Voilà p´tit essai limite autobiographique, macabre, lent, je suis fier de moi
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Je pense que c’est assez haut. En tout cas je commence à ressentir de drôles de sensations, peut-être une cinquantaine de mètre, oui, je pense que c’est assez haut. Il fait froid, il ne pleut pas, dommage, je vais tout salir. Les lumières rouges et bleues de la police transpercent l’absolue noirceur de la nuit. Même la Lune ne veut pas me voir pour ma dernière heure. Quelqu’un parle dans un mégaphone mais je ne comprends pas ce qu’il dit, je suis dans un autre monde, mon âme m’a déjà partiellement quitté et les paroles qui surviennent des personnes situées au bas de l’immeuble ressemblent à un meuglement passé au ralenti. Je m’assois sur le rebord de ma fenêtre, et me laisse choir contre le mur. J’ai froid, j’aurai peut-être dû m’habiller, non, la mort est naturelle, je dois mourir comme je suis né, nu. Les gens continuent de crier et je sors quelques secondes de mon rêve, j’entends qu’on tambourine contre ma porte, mais ils ne pourront pas l’ouvrir, j’ai placé mon armoire devant. Ma mère hurle, ses râles suffiraient à briser le verre, s’ils n’étaient pas étouffés par les larmes de sang qui parcouraient ses joues. Mon père répète mon nom inlassablement, je n’entends pas ma petite sœur, mais du haut de ses cinq ans, elle ne doit pas comprendre ce qu’il se passe. Je l’imagine, enfermée dans sa chambre, se dandinant avec le nounours que je lui avait offert Noël dernier, l’oreille dans la bouche. Sa jolie tête blonde était le seul réconfort qui m’était procuré en rentrant d’une journée d’école insipide et monotone. Comme tous les jours, je constatait l’infâme ignominie qui infestait les adolescents de ma génération, on empestait la stupidité, hypocrisie, cupidité, perversité, obsession… Ce monde n’était pas fait pour moi, où était-ce moi qui n’était pas fait pour ce monde ? J’aurai voulu être comme tous les autres, insouciant, idiot, heureux, mais aucune solution à mon problème, je ne pouvais m’empêcher de réfléchir sur les comportements des gens. On m’a souvent dit que j’aurai fait un bon psy, peut-être, mais personne ne le saura, et même pas moi. Alors je détourne la tête, mes parents qui hurlent ne me font même pas regretter ma décision une seule seconde, eux qui se sont toujours fichus de moi, qui ne respectaient pas ce que je pensais, qui pensaient que j’avais des problèmes, oui j’en avais, mais pas dans le sens où ils l’entendaient. Pour eux j’étais comme tout le monde, c’est assez contradictoire, ç’aurait du me rendre heureux, mais que mes propres parents refoulent mes pensées, et qu’ils fassent partie d’une majorité de gens ahuris qui passaient leurs soirées devant les émissions de télé-réalité ou à se contenter d’un : « C’est horrible » lorsqu’on leur annonce la mort de millier de gens m’exaspérait. Mais je n’ai pas eu la force d’accepter qu’on n’y pourrait rien, et que l’on devait attendre patiemment d’avoir touché le fond, pour repartir de zéro, ou pour ne pas repartir du tout, qui sait. Il fût un temps où l’optimisme qui m’envahissait débordait et jaillissait sur les autres, mais après m’être rendu compte que personne ne voyait rien, et que raisonner des jeunes personnes qui se fichent pas mal de savoir si le fait de s’acheter un jean à la mode est plus important que de faire un don à une association caritative. Je suis moi-même emporté par ce groupe, et je le regrette, mais la pression a fait son effet, je garde le recul, mais me confonds de plus en plus avec cette masse informe de la pensée commune. Alors avant qu’il soit trop tard, avant que la réflexion ne soit vaincue par la maigreur publicitaire, avant que la philosophie ne soit traînée dans la boue par la télé-réalité, avant que la profondeur de l’âme ne soit avilie par de simples et puantes manipulations d’on ne sait trop qui, je dois m’en aller, je ne peux plus vivre en ce monde qui me dégoûte, me répugne et me donne périodiquement des accès de colère.
Je regarde en bas, ça s’agite, les pompiers arrivent, je les vois au bout de la rue, si je ne saute pas maintenant, ils mettront en place le dispositif de sécurité et je vivrai en ayant voulu me suicider, et bien évidemment serai accablé de reproches de la part de ma famille, perdrait tous mes amis et connaissances. Alors allons-y, ne perdons plus de temps, j’ai déjà trop vécu, mon cœur a trop battu. Un coup, mon armoire s’effondre, un autre, ma porte va s’exploser contre mon lit et les policiers envahissent ma chambre. Je me retourne, leur fait face et me laisse tomber en arrière, j’ai seize ans, et je vais mourir. La scène passe au ralenti, une main ou deux, peut-être plus, mes yeux se révulsent, tentent de m’attraper mais je suis déjà parti trop loin, là où personne ne pourra plus me suivre. J’entends des hurlements, la peur me noue le ventre, je sens une chaleur au niveau de mon entre-jambe. Je ferme les yeux et je souris, et repensant à un clip de Placebo, je susurre des mots issus d’une autre de leur chanson : « C’est le malaise du moment… ».
J’ai le temps de me retourner et de faire face au macadam, je le rencontre pour un ultime baiser, une ultime délivrance, ce sera finalement la route qui m’aura emmené plus loin que personne. J’avais seize ans, et je suis mort.