Petit texte qui peu même être lu comme transition entre "l´argent ne fuit pas le bonheur" et "la vie m´a tout donné..."
Taedium Vitae
Deux ans se sont écoulés depuis ma tentative « d’évasion ».
J’ai été ramené in extremis à cette vie dont je cherchais à m’échapper. Je n’ai semble t’il que réussi à faire s’accroître le malaise déjà présent au sein de ma famille. Mes relations avec ma mère se sont passablement dégradés, quant à mon père il n’entretien plus avec moi que des rapports polis.
Je suis maintenant mis à l’écart de tous les problèmes qui ont contribué à mettre à mal ma joie de vivre.
Tenu pour seul responsable de l’acte odieux, je ne suis plus l’enfant chéri, mais un adolescent instable dont on évite soigneusement de parler lors des réunions de famille.
Mon mal-être n’existe pas aux yeux de mes parents, refuser de l’admettre permet de l’éluder. Ils se sont donc murés dans une réalité cotonneuse ou tout va pour le mieux, nous sommes une famille unie, une famille sans aucun problème. Quasiment personne ne sait ce qui est arrivé, et mon frère lui-même ignore la vérité.
Je vis maintenant ma vie comme une corvée, je me lève sans but autre que celui d’arrivée jusqu’au soir et je me couche en essayant de rêver d’une vie autre que la mienne. Je ne suis pas malheureux, mais cela suffit il à dire de moi que je suis heureux, non, le manichéisme niais qui semble toucher ma famille ne m’a pas atteint. Pour eux tout est tout blanc, pour moi tout n’est que gris ou noir. Mon ciel est gris, mon âme grise, mes idées noires…
Je n’ai pas d’amis. Je traîne derrière moi une mélancolie qui transparaît jusqu´à ma façon de me vêtir. Beaucoup de mes camarades prennent mon pessimisme pour un style que je me donne, et la plupart de mes professeurs pensent que je suis juste un de ces jeunes endormis que rien n’intéresse.
Je me trouve donc enfermé dans un cercle vicieux qui veut que personne ne me parle.
Au grand désespoir de mon père je couche sur papier mon ressentiment à l’égard de la vie que je mène.
Qu’est ce qui le gène ?
Pense t’il vraiment que quelques vers viendront à mettre en doute la virilité de son fils ? Où bien est ce simplement le fait qu’il existe des traces écrites de mon dégoût pour la vie ?
Je n’en saurai jamais rien.
Je n’ai plus qu’avec mon père des relations de voisinage, nous sommes en fait plus colocataires que fils et père.
Son orgueil paternel s’est vu bafoué par ma tentative et plus jamais je ne serai un objet de fierté à ses yeux.
Très sincèrement cela m’importe peu…
Nos nombreuses différences justifient à elles seules notre mutuelle indifférence.
Tous ceux qui se donnent la peine de s’intéresser à moi finissent pas me jeter à la figure un « Carpe Diem » aussi puéril qu’inconsistant. Comme si ces deux mots devaient à eux seuls, comme par magie, régler tous mes conflits intérieurs. Comme s’il d’un seul coup j’allai me dire, mais bien sûr , « Carpe Diem », profite de l’instant présent !
Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ?
A tous, crétins bien heureux, je réponds sans sourire « Taedium Vitae ». Evidemment comme le septième art n’a pas fait apologie de cette locution latine là, on me regarde comme on regarderait un animal de foire. Alors j’explique que cela évoque un dégoût de la vie, une lassitude permanente.
Je ne fais pas l’éloge de cela. Je subis cet état. Taedium Vitae…
A ce moment précis de ma vie je suis dans le néant et ne peu entrevoir la lumière.
A ce moment précis de ma vie, personne ne semble vouloir me tendre la main pour me sortir de mon trou.
Mes parents m’ignorent, mes camarades me fuient, mes professeurs se désintéressent de moi.
Et bien soit, j’attendrai.
J’attendrai seul que l’envie me revienne.
J’attendrai seul que la vie me reprenne.
Et à tout ceux qui de moi diront « il se laisse aller »…
A tous ces ignorants, je réponds Taedium Vitae…