Quel passage te pose problème ? Le retour d´Alexandre ou l´attaque des serpents?
cette partie "l n´arrivait plus à retrouver l´énergie que, la veille, il avait sentie en lui. Au bout d´un moment, il se résolut à remettre son entraînement à plus tard et à discuter avec Nurmill Aqlaï.
le magicien. Il n´y avait pourtant rien." il doit manquer qqchose avant "le magicien"
"Artus, remarqua Adrien, ne semblait pas avoir fait attention à son chant." qui fait un peu bizarre, j´ai du relire plusieurs fois avant de comprendre
"Juste la blessure de tout à l´heure qui s´est un peu rouverte." rEouverte mais ca c´est pas grave
Alors, en effet, "le magicien. Il n´y avait pourtant rien" n´a rien à faire là. Ce bout de phrase est censé se trouver après "cherchant ce qui avait pu inquiéter" (eh oui, des fois le clavier déconne, et on relit un peu vite)
Le reste, je corrige.
"Hixbykiû"==>
Manque d´inspiration?
Sinon, chris a relevé les fautes, donc je me contenterai de dire que j´apprécie toujours autant et que j´aimerais bien avoir la suite demain.
(parce que pour aujourd´hui je crois que je rêve^^)
Tu sais, Az´, moi je peux poster la suite, matériellement je peux même poster 90 pages d´un seul coup, vu mon avance. Mais il faut laisser aux autres le temps de lire, hein?
D´accord, mais s´ils sont partis une semaine en vacances...tu vas pas les attendre, si? Ceux qui ont la flemme de lire trois pages, c´est qu´ils aiment pas vraiment^^. Moi, quand j´ai commencé, j´avais tout à rattraper, et ça m´a pas posé problème, alors deux-trois chapitres ça devrait pas être dur, si? ![]()
Eh bien, pour ceux qui sont encore là, voilà la suite.
Et si vous voulez, pour Noël, je vous poste une énorme partie. Choisissez un nombre de pages Word entre 4 et 20
Impressionnants.
Les appartements royaux étaient impressionnants.
Telle était la première impression d´Alice alors qu´elle gravissait l´interminable escalier de marbre rose qui menait au dernier étage du donjon.
Quand enfin elle franchit la porte à voûte pointue qui s´ouvrait sur le hall, elle dut réviser son qualificatif.
Ce n´était pas impressionnant, mais écrasant.
Une immense dalle de marbre ovale s´étendait à ses pieds, bordée de toutes parts de murs couverts de mosaïques aux couleurs éclatantes. Des portes imposantes, serties d´or et d´argent, donnaient sur de vastes couloirs décorés de tableaux et de tentures. Des meubles de bois précieux s´alignaient surs les bords de la salle.
Clouée sur place par le décor, Alice parvint enfin à lever les yeux.
D´énormes lustres de cristal, sur lesquels étincelaient des milliers de chandelles, pendaient à plafond orné d´une incroyable peinture représentant le monde entier.
Puis, au fond, une rosace de verre bleu et or, large de dix mètres, semblait éclater dans la lumière du jour. Et au-dessous...
Alice vacilla.
Une machine d´une taille hallucinante, ensemble de tubes de métal plus ou moins recourbés, s´élevait du sol jusqu´à la vitre. Une musique rapide, à la fois enjouée et précipitée, s´en échappait pour emplir toute la salle.
Un serviteur remarqua l´expression incrédule et émerveillée d´Alice.
- L´Orgue, dit-il en s´approchant. C´est la première fois que vous venez ?
- Oui...
- Alors laissez-moi vous expliquer. L´Orgue a été conçu il y a des siècles par les plus puissants maîtres Chanteurs de l´Histoire. Il joue tout seul, en permanence, une musique qui reflète l´état d´esprit général dans le hall.
- Et en ce moment ?
- Son Altesse Alexandre est de retour. C´est l´effervescence. Si vous voulez le voir, la salle d´audience est dans le troisième couloir à droite.
Alice resta immobile, trop sidérée pour répondre. Le serviteur s´éloigna vers d´autres arrivants.
Enfin la jeune fille respira un grand coup et se dirigea vers le couloir indiqué. Quand elle avait appris la grande nouvelle de la journée, à savoir le retour du Prince, elle avait laissé s´écouler quatre heures avant de tenter de le rencontrer, consciente du nombre d´entretiens qu´il devait accorder.
Elle avait renoncé à sa robe surchargée pour en enfiler une plus simple, bleue aussi mais sobre et élégante, pourvue d´attaches en argent. Le Palais ne manquait pas de vêtements de luxe, et les essayer permettait à Alice de ne pas repenser à ce qui s´était produit à Kridath.
Elle avait bien calculé son horaire. Un homme vêtu de jaune quitta la salle d´audience et s´éloigna, visiblement contrarié. Personne ne prit sa place.
Alice avança vers la porte.
Alexandre poussa un long soupir et s´affaissa dans son fauteuil. Il en avait enfin fini. Il avait tenu le coup. Enchaîné les audiences sans s´accorder de pause, soucieux de régler tous les détails malgré la faim et la fatigue. Il ne lui restait plus qu´à commander une collation avant de rendre une petite visite au général Pyers Thul´lod.
On frappa à la porte. Alexandre se redressa.
- Entrez !
Le battant coulissa. Le Prince sentit son coeur accélérer. S´efforça aussitôt de se maîtriser.
Alice.
Leurs regards se croisèrent. Yeux verts, yeux marron. Chargés d´émotion.
Alexandre tentait de se dominer, de conserver son calme habituel tout à coup balayé par une tempête. Il savait de Vladek qu´Alice avait survécu, mais la voir soudain devant lui lui faisait quand même un choc. Pendant une semaine, il s´était persuadé qu´elle n´avait aucune importance, qu´il pouvait se passer d´elle, qu´il n´éprouvait rien pour elle.
Peine perdue.
En une seconde, tout s´était effondré.
Alice paraissait aussi embarrassée que lui. Il finit par articuler :
- Tu vas bien ?
Question stupide. Comment pourrait-elle aller bien après ce qu´elle avait subi ? Deuxième essai :
- J´ai appris que Vladek s´en était sorti grâce à toi. Je tenais à te remercier.
Alice sembla se ressaisir elle aussi.
- C´était naturel, tu sais...
Silence. Puis :
- Tu sais ce qui est arrivé aux autres ?
Question angoissée. Alexandre hésita avant de répondre. Alice parlait de ses deux frères, Conrad et Adrien, ainsi que de sa soeur Katja. Il ignorait ce qu´il était advenu d´Adrien. Pour les deux autres...
Il s´en souvenait très clairement, avec une effrayante précision. Andorion les avait tués tous les deux. Tranché la tête de Conrad et transpercé le coeur de Katja. Mais comment l´annoncer ?
Alexandre choisit la voie de la sagesse :
- Non. Je ne sais pas. J´espère qu´ils ont réussi à s´enfuir.
Il avait honte de mentir ainsi, mais enfin, il n´allait pas dire à Alice : « Ecoute, je suis désolé, mais ils sont tous morts dans d´atroces souffrances et moi, je suis arrivé une minute trop tard. C´est idiot, hein ? »
Alice parut gênée, ne sachant de quoi parler. Enfin elle lança :
- Et que vas-tu faire, maintenant ?
Le Prince haussa les épaules :
- Gouverner. Repousser l´ennemi et me faire couronner à la mort de mon père.
- Ah...
Un nouveau silence tomba. Finalement Alice reprit la parole.
- Bon, ben... Je vais te laisser travailler, alors...
Elle sortit.
Alexandre resta longtemps immobile, perdu dans ses pensées.
Alice traversa le couloir en se maudissant d´avoir été aussi bête. Elle avait des tas de choses à dire à Alexandre, et elle c´était à peine si elle lui avait parlé. Mais quelle idiote !
Elle se dirigeait vers l´escalier quand elle croisa un grand blond à l´air bravache accompagné d´une jeune fille aux longs cheveux roux, tous deux vêtus de blanc.
- Bonjour ! lança Alice. Vous allez voir le Prince ?
- Pourquoi serions-nous là, sinon ? répliqua sèchement le garçon.
- Evidemment. Mais à quel sujet ?
- T´es trop curieuse, toi. C´est confidentiel.
La rousse intervint alors qu´Alice s´apprêtait à riposter.
- Ce n´est qu´un détail, mais j´aimerais en parler au Prince.
- Oui, un détail, répéta le garçon avec un air ironique. Et à mon, avis, on fait fausse route !
- Je t´ai déjà dit que...
- D´accord, Lynae, je retire ça ! Je ne t´interdis pas de te méfier du directeur ! Mais ton idée me paraît absurde, c´est tout !
- Nous verrons bien.
Sans insister, Alice fit mine de partir.
- Eh bien vous avez de la chance ! Le Prince est disponible en ce moment ! Vous devriez en profiter !
Elle s´engouffra dans l´escalier.
Alice n´était pas sortie depuis trois minutes quand on frappa encore. Alexandre commençait à s´énerver.
- Entrez, fit-il d´une voix qu´il aurait voulue calme, et qui ne parvenait qu´à être lasse.
La poignée tourna et la porte s´ouvrit sur une silhouette blanche.
- Maître Onorius ! s´exclama Alexandre, soudain énergique. Je me demandais quand vous viendriez !
- J´attendais que tu aies fini de régler les détails de ton arrivée, mon garçon. Je suis heureux de constater que tu as pu quitter Kridath à temps.
- On ne peut pas dire que vous m´ayez vraiment aidé, maître ! Apparemment, Kogard n´était vraiment pas prêt à vous suivre ! Vous lui avez caché trop de choses. Sans compter qu´il s´est servi des loup que, je suppose, vous lui aviez envoyés, pour essayer de me supprimer.
Onorius prit un air peiné.
- C´est regrettable, en effet. Mais tu as réussi à t´en tirer. Et ta mission ?
- J´ai percé le secret de la cathédrale, répondit fièrement le Prince. J´ai trouvé la crypte dissimulée dans les souterrains et j´au récupéré ce qui y était caché.
- C´est-à-dire ?
- Un sabre et un bouclier ornés de runes...
- J´ai déjà vu le bouclier. Un objet admirable. Et très intéressant.
- Et une pierre magique. L´oeil de Kashnir.
Onorius parut soudain surexcité.
- Montre-moi ça !
- Je ne les ai pas.
- Quoi ?
Alexandre se tourna vers la fenêtre.
- Je les ai laissés au comte Thibaut de Montfort pour plus de sécurité.
- Quel dommage, soupira Onorius, déçu.
- Je vous rappelle que Tanaril de Ganor cherchait à me tuer parce que je m´y intéressais. Il aurait été stupide de lui jeter l´oeil entre les mains. A ce propos...
Le mage enchaîna :
- Tu veux savoir ce qu´il est advenu de Tanaril.
- J´ai cru comprendre qu´il n´avait pas été arrêté, confirma le Prince.
- En effet. Dario l´a laissé s´échapper, mais il n´a pas quitté la ville. La garde fouille chaque recoin sans parvenir à le débusquer.
- Donc, il rôde dans les parages et je suis en danger. Et en ce qui concerne les Mages de Combat ?
- Nous n´en avons pas perdu le contrôle. L´affaire a fait moins de bruit que prévu. Il est néanmoins malheureux que Dario ne soit pas parvenu à l´emprisonner. Si seulement il m´en avait parlé... A nous deux, nous aurions pu...
Alexandre l´interrompit.
- Savez-vous où pourrait se trouver Dario ?
- Aucune idée. Il semble s´être
- ... évanoui en fumée, je sais.
Tous deux se turent un instant. Puis Onorius demanda :
- Et l´oeil de Kashnir ? Qu´as-tu appris à son sujet ?
- J´ai fait le voyage pour rien. Il faudrait des mois ou des années pour construire un sort capable d´utiliser le pouvoir de cette pierre.
- C´est quand même une bonne chose de s´en être emparé. Entre les mains d´Itraïr, il aurait pu causer de terribles ravages.
- Oui...
Alexandre avait une impression étrange. Confusément, il sentait qu´Onorius lui cachait une partie de la vérité. Pourtant, tout se tenait.
Derrière la fenêtre, le soleil descendait sur l´horizon. Onorius posa ses mains sur le bureau.
- Nous reparlerons demain. Pour l´instant, je pense que vous avez besoin de repos.
Sans attendre de réponse, il quitta la salle d´audience. Alexandre eut un sourire carnassier. Oui, il allait se reposer. Mais d´abord, il avait un compte à régler.
Vautré dans le fauteuil au fond de son bureau, le général Thul´lod réfléchissait intensément.
Il pensait que Seubal Artus, son meilleur homme et plus fidèle serviteur, aurait éliminé le Prince Alexandre comme prévu. Au lieu de cela, le gamin réapparaissait comme par magie juste au moment où lui, Pyers Thul´lod, aurait pu affirmer son autorité. Il fallait trouver d´urgence un plan pour se débarrasser de lui. Et une explication crédible. Pourquoi pas Tanaril ? Il suffisait de soudoyer un Mage de Combat, de lui demander d´assassiner le Prince et de mettre ce meurtre sur le compte de l´ancien commandant de la troupe. Oui, c´était une bonne idée. A condition de trouver un Mage prêt à trahir...
Thul´lod marmonna une phrase que Jaydun, son interprète, traduisit et nota sur une feuille de parchemin. Ah, Jaydun... Après Seubal Artus, c´était son ami le plus cher. Peut-être même le plus cher tout court, d´ailleurs. Bien que d´un loyauté sans faille, Artus donnait en effet l´impression de cacher des choses à son maître. A commencer par sa puissance, bien plus grande qu´elle ne le semblait au premier abord.
Pyers Thul´lod se souvenait du jour où il avait découvert l´étendue des pouvoirs de son homme de main. Ce jour où, pour la première fois, la gravité de la situation l´avait poussé à retirer sa...
La porte du bureau s´ouvrit. Deux soldats entrèrent, encadrant un garçon vêtu de noir.
Thul´lod sentait l´inquiétude pointer. Alexandre.
Le Prince avança avec un air agressif. Les huit gardes qui se tenaient à l´entrée du bureau s´aperçurent de son expression menaçante et le suivirent.
Pyers Thul´lod, en homme d´expérience, ne pouvait se laisser abuser par un tel stratagème. Alexandre avait soigneusement étudié l´impression qu´il devait donner, c´était évident. Il paraissait parce qu´il voulait que tous les gardes entrent dans la pièce pour le surveiller. Mais que voulait-il ?
- Bonsoir, général Thul´lod, dit le Prince d´une voix mielleuse. Je ne vous ferai pas l´affront de vous expliquer les raisons de ma venue...
Jaydun ouvrit la bouche pour parler mais Alexandre ne lui en laissa pas le temps :
- Sachez que votre fidèle laquais, Seubal Artus, m´a tout avoué. Enfin, pas directement, mais ce que m´a révélé Stall Kogard avant de mourir me suffit amplement.
- Que voulez-vous dire, Altesse ? demanda Jaydun en essayant de garder son calme.
Alexandre planta ses yeux dans ceux de l´interprète.
- Votre cher maître m´a envoyé Seubal Artus pour m´assassiner. Tous les détails de son plan sont clairs, désormais.
- Son Excellence ne...
- Evidemment, vous êtes trop influent pour que je puisse vous faire arrêter sans preuve, reprit Alexandre en se tournant vers le général. Aussi n´ai-je plus qu´une seule solution pour que justice soit faite...
Ensuite, tout se passa très vite.
Alexandre plongea la main dans son habit et en tira un long poignard à lame de serpent. Plus rapide qu´un éclair, il bondit sur Jaydun. L´interprète contempla d´un air incrédule le sang qui jaillissait de sa gorge pour inonder sa tunique, puis s´effondra avec un râle d´agonie.
Les gardes s´élancèrent.
Alexandre fit volte-face. Les pierres rouges incrustées dans ses bracelets se mirent à briller. Huit sphères scintillantes d´un bleu azur fusèrent de ses paumes et filèrent sur les gardes. Thul´lod s´attendait à voir les têtes de ses hommes exploser, mais il n´en fut rien. Les boules de lumière s´engouffrèrent dans leurs bouches, disparurent et, soudain, tout s´arrêta.
Immobiles, les soldats se regardèrent les uns les autres avant d´éclater de rire, surpris et heureux d´avoir survécu à pareille attaque.
L´un d´eux fit un pas vers Alexandre.
Le Prince claqua des doigts.
Une puissante détonation ébranla le bureau. Sans même avoir le temps de crier, les gardes volèrent en éclats, dans un ensemble aussi parfait que terrible.
Une bouillie informe d´os et de chair souillait de sol du bureau. Alexandre se tourna vers Pyers Thul´lod.
Terrifié, le général voulut se lever. Son obésité le plaqua contre son fauteuil.
Alexandre brandit son poignard et se délecta de la peur de Thul´lod. Le général tremblait, roulait des yeux fous et poussait des petits cris porcins.
- Estimez-vous heureux, dit le Prince avec un sourire mauvais. Comme cette explosion va attirer du monde, je n´ai pas le temps de vous faire souffrir.
La lame du poignard se posa sur le cou du général.
Il y eut un long chuintement feutré.
Un flot écarlate se répandit sur le ventre de Pyers Thul´lod. En quelques secondes, ses yeux se révulsèrent et son souffle s´éteignit.
Alexandre essuya sa dague et quitta la pièce.
Le soleil touchait la ligne d´horizon quand Artus aperçut une ferme au milieu d´un petit champ.
C´était une construction simple en bois et en chaume, sans étage, munie d´une grange qui jouxtait la maison. De petits rondins maintenaient l´habitation au-dessus du niveau du sol, probablement pour la protéger de l´humidité. Une porte et deux fenêtres perçaient la façade.
- Nous allons essayer de dormir ici, déclara Artus.
- Ca me paraît sage, approuva Nurmill.
Les trois voyageurs se dirigèrent vers la demeure.
Le fermier, un grand gaillard moustachu, commença par les rabrouer puis, devant quelques pièces tirées de la bourse d´Artus, les pressa de venir se réchauffer à l´intérieur avant de leur parler de lui.
Il s´appelait Marxt Behn et vivait depuis dix ans dans ces collines avec sa famille. Sa femme et ses quatre enfants, assis à une table massive, partageaient un dîner de pain et de bouillon aux légumes. Artus, Adrien et Nurmill prirent part au repas sans abuser des réserves de la famille.
Un des enfants remarqua la plaie du magicien et s´en inquiéta. Artus répondit que ce n´était rien et empêcha la mère de regarder de plus près.
- Je n´ai rien, je vous assure. A peine une petite coupure.
Marxt Behn leur conseilla la prudence durant la suite de leur voyage : les serpents dosnaïl se montraient très agressifs cette année. Artus hocha la tête sans faire de commentaire.
Après le dîner, le magicien et son élève s´installèrent dans l´étable pour la nuit tandis que Nurmill Aqlaï restait dans la pièce à vivre.
Artus retira son manteau et se tourna vers Adrien.
- Entraîne-toi avant de dormir, d´accord ?
- D´accord. Mais avant ça, j´ai quelques questions à vous poser.
Artus s´assit confortablement.
- Avec toi, les questions sont toujours compliquées. Je t´écoute.
- Ce matin, lors du combat, pourquoi avez vous gardé votre manteau ? Il ne peut que vous gêner !
- Faux. Il s´agit d´un manteau de Mage de Combat, conçu pour ne pas entraver les mouvements et faciliter la concentration.
- Faciliter la concentration ? répéta Adrien.
- Oui. Quand je porte ce manteau, je peux recourir à mon pouvoir un peu plus vite. Un cadeau de mon maître...
L´expression du garçon se fit intéressée.
- Vous pourriez me le prêter ?
- Non.
Adrien écarta les bras avec fatalisme.
- Tant pis. Pourquoi ?
- Tu dois apprendre seul avant de te renforcer avec des objets magiques. D´autres questions ?
- Votre bague...
Artus soupira. A Kridath, il lui avait suffi de retirer l´anneau d´argent qu´il portait à l´index gauche pour disposer d´un pouvoir qui lui avait permis de quitter la ville avec Adrien. Malgré l´épuisement de ses forces.
- Je ne t´expliquerai pas ce soir comment cette bague fonctionne, répondit enfin le magicien. Je t´ai d´ailleurs déjà dit que je préférais mourir que de m´en servir.
- Pourtant, vous…
- Je sais. Ma vie seule ne justifie pas que j´utilise cet anneau. Mais à Kridath, je devais aussi t´aider à t´enfuir.
- Mais…
- Je t´ai dis que je ne t´en parlerai pas ce soir. Encore une question ?
Adrien secoua la tête.
- Non.
- Alors passe à tes exercices.
Un peu déçu, Adrien s´allongea pour tenter d´appeler le pouvoir. Il pensait qu´après s´être servi de la magie dans la journée, il parviendrait plus facilement à l´appeler, mais il n´en fut rien.
Il s´endormit une heure plus tard sans être parvenu à concentrer son énergie.
Les étoiles brillaient dans la nuit qui enveloppait le fort Darguil. Masse de pierre se dressant auprès d´un pont au sud de Dümrist, il se constituait d´une cour rectangulaire encadrée par quatre murs. Contre un angle s´élevait une tour de dix étages, destinées à surveiller les environs pendant la journée.
Installé dans l´avant-dernier niveau de cette tourelle, Lèisïr s´ennuyait. Les vingt Elfes qu´il commandait avaient pris possession du fort quelques heures auparavant sans rencontrer de résistance. Sans le moindre combat. Et c´était agaçant.
Depuis que les Elfes avançaient dans le royaume de Dümra, seule la bataille de Kridath avait offert une occasion de croiser le fer avec la vermine humaine. En raison de ses hauts faits d´armes durant cet affrontement, Lèisïr avait espéré qu´on lui confierait une tâche plus avec les Dümréens et rentrer chez lui pour se consacrer à la musique avec son épouse et son fils. Quoi de plus noble et de plus raffiné ? noble que de garder un pont.
Certes, cette mission avait son importance. Depuis le fort Darguil, on apercevait toutes les positions avancées de l´armée dans cette zone. Si un groupe était attaqué, il lui suffirait s´un signal lumineux pour avertir le fort et recevoir des renforts. Ainsi fonctionnait le dispositif d´encerclement de Dümrist.
Mais Lèisïr en avait assez d´attendre. Il voulait en découdre une bonne fois pour toutes
Il imaginait déjà son retour au pays quand un bruit étouffé attira son attention. Inquiet, il se dirigea vers une fenêtre pour examiner les remparts. Ce qu´il découvrit le fit frémir.
Les six guerriers qu´il avait postés derrière les créneaux avaient disparu sans laisser de trace, comme engloutis par la nuit.
- Alerte ! cria Lèisïr.
Les Elfes assis à côté de lui réagirent avec une efficacité remarquable. Il se levèrent d´un bond, saisirent leurs arcs et encochèrent des flèches. Les pointes d´acier brillèrent dans la lueur des torches à l´instant où d´autres Elfes, grimpant une échelle, émergèrent de la trappe qui s´ouvrait sur l´étage inférieur.
- Je veux que quatre d´entre vous descendent dans la cour, dit Lèisïr en s´efforçant de rester calme. Cherchez les autres. Trouvez ce qui s´est passé. Mais restez sur vos gardes.
Quatre Elfes hochèrent la tête et s´engouffrèrent dans la trappe, tendus comme les cordes de leurs arcs.
Lèisïr attendit avec les dix guerriers restants. Une minute s´écoula. Deux. Trois. Cinq. Sans qu´aucun des quatre Elfes ne remonte faire un rapport.
Un léger bruit s´éleva. Venant de l´extérieur. Du mur de la tour.
- Va voir, ordonna Lèisïr sans s´adresser à personne.
Un Elfe se dévoua pour cette tâche. Il s´approcha d´une fenêtre, passa la tête à travers l´ouverture…
Un bruit sourd retentit. L´Elfe bascula en avant, s´effondra à travers la fenêtre et dégringola dans la cour.
Horrifiés, les autres jetèrent des regards affolés dans toutes les directions, vers toutes les issues.
- Quelqu´un a escaladé la tour, articula Lèisïr. Surveillez la trappe supérieure.
Il peinait à parler. La panique lui nouait la gorge plus sûrement qu´une cordelette d´étrangleur. Deux Elfes braquèrent leurs arcs sur la trappe qui menait au dernier étage. Sans recevoir de consignes, deux autres se postèrent devant l´échelle qui conduisait au-dessous.
Et tout se précipita.
Il y eut une série de sifflements, très brefs et très rapprochés.
Les quatre guerriers qui se tenaient devant les trappes vacillèrent puis s´écroulèrent, des couteaux ou des flèches fichés sous le menton.
Aucun n´avait eu le temps de décocher son trait.
Un colosse en armure noire, véritable titan de métal, se laissa tomber du dernier étage. Il se reçut souplement, tira un cimeterre fixé entre ses épaules et s´élança contre les six Elfes restants. Ceux-ci tirèrent leurs armes mais, avant même que le combat ne s´engage, un deuxième homme jaillit de la trappe percée dans le plancher le sol. Vêtu du même genre de cuirasse noire. Epée à la main.
Avec une rapidité stupéfiante, le colosse repoussa la lame d´un premier adversaire et lui trancha la gorge dans le même mouvement. L´autre inconnu plongea en avant, roula entre les Elfes et se redressa en frappant. Un de ses ennemis s´effondra en hurlant, son sang s´échappant d´une profonde blessure au flanc.
Il ne restait que trois Elfes à Lèisïr. Le géant les attaqua tous à la fois pendant que son compagnon bondissait sur leur chef.
Lèisïr leva son épée par réflexe, para un coup d´estoc qui l´eût transpercé. Son adversaire plaça une botte vicieuse qui faillit lui lacérer la cuisse. L´Elfe bloqua la lame d´acier, recula d´un pas et abattit son arme de toutes ses forces. L´autre esquiva sans difficulté et riposta à une vitesse sidérante.
Tout en contrant l´attaque, Lèisïr jeta un coup d´oeil à ses trois guerriers, espérant qu´ils parvenaient à dominer le colosse en armure. Peine perdue. L´inconnu avait déjà éliminé deux de ses adversaires et le troisième luttait frénétiquement pour ne pas subir le même sort.
Lèisïr redoubla d´ardeur, déployant toute sa science de l´escrime.
Pas une seule fois il ne réussit à inquiéter son adversaire.
Plus vif qu´un serpent, le guerrier noir évitait ou parait la plupart de ses assauts d´un mouvement fluide et précis. Parfois l´épée de l´Elfe atteignait l´armure, mais ripait contre le métal sans parvenir à le percer.
Lèisïr s´accroupit pour esquiver une attaque, pivota et lança son pied dans le tibia de son assaillant. Celui-ci, se penchant à peine, contra du plat de la main avant de projeter à son tour sa jambe en avant. L´Elfe lui échappa de justesse, plaça un nouveau coup infructueux. Un revers aussi foudroyant que maîtrisé fendit l´air au ras de son visage. C´était peut-être ça qui terrifiait le plus Lèisïr chez son adversaire : cette violence incroyable, et pourtant froidement contrôlée.
Le guerrier noir était un démon du combat.
Lèisïr para un assaut, fit un pas en arrière. Il sentit la pierre du mur dans son dos. Impossible de reculer davantage.
Avec la force du désespoir, il porta une puissante estocade. Son agresseur dévia l´attaque d´un coup sec du plat de sa lame, écarta l´épée de l´Elfe.
Puis sa lame revint, presque invisible. Lèisïr n´eut pas le temps de cligner des yeux.
Une brûlure irradia à la base de son cou. Il se pencha en avant, un flot rouge inonda sa poitrine.
Il tomba à genoux.
La vie s´échappait en torrent de sa gorge ouverte. Tout se brouillait. Lèisïr eut une dernière pensée pour son épouse avant de s´abattre de tout son long sur le sol.
Mort.
![]()
Les … sont des points de suspension, désolé.
En dehors de ceci, y´a aussi une phrase incompréhensible ("Quoi de plus noble et de plus raffiné ? noble que de garder un pont") à laquelle il manque des mots, et également quelques fautes de frappe, rien de bien méchant mais voilà quoi.
Sinon j´suis content d´ce chapitre, j´en dirai pas plus pour ne pas spoiler^^.
Ah, et pour Noël moi j´aimerais bien 15 pages, ça me semble correct. ![]()
OK, je verrai.
Et en effet, le bout de phrase : "avec les Dümréens et rentrer chez lui pour se consacrer à la musique avec son épouse et son fils. Quoi de plus noble et de plus raffiné ?" s´est déplacé bizarrement. Il aurait dû se trouver juste après : "il voulait en découdre une fois pour toutes".
Cherchez pas, c´est mon clavier qui a déconné pendant une période et comme mon frère avait lu le texte avant que je le poste, j´avais pensé qu´il avait repéré tous les problèmes de ce genre. (Il y en avait trois ou quatre avant correction, dommage qu´il en soit resté un quand j´ai posté.)
Cette période de déconne du clavier a duré longtemps? ![]()
Jusqu´à ce que je change de PC pour taper et n´utilise le premier que pour sa connexion internet. Il doit rester une dizaine de pages sucseptibles de contenir des erreurs, mais pas davantage. Ou alors, le problème vient d´ailleurs, par exemple de la taille du document (175 pages désormais) qui crée des erreurs dans l´enregistrement, mais ça m´étonnerait.
"Lèisïr avait espéré qu´on lui confierait une tâche plus avec les Dümréens" une tache plus quoi ?
Sinon la ca fait cb de pages ce que tu viens de poster ?
Kaim, 175 pages et bien bravo !
Tu utlises quelle police et quelle format par simple curiosité ?
Chris
comme je l´ai expliqué, le passage "avec les Dümréens et rentrer chez lui pour se consacrer à la musique avec son épouse et son fils. Quoi de plus noble et de plus raffiné ?" s´est déplacé. Il devrait se trouver juste après : "il voulait en découdre une fois pour toutes".
Si on le supprime à l´endroit où il est, on obtient donc "Lèisïr avait espéré qu´on lui lui confierait une tâche plus noble que de garder un fort."
J´ai posté 79 pages pour l´instant.
Ostramus
Je tape en Times new roman, taille 12.
Euh, chris, si pour le nombre de pages tu parlais de ce qu´il y a dans le dernier chapitre que j´ai posté, les deux posts représentent 7 pages et demie.
Fin de pages, pour pouvoir poster un gros bloc sur une NP.
Namâric essuya son épée sur un pan de la tunique de son adversaire et se tourna vers Sven. Celui-ci ferraillait toujours avec enthousiasme contre le dernier Elfe, le dominant complètement par sa puissance et sa vitesse.
- Ca suffit, Sven ! Finis-le !
D´un habile revers, le colosse désarma son ennemi qui perdit une seconde à regarder stupidement son épée s´envoler dans les airs. Sans pitié, Sven lui planta son cimeterre dans la poitrine, transperçant son armure puis son coeur. L´Elfe s´écroula.
- Voilà, commandant. C´est fait.
- Bien. Pour la vingtième fois, je te rappelle que tu n´es pas là pour t´amuser avec tes adversaires. Tout droit être réglé le plus rapidement possible.
- Evidemment, commandant.
Namâric faillit laisser échapper un petit soupir. Il se reprit à temps et se reprocha cet écart de conduite. Sven manquait encore de maturité, mais ce n´était pas une raison pour s´énerver. Après tout, lui-même, Namâric, avait souffert de quelques défauts dans sa jeunesse.
Sa jeunesse...
Il n´avait que trente ans, et déjà il se croyait vieux. Quelle ironie...
Sven retira son casque pour mieux respirer. Il avait le visage rond et des cheveux d´un blond presque jaune, coupés en brosse, qui replaçaient ses yeux bleus au centre de sa figure. Une petite moustache soigneusement entretenue surmontait sa bouche et si Namâric la jugeait ridicule, il ne l´avait cependant jamais fait remarquer.
A peine âgé de vingt-deux ans, le géant savait combiner sa force naturelle avec l´enseignement complet et inégalable de l´Ordre des Paladins Noirs. Malgré son caractère trop impulsif et arrogant, Namâric appréciait ses aptitudes au combat dans les missions risquées.
Celle-ci n´en était pas une.
Il leur avait suffi d´abattre les sentinelles sur les remparts, de tendre une embuscade aux Elfes envoyés inspecter la cour et de surgir en même temps par les deux trappes pour s´occuper des derniers survivants. La seule phase dangereuse de toute l´opération avait consisté à escalader la tour pour prendre l´ennemi en tenailles.
Namâric n´avait pas attendu une minute. Sven s´en était admirablement chargé. Un bon élément. On en ferait quelqu´un de bien.
Namâric s´approcha d´une fenêtre, porta un appeau à ses lèvres et siffla.
Un petit oiseau brun aux serres cliquetantes s´engouffra par l´ouverture et se posa sur son épaule. Frid.
- Beau boulot, patron ! Heureux de voir que vous n´avez pas perdu la main pendant mon absence. Je profite de l´occasion pour vous rappeler que nous sommes le cinq du mois et que je n´ai pas encore reçu mon salaire. De plus...
- Frid, je ne sais même pas pourquoi je te paye, alors n´abuse pas, merci. Va prévenir les autres équipes que la cible principale est éliminée. On peut lancer les attaques sur les points deux, trois et cinq.
- Et le quatre ?
- Je m´en charge avec Sven. Dans une heure seulement. Les Elfes en position deux et cinq pourraient remarquer quelque chose.
- Parfait, patron !
Frid bondit par la fenêtre et disparut dans la nuit. Namâric resta un instant pensif, envisageant tous les problèmes qui pourraient se poser par la suite. Il constata avec satisfaction qu´il avait déjà établi une parade à chacun d´eux.
Sven récupérait ses couteaux de lancer, ses armes favorites après le cimeterre, sur les corps de ses victimes.
- Nous avons trente minutes de repos devant nous, lui annonça Namâric. Le temps d´installer une petite mise en scène à l´intention des Elfes qui viendront relever ceux-ci demain matin.
- A quoi pensez-vous, commandant ?
- Aligne-les dans la cour, coupe-leur la tête et fais une pyramide avec. Enfonce leurs épées dans leurs ventres pour compléter l´effet.
- Génial ! Ca va leur faire un sacré choc ! Hé, vous avez vu comment j´ai liquidé ceux-là ? Du super travail, hein ? Le premier, je...
- Sven !
La voix de Namâric avait claqué sèchement. Le colosse, confus, baissa les yeux.
- Nous ne sommes pas des barbares, poursuivit le Paladin. Nous ne cherchons pas les carnages et la cruauté. Nous pouvons être fiers des services que nous rendons aux habitants de Dümra, mais en aucun cas des cadavres que nous laissons sur notre route. Compris ?
Sven arbora un air provocateur.
- C´est vous qui dites ça, commandant ? Après tout le temps que vous avez passé à essayer de régler son compte à Olaf « Draxor » ?
Namâric réagit avec une soudaineté ahurissante.
D´un bond il fut sur Sven, d´un coup de poing il le plaqua contre le mur. Le géant blond mesurait quinze centimètres de plus que Namâric et devait lui rendre vingt kilos, pourtant il se mit à trembler.
Une lame chuinta en quittant son fourreau et un couteau se leva, brillant, devant les yeux de Sven. L´arme était magnifique, munie d´une lame légèrement incurvée et d´une poignée ornée d´un serpent argenté. Son fil acéré, comme animé d´une vie propre, semblait appeler le sang quand les flammes qui se reflétaient sur l´acier venaient le caresser.
- Sais-tu à qui appartenait ce couteau ? demanda Namâric d´une voix glaciale.
- A votre père, commandant, articula Sven.
- Bonne réponse. Alors ne me demande pas ce que j´avais contre Olaf. Et pour couper court aux rumeurs, sache que ce que j´ai déclaré à l´Ordre était vrai : je ne suis pas parvenu à tuer Olaf, il est mort en brave au cours d´une bataille. Si au final, le résultat est le même, sache que je regrette de ne pas l´avoir abattu moi-même. Tu m´as bien compris ?
Les couleurs revenaient lentement au visage de Sven. Il sentit que la tempête était passée, se jura de ne plus jamais aborder le sujet et répondit d´une voix calme.
- Je vous ai bien compris, commandant.
- Excellent. Maintenant, exécute mes ordres.
Namâric relâcha sa prise et rengaina son couteau. Sven s´éclipsa.
A travers les fenêtres, le Paladin aperçut des lumières récemment allumées. Des signaux d´alarme.
Qui brûlaient en vain.
Alexandre retourna dans les appartements royaux et gagna sa chambre. C´était probablement la seule pièce de l´étage qui ne croulait pas sous le luxe. Le Prince avait insisté pour qu´on ne la surcharge pas, n´autorisant qu´un ameublement simple et une décoration aussi réduite que possible. Suspendues aux murs, des tapisseries ternies par le temps encadraient un bureau, quelques chaises, un lit à baldaquin ainsi que trois armoires. Les fenêtres, dépourvues de barreaux puisqu´il était impossible d´y accéder de l´extérieur, donnaient sur l´Ouest de la ville. Dans un angle, une courte épée reposait à terre.
Alexandre repensait aux derniers événements. Non pas qu´il éprouvât un quelconque remords : il avait tué Pyers Thul´lod, éliminant ainsi une dangereuse menace. Quant aux gardes et à l´interprète, ce n´étaient que de malheureuses victimes collatérales. Les gens qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment finissaient toujours ainsi.
Non, Alexandre se demandait simplement dans combien de temps on viendrait le réveiller pour lui annoncer la mort du général. Si jamais on tardait trop, il devrait lui-même se rendre sur place, feignant d´arriver par hasard, pour prendre les choses en main.
En attendant, il prépara les questions qu´il devrait poser à Onorius de Finglä. Quelques semaines auparavant, le Prince portait une confiance aveugle au vieux maître Chanteur. A présent, il commençait toutefois à douter de lui, comme si une partie de la vérité restait dissimulée dans l´ombre. Alexandre hésitait à tout lui raconter.
A Kridath, il avait appris deux choses qui, manifestement, n´avait pas semblé importantes aux yeux de Vladek et d´Alice. Premièrement, du sang Zahr coulait dans ses veines. Deuxièmement, il portait la marque d´un sorcier.
Le premier point se justifiait encore : les Zahrs, créatures noires redoutables d´intelligence, à l´esprit calculateur et à l´adresse prodigieuse, pouvaient concevoir des hybrides avec les humains. Il était donc possible que le Prince compte un homme-Zahr dans ces ancêtres. Cela expliquerait sa force et son endurance étonnantes pour son âge.
Le second élément, lui, restait obscur et éclairait le premier sous un angle nouveau. Alexandre ne savait même pas ce que signifiait « porter la marque d´un sorcier », mais il sentait là un mystère à éclaircir au plus vite. Et pour y parvenir, il lui faudrait l´aide d´une bonne centaine de livres. Ou alors, celle d´Onorius...
Quelqu´un frappa à la porte, interrompant ses réflexions. Le Prince sauta sur ses pieds.
Il régla ensuite l´affaire avec une efficacité remarquable.
On avait retrouvé le général Thul´lod égorgé dans son bureau au milieu des restes de ses gardes. Personne ne comprenait ce qui s´était produit, aucun témoin n´avait assisté à la scène et les seuls indices dont on disposait se résumaient à une explosion qui avait secoué ce secteur du Palais juste avant qu´un serviteur ne découvre le carnage.
Alexandre établit plusieurs hypothèses, lança des enquêteurs sur chaque piste, puis affirma que l´auteur de ce crime odieux serait capturé au plus vite. Il rassura les plus traumatisés, demanda qu´on nettoie les lieux dès qu´ils auraient été examinés et s´offrit même le luxe de consoler une jeune servante en pleurs.
Sans perdre un instant, il alla réveiller Jusdol Torhân, l´un des trois généraux qu´il avait rencontrés dans la journée, pour lui annoncer la nouvelle et par la même occasion lui offrir le poste de Thu´lod. Torhân, un peu surpris de la vitesse à laquelle tout s´enchaînait, endossa rapidement ses nouvelles responsabilités en renouvelant son serment d´allégeance au Prince.
Alexandre régla quelques derniers détails et retourna se coucher pour de bon.
Lorsqu´il traversa le couloir qui menait à sa chambre, il réalisa qu´il n´était pas encore allé voir son père, trop occupé par ses obligations. Il se reprocha ce manque de compassion et se dirigea vers la chambre du roi.
Alexandre VII, étendu dans son lit, dormait d´un sommeil agité. Malgré les draps de soie et les chaudes couvertures qui l´enveloppaient, il tremblait de tout son corps, réduit à un état déplorable par la maladie qui le rongeait. Le Prince sentit sa gorge se serrer.
Il avança au milieu des meubles plaqués or et des tentures chatoyantes pour enfin s´arrêter à côté du lit du roi.
Une boule douloureuse lui nouait le ventre. Voir son père aussi faible, aussi mal en point, le tourmentait affreusement. S´il parvenait à sembler détaché en temps normal, se trouver devant le roi lui rappelait combien la situation le bouleversait.
Il finit par déglutir péniblement et lâcha :
- Ton royaume est entre de bonnes mains, vieil homme. Sois assuré que je te vengerai. Et quand la guerre finira, je deviendrai le plus grand roi que ce pays ait jamais connu. Je t´en donne ma parole.
Il se força à détourner les yeux. Son regard tomba sur un portrait accroché au mur. Il représentait une femme magnifique, âgée d´une trentaine d´années, aux cheveux d´or et aux yeux d´un bleu profond comme l´océan. Son visage, empreint de douceur, reflétait une paix absolue et un amour infini.
- Toi non plus, je ne te décevrai pas, murmura le Prince. Tu pourras être fière de ton fils, Mère...
- C´est... très contrariant. Pouvez-vous me résumer votre analyse de la situation ?
Itraïr croisa les bras et attendit. Il n´avait parlé à personne en particulier, aussi ses capitaines se regardèrent-ils en espérant qu´un autre allait se dévouer. Le silence continua de régner dans la pièce.
Les cinq Elfes se trouvaient dans une salle richement meublée et largement éclairée, située dans le donjon du château qui surplombait la petite ville de Hanorve, à l´Est de Dümrist. Cela faisait trois jours qu´Itraïr et son état-major s´y étaient installés pour superviser l´encerclement de la capitale de Dümra. Tout s´était très bien passé, les troupes avaient pris position autour de la ville, le plan fonctionnait à merveille, jusqu´à ce que...
- Alors ? répéta Itraïr.
Les quatre capitaines n´osaient toujours pas prendre la parole, trop écrasés par la terrible colère que leur roi ne semblait contenir qu´à grand-peine.
Âgé de plusieurs siècles, Itraïr commençait à montrer des signes de vieillesse, fait rarissime chez un Elfe. Ses longs cheveux blonds se parsemaient de blancs, ses yeux se faisaient moins vifs et sa vivacité s´affaiblissait d´une année à l´autre. Pourtant, il dégageait plus de puissance et de beauté que n´importe lequel de ses sujets. Ses traits anguleux étaient d´une harmonie sans pareille, ses oreilles s´allongeaient plus que chez tout autre, son regard gris reflétait une sagesse et une expérience considérables tandis que son habit vert et or mettait en valeur sa silhouette encore élancée.
C´était lui qui avait décidé de partir en guerre contre les humains, ayant acquis au fil des siècles la certitude que le monde ne vivrait jamais en paix tant qu´ils en souilleraient la surface. Une position radicale que ses sujets avaient acceptée sans discuter.
Sineor, le plus jeune des quatre capitaines, finit par prendre la parole.
- Hier soir, nous avons perdu soixante guerriers. Tout porte à croire que l´ennemi s´est infiltré dans le fort Darguil et a anéanti sa garnison afin de rompre une partie de notre réseau de communication, isolant ainsi plusieurs de nos escadrons. Puis, ce même ennemi a attaqué les unités ainsi coupées du reste des troupes. Il n´y a eu aucun survivant. Les corps ont été atrocement mutilés.
- Des barbares, cracha Itraïr.
Sineor réprima une remarque qui lui venait à la bouche et approuva les dires de son roi.
- Certes, Majesté.
- Et qu´en concluez-vous ?
- L´assaut a été parfaitement planifié et exécuté. Dans ces conditions, l´ennemi peut frapper à nouveau, en n´importe quel point du dispositif d´encerclement. Je suggère de rassembler davantage nos troupes pour parer à une telle éventualité.
Terenal, un autre capitaine d´Alméra, s´avança.
- En agissant ainsi, nous ouvrions de trop grandes brèches dans le cercle.
- C´est bien le problème, répondit Sineor. A mon avis, il est illusoire de vouloir assiéger une ville comme Dümrist avec à peine seize mille hommes.
- Silence !
Itraïr avait haussé la voix.
- Ce ne sont que des humains ! Nous les vaincrons sans peine ! Est-ce clair ?
Sineor planta ses yeux dans ceux de son roi.
- Très clair, Majesté.
- J´ignore comment l´ennemi s´y prend, reprit Terenal, mais...
- C´est Namâric. Ca ne peut être que lui.
Les cinq Elfes se tournèrent vers un sixième, qui jusque-là s´était tenu à l´angle d´un couloir. Vêtu de gris, le regard froid, il portait deux couteaux à sa ceinture et un long arc dans le dos.
Itraïr eut un petit sourire.
- Pour ceux qui ne le connaissent pas, je vous présente Elaïr. Un de nos meilleurs guerriers. Celui qui, avec un talent incroyable, est parvenu à entrer dans Dümrist, attaquer le roi Alexandre VII et ressortir sans encombre.
- Sans encombre, c´est vite dit. J´ai failli...
- Malheureusement, poursuivit Itraïr, il fait une fixation sur un certain Namâric, un combattant hors pair qui se trouverait à Dümrist.
- C´est exact. Si quelqu´un peut nous causer des difficultés, c´est forcément lui.
Sineor prit la parole.
- Donc, voici le fameux bras droit de notre roi ! Guerrier, espion, assassin... Un bel assortiment de compétences, tant qu´il ne doit pas se retourner contre nous...
- Voyez-vous un problème en ma présence ? demanda Elaïr. Je sens une certaine acrimonie dans vos propos...
Sineor haussa les épaules.
- Eh bien, puisque vous me le demandez... D´où sortez-vous, puisque vous n´êtes pas né en Alméra ? D´où tirez-vous tout votre arsenal ? Ce poison qui a terrassé le roi de Dümra, ces bottes dont on dit qu´elles vous permettent de marcher aux murs, ces couteaux qui...
- Assez ! coupa Itraïr. Ce n´est pas un poison qui a vaincu Alexandre VII, mais une substance infiniment plus complexe mise au point par mes médecins à partir des informations que nous avions sur cette maladie.
- Tant que vous en parlez, répliqua Sineor, comment avez-vous appris que le roi Alexandre souffrait d´un tel mal ?
Les yeux d´Itraïr flamboyèrent.
- Tu vas trop loin, Sineor. Ne fais-tu pas confiance à ton seigneur et maître ?
- Bien sûr que si. Mais je me méfie de votre assassin personnel.
- Pour répondre à vos autres questions, lança Elaïr, sachez que mes bottes me viennent de mon arrière-grand-père, un expert dans le domaine des artefacts magiques. Comme mes couteaux.
- Quelle explication simple...
Un instant, il sembla que la situation allait dégénérer. Elaïr et Sineor fléchirent légèrement les genoux, modifièrent leurs appuis. Leurs mains s´approchèrent des poignées de leurs armes...
Puis Itraïr coupa court au conflit.
- Peu importe, dit-il. Nous ne pouvons assiéger Dümrist si quelqu´un parvient à éliminer un pan de notre dispositif chaque nuit. Il faut attaquer au plus vite et prendre la ville. D´après ce que je sais de ses défense, ça ne devrait pas poser de problème.
- En fait... hasarda Terenal.
- Quoi ?
L´Elfe hésita une seconde, puis se lança :
- Je crois que nous avons été abusés. Les premiers rapports de reconnaissance avancée nous prouvent que Dümrist est bien mieux défendue que nous le pensions. Prendre ses faubourgs sera aisé, mais quant à franchir ses remparts...
- Comment ça, nous avons été abusés ?
Terenal baissa les yeux.
- Je pense que nos espions étaient interceptés.
Derneïl, le troisième capitaine, vint à son secours.
- A mon avis, la faute n´en incombe à aucun d´entre nous. Les plans d´espionnages ne présentaient en principe aucun défaut, mais l´ennemi s´est montré plus malin que nous...
- Namâric, dit Elaïr.
- Bon, maintenant, ça suffit avec ce Namâric, d´accord ? s´énerva Terenal.
- Encore une fois, peu importe, dit Itraïr. Je veux que vous m´établissiez un plan d´attaque pour prendre cette cité. Ca doit bien être faisable, non ? Leur roi ne peut plus commander, et nous, nous avons les Trolls !
- Euh, à ce sujet... hasarda Derneïl.
- Quoi, encore ?
Le capitaine prit un air gêné.
- Je sais que ces Trolls nous ont permis de remporter l´essentiel de nos victoires contre Dümra, mais...
- Quoi ? insista Itraïr.
Derneïl hésita. Son roi l´impressionnait trop pour qu´il se risque à le contrarier. Enfin il se jeta à l´eau :
- Je me demande s´ils sont vraiment fiables.
Itraïr eut un moue sceptique.
- Tu me demandes si des tas de muscles et de graisses tellement stupides qu´un moucheron pourrait se montrer plus malin qu´eux, tellement idiots qu´ils ne savent pas reconnaître la droite de la gauche, sont fiables ? C´est bien ça ?
- Ben... oui.
Le roi haussa les épaules.
- Evidemment qu´ils constituent des alliés douteux. Ils obéissent à quiconque leur promet des massacres et de la viande fraîche. S´il a été facile de les rallier à nous, il sera tout aussi facile de les perdre. Mais pour l´instant, ils nous servent, et bien.
Il se tourna vers Terenal.
- Alors ? Peut-on concevoir un moyen de prendre Dümrist ?
- Certainement, Altesse. J´ai d´ailleurs quelques idées qui...
- Vous devriez patienter avant de lancer un assaut !
Ce n´était pas un des capitaines qui avait parlé, ni même Elaïr. Les Elfes dégainèrent leurs longues épées avant même de se tourner vers cette voix nouvelle.
Un chevalier en armure étincelante se tenait dans l´encadrement de la seule porte. Il se tenait droit et fier, sûr de sa puissance. Un casque somptueux couvrait sa tête, surmonté d´un panache blanc, tandis qu´une cape immaculée, fixée sur ses épaules, descendait jusqu´à ses genoux. Une dague et une épée pendaient à sa ceinture, dans des fourreaux de cuir et d´argent.
Sans daigner accorder un regard aux luxueuses tapisseries et aux boiseries précieuses qui décoraient la pièce, il s´avança vers les Elfes toujours sur leurs gardes.
- Tant que Namâric vivra, vous courrez des risques élevés, poursuivit-il. Et pour l´éliminer, vous aurez besoin de mon aide.
- Je vois qu´on me vole mes entrées théâtrales, constata Elaïr.
Terenal se reprit à cet instant.
- Qui êtes-vous ?! s´exclama-t-il Comment êtes-vous entré ? Que voulez-vous ? Répondez, si vous ne voulez pas mourir dans les prochaines secondes !
Le chevalier se tourna vers lui et malgré le casque, Terenal eut conscience des yeux sévères braqués sur lui. Sa résolution s´ébranla.
- Vous n´êtes guère en position de me menacer, répondit l´inconnu. Si vous tentiez de vous en prendre à moi, je doute que vous viviez longtemps.
Avant que quiconque ait pu faire une remarque, il ajouta :
- Toutefois, mon intention n´est pas de vous affronter. Je vais donc répondre à vos questions. Pour m´introduire ici, il m´a suffi de faire preuve de discrétion et de rapidité. Rassurez-vous, aucune de vos sentinelles n´a subi le moindre mal. J´espère ainsi vous faire la preuve de mes compétences.
- J´aurais pu faire la même chose, répliqua Elaïr, l´air hautain.
- Je n´en doute pas, répondit courtoisement le chevalier. En ce qui concerne mon but... Je suis ici parce que les Paladins Noirs se trouvent dans le camp adverse. Abattre Namâric constitue l´une de nos priorités. Ce sera un coup dur pour l´Ordre.
Les Elfes restaient interloqués, un peu dépassés par la situation. Enfin Itraïr demanda :
- Que comptez-vous faire ?
- Il me faudra tendre un piège à Namâric. Je vous offre mon aide, si vous consentez à ne lancer aucune offensive contre Dümrist pendant deux semaines.
- A vous seul, vous pensez vaincre un pareil démon ? s´étonna Sineor.
Le chevalier désigna la plaine à travers la fenêtre.
- J´ai amené une petite armée avec moi. Quelques centaines d´hommes.
- Comment ? s´écria Itraïr. Pourquoi n´ai-je pas été prévenu ? J´ai posté des guetteurs partout !
- Les éviter ne nous pose aucun problème, répondit l´inconnu.
Arkalias, le quatrième capitaine de l´armée elfique, prit la parole pour la première fois.
- Il me semble que vous avez omis une question, et la plus importante : qui êtes-vous ? Mais évidemment, la réponse s´impose : un humain, une misérable vermine ! Comment pourrions-nous faire confiance à un paria comme vous ?
Arkalias croisa les bras. Parmi tous les sujets d´Itraïr, il était le plus fervent défenseur de sa doctrine. « Un bon humain est un humain mort », se plaisait-il à répéter. Depuis le début de la guerre, il se chargeait de faire exécuter les prisonniers, sans la moindre pitié.
Le chevalier ne se départit pas de son calme.
- J´appartiens à une organisation dont le nom devrait vous rappeler des souvenirs. Les Vzad´orû´bausns. Les Chevaliers Blancs.
Sa voix avait changé, devenant claire et chantante. Lentement, il porta les mains à son casque et défit les attaches.
- Pour tout vous dire, j´ai un compte à régler avec Namâric. Ma soeur jumelle a trouvé la mort dans une bataille qui a opposé ses troupes à un groupe dont ce Paladin faisait partie.
- Je veux me charger moi-même de Namâric, objecta Elaïr. Pour moi aussi, c´est une affaire personnelle !
- Nos buts ne sont pas incompatibles, répondit le Chevalier.
Le casque se souleva, révélant un visage d´une beauté sauvage, aux yeux en amande et aux sourcils inclinés, à la chevelure blonde et soyeuse. Une Elfe.
- Je m´appelle Karen, puisque vous teniez à le savoir. Quelle est votre décision ?