se souvenait d´une quelconque humiliation subie de la part des habitants d´Alméra, ce qui n´empêcha pas les Orks de pousser de féroces hurlements guerriers. Puis l´armée se mit en route.
Evidemment, la horde ne se résumait pas à une bande de combattants assoiffés de sang et de batailles. Une logistique pointue soutenait la progression de l´armée, allant des chariots qui transportaient la nourriture jusqu´aux ouvriers chargés de bâtir les camps de fortune. Les Orks n´en étaient pas à leur première expédition.
Borkas sauta de son perchoir et tomba tant bien que mal sur son Karzax. L´animal, sous le choc, se secoua et rugit sauvagement.
Les Karzax représentaient les montures les plus dangereuses de l´armée Ork. Long de deux mètres et larges d´un, munis de pattes puissantes terminées par des griffes démesurées, couverts d´un pelage noir qui se hérissait sans cesse, pourvus d´yeux rouges effrayants et de dents acérées, c´étaient des prédateurs habitués au montagnes. Les Orks ne les avaient apprivoisés qu´au prix d´années d´efforts acharnés et d´un nombre conséquent de victimes. Mais le jeu en valait la chandelle : un cavalier monté sur un Karzax valait une bonne dizaine de fantassins. A condition, bien sûr, de parvenir à maîtriser la bête, incroyablement nerveuse et agressive.
A côté de ces monstres, les Modos attelés aux chariots paraissaient angéliques. C´étaient de lourds herbivores de nature calme et docile, massifs et robustes. Une peau grise et usée couvrait leur corps à six pattes et leur queue terminée par une lourde boule osseuse.
Leur tête, parfaitement cubique, était percée de quatre trous : deux narines garnies de poils et deux orbites au fond desquels brillaient des yeux minuscules, limitant leur champ de vision. Une gueule étrangement courbée s´entrouvrait parfois au bas de leur visage, révélant des dents plates de ruminant.
Les Modos auraient pu faire des bêtes de trait parfaites sans leur plus gros défaut : ils comprenaient parfaitement le langage, et surveillaient les conversations autour d´eux avec une attention implacable. Dès que quelqu´un prononçait une parole désagréable ou insultante, parlait pour ne rien dire, s´énervait contre une décision ou même abordaient un sujet pas tout à fait oublié, les Modos s´empressaient de les effacer de la surface du monde à coups de queue, et rares étaient ceux qui parvenaient à les maîtriser. Parfois même, les Orks qui agaçaient trop souvent les Modos étaient bannis de leur clan pour éviter les problèmes.
Néanmoins, ces bestioles stupides disposant d´une force et d´une endurance peu communes, les Orks avaient choisi de les conserver auprès d´eux pour les expéditions.
Comme toute l´armée, les Modos se dirigèrent donc vers le Nord.
- Et voilà, souffla le comte Thibaut. Les dés sont jetés.
Lui et ses trente chevaliers se trouvaient à quelques centaines de mètres de là, montés sur leurs chevaux de guerre. Maintenant que les Orks avaient pris la route d´Alméra, les Dumréens pouvaient regagner leur pays sans s´inquiéter.
- Pyers Thul´lod sera content, ajouta Galahad. Vous avez fait du bon travail, Monseigneur.
- N´oublions pas Théo, intervint Geneviève. Après tout, c´est lui qui a semé le trouble chez les chefs de clans.
- C´est vrai, répondit le comte. Tu as fait du bon travail, mon fils.
- Merci, dit simplement le garçon.
Thibaut s´étonna. Il s´était attendu à une réplique arrogante du genre « Je sais », mais au lieu de cela son fils restait modeste. Il se rappela le duel contre Alexandre. Finalement, le Prince avait réussi à faire ravaler sa prétention à Théo !
Jean fit avancer son cheval.
- Quel itinéraire prendrons-nous pour le retour, Père ?
- Nous allons partir vers le Nord-Ouest. Puis nous obliquerons vers le Nord pour passer derrière l´armée d´Itraïr. Nous n´aurons qu´à franchir les montagnes du Lanor pour rejoindre les Marches du Nord.
- On raconte des choses étranges sur ces montagnes... commença Galahad.
Thibaut lui lança un sourire moqueur.
- Elles sont infestées de Wolks, mais ces monstres ne s´attaqueront jamais à nous ! Non, crois-moi, il n´y a aucun danger.
Galahad acquiesça. Le comte allait talonner son cheval quand une silhouette qui venait de se détacher de la horde attira son attention. Un guerrier à cheval se rapprochait d´eux.
- Un Ork, constata-t-il. Qu´est-ce qu´il fait là ?
En une minute, le cavalier les rejoignit. C´était un Ork grand et maigre, au visage mauvais. Une cuirasse grossière protégeait son corps tandis que deux sabres, fixés dans son dos, dépassaient de ses épaules.
- Bonjour, messires, dit-il. Je m´appelle Zortas.
Le comte marqua un temps de surprise avant de demander :
- Ne serait-ce pas vous qui avez causé du grabuge à la porte du camp, avant-hier ? A l´arrivée d´un certain Hustouk, je crois...
- C´est exact, siffla l´Ork. Hustouk a choisi de se joindre à l´expédition contre Alméra, ce qui a poussé Borkas à me confier une mission pour m´éloigner de lui.
- Il doit s´imaginer que s´il vous laisse ensemble, vous allez vous entretuer à la première occasion...
- Il n´a pas tort.
D´autres cavaliers, à cheval ou à Karzax, quittèrent l´armée Ork pour se diriger vers les hommes de Thibaut.
- Et quelle est donc cette mission ? questionna celui-ci.
- Borkas veut s´assurer des mouvements d´Itraïr, afin d´être prêt à évacuer quand les Elfes reviendront vers Alméra. Il me charge de vous accompagner et de le tenir au courant.
- Pourquoi devriez-vous venir avec nous ?
- Parce que sans votre aide, j´aurais peu de chances d´éviter les armées elfiques. Je ne connais pas Dümra.
A cet instant, les cavaliers Orks parvinrent à leur hauteur, Borkas en tête.
- Je vois que Zortas vous a déjà mis au courant. Je lui avait pourtant ordonné de m´attendre...
- Désolé, maître, répondit le guerrier.
Geneviève choisit ce moment pour intervenir :
- C´est parfait ! Je ne vois aucune raison de vous refuser ça. Zortas, vous pouvez nous suivre. Il est temps de nous mettre en route.
- Je suis heureux que vous ne voyiez pas d´inconvénient à sa présence, approuva Borkas.
Sans ajouter un mot, il repartit vers son armée en marche.
Les chevaliers du comte Thibaut lancèrent leurs montures vers le Nord-Ouest.
Les deux troupes s´éloignèrent peu à peu.
Les chevaux allaient au trot, d´un rythme régulier. Les hommes, bien que soulagés à l´idée de rentrer chez eux, restaient tendus en raison des risques qui demeuraient sur le chemin du retour.
Geneviève s´approcha de son époux et lui glissa à l´oreille :
- Je suppose qu´il est inutile de te le signaler, mais il faudra se méfier de ce Zortas.

KaiM
KaiM
Niveau 11
24 décembre 2005 à 10:05:53

L´armurerie de Dümrist occupait un large bâtiment de briques, haut de plusieurs étages, non loin du Palais Royal. D´immenses cheminées perçaient son toit d´ardoise, laissant échapper à longueur de journée des fumées blanches, grises ou noires. Un long canal y amenait de l´eau en permanence tandis que des chariots venaient régulièrement livrer du bois ou du métal.
A l´intérieur, l´armurerie se subdivisait en plusieurs parties : une forge, elle-même constituée de divers secteurs selon les armes élaborées, et un atelier de finition où l´on posait gardes, poignées et décorations.
L´homme qui dirigeait l´ensemble de cette industrie se nommait Hixbykiû. D´origine étrangère, la peau mate et les muscles puissants, les cheveux noirs et la barbe drue c´était un artisan à l´habileté remarquable doublé d´un excellent organisateur et, à ses heures perdues, d´un fin politicien, bien mieux informé qu´on n´aurait pu le croire au premier abord.
Alexandre appréciait autant ses qualités d´armurier que ses conseils avisés et sa loyauté à toute épreuve.
Le Prince pénétra dans la bâtisse sans paraître gêné par l´odeur de fumée et le bruit assourdissant des marteaux. Il salua quelques-uns des hommes avant de se diriger vers Hixbykiû, debout au milieu de son petit univers.
- Altesse ! cria l´armurier pour se faire entendre. On m´avait prévenu de votre visite !
- Je sais, répondit Alexandre. J´ai perdu mes armes à Kridath.
Hixbykiû eut une moue déçue.
- Je vous avais pourtant dit d´en prendre soin.
- Les événements m´ont échappé, s´excusa le Prince. Pouvons-nous trouver un endroit plus calme pour parler ?
A cet instant, un énorme marteau de fonte s´abattit sur une lame rouge tandis qu´à côté d´Alexandre, un forgeron plongeait une épée brûlante dans un tonneau d´eau glacée. Le bruit de la vapeur s´échappant de la surface de l´eau couvrit la réponse d´Hixbykiû.
- Quoi ? hurla le Prince.
- J´ai dit : venez dans mon bureau !
Ils s´éloignèrent pour aller s´enfermer dans une pièce tranquille, meublée d´une table, d´une énorme armoire et d´un râtelier chargé d´armes de toutes sortes.
- Donc, commença Hixbykiû, je dois vous faire deux nouveaux glaives.
- Un seul, corrigea Alexandre.
- Quoi ?
L´armurier paraissait surpris.
- Ne me forgez qu´un seul glaive, expliqua le Prince. Il devra être un peu plus long et plus lourd que les précédents, et je veux pouvoir le tenir à deux mains.
- Mais ainsi, vous sacrifiez la vitesse, la finesse et la fréquence des attaques au profit de la puissance.
- Il me faut de la puissance, répondit Alexandre. Mais que ça reste un glaive, pas une épée. D´accord ?
Hixbykiû haussa les épaules.
- C´est comme vous voulez. Poignée moulée à votre main, je suppose ?
- Tout à fait.
L´armurier ouvrit son armoire, en tira une boîte de métal et la posa sur la table. Il souleva le couvercle pour extraire quelques centaines de grammes d´une pâte beige qu´il plongea dans un peu d´eau. Puis il tendit la boule de pâte à Alexandre.
Le Prince la saisit à deux mains et serra. Lentement, la pâte s´allongea, s´écrasa pour s´adapter à la forme de ses paumes et de ses doigts. Quand elle eut atteint l´épaisseur normale d´un manche d´épée, Hixbykiû fit un signe à Alexandre.
- C´est bon. Ne forcez plus. Restez comme ça quelques minutes.
- Entendu.
Il y eut un instant de silence, puis le Prince leva les yeux vers Hixbykiû.
- Que pensez-vous de ma situation au Palais ?
L´armurier ne s´étonna pas de la soudaineté de la question. Il répondit d´un ton doctoral :
- Vous avez des partisans, c´est indéniable. Vous semblez sympathique, efficace mais aussi strict et sûr de vous. Cela vous attire des soutiens solides. D´un autre côté, votre forte personnalité fait craindre une grande sévérité de votre part pour la suite de votre règne. Certains barons, habitués à écumer leurs terres en paix, souhaiteraient un souverain plus faible. D´autre part, l´assurance avec laquelle vous avez pris le commandement, malgré l´état de votre père, en étonne quelques-uns qui vous trouvent trop pressé de régner. En outre, la rapidité avec laquelle vous avez remplacé Pyers Thul´lod, avant même de capturer son assassin, est plutôt idécente. A votre place, j´aurais au moins attendu ce matin pour nommer Torhân au poste de général en chef. Et pour finir, Hendar Gorts n´a pas encore digéré votre retour. Il passe son temps à fouiller dans les archives en espérant dénicher un texte de loi ou une jurisprudence qui vous interdise de régner. Comme votre accession au pouvoir n´est pas vraiment légale, il risque bien de trouver quelque chose. Je pense avoir fait le tour du problème.
Alexandre avait écouté avec la plus grande attention, gravant chaque détail de l´analyse dans sa mémoire.
- Et que me conseilleriez-vous de faire ?
Hixbykiû n´hésita pas une seconde.
- Continuez à suivre la même ligne de conduite. Vous ne pouvez que gagner des partisans. Essayez toutefois de discréditer Gorts et de soigner votre image pur paraître un peu moins strict, sans sombrer dans le relâchement. Détendez-vous, quoi.
- C´est vrai que c´est la bonne solution et que j´étais peut-être un peu trop tendu, ces derniers temps, je n´étais pas remit de mon voyage.
Hixbykiû se raidit.
- Cette phrase est moche, Altesse.
- Quoi ?
- Laissez-moi vous expliquer. D´abord, vous mettez cinq verbes êtres dans une seule phrase. Ensuite, le « c´est vrai », inutile et peu élégant, n´a pas sa place ici. Et en vous disant « tendu », vous commettez une répétition par rapport à ma réplique précédente. En outre, la dernière proposition n´est que juxtaposée au reste, alors qu´une autre structure vous aurait permis de la relier. Mais de toutes façon, l´ensemble est trop long. De plus, le « peut-être » ne sert à rien : vous êtes sûr de vous, vous n´avez pas à modérer vos opinions, ça ne colle pas avec votre personnage. J´ajouterais que voir le Prince concéder quelque chose à un armurier comme moi constitue une faute d´étiquette immonde. Ensuite, je n´aime pas le mot « solution ». Et pour finir, vous avez fait une faute d´orthographe : « remis » s´écrit avec un S.
Alexandre regarda l´armurier avec des yeux ébahis.
- Mais... Comment saviez-vous pour la faute d´orthographe ?
- Oh, ça s´entend, vous savez...
Le Prince réfléchit un instant puis lâcha :
- Je pense que vous avez en partie raison. Ces derniers temps, mon dernier voyage me rendait nerveux. A présent, je vais suivre vos conseils.
- C´est mieux, approuva Hixbykiû.
Alexandre reposa le bout de pâte, à présent dur comme du bois, puis se dirigea vers le râtelier sur lequel il prit un glaive à sa taille.
- Je vous emprunte celui-ci en attendant que vous ayez terminé le nouveau, annonça-t-il.
- Ne l´abîmez pas, prévint Hixbykiû.
- Hé, vous me connaissez !
- Oui, justement !

KaiM
KaiM
Niveau 11
24 décembre 2005 à 10:06:26

Les coups pleuvaient si vite que nul ne pouvait les suivre du regard.
Tout se jouait à l´instinct.
Namâric para une manchette destinée à sa gorge, esquiva un pied qui fusait vers sa hanche, bloqua un coude lancé contre sa nuque. Il fléchit sous l´impact, sembla basculer en arrière. Avec une incroyable agilité, il transforma sa chute en un souple mouvement tournant puis feinta à deux reprises avant de placer une véritable attaque. Son talon s´enfonça sauvagement dans l´estomac d´un de ses adversaires qui recula, le souffle coupé. Les trois autres intensifièrent leurs assauts sans parvenir à percer la garde de Namâric.
Il se trouvait, avec une partie de ses hommes, dans une salle d´armes aux murs de pierre nue au sol parqueté de bois, éclairée par la lumière qui filtrait par de minces meurtrières. Quelques chambres et bureaux constituaient, avec cette pièce, le quartier général de l´Ordre des Paladins Noirs à Dümrist. L´ensemble, finalement assez petit, se situait au troisième étage d´une aile du Palais Royal.
Vêtus de combinaisons de cuir noir, les cinq guerriers virevoltaient sur le parquet, frappant et ripostant sans répit.
Namâric avait pour habitude, chaque matin, d´entraîner ses Paladins au combat. Si la séance commençait par de simples duels, elle s´achevait toujours par un affrontement général aux règles simples : tous contre Namâric.
Cette pratique présentait un double avantage. Premièrement, Namâric devait lutter contre un bon nombre d´adversaires pour trouver un défi à sa mesure, donc capable de le faire progresser. Deuxièmement, il rappelait ainsi aux autres Paladins pourquoi c´était lui qui commandait, étouffant par avance toute tentative de contestation.
Les Paladins Noirs n´étaient pourtant pas des novices en la matière. Leur formation, longue et difficile, avait faits d´eux des soldats exceptionnels. Silencieux comme des ombres et rapides comme la mort, ils étaient de redoutables adversaires.
Mais Namâric avait ce don, cette sorte de sixième sens indéfinissable, qui transforme un excellent guerrier en génie du combat.
Il s´accroupit pour éviter un crochet dévastateur et faucha d´un coup de pied les jambes d´un de ses adversaires. L´homme n´avait pas encore touché terre que déjà Namâric se redressait en lui lançant son genou dans le dos. Un cri de douleur s´éleva.
Abandonnant le Paladin au sol, Namâric fit volte-face, esquiva un coup de coude d´un mouvement reptilien avant de porter une violente manchette sur le côté du cou de son attaquant. L´homme perdit connaissance et s´effondra.
Le talon d´un troisième adversaire fouetta l´air. Namâric contra l´assaut, pivota et riposta dans le même geste. Son poing percuta l´arcade sourcilière du Paladin qui s´écroula comme une masse.
Une main tendue fusa sur sa gauche, s´abattant dans un revers destructeur. Bien qu´incapable de lui échapper complètement, Namâric esquiva néanmoins le plus gros de l´impact, et l´attaque ne fit que lui meurtrir le haut du crâne. Il fit un pas en arrière et se campa face à son dernier adversaire.
Sven. Le colosse blond se tenait sur ses gardes, conscient de la faiblesse de ses chances. Il plaça un direct du droit doublé d´un coup de pied circulaire, espérant piéger Namâric. Celui-ci agrippa le poing de Sven, sauta par-dessus sa jambe et passa dans son dos. Il remonta le poignet du colosse jusqu´à son épaule, lui arrachant un grognement de souffrance.
- Si je force un peu plus, je te casse le bras. Et si tu perds un bras...
- ... c´est la mort à court terme, acheva le géant. J´ai bien retenu les leçons.
Namâric relâcha sa prise.
- Cependant, tu t´es bien batu. Tu as bien failli m´atteindre.
- Oui, j´ai... failli, maugréa Sven.
- C´est déjà bien. Tu ne t´estimais quand même pas assez habile pour me battre ?
Les trois autres Paladins se relevèrent en grimaçant.
- Encore une fois vous nous impressionnez, commandant, déclara l´un deux, un homme de haute taille aux yeux gris et au visage tout en méplats.
- Je sais, Edwin, répondit Namâric.
Ce n´était pas de la prétention, mais une simple vérité.
Un sixième Paladin Noir fit irruption dans la salle. Namâric s´adressa aussitôt à lui.
- Ah, Oredin, tu as terminé l´inspection des remparts sud ?
- Non, commandant.
- Pourquoi reviens-tu si tôt, alors ?
- Des visiteurs viennent d´arriver à Dümrist pour vous, commadant.
Namâric se sentit intrigué.
- Qui ?
- Branial de Kit´for, répondit Oredin.
Namâric eut un imperceptible mouvement de surprise. Aux dernières nouvelles, Branial dirigeait la section des opérations directes au sein de l´Ordre des Paladins Noirs. L´affaire de Dümrist dépendant des opérations commandées, c´est-à-dire des missions effectuées pour le compte d´un client, Branial n´avait pas à s´en occuper. Il était donc venu pour une autre raison que le déroulement de la guerre. Mais qu´est-ce qui pouvait bien pousser l´un des personnages les plus importants de l´Ordre à se déplacer en personne, malgré les risques ? Namâric chassa cette question de son esprit : la réponse viendrait bientôt.
Oredin précédait de peu les nouveaux venus. Quelques minutes suffirent à Branial de Kti´for pour déboucher dans la salle d´armes. Solidement bâti, sa ceinture chargée d´une longue épée, il portait la même armure de métal noir que ses subordonnés, mais ses épaulettes d´argent ne laissaient aucun doute quant à son autorité. Deux Paladins l´accompagnaient, énormes gaillards encore plus robustes que Sven, portant une lourde caisse de bois qui se balançait à chacun de leurs pas. Namâric réprima une grimace de dédain devant ces hommes, qu´il savait être des brutes sans cervelles. Il s´agenouilla respectueusement devant Branial, imité par ces derniers.
- Qu´on nous laisse seuls, lança le Paladin aux épaulettes d´argent.
Sans discuter, les hommes se retirèrent. Namâric demeura à genoux.
- Relève-toi. Je sais combien tu détestes le protocole.
Namâric se redressa.
- Alors, comment se passe cette mission ? interrogea Branial.
- Pourquoi cette question ? Vous devez bien entendre mes rapports.
Branial éclata d´un rire franc et sonore avant de retirer son casque. Il avait le visage ovale, les yeux verts, les cheveux bruns et la barbe courte. Un grand sourire découvrait ses dents blanches.
- Tes rapports ? Tant qu´on en parle, sais-tu qu´ils sont en train de devenir aussi célèbres que toi ? La façon dont tu racontes tes exploits comme si c´était la moindre des choses a un certain... charme.
Namâric n´avait retenu qu´un mot.
- Je suis célèbre ?
- Allons, Namâric, réfléchis un peu ! Tu es en passe de devenir la nouvelle légende de notre Ordre ! La liste de tes victimes était déjà impressionnante l´année dernière, et depuis que tu sers Dümra elle ne cesse de s´allonger. Tout le monde t´admire, tu marches sur les traces de ton père !
Le silence tomba d´un coup. Branial, réalisant qu´il venait de commettre une erreur, plaqua sa main sur sa bouche.
- Pardon, souffla-t-il.
- Ce n´est rien, le rassura Namâric.
Il changea de sujet pour tirer son supérieur de l´embarras.
- Mais ce n´est pas pour ça que vous êtes venu, n´est-ce pas ? Vous avez quelque chose d´important à me communiquer.
Branial prit un air grave.
- L´Ordre a décidé d´une nouvelle mission pour toi. Ici, à Dümrist.
- Quoi donc ?
- Eh bien... Rien n´est encore sûr, mais tu dois te tenir prêt.
- Prêt à quoi ?
Namâric commençait à s´inquiéter. Branial hésitait à lui annoncer quelque chose, ce qui ne pouvait avoir qu´une signification : un choix difficile allait se présenter.
- Quand le temps viendra, il te faudra éliminer quelqu´un dans cette ville.
- Qui ?
Branial se lança.
- Le Prince Alexandre.
Un silence de plomb s´abattit sur la salle. Même le brouhaha qui montait de la cour du Palais semblait avoir faibli. Namâric peinait à éclaircir ses pensées. Enfin il demanda :
- Pourquoi ?
Branial prit un peu plus d´assurance.
- Nous le croyions mort à Kridath, ce qui aurait réglé le problème. Mais ton dernier rapport, signalant son retour, nous force à reconsidérer la situation.
- Mais que lui reproche-t-on ?
- Les Bracelets d´Arzhan. Ils ont été utilisés à Kridath. De façon intensive, ce qui a permis à nos mages de les repérer. Cela porte à croire que le Prince maîtrise désormais les Bracelets. Pas encore parfaitement, mais déjà bien. Or, notre but est de mettre ce genre d´objet à l´abri d´une utilisation dangereuse. Entre les mains d´un roi aussi puissant que peut le devenir Alexandre, il causeraient certainement des dégâts terribles.
Namâric ne remit pas en cause les conclusions de l´Ordre. Ce n´était pas dans sa nature. En revanche, il savait trouver des solutions alternatives.
- Pourquoi ne pas lui demander de nous remettre les Bracelets ?
- Il y a de grandes chances pour qu´il refuse. Et dans ce cas, il se méfiera de nous par la suite. Non, il faut le tuer par surprise.
- Le Prince Alexandre est un ami, répliqua Namâric. Je n´y parviendrai jamais.
Branial leva un sourcil.
- Tu n´as jamais discuté un seul ordre, Namâric. Ne commence pas maintenant. Et puis, ce n´est pas encore sûr. Peut-être les Bracelets d´Arzhan ne peuvent-ils pas déployer plus de pouvoir que ce que nous avons observé. Mais honnêtement, j´en doute.
Namâric fit un effort surhumain pour se dominer. Quand il reprit la parole, ce fut d´une voix dont il avait chassé toute émotion.
- Si Alexandre a pour lui les Bracelets d´Arzhan, je n´arriverai pas à le vaincre. Je ne peux rien contre la magie.
Branial eut un petit sourire. Il passa la main dans une poche à sa ceinture. Puis il la retira, fermée sur un gant de mailles argentées.
Namâric aurait poussé un hoquet de surprise s´il n´avait été aussi maître de lui.
- Je suis promu Karalor ?
- Exact. L´Ordre t´offre à la fois un honneur à la mesure de tes exploits, et le moyen de l´emporter sur le Prince Alexandre.
Namâric se força à détacher son regard du gant, qui a lui seul signifiait puissance, résistance et autonomie. Une fois Karalor, il n´aurait plus besoin de rendre des comptes à l´Ordre, il serait libre d´agir tant qu´il remplirait ses missions. Et surtout...
Il désigna la caisse abandonnée par les homme de Branial.
- Alors, je suppose que ceci contient...
- ... ta nouvelle armure.

:)

A lire quand vous trouverez le temps, moi j´arrête un moment.

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
24 décembre 2005 à 13:49:28

Ah....en voilà un bon gros pavé comme on les aime. :-) Y´a une ou deux fautes de frappe (sur quinze pages quand même^^) : boucliers rondEs et une autre que j´ai oubliée^^.
Sinon, sympa la manière dont tu as repris les commentaires d´xbq avec Hixbikyû^^.

On aura une autre suite pour le premier janvier? :)

chris12
chris12
Niveau 9
24 décembre 2005 à 16:00:50

refais plus des trucs si gros, c´est trop long et vu que j´ai pas pu me retenir de le lire d´un coup : ca mets du temps. De plus on retient pas tout ce qu´on releve donc en vrac :

- Le cours de langage du forgeron a pas sa place, c´est un forgeron, un manuel qui "logiquement" ne maîtrise pas les lettres

- Les Modos, sympas

- "Une fois Karalor, il n´aurait plus besoin de rendre des comptes à l´Ordre, il serait libre d´agir tant qu´il remplirait ses missions." alors faut qu´il rende des comptes vu qu´il doit remplir des missions

- Alexandre m´a fait penser à Artemis Fowl, le genie, riche et désabusé

- Faut que je lises la cathedrale bordel

- @+

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
24 décembre 2005 à 16:03:26

Ben tu le lis en plusieurs parties si ça te gêne, moi je serai pas contre avoir une partie de cette taille pour le jour de l´an. Sinon, en vrac :

"- Le cours de langage du forgeron a pas sa place, c´est un forgeron, un manuel qui "logiquement" ne maîtrise pas les lettres "==>Ca, c´est ce qu´on appelle un cliché. Un forgeron peut très bien être éduqué, c´est de plus un clin d´oeil à xbq.

chris12
chris12
Niveau 9
24 décembre 2005 à 16:58:19

il est forgeron xbq_ ? O_o lol

Sinon cliché, rare mais alors très rare sont les manuel maîtrisant les lettres, justement il serait pas forgeron s´il était instruit

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
24 décembre 2005 à 17:11:41

Tssss mais non il est pas forgeron, ptdr. C´est juste la manière qu´a le forgeron d´analyser la phrase d´Alexandre qui est un clin d´oeil aux commentaires d´xbq. D´ailleurs, le nom lui-même du forgeron est celui d´xbq en version romancée, si tu n´avais remarqué. :-)

Au fait, pour le fait qu´il serait pas forgeron s´il était instruit...si on suit ton exemple, alors tous les plombiers sont des crétins finis et illétrés? :ouch:
Dans ces époques, on est forgeron de père en fils, et on peut être forgeron et intelligent je te rassure. :oui:

hipop_danseuse
hipop_danseuse
Niveau 10
24 décembre 2005 à 17:43:18

oulà, il m´en reste à lire!!!!

petite fôte du dernier chapitre de la page 9 qui( je crois) n´a pas été signalée:
"- On a découvert un cadavre dans une ruelle, et tout prote à croire que c´est toi qui l´a tué. Tu en répondras devant la justice. "

voil)à, pas mal, et je m´en vais lire la suite :)

hipop_danseuse
hipop_danseuse
Niveau 10
24 décembre 2005 à 18:13:13

autre faute au premier chapitre de la apge 11:
"Vous m´attendez même pas le matin ? s´étonna Thibaut. " vous N´attendez je crois :)

hipop_danseuse
hipop_danseuse
Niveau 10
25 décembre 2005 à 15:52:12

bon voià, j´ai rattrapé mon retard mais c´est dommage pasque je veux la suite!!!! :)

KaiM
KaiM
Niveau 11
26 décembre 2005 à 15:09:51

Eh bien, content que ça vous ait plu.

En effet, Alexandre ressemble à Artemis Fowl, je m´en suis aperçu récemment. (Mais sachez bien que j´ai créé Alexandre longtemps avant de découvrir Artemis.)

chris :d) Je suis surpris que tu n´aies pas remarqué la référence à xbq.

La suite... un jour.

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
26 décembre 2005 à 15:14:28

Un jour....comme aujourd´hui par exemple? :o))

chocobo3
chocobo3
Niveau 10
26 décembre 2005 à 15:16:13

Je n´ai pas lu cette fiction, mais je poste juste un petit message pour souligner les qualité d´écrivain de Kaim :)
Vi, je viens par pur hazard de me laissé entrainer dans un demi chapitre, une bataille entre paladin noir, et franchement, j´ai été surpris de la fluidité avec laquelle cette scenette est passée :-d

Bravo l´ami^^

KaiM
KaiM
Niveau 11
27 décembre 2005 à 19:35:51

Eh non, ce n´est pas la suite, mais juste un :up:

Ah, et au fait Azerty :d) Sur tes conseils, je me suis fait offrir l´Epée de l´Orage à Noël, ça a pas intérêt à me décevoir, sinon je jure que je te ferai payer ton mauvais goût.

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
27 décembre 2005 à 19:39:14

Ben, moi ça m´avait beaucoup plu, maintenant c´est pas du tout dit qu´on ait les même goûts, hein. :)
J´ai quand même tendance à pas être très très exigeants, donc... :) (faut dire qu´avec les auteurs classiques que nous fait bouffer la prof de français après y´a beaucoup de trucs qui te paraissent plus intéressants :rire: )

Et arrête un peu de upper, tout le monde a lu le passage, et tout le monde veut la suite. :nah: (même pas vrai mais que ne ferait-on pas pour la suite. :o)) )

KaiM
KaiM
Niveau 11
27 décembre 2005 à 19:45:17

Non, Grhyll n´a pas encore lu (et dieu seul sait combien son avis constructif et nuancé compte pour moi), et maintenant que je vous ai jeté un gros os (le pavé précédent), j´espérais avoir droit à un peu de repos.

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
27 décembre 2005 à 19:52:06

Mais moi je ronge très vite les os, même les plus gros. :o))
Grhyll semble être en vacances (pas vue depuis un bail), cela veut dire que l´on n´aura pas de suite durant au moins une semaine? :snif:

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
27 décembre 2005 à 19:53:07

(après vérification, elle n´a pas posté depuis le 20/12, donc l´hypothèse des vacances semble privilégiée en cette période de Nowel. :o)) )

chris12
chris12
Niveau 9
28 décembre 2005 à 12:34:14

la réference a été vu mais j´ai surtout été gèné par le fait du forgeron littéraire dans une fic "sérieuse".

Sinon pour reprendre le débat, en commençant à 14 ans ca m´étonnerais que le gars il ait eu le temps de faire des études de lettres !

c´était tout pour les explications de cliché :sors:

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