Bonjour,
C´est le premier texte que je poste, alors soyez indulgents
Le jour où je suis mort, j´avais à peine trois ans.
Vous allez me dire, et je suis bien d´accord, que ce n´est pas beaucoup vivre. Et pourtant j´en ai vu des choses, et des gens très étranges, que l´on appelle ´parents´. Ils ne cessent de s´émerveiller alors que vous faites des choses toutes simples, qu´ils font quotidiennement. Ils ont fêtés mon premier anniversaire, alors que je ne savais même pas ce qu´était une année. Ils voulaient que je me mette debout alors qu´ils étaient assis sur leur fauteuil, la télé allumée. Ils me suppliaient de parler, mais ils parlaient, à eux deux, bien assez pour nous trois! Ils applaudissaient quand j’allais au petit pot, mais pourquoi ne me laissaient-ils pas fermer la porte? Ce sont pourtant des choses qui m’étaient gênantes à montrer.
Non, je préférais de loin m´émerveiller de tout ce que je voyais, que ce soit une mouche ou un hochet. Il fallait que je goûte à tout, que mette en bouche tout ce qui me plaisait. Pour ainsi dire, à un ans, j´avais mit en bouche - et avalé pour la plupart - tout les objets assez grand pour rentrer dans mon orifice buccal. Bien entendu, ça a fait des histoires, pourtant, elle avait tellement bon goût cette vieille peluche poussiéreuse. Tellement bon goût que je connais par cœur la phrase fétiche de maman « Oh trésor, enlèves moi ça de la bouche ! Puf Puf ! C’est pour te rendre malade ! ». Il faut croire que si, puisqu’elle devait me le répéter cinq fois par jour.
Mais enfin, la vie était bien morne dans cette minuscule chambre, entouré de quatre murs, et d’innombrables peluches, toutes neuves et toutes propres. Mais c’était de mon vieux lapin dont j’avais envie, et c’était de lui que l’on me séparait, et que l’on me rendait, après que j’aie dit ‘non’ à la question ‘Tu vas encore le remettre en bouche ?’ . Assez bizarrement, cela marchait à chaque fois. Peut-être mes yeux que l’on jugeait déjà magnifiques pour mon âge jouaient-ils un rôle là dedans.
Voilà, je posterai la suite si je trouve des lecteurs ![]()
Je suis trop mort pour te faire une critique exhaustive, mais poste la suite, je trouve ça intriguant... ![]()
Bon bin voila la suite, l´extrait n´est pas très long, mais aucun ne le sera je crois.
Ma vie se résumait jusque là à une routine ne connaissant d’autre fin que la mort.
Je me réveillais le matin, vers deux heures environ, pour signaler au monde que j’existais encore, et à cette époque, le monde se résumait à mes parents. Pour ce faire, je n’avais d’autre moyen pour signaler ma présence que ma voix qui, heureusement, portait dans toute la maison. Mais j’avais un autre but également pour réclamer ainsi l’attention. J’avais faim. Et comment vouliez-vous donc que je sois rassasié, avec à peine un biberon par repas ? Et tout de suite, je voyais arriver celle qui disait s’appeler ‘maman’, ou l’autre grand être que l’on appelait ‘papa’. Je préférais toujours quand c’était maman qui venait, après tout, j’avais passé beaucoup de temps avec elle, alors que je connaissais l’autre nettement moins bien. Mais enfin, un biberon venait, ma faim était enfin passée, et on avait pu constater que j’étais toujours bien là. Alors je me rendormais, et je pouvais rêver autant que je voulais, d’autres biberons qui arrivaient, par milliers, et que j’engloutissais les uns après les autres.
Voilà donc à quoi se résumaient mes journées. Je mangeais, je dormais, et c’était bien comme ça.
Un jour pourtant, je me suis intéressé à la question ‘À quoi donc servais-je ?’
Mais elle m’a vite lassé. Je n’y trouvais pas de réponse. Alors je vivais, j’en étais bien heureux, pourquoi chercher un sens ? Qui plus est, je rendais mes parents heureux. Jusque là donc, le but de ma vie n’était autre que de faire plaisir à mes parents. Ils me le rendaient d’ailleurs bien, puisque je prenais un plaisir extatique à engloutir les biberons, hélas si peu remplis.
C´est spécial, et... j´aime bien.
C´pendant, faudra qu´tu m´expliques comment il arrive à parler comme ça alors qu´il est mort à trois ans.
Sinon, ça s´lit bien mais c´est un peu trop court, si tu ne fais que des extraits de cette taille, poste-les par deux ou par trois, j´pense que c´s´ra mieux. ![]()
En fait c´est un texte que j´ai du mal à écrire, je ne sais combien de paragraphes j´ai écrit puis effacé parce qu´ils ne me convenaient pas, donc c´est assez lent, surtout que quand ca vient pas bin... Ca vient pas... Donc voilà, je sais pas trop quand je vais poster la suite, surement ce soir ![]()
c´est trop court pour juger mais à mon humble avis je pense que ça promet... ![]()
les descriptions sont bien faites, on est dans la tête du bébé, et il nous tarde de savoir comment il mort, et comment il peut nous parler.
alors vivelent la suite!!!
![]()
Voilà la suite, il y aura peut-être des modifications dedans, n´hésitez pas à m´en proposer ;)
Plus tard, j’ai découvert les promenades bucoliques, qui étaient une manière de sentir un peu d’air frais sur ma figure. Enfin, ce n’est qu’une façon de parler, car j’étais emmitouflé en hiver d’une cagoule, d’une écharpe, d’une paire de moufles, de deux manteaux et de trois pulls. Ah ça, je ne risquais pas d’être malade, la chaleur y était telle que si un microbe était parvenu à traverser cette épaisse couche de laine, de coton et de polyester, il aurait été brûlé vif par ma chaleur interne.
Mais celles que je préférais étaient les ballades d’automnes. Les arbres y étaient toujours plus beaux, mourants lentement pour renaître au printemps. Et cet air ! Cet air ! Ah, j’aurais tout donné dans mon berceau pour sentir ce vent frais sentant la liberté, des vents qui étaient entre le gel de l’hiver, et la chaleur insupportable de l’été. Et pourtant, il était différent de l’air du printemps, car son parfum était meilleur, c’était celui des arbres qui donnaient leurs dernières odeurs, en même temps que leurs dernières feuilles. Un parfum annonçant une fin, un parfum qui était doux et inquiétant à la fois.
Malgré tout, les promenades n’avaient pas que des avantages, car on y rencontrait d’ignobles monstres, des abominations poilues, au nez noir et humide, qui couraient partout, perçant mes pauvres tympans de leurs jappements. Le plus terrifiant était leur gueule béante, prête à vous avaler d’un trait, sans même prendre le temps de vous mâcher. Mais si l’on faisait un peu attention, on pouvait apercevoir les petits animaux bruns, courant partout, mais toujours loin de nous, sans cesse aux aguets, sans nul doute à cause des monstres. Les écureuils, ainsi que maman les appelait, étaient donc comme moi en un point, et cela me les rendait sympathiques.
Somme toute, les promenades avaient bien plus d’avantages que d’inconvénients. En fait, il n’y avait qu’un seul inconvénient, les terrifiants monstres.
MDR!
Vraiment bien, il a un d´ces humour l´bébé^^. Bon, rien d´autre à dire : la suite. ![]()
Merci
Je vais essayer d´écrire encore ce soir... J´m´attacherai avec un hochet en caoutchouc à un berceau si j´ai pas d´inspiration ![]()
Après avoir eu recours au hochet, j´ai l´honneur de vous présenter... la suite!
Un jour, je me suis rendu compte que je pouvais entendre, que tout n’était pas composé de bruit dans les sons que produisaient mes parents, que certains sons avaient une quelconque signification. Le tout était de comprendre ce que voulaient dire tous ces gargarismes. C’est comme ça que j’ai compris que ‘papa’ désignait le grand être que je ne connaissais pas vraiment. Je connaissais le nom de ‘maman’ depuis toujours, celui-là, je n’avais pas eu besoin de l’apprendre, il était inscrit dans mon petit cerveau depuis le début de ma vie. Ensuite, j’ai découvert le second mot le plus important dans ma vie : biberon. C’était mon mot favori. Biberon, biberon, biberon, je le repassais sans cesse dans ma tête. Comme il sonnait bien ce mot. J’avais bien essayé de le dire pour réclamer à manger, mais tout ce qui sortait était un vague ‘Iwo’, et allez dire à mes parents le sens de ce son, ils ne l’ont jamais compris.
Bien sur, le premier son que l’on a compris a été ‘mama’, ce qui l’avait rendue folle de joie, mais ce qui les a surpris, c’est que le second était ‘bibro’, que je criais autant que j’avais de voix. Je crois que ‘papa’ a été un peu vexé, mais je n’en avais cure ; lui, il ne comptait pas, seulement pour m’apporter mes précieux biberons, que je lui prenais des mains d’un regard avide, et que j’empêchais de repartir avant que le biberon soit totalement vide.
Je n’éprouvais aucune rancœur envers lui, aucune hostilité, mais aucune joie de le voir non plus, j’étais simplement indifférent à sa présence. Si ‘maman’ entrait dans la pièce, c’était toujours vers elle que je tendais les bras, même si elle était encombrée de sacs de provisions. Il ne comptait pas. Il n’avait jamais compté et ne compterait sans doute jamais, malgré tous les efforts qu’il faisait pour capter mon attention.
Plus je te lis et plus je trouve le bébé mesquin envers son père. ![]()
lol j´adore ![]()
je sais pas s´il y a des fautes, j´ai la flemme de relever ![]()
lol on se sens vraiment dans la peau du bébé,c´est maman qui compte, papa, il est juste là, on s´en fiche.
![]()
Merci pour les commentaires ![]()
En fait, il n´est pas mesquin avec son père, disons qu´il garde l´exclusivité de son attention pour sa mère.
je suppose que pour tous les bébés c´est pareil!!pour moi, c´est encore vrai aujourd´hui, je crois...
![]()
Il se sert juste de son père comme un ramène-biberons... ![]()
j´aime bien ^^, en ce momment j´ai la flem de commenter mes com´ . ça me passera peut être enfin voila.
-> Bourreau_Kwama:
Oui c´est tout a fait ca
Sinon, merci pour vos commentaires, et si vous trouvez que certaines tournures de phrase, certaines choses sont a changer, faites le moi savoir ![]()
Voila voilou, je vous poste la suite, qui est provisoire parce que je la trouve un peu moins bonne... À vous de juger...
Je savais voir, je savais entendre, je savais parler, je savais sentir, je savais goûter (oh pour ça oui, mes délicieux biberons en savaient quelque chose) mais je ne savais pas marcher. Je m’y suis donc attelé un jour que je voyais un biberon négligemment posé sur la table basse près de mon berceau. J’ai agrippé la table de toutes mes forces, si bien que la main de dieu elle-même n’aurait pu m’en dégager, et j’ai tiré, le plus fort que je pouvais. Je me tenais enfin sur deux jambes, j’allais pouvoir prendre le biberon et… Boum ! Je me suis écrasé sur le sol.
Déception, rage, mais très peu de douleurs (ma couche amortissait). J’étais incapable de me tenir debout. Mais mon petit ego ne voulait pas être en reste. Il voulait réussir, gagner, vaincre cette table qui me séparait de ce fameux biberon. Je devais réessayer. J’ai donc refais la même chose, j’ai tiré sur mes bras, j’ai poussé sur mes jambes, j’ai tendu mes bras et… Boum ! De nouveau je m’écrasais pitoyablement sur le parquet. J’ai recommencé ce manège au moins quinze fois, sans jamais de réussite. Frustration. Mon ego était dans une rage folle, et je commençais même à admettre que je n’aurais pas ce fameux biberon.
Puis j’ai eu l’Idée, celle qui allait me permettre d’attraper l’objet tant convoité. J’ai tiré sur la table, j’ai poussé sur mes jambes et je n’ai tendu cette fois-ci qu’un seul bras… J’ai réussi à le faire tomber par terre (et moi avec par la même occasion). C’est alors, en entendant tout le raffut que je faisais, que ‘maman’ est arrivée. Elle s’est toujours demandée, je crois, comment le biberon était tombé par terre, vu que je n’ai fait mes premiers pas que bien longtemps après.
Eh bien...toujours aussi intéressant, j´crois qu´y´a rien d´autre à dire.
C´est spécial comme fic, mais j´trouve ça très bien.
Bibro, bibro, bibro!
^^
Voila... C´est ici que je vais me faire descendre en flèche... J´ai fini la nouvelle, la fin est très très courte, je vous remets le texte tout entier.
Trois ans
Le jour où je suis mort, j´avais à peine trois ans.
Vous allez me dire, et je suis bien d´accord, que ce n´est pas beaucoup vivre. Et pourtant j´en ai vu des choses, et des gens très étranges, que l´on appelle ´parents´. Ils ne cessent de s´émerveiller alors que vous faites des choses toutes simples, qu´ils font quotidiennement. Ils ont fêtés mon premier anniversaire, alors que je ne savais même pas ce qu´était une année. Ils voulaient que je me mette debout alors qu´ils étaient assis sur leur fauteuil, la télé allumée. Ils me suppliaient de parler, mais ils parlaient, à eux deux, bien assez pour nous trois! Ils applaudissaient quand j’allais au petit pot, mais pourquoi ne me laissaient-ils pas fermer la porte? Ce sont pourtant des choses qui m’étaient gênantes à montrer.
Non, je préférais de loin m´émerveiller de tout ce que je voyais, que ce soit une mouche ou un hochet. Il fallait que je goûte à tout, que mette en bouche tout ce qui me plaisait. Pour ainsi dire, à un ans, j´avais mit en bouche - et avalé pour la plupart - tout les objets assez grand pour rentrer dans mon orifice buccal. Bien entendu, ça a fait des histoires, pourtant, elle avait tellement bon goût cette vieille peluche poussiéreuse. Tellement bon goût que je connais par cœur la phrase fétiche de maman « Oh trésor, enlèves moi ça de la bouche ! Puf Puf ! C’est pour te rendre malade ! ». Il faut croire que si, puisqu’elle devait me le répéter cinq fois par jour.
Mais enfin, la vie était bien morne dans cette minuscule chambre, entouré de quatre murs, et d’innombrables peluches, toutes neuves et toutes propres. Mais c’était de mon vieux lapin dont j’avais envie, et c’était de lui que l’on me séparait, et que l’on me rendait, après que j’aie dit ‘non’ à la question ‘Tu vas encore le remettre en bouche ?’ . Assez bizarrement, cela marchait à chaque fois. Peut-être mes yeux que l’on jugeait déjà magnifiques pour mon âge jouaient-ils un rôle là dedans.
Ma vie se résumait jusque là à une routine ne connaissant d’autre fin que la mort.
Je me réveillais le matin, vers deux heures environ, pour signaler au monde que j’existais encore, et à cette époque, le monde se résumait à mes parents. Pour ce faire, je n’avais d’autre moyen pour signaler ma présence que ma voix qui, heureusement, portait dans toute la maison. Mais j’avais un autre but également pour réclamer ainsi l’attention. J’avais faim. Et comment vouliez-vous donc que je sois rassasié, avec à peine un biberon par repas ? Et tout de suite, je voyais arriver celle qui disait s’appeler ‘maman’, ou l’autre grand être que l’on appelait ‘papa’. Je préférais toujours quand c’était maman qui venait, après tout, j’avais passé beaucoup de temps avec elle, alors que je connaissais l’autre nettement moins bien. Mais enfin, un biberon venait, ma faim était enfin passée, et on avait pu constater que j’étais toujours bien là. Alors je me rendormais, et je pouvais rêver autant que je voulais, d’autres biberons qui arrivaient, par milliers, et que j’engloutissais les uns après les autres.
Voilà donc à quoi se résumaient mes journées. Je mangeais, je dormais, et c’était bien comme ça.
Un jour pourtant, je me suis intéressé à la question ‘À quoi donc servais-je ?’
Mais elle m’a vite lassé. Je n’y trouvais pas de réponse. Alors je vivais, j’en étais bien heureux, pourquoi chercher un sens ? Qui plus est, je rendais mes parents heureux. Jusque là donc, le but de ma vie n’était autre que de faire plaisir à mes parents. Ils me le rendaient d’ailleurs bien, puisque je prenais un plaisir extatique à engloutir les biberons, hélas si peu remplis.
Plus tard, j’ai découvert les promenades bucoliques, qui étaient une manière de sentir un peu d’air frais sur ma figure. Enfin, ce n’est qu’une façon de parler, car j’étais emmitouflé en hiver d’une cagoule, d’une écharpe, d’une paire de moufles, de deux manteaux et de trois pulls. Ah ça, je ne risquais pas d’être malade, la chaleur y était telle que si un microbe était parvenu à traverser cette épaisse couche de laine, de coton et de polyester, il aurait été brûlé vif par ma chaleur interne.
Mais celles que je préférais étaient les ballades d’automnes. Les arbres y étaient toujours plus beaux, mourants lentement pour renaître au printemps. Et cet air ! Cet air ! Ah, j’aurais tout donné dans mon berceau pour sentir ce vent frais sentant la liberté, des vents qui étaient entre le gel de l’hiver, et la chaleur insupportable de l’été. Et pourtant, il était différent de l’air du printemps, car son parfum était meilleur, c’était celui des arbres qui donnaient leurs dernières odeurs, en même temps que leurs dernières feuilles. Un parfum annonçant une fin, un parfum qui était doux et inquiétant à la fois.
Malgré tout, les promenades n’avaient pas que des avantages, car on y rencontrait d’ignobles monstres, des abominations poilues, au nez noir et humide, qui couraient partout, perçant mes pauvres tympans de leurs jappements. Le plus terrifiant était leur gueule béante, prête à vous avaler d’un trait, sans même prendre le temps de vous mâcher. Mais si l’on faisait un peu attention, on pouvait apercevoir les petits animaux bruns, courant partout, mais toujours loin de nous, sans cesse aux aguets, sans nul doute à cause des monstres. Les écureuils, ainsi que maman les appelait, étaient donc comme moi en un point, et cela me les rendait sympathiques.
Somme toute, les promenades avaient bien plus d’avantages que d’inconvénients. En fait, il n’y avait qu’un seul inconvénient, les terrifiants monstres.
Un jour, je me suis rendu compte que je pouvais entendre, que tout n’était pas composé de bruit dans les sons que produisaient mes parents, que certains sons avaient une quelconque signification. Le tout était de comprendre ce que voulaient dire tous ces gargarismes. C’est comme ça que j’ai compris que ‘papa’ désignait le grand être que je ne connaissais pas vraiment. Je connaissais le nom de ‘maman’ depuis toujours, celui-là, je n’avais pas eu besoin de l’apprendre, il était inscrit dans mon petit cerveau depuis le début de ma vie. Ensuite, j’ai découvert le second mot le plus important dans ma vie : biberon. C’était mon mot favori. Biberon, biberon, biberon, je le repassais sans cesse dans ma tête. Comme il sonnait bien ce mot. J’avais bien essayé de le dire pour réclamer à manger, mais tout ce qui sortait était un vague ‘Iwo’, et allez dire à mes parents le sens de ce son, ils ne l’ont jamais compris.
Bien sur, le premier son que l’on a compris a été ‘mama’, ce qui l’avait rendue folle de joie, mais ce qui les a surpris, c’est que le second était ‘bibro’, que je criais autant que j’avais de voix. Je crois que ‘papa’ a été un peu vexé, mais je n’en avais cure ; lui, il ne comptait pas, seulement pour m’apporter mes précieux biberons, que je lui prenais des mains d’un regard avide, et que j’empêchais de repartir avant que le biberon soit totalement vide.
Je n’éprouvais aucune rancœur envers lui, aucune hostilité, mais aucune joie de le voir non plus, j’étais simplement indifférent à sa présence. Si ‘maman’ entrait dans la pièce, c’était toujours vers elle que je tendais les bras, même si elle était encombrée de sacs de provisions. Il ne comptait pas. Il n’avait jamais compté et ne compterait sans doute jamais, malgré tous les efforts qu’il faisait pour capter mon attention.
Je savais voir, je savais entendre, je savais parler, je savais sentir, je savais goûter (oh pour ça oui, mes délicieux biberons en savaient quelque chose) mais je ne savais pas marcher. Je m’y suis donc attelé un jour que je voyais un biberon négligemment posé sur la table basse près de mon berceau. J’ai agrippé la table de toutes mes forces, si bien que la main de dieu elle-même n’aurait pu m’en dégager, et j’ai tiré, le plus fort que je pouvais. Je me tenais enfin sur deux jambes, j’allais pouvoir prendre le biberon et… Boum ! Je me suis écrasé sur le sol.
Déception, rage, mais très peu de douleurs (ma couche amortissait). J’étais incapable de me tenir debout. Mais mon petit ego ne voulait pas être en reste. Il voulait réussir, gagner, vaincre cette table qui me séparait de ce fameux biberon. Je devais réessayer. J’ai donc refais la même chose, j’ai tiré sur mes bras, j’ai poussé sur mes jambes, j’ai tendu mes bras et… Boum ! De nouveau je m’écrasais pitoyablement sur le parquet. J’ai recommencé ce manège au moins quinze fois, sans jamais de réussite. Frustration. Mon ego était dans une rage folle, et je commençais même à admettre que je n’aurais pas ce fameux biberon.
Puis j’ai eu l’Idée, celle qui allait me permettre d’attraper l’objet tant convoité. J’ai tiré sur la table, j’ai poussé sur mes jambes et je n’ai tendu cette fois-ci qu’un seul bras… J’ai réussi à le faire tomber par terre (et moi avec par la même occasion). C’est alors, en entendant tout le raffut que je faisais, que ‘maman’ est arrivée. Elle s’est toujours demandée, je crois, comment le biberon était tombé par terre, vu que je n’ai fait mes premiers pas que bien longtemps après.
Mais vous ? Vous vous demandez certainement, si vous m’avez lu jusqu’ici, comment j’ai pu passer dans l’au-delà… De la plus simple des manières qui soit. Je suis entré à l’école ; j’ai commencé à jouer avec d’autres bambins de mon age, cela entama mon agonie. J’ai mangé de vrais repas, le poison était entré. Je l’ai appelé ‘papa’, la corde avait été nouée. J’ai joué avec un monstre, la balle était tirée.
J’avais changé, j’étais différent, ma perception des choses avait été bouleversée, détruite, anéantie. J’étais mort, quelque chose de nouveau en était ressorti, mon émerveillement avait disparu, mon étonnement si facile pour tout était passé de vie à trépas. Heureusement, je peux encore revenir, et faire s’émerveiller, pour quelques secondes, le nouvel être qui était né.
C’est à trois ans que je suis mort, et, tous comptes faits, c’était bien assez vivre.