J´ai hésité, j´ai tergiversé, mais j´ai fini par céder à la tentation. Voilà donc ma première nouvelle véritable, écrite assez rapidement, sans aucune prétention tant au scénario qu´au style, si ce n´est la recherche d´améliorations par le biais de vos critiques.
Bien à vous et bonne lecture!
ETRES DE DOULEURS
Le soleil commençait à atteindre son zénith et frappait désormais les marches de la petite maison coquette qui se situait à l’entrée de la modeste ville de Marquincy. Monique Seelder était en train de remettre des affaires en place, dans des cartons amples et spacieux. Des dizaines de livres, de cahiers écornés, même parfois vierges, de feuilles de papier usitées prenaient place dans les emplacements prévus. Ce cortège de souvenir préparait son départ du à celui de son maître. Seuls quelques uns de ses objets lui tirèrent des larmes. Elle aurait pu les conserver, certes. Mais avoir des vestiges incarnant le souci et la souffrance dans son logis n´attiraient pas Monique. Et puis Francis n’en aurait plus besoin, plus jamais. Plus jamais. Francis ne serait plus là. Seule dans cette maison, ce serait bizarre. Francis reparut dans son esprit. Un jeune homme, la vingtaine, blond comme les blés de son enfance. Beau aussi, il faisait tourner la tête de toutes les filles, elle y comprise. Un charmeur, voilà qui avait été son mari. Ils avaient été heureux, très heureux... Jusqu´à l´arrivée de la grande vermine violence, lors de la victoire de l´envie sanguinaire de certains dirigeants, la boucherie salvatrice amenée par un peuple perdu. Francis était parti courageux, le patriotisme dans la main, et la France dans le coeur. Il était revenu après la fin de l´Occupation, des territoires allemands. Elle l´avait attendue, pour sûr... A la gare. Il l´avait prévenue de son arrivée par une jolie lettre tapée à la machine. Elle croyait qu´après les souffrances terribles causées par cette inhumanité pourtant si humaine disparaîtraient, neige noire au soleil bleu de retour. Elle ne l’avait pas reconnu, il s’était obscurci, son regard était plus méfiant, il était plus renfermé aussi. Mais elle l’avait épousé quand même, espérant que sa gaieté reprendrait le dessus, ce qui n’était jamais arrivé. Même vers la fin de sa vie, lorsque le médecin du village avait proposé de l’emmener à l’hôpital le plus proche, il avait refusé. Ses parents étaient morts ici pendant la guerre, il y resterait jusqu’à la fin. Jusqu’à sa fin. Malgré sa misanthropie naissante, il avait quand même attiré du monde à son enterrement. Monique se revit en train d’avancer vers l’Eglise, alors que partout des regards bienveillants, des sourires, des mots sympathiques et des poignées de main s’offraient à elle. Tous s’étaient déplacés pour son ultime hommage. Monique remarqua que la plupart ne l’avaient même pas revu depuis la fin de la guerre, mais étaient présents. Une nouvelle preuve de la personnalité incroyable de son époux. Le maire, le boulanger, sa femme, leurs plus grands amis, et même le Benoît, un ami de son mari. C’était un homme assez réservé, elle ne se souvenait pas avoir entendu une seule fois le son de sa voix. Il était assez bizarre, en vérité. Un jour, alors qu’elle rentrait de ses courses, elle l’avait croisée sortant de chez elle. « Un vieil ami » lui avait seulement répondu son mari, plus inquiet que d’habitude ce soir là. Elle l’avait revu à de nombreuses reprises, la capuche toujours bien enfoncée sur sa tête. Il restait des heures enfermé à parler à son mari. Un jour, lassée de ces enfermements quotidiens, elle avait demandé des comptes à son mari, qui ne lui avait pas répondu.
Aïe ! En rangeant les carnets de son mari, elle s’était coupée. Elle ouvrit le livre qu’elle tenait. Une clé, acérée à son extrémité tomba sur le sol. Encore un mystère, se dit-elle. Elle sourit en songeant à leur première rencontre au cours d’une de ses promenades près du parc du château. Un jeune garçon était là, sur un banc, près du lac, en train d’écrire. Francis… Il n’avais jamais cessé d’écrire, mais même là, la guerre l’avait changé. Il s’énervait rapidement, faisait des centaines d’essais infructueux, criait après un mot imprenable, ou une rime mal tournée, lui qui était si calme. Saloperie de guerre, qui changeait les hommes, même les plus doux.
Elle retouchait la clé. Mais que pouvait-elle bien ouvrir ? Francis aurait eu un coffre sans qu’elle ne le sache ? Cela ne lui ressemblait pas. Elle réfléchit, et un souvenir transperça soudain sa pensée. Un jour, alors qu’elle était en train de faire le ménage, après être rentré plus tôt que d’habitude, elle s’était rapprochée sans le vouloir de la pièce où son mari et Benoît discutaient. Un éclat de voix la surprit et elle entendit presque malgré elle une partie de leur conversation. C’était Francis qui vociférait.
« Vous êtes un incapable ! ça fait des mois que je vous demande des résultats, et vous n’avez rien. Rien ! »
Une voix lui répondit, Monique en déduisit que c’était Benoît.
« Avouez que vous ne me facilitez pas la tâche. Toutes les informations que vous m’apportez sont un simple nom, et une lettre anonyme . »
-Je vous paye pour trouver mieux que ça justement ! Mon Dieu !
-Eh bien selon mes informations, il serait décédé au front à peine deux semaines avant la fin de la guerre.
-Je sais tout cela ! Vous ne m´apprenez rien! Strictement rien! Essayez de retrouver le médecin qui a soigné les survivants, je ne sais pas, mais ayez du concret.
-Je l´ai déjà interrogé, il n´a pas vu cet homme. D´après les témoignages que j´ai réuni, il a disparu dans l´explosion de la maison où il était embusqué avec cinq de ses compagnons. Il n´a eu aucune chance.
-J´en ai assez! Vous m´avez déjà donné tous ces détails inutiles.
-Eh bien, je suis désolé, je fais de mon mieux, mais ce n´est pas facile de donner confiance à d´éventuels témoins quand on a le visage caché.
-Alors enlevez là! Je croyais comprendre que vous étiez un bon enquêteur.
-Je vous rappelle que je suis borgne depuis quinze ans après un interrogatoire qui s´est mal déroulé. C´est d´ailleurs à cause de ça que je suis devenu détective, Mr Seelder. Et le meilleur des détectives. Malgré ce handicap, je vous retrouverais cet homme.
Le ton de Benoît s´était fait beaucoup plus cassant. C´était exactement le ton que Monique aurait accordé au Diable, tel qu´elle se l´était toujours imaginé.
-Bien, je vous fais confiance, mais pressez, répondit son mari, soudain plus calme.
Monique s’était rapidement écartée de la porte, et s’était éclipsée aussi vite que possible, évitant de croiser Benoît, qui passait par le couloir, la capuche de son manteau une nouvelle fois abaissée.
Il n’était plus revenu que quelques semaines après, juste avant que Francis de tombe malade. Le pauvre Francis ! Il avait longtemps souffert. Plus de six semaines. Elle lui apportait un verre d’eau tous les matins, il ne le buvait que le soir. C’était tout ce qu’il buvait, il refusait tout médicament, même ceux proposés par le docteur Charteu. Ce n’est qu’après qu’il a commencé à avoir des délires. De temps en temps, alors qu’elle entrait dans sa chambre, elle le voyait hurler :
« Tu viens encore me tourmenter, Francis, hein ? Eh bien tu ne peux pas, tu es mort, je te dis que tu es mort ! Tu dois être mort ! »
Elle n’avait jamais rien compris à ces cris, et essayait chaque fois de le calmer, sans aucun succès. Le seul qui arrivait encore à lui faire avaler quoi que ce soit était encore Benoît, qui venait quotidiennement prendre soin de son ami.
Après de nombreuses réflexions, elle était arrivée à la déduction que Benoît avait été un camarade de son mari à l´armée. Il n´y avait que cette éventualité qui puisse expliquer le fait que cet homme mystérieux avait brisé la vitre noire qu´avait créée son mari après 1945. Malgré son manque de conversation, et l´indifférence totale qu´il semblait lui prêter, elle avait fini par s´habituer à lui et à ses venues. Elle trouvait même amusant cette manie de camoufler son visage, même si elle ne cherchait aucune explication. Quelle importance de toute façon? Peut-être était-ce un moine? Elle avait déjà oublié le contenu de sa réminiscence. Il ne fallait pas s´embarrasser de mystère, la vie était toujours simple, ou perdait même de sa valeur, dès lors que les artifices factices placés à l´attention du voyageur s´effaçaient.
Monique entendit la sonnette. Elle ouvrit. Benoît se tenait dans l’encablure de la porte. Son visage était encore dans l’ombre d’une capuche. Il portait encore son traditionnel manteau noir, avec un pantalon très simple. Même si l´habit ne faisait pas le moine, Monique aurait juré qu´il appartenait à une communauté mystique de ce genre. Elle avait vu un reportage sur ces sortes de secte à la télévision. Un moine également détective privé -tiens elle n´avait pas oublié ce détail, cette fois- ç´aurait été intéressant tout compte fait.
Le pauvre homme semblait apeuré, même si son visage restait caché. Il tremblait, comme quelque chose qui ressent de l´appréhension, ou alors de la peur. Elle hésita à engager la conversation pour le soulager, mais il prit finalement les devants.
« Ahem, bonjour, je suis désolé de vous déranger, mais ahem…, j’ai quelque chose à récupérer dans les affaires de votre mari..… J’espère que je ne vous dérange pas…»
-Entrez , n’ayez pas peur, lui répondit Monique en souriant. Vous voulez du café ?
-Oui merci.
Elle partit dans la cuisine et prépara deux tasses. Elle retourna dans le salon, mais il était vide. Benoît était parti, la porte était ouverte. Elle soupira, quel sans-gêne… Il était décidément très bizarre.
La voiture s’arrêta. L’homme prit un sachet dans le coffre, rentra chez lui, et éparpilla son contenu sur la table. Il y avait là une photo, un petit coffre qui contenait le résultat de ses investigations. Il n’avait pas retrouvé la clé, mais cela importait peu. En fouillant encore dans le sac, il extirpa une boîte de mort aux rats, aux trois quarts vide. Il s’assit alors devant le miroir de son salon, et abaissa sa capuche, qui révéla un visage boursouflé, probablement victime de brûlures dans un passé lointain. Il soupira, prit la photo sur la table, et la regarda. Elle représentait un groupe de militaires jaunis par le temps, mais le regard de l’homme s’arrêta sur le second rang, où posaient deux hommes dont la ressemblance était stupéfiante. Las, il la jeta à l’autre bout de la pièce et se coucha sur le lit, avant de sortir une petite fiole de sa poche, où était écrit « cyanure de potassium ». Alors il sortit une seconde photo, où se trouvait une jeune fille, Monique. Francis Seelder embrassa la photographie et avala le contenu de la fiole.
"Un frère est un ami donné par la nature"
G. Legouve, in La Mort d´Abel
Saternathe
Vraiment bien écrit. J´ai pas tout compris mais bon c´est vraiment agréable à lire.
C´est très coulant, on lit ça à toute vitesse et les phrases s´enchainent à la suite, c´est vraiment agréable à lire. Le scénario est très bien représenté, l´ambiance est là, une ambiance que j´apprécie, et aucune faute repérée ! Chapeau !
Continue comme ça, c´est pas souvent que je tombe sur des fins si moralisatrices ! ![]()
tres bien ecrit les phrases se lisent toutes seules, un suspens bien mene a partir du 2ème paragraphe. Pour les fautes je n´ai pas fait gaffe tant j´etait aspire par l´histoire, tu dit que c´est ta premiere nouvelle, a quand une nouvelle nouvelle
bien joue
Bien mené, sans aucune prétention.
Cependant, les dialogues sont à retravaillé. Ils s´enchaînent sans aucune interruption, brisant ainsi le rythme fluide.
L´ambiance est là, mais je suis sur qu´elle peut être encore plus approfondi.
Bref, ce que tu fais est bien mais tu peux encore t´améliorer.
Merci de vos critiques à tous, en particulier SophyErzengel.
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Moi j´ai trouvé l´histoire belle, touchante, bien écrite, franchement j´ai beaucoup apprécié
C´est vrai que c´est très bien écrit, même si on comprend assez rapidement la fin. (malgré que je ne pensais pas à celle-ci, je pensais à une autre du même genre).
Le style est très bon et les fautes peu nombreuses, nan bon texte franchement. ![]()