1h50 du matin. Humeur de l’instant ou pessimisme latent ?! Voici en tous cas le résultat…
Ecouter La BO de Requiem for a dream, Summer ouverture, pour une meilleure immersion.
Fin Eté/Automne.
Ma rentrée dans un nouvel établissement scolaire et accessoirement dans une nouvelle ville fut l’occasion pour moi de changer d’air et de prendre un nouveau départ après deux années d’amertume. Deux années durant lesquelles mon changement avait été radical, tant au niveau de la maturité intellectuelle que de l’assombrissement de mon esprit.
Jadis insouciant, j’avais connu durant ces 731 jours l’amour, la haine, le mépris et la traîtrise. De la chaleur humaine, j’étais passé à la froideur intellectuelle.
Le temps des beaux jours était révolu et la réalité d’un monde froid et distant s’était imposé à moi telle la médiocrité à la télé.
Mais tout ceci était bien fini à présent, m’étais-je dit, confiant.
J’avais cependant changé, un changement irréversible car j’avais pris goût à ce que j’étais devenu, un pur produit de notre société, un être froid et sournois.
Ainsi, mes rapports avec mes camarades de classe tendirent vers l’opposé de ce à quoi je m’attendais. « Il est trop bien pour nous », devaient-ils se dire.
Etre apprécié et reconnu intellectuellement mais être évité en même temps, triste coup du sort…
Un tel récit de ma vie pourrait vous amener à penser que j’avais des envies de mort mais il n’en était rien. Le doux poignard qui s’enfonçait inexorablement dans mon cœur maintes et maintes fois meurtri me procurait étonnamment un plaisir malsain, mais je sauvais les apparences et montrait qu’il n’en était rien. Jouir de la souffrance de ma condition est une idée bien peu commune qui aurait effrayé les gens, ceux-ci n’aimant l’image d’eux-mêmes qu’on leur renvoie.
Je me montrais donc impassible et même parfois avenant avec les rares personnes qui osaient m’aborder. C’est ainsi qu’une virginale fille commença à tisser des liens avec moi…
Hiver/Winter.
Les liens qui m’unissaient moi et « elle » se renforçaient au fur et à mesure que les jours passaient.
Un sentiment contrarié se mit à germer dans mon esprit, venant s’opposer fermement à mes plus vils instincts. Se pouvait-il que quelqu’un me comprenne ? Plus fort encore, se pouvait-il qu’elle m’accepte malgré cela ?
Le temps où toutes ces questions se posaient s’évanouissait dans une masse de souvenirs heureux que je me construisais avec elle.
Au plus froid de l’Hiver, j’atteignais l’apogée de la chaleur emplissant mon esprit et mon cœur.
Nul sentiment d’amour n’était né. Nous ne nous intéressions pas et nous nous le disions franchement. Mais comment vouloir d’un amour quand on a l’amitié. Nous laissions cela aux gens normaux, cette masse informe et sans personnalité. J’avais trouvé mon âme sœur spirituelle, deux êtres ne ressemblant à aucun autre se regroupaient pour former une amitié. Uniques.
Nous passions le plus clair de notre temps ensemble, créant une bulle qui se mit à attirer les personnes nous entourant, telle un soleil.
Mais les lois de la gravitation sont incontournables. Parmi ses lois, le principe fondamental de l’attraction/répulsion.
Nous prenions ainsi un malin plaisir à ardemment repousser ceux qui étaient inévitablement attirés par nous.
Printemps/Spring.
« L’esprit n’est qu’un jouet pour le corps ».
Nous ne nous contentions plus du réchauffement mutuel de nos âmes.
La douce chaleur des rayons du Soleil de Printemps éveilla en nous le désir ardent du plaisir charnel.
« Cela n’engage à rien ».Nos corps suaves s’entremêlaient dans un divin ballet, dans lequel nos positions scabreuses remplaçaient les figures artistiques. Pas un jour ne passait de cette saison, sans qu’au moins une fois nous ne jouissions.
Eté/Summer.
« Il n’est pas de douleur de séparation,
Lorsqu’aucun sentiment n’entre en action.»
finalclad, 29 Octobre 2005, 2h51, un souvenir qui ne se perdra jamais.
Avec la fin de l’année scolaire trop vite arrivée, le temps était venu de nous séparer. Sans un regret, sans un pincement, nous nous quittâmes après avoir copulé une dernière fois.
Une année venait de s’oublier en un instant.
Tels des êtres dépourvus, d’âme, de sentiments, « Salut » fut le mot de séparation.
Une situation insensée ?! L’être humain est un animal égoïste et sans valeurs, il s’offusque sur le moment mais finit par oublier.
« Le propre de l’Homme est d’oublier… ».
Automne/Fall.
Oublier ? Serais-je homme à suivre le destin du commun des mortels ? Non, je n’ai pas oublié.
Je devrais être fier de me détacher de la masse mais je me rends compte que je me mens. Amoureux.
Ce sentiment d ‘un banal et d’un ennui mortels a germé dans mon esprit durant l’Eté. Au fond, je suis comme tous, pourquoi avoir voulu me distinguer ? Y-trouvais-je une fierté ? Auprès de qui espérais-je me vanter ?
Maintenant, je dois tout lui avouer, lui dire que je suis un homme, juste un homme…
J’arrive auprès d’elle, lui prends la main et ose :
« Je t’aime ».
J’aurais espérer qu’elle sourit en pensant que c’était une blague mais elle semble décontenancée.
« Euh il faut que je te dise, j’ai rencontré quelqu’un et…je crois que je l’aime », me répond-elle.
« Ah », réponds-je bêtement avant de reprendre en esquissant un rictus, « Tu es une femme après tout, juste une femme. Puisque nous sommes comme les autres, je vais donc faire ce que ferait n’importe qui après ça. ».
Je retire ma main de la sienne d’un coup sec et me retourne en lui lançant :
« En plus, t’étais même pas belle. ».
Je suis pathétique. Je ne pense plus à rien, ou plutôt si, à un pont. Celui que je traversais tous les jours pour aller en cours et la rejoindre.
Haut d’un centaine de mètres, il surplombe une route départementale très fréquentée. D’un pas ferme et décidé, frêle et tremblant en même temps, je me dirige au milieu de celui-ci, grimpe par dessus la rambarde et saute sans hésiter un instant.
Le vent qui fouette mon visage à mesure que la vitesse augmente me rappelle soudain le souffle de ma mère sur mon visage lorsque je me blessais au front quand j’étais petit.
Aucune image de mon passé ne défile dans ma tête, je vois juste le sol se rapprocher, se rapprocher, se rapprocher. Enfin un craquement au niveau de mon nez est la dernière chose que je ressens.
« Similaire ou différent des autres, je m’en fous, je suis mort ».
3h22, bonne nuit à moi qui vais me coucher désormais, la tête libérée d’un poids qui m’empêchait de dormir…