Nous sommes dans la périphérie de Bagdad. Le chauffeur obéit. Ami ou ennemi ? Bref silence tendu dans l´habitacle. La radio de bord a cessé de crachoter. Sur le siège passager avant, les puissantes mains d´Adnan se crispent sur le fusil d´assaut posé en travers des genoux. L´arme est enclenchée sur la position automatique. Un frôlement sur la détente, elle crachera une longue salve.
Devant, à 10 mètres, trois pistoléros amis ouvrent la voie dans un véhicule banalisé, préviennent des embouteillages, repèrent les check-points volants, conseillent un autre itinéraire. Derrière, à 15 mètres, une autre voiture alliée couvre nos arrières.
A Bagdad, aujourd´hui, plus personne ne fait confiance à personne. La méfiance est à la mesure de l´insécurité : générale. Dans les embouteillages, vite titanesques lorsque la police irakienne décide soudainement de bloquer une avenue ou un pont pour effectuer des contrôles surprise, chacun observe attentivement chacun. Les quatre types devant, dans le 4 × 4, sont-ils flics, bandits, kidnappeurs ou membres de la guérilla ? Le jeune barbu tout seul dans sa vieille guimbarde amochée, sur notre flanc gauche : innocent étudiant ou kamikaze fanatisé qui va, dans une seconde, actionner sa charge explosive et perpétrer un carnage ?
Rester en vie dans le chaos croissant qui s´installe à Bagdad est devenu l´obsession. Il n´y a pas de solution miracle. Pour passer au travers des mitraillades quotidiennes, de jour comme de nuit, éviter les rançonnements, les enlèvements, les assassinats politiques ou crapuleux, sans parler des tirs de roquettes et des attentats à la voiture piégée qui se poursuivent au jour le jour, chacun espère avoir sa panacée. Six millions d´habitants, presque autant d´idées. Aucune n´est absolument sûre.
Alors?