J´ai rajouté un para. Est ce mieux ?
Sacrée jeunesse !
Mathias dormait paisiblement dans son appartement. 8h32, et il n’était toujours pas réveillé. Fait rarissime !
Une chambre bien rangée, une décoration simple et modeste et un réveil éteint. Non, il n’était jamais éteint ! Les statistiques des usines des horloges de sa région indiquaient qu’il y avait une panne pour deux millions d’engins en service pendant vingt belles et longues années. Statistiques cachées de tous, miracles de la fiabilité, ce matin Mathias avait l’occasion unique de vérifier cela !
Il se retournait dans son lit, comme si bizarrement il aurait trop dormi. Il ne s’était jamais lever la nuit de son lit. Il se couchait toujours à la même heure et son réveil matin s’occupait du lendemain. Une sensation étrange l’envahit dès à présent. Il se leva d’un coup, jeta un coup d’œil sur le réveil qui n’indiquait rien et saisit sa montre sur une table.
Le visage horrifié, déformé par la découverte inattendue et blanc, il pouvait lire 8h36. Son corps devînt fou, courant dans tout les sens, attrapant des vêtements et faisant tout sorte de gestes inutiles.
Sortant de son appartement il croisa le regard de la femme de ménage, ahurie à la vue de l’homme pressé. Mathias, tout honteux se rua vers les ascenseurs, qui ne répondaient pas. Il se précipita dans les escaliers et les dévala à toute vitesse.
8h45, après avoir avalé les treize étages, il traversa comme une flèche le hall sous les yeux effarés du jeune concierge.
Des esprits inquisiteurs observaient cet être fou et hors norme. Des centaines de visages juvéniles le pointaient. Ses jambes s’agitaient furieusement. Son corps ondulait et frémissait à chaque instant. Il ne pensait à rien.
Mathias se répétait qu’il devait arriver à l’heure. Etre en retard était inadmissible. Fou ! Barbare !
Sa sacoche serrée contre sa poitrine, il bousculait petits et grands. Se faufilant haletant, il faisait monter la colère de la foule. Pourquoi était-ce arrivé à lui ? C’était improbable. Personne n’allait le croire. D’ailleurs, lui-même ne se croyait pas ! Absolument absurde et antisocial !
Ses mollets contractés commençaient à se fatiguer de cette frénétique chevauchée. Maintenant, il marchait. La tête baissée, il évitait les regards qui le mettaient mal à l’aise, sans compter les remarques qu’il faisait mine de ne pas entendre.
La compétition avec les aiguilles était terminée d’avance. On n’affrontait pas les mécaniques sans perdre, trotteuse invaincue. On ne devançait jamais le temps, on ne faisait que le perdre.
Cœur en éruption, des coulées de sueurs sur son front vallonné, Mathias avait osé prendre conscience que son retard était réel mais surtout inéluctable. Aller à son bureau était devenu dès lors, une grande futilité tout comme vivre. Que lui restait-il à faire ?
Ses pattes continuaient leur dur labeur. Il renversa une femme. Mathias s’arrêta, s’excusa en bégayant, puis se baissa pour l’aider à se lever. La main douce de sa victime fit tressaillir son esprit. Elle devait avoir la vingtaine et ses yeux bleu ne cachait pas la haine qu’elle ressentait face à cet animal.
Effrayé, il repartit d’un coup. Galopant dans la cité sans savoir où aller, fuyant la pression sociale… Il mit fin à sa cavale en fin de journée, épuisé, affamé et assoiffé.
Ce qui devait arriver, arriva… Trois jeunes gardes vinrent l’arrêter. Il se débattit puis ils l’assommèrent malgré tout ses cris et supplications.
Le réveil fut brutal, quelle heure était-il ? L’hideuse sonnerie de l’horloge de sa table de chevet avait été remplacée par une lumière aveuglante. Le décor ne ressemblait pas à celui de sa chambre. Des voix graves se laissaient entendre, comme atténuée…
Une force le secoua violemment. Il ouvra les yeux bien nettement. Mathias se trouvait au milieu d’une assemblée. Tous les regards étaient rivés sur lui. Une angoisse profonde l’envahit.
Mille rétines défiguraient cet être humain comme une bête infâme. Mille visages, représentant l’éternité de l’humanité, la société tel qu’elle devait être et serait à jamais, se tournaient vers un point central. Ces masques humains, comme toute la société, étaient tous parés de la même jeunesse, désinvolte, synonyme de norme et d’intégration heureuse.
Un homme, aux cheveux bruns et yeux marron, se leva et marcha d’un pas militaire jusqu’à une estrade. Son visage presque enfantin, fut envahi en un instant de cruauté et de dégoût, tel que Mathias n’avait jamais pu le voir sur n’importe quel visage auparavant. Cet adulte, qui semblait avoir la vingtaine, prit la parole en raclant sa gorge.
« Pour votre comportement antisocial, hors de la norme et barbare nous vous condamnons à avoir soixante dix ans. »