Voici une petite nouvelle écrite pour l´école, dont la première phrase était imposée (vous l´auriez deviné c´est "Elle me fascinait."
(horrible le smiley
))
Si un mot a toujours une lettre majuscule dans le texte, ce n´est pas une erreur.
Elle me fascinait. Ses courbes, qui s’accentuaient en suivant un parcours enivrant et prononcé, me plongeaient dans un état d’euphorie que j’avais du mal à définir. Je lui adressai un sourire timide, et Elle me répondit de la même façon. Cette première approche me satisfit.
Je détournai les yeux et balayai le compartiment du regard. La plupart des passagers fixaient le hublot, le regard vide, ou avaient le nez plongé dans un livre.
C’était plus fort que moi. Je jetai un coup d’oeil en sa direction et constatai avec joie qu’Elle me fixait toujours. Sa présence était apaisante. Je n’avais jamais eu la chance de contempler un teint aussi limpide, immaculé.
Bercé par le grondement sourd des réacteurs, je soupirai. Ce voyage représentait le commencement d’une nouvelle vie. J’avais imaginé cette scène des centaines de fois, visualisé la situation dans ses moindres détails. Une indolence inerte animait mes sens; la nervosité que j’avais si longtemps crainte ne s’était finalement jamais présentée. Peut-être que mon esprit, à l’idée d’un tel changement, s’était complètement révolté et refusait à présent de m’afficher la réalité telle qu’elle était: j’étais fou d’angoisse.
Je réorientai mon regard vers Elle. L’effet fut immédiat: le tremblement qui ne cessait de s’accentuer au niveau de mes jambes s’interrompit.
Je vis l’homme assis à mes côtés me jeter un coup d’oeil furtif. J’espérais qu’il ne l’avait pas aperçue.
J’inspirai profondément. Peu importait. D’ici quelques heures, je pourrais mettre une croix définitive sur le passé. La frénésie générale, le sifflement des obus, l’odeur âpre de la cendre. Les hurlements.
Soudain, un vent de panique –en contradiction totale avec ma récente inertie émotionnelle- me désorienta, traversant le parcours sinueux de ma colonne vertébrale, se faufilant jusqu’à mes talons. Je me tournai de nouveau vers Elle, et compris qu’un instant plus tôt, le simple éclat de son regard m’avait évité de sombrer dans la folie. Elle était forte. Je devais prendre exemple sur Elle.
Ma vue s’est brouillée. Je sentis la chaleur humide qui courait le long de ma joue. À quoi bon? J’avais déjà perdu une épouse et un fils dans cette guerre qui, avec ou sans mon apport, allait perdurer à jamais. Je revis les traits délicats de Paulo, sa démarche mal assurée, son rire attendrissant. Il venait d’avoir deux ans quand j’avais trouvé la maison affaissée sur eux. Je m’étais évanoui.
Dans la panique, on ne m’avait retrouvé qu’une heure plus tard, gisant près des décombres de ce qui avait été mon logis. On m’avait plus tard annoncé qu’une erreur de cible lors des bombardements était à l’origine du désastre. J’avais cru mourir. Il en aurait probablement été mieux ainsi.
J’essuyai mes larmes du revers de la main. Ma réaction était absurde. Il me fallait canaliser ma rage et agir vite, rien de plus.
J’agrippai fermement la Lame et, y jetant un dernier regard comme pour m’assurer qu’Elle était toujours aussi forte, qu’Elle m’accompagnerait jusqu’au bout, me levai de mon siège.