LA FLECHE NOIRE
CHAPITRE 1
Le soleil était à son zénith quand le concours de tir à l’arc arriva à sa fin.
Clara regarda sa cible qui se trouvait à quatre-vingt pieds puis elle observa son dernier adversaire. Il était laid, très laid même, pensa t-elle ironiquement. Ses cheveux hirsutes lui tombaient au niveau du coup. Il avait de petits yeux noirs qui reflétaient la malveillance, une bosse au milieu de son visage carré lui tenait lieu de nez. L’homme se concentrait, une perle de sueur coula le long de sa joue. La flèche partit à une vitesse fulgurante et se planta tout près du centre de la cible. Il eut un juron rageur et se détourna. Clara était prête. Elle choisit soigneusement la flèche qu’elle allait utiliser puis rejeta ses longs cheveux bruns en arrière et se plaça. Elle tendit son arc, le redressa légèrement, laissa passer quelques secondes et ses doigts relâchèrent leur prise, la flèche fusa dans le ciel, elle décrivit une parabole et alla se planter au milieu de la cible, au millimètre près. Clara n’eut pas le temps de sauter de joie, une autre flèche jaillit de nulle part transperça son cou. Elle resta debout quelques instants, sourit une expression étonnée et incrédule dans le regard, n’admettant pas ce qui venait de se passer ; elle s’effondra…
Une jeune fille reposait paisiblement sur un lit de draps blancs. Elle souriait au néant. Ses cheveux bruns, coiffés en deux tresses lui donnait un air de petite fille dormant d’un sommeil profond. Son visage fin et délicat avait probablement respirait la fraîcheur de la jeunesse et la joie de vivre quelques heures plus tôt. On avait retiré la flèche maudite qui avait sectionné une artère. Clara s’était vidée de son sang. C’était fini pour elle, ses traits étaient figés à jamais.
A ses côtés, au pied du lit à baldaquin se tenait un vieil homme, pleurant toutes les larmes de son corps. Parfois, il séchait ses pleurs, regardait le visage de sa petite-fille et se remettait à pleurer. Ses larmes coulaient sur ses joues ridées par l’âge pour terminer leur course dans la barbe blanchie par le temps.
Il murmurait :
« Pourquoi elle ? Elle était si jeune. Je te vengerais, je te le jure, je te vengerais ! »
Les gens pensaient :
« Pauvre homme, il est devenu fou. Elle n’avait que dix-huit ans et si pleine de talent, c’est compréhensif. »
Ils lui faisaient leur condoléance et s’en retournaient chez eux, n’y pensant déjà plus. Une femme finit par prendre le vieil homme par le bras et l’emmena avec elle pour l’éloigner du cadavre. L’enterrement n’aurait lieu que le lendemain et elle devinait que si elle le laissait là, il resterait au chevet de la jeune fille pendant toute la nuit…
On n’avait pas retrouvé le meurtrier, il était resté caché, son forfait accompli. C’était un bon archer vu la distance entre l’arc et Clara, c’était tout ce que l’on savait. Une chose était par contre rester incompréhensible : dans l’affolement, personne n’y avait pris garde mais la flèche avait disparu. On ne s’en était pas inquiété sur le moment.
Le vieil homme et la femme s’éloignèrent de la chambre mortuaire.