Erevan enfourcha sa monture et repris la route. Au bout de quelques heures, les arbres se firent de plus en plus espacés, pour finalement disparaître, laissant place aux grands plateaux qui longeaient l’Empire du Sud. Par chance, il s’était déjà aventuré dans ces contrées, et se souvenait de la direction du village le plus proche. Le paysage était monotone et il ne rencontra personne sur son chemin.
La nuit n’allait pas tarder à tomber, comme le montrait le ciel rougeoyant tel un rubis. Il aperçut avec soulagement, au creux d’une vallée, la petite ville de Stranis. Erevan s’aperçut qu’elle s’était considérablement développée depuis son dernier passage, bien des années plus tôt.
Il s’approcha de la porte de la cité. Les gardes le questionnèrent et le fouillèrent, mais le laissèrent passer avec un regard soupçonneux. L’Elfe soupira intérieurement. On voyait bien qu’on était en temps de guerre.
Dans la ville, les gens rentraient chez eux, et les lumières des maisons s’éteignaient les unes après les autres. Erevan mit pied à terre et guida Iam par la bride. Ils arpentèrent ainsi les rues.
Le prince trouva enfin une auberge qui avait l’air convenable, pas comme la plupart des autres, où les lits ne servaient pas à dormir. Ce bâtiment s’appelait classiquement « Chez Arpac ». Erevan mena sa licorne aux écuries et entra. Le bar était propre et apparemment bien tenu. Les rares clients étaient en majorité des Elfes. Le barmaid, une petite mais forte femme d’un certain âge, le vit et dit :
« Bienvenu dans mon humble auberge, mon bon monsieur. Vous désirez ?
-Je souhaiterai un repas chaud, de la boisson et une chambre.
-Allez vous asseoir là-bas, monsieur. Jeryn ! »hurla t-elle.
Une jeune femme sortit des cuisines. Elle était ravissante, avec sa peau de nacre, ses longs cheveux sombres cascadant sur ses épaules, et ses grands yeux d’un violet presque noir. Elle répondit timidement :
« Oui, madame ?
-Apporte à ce monsieur la plat du jour.
-Bien, madame. »
Elle allait s’en retourner aux cuisines, quand la propriétaire l’interpella à nouveau :
« Passe un coup de chiffon sur les verres !F inis de faire la vaisselle !T u n’as pas finis de lustrer les tables, tout à l’heure !E t passe un coup de balai, tu ne vois pas à quel point c’est sale, ici ?E t cesse de bâiller aux corneilles, petite faignante ! »
Jeryn, au bord des larmes, disparut dans les cuisines. La harpie continuait de marmonner dans sa barbe :
« Faignante…traînée… »
Erevan resta interdit devant l’injustice et la méchanceté de la vieille femme. Cette dernière lui apporta une chope d’hydromel en prenant un air doucereux :
« Voilà de l’hydromel fait maison, monseigneur.
-Qu’a t-elle fait pour que vous soyez en colère contre elle, madame ?d emanda l’Elfe.
-Pardon ?s ’étonna la femme.
-Cette jeune fille, Jeryn, pourquoi êtes-vous en colère contre elle ?
-Ah, elle, dit-elle avait un air de mépris. C’est une petite faignante, qui passe son temps à rêvasser plutôt que de faire son travail. En plus, elle devrait s’estimer heureuse que j’aie eu la bonté de la recueillir alors que personne ne voulait d’elle.
-Comment ça ?
-Vous n’êtes pas au courant ?C ette petite est une sale Derkane.
-Une quoi ?d emanda Erevan, de plus en plus intrigué.
-Vous êtes un étranger, non ?L es Derkans sont ceux qui pratiquent la magie, dans notre langage.
-Qu’y a-t-il de mal à pratiquer la magie ? »
La vieille femme faillit s’étouffer.
« Les Derkans sont les fruits du démon !L a magie est bannie dans tout l’Empire du Sud ! »
Elle fut interrompue dans sa tirade par Jeryn qui revenait avec des plats fumants.
