Je l´ai rédigé en 1H30 en cours de français, sur un sujet assez compliqué pour que je ne puisse pas le mettre ici. En gros il fallait pasticher un incipit de Zola. J´espère avoir des commentaires, mon prof de français étant un pompeux imbécile qui ne s´abaissera surement pas au niveau des élèves pour leur expliquer ce qui cloche dans leurs textes. Un peu d´aide? ^^
A la plage
En bordure de la mer étincelante, sur l’étendue grise et sablonneuse, une femme habillée d’un paréo noir, marche, zig-zag entre les baigneurs, les yeux baissés, cachés par son chapeau de paille bon marché.
Son chemin semble tout tracé, défini à l’avance, elle ne lève qu’une seule fois la tête, et c’est pour renvoyer un ballon intrus à son petit propriétaire.
Mais personne n’a pu croiser son regard.
Elle pourrait évoluer au milieu d’un champ de betteraves, ce serait similaire.
Et les rires, cette ambiance si agitée et si frénétique qui est celle des bords de mer, se tarit, se refroidit, au fur et à mesure de son passage.
Le sable est gris poussière, irrite la gorge, bouche le nez et les oreilles, fouette les visages et les corps au gré des mouvements fantasques du vent. Cette plage n’a rien d’attrayant, ni grand mérite, mis à part, d’après l’écriteau arraché à l’entrée, d’être « surveillée ».
Seule originalité, cette femme, ombre rendue floue par la chaleur cuisante. Elle n’a pas l’air si vieille, mais ne peut être jeune. C’est indéfinissable, le visage du chagrin. Elle a de petites rides d’aridité aux coins des lèvres.
Elle doit avoir 40 ans.
Mère de famille, peut-être ?
Probablement, car elle a ramassé deux coquillages à la forme bien ronde, sûrement pour le petit dernier, qui ne s’y coupera pas.
Tout le monde a maintenant le regard sur elle, ou plutôt, sur son aura.
Trop grave, trop solennelle, trop triste pour une simple promenade sur la plage.
Son paréo lui bat les jambes, et son chapeau tente une fuite inopportune. Elle le retient avec un geste las et fatigué. Tout en elle semble las et fatigué.
Puis elle s’arrête un instant et lève les yeux. Elle est arrivée devant un poste de secours, une petite maison aux allures rustique, comme on en voit sur toutes les plages du monde, avec sa croix rouge sur la porte.
Le drapeau à son sommet claque, brisant le silence. On dirait que le vent a changé de côté.
La petite maison paraît menaçante, prend des proportions gigantesques. La femme lève les yeux. Elle semble prendre une grande inspiration, puis souffle doucement, relâchant la tension qui semble l’habiter. Les fenêtres sont couvertes par des rideaux, on ne peut voir l’intérieur, ce qui provoque un frisson de l’ombre.
Les rafales de sable gris s’écrasent contre le mur en planches de bois brun, le blessent, puis elles repartent, reviennent, en un ballet répété et rabâché depuis des dizaines d’années.
Le toit de la baraque est plat, une chaise longue et des jumelles sont négligemment posées dessus.
Le drapeau claque encore une fois.
Comme si c’était un signal, la quadragénaire s’avance, monte les trois marches jusqu’à se blottir dans l’encoignure de la porte, puis finit par rentrer.
Le spectacle qui s’offre à elle est à peu près à quoi on pourrait s’attendre en de pareilles occasions.
Des visages remplis de compassion, de pitié. Ils s’écartent un à un, révélant un tas d’os blanchis et délavés. Un puzzle morbide. La tête au sommet, sorte de pierre tombale dérisoire.
Le crâne est minuscule. Un enfant de trois ans, probablement.
Ils l’ont repêché il n’y a pas longtemps.
La femme ni vieille ni jeune s’avance, enlève son chapeau. Ses yeux ne doivent pas avoir plus de fonds que ceux du crâne qui lui fait face.
Le regard de cent ans d’âge, le regard qui fait froid, le regard de l’attente, de la terreur, du désespoir, et du vide, vide complet de sentiments, parce qu’il y’en a trop, impossible de tous les exprimer.
Comme quand il y a trop de couleurs à mélanger en même temps.
Cela donne du noir.
Elle se serre dans ses bras maigres et creusés. Tout en elle est maigre et creusé.
On veut lui faire signer des papiers, une décharge, un testament, « il avait quel âge ? », « combien de temps depuis la noyade ? », « ça doit être dur à porter ».
D’un geste elle repousse toutes les questions, remarques, ou autres.
Ce n’est pas son problème, ce n’est plus son problème.
Et, comme elle l’explique calmement, « ils peuvent se le mettre là où je le pense. »
Alors elle s’avance jusqu’à toucher la table de son ventre. Elle regarde son fils dans les yeux. Tout au fond des yeux.
Echange d’un puits à un autre.
Puis elle ouvre la main, révélant les deux coquillages.
Elle avance la main, et fait la chose qu’elle veut accomplir, terminer, depuis des mois, des années peut-être ?
Elle pose les deux ovales sur les orbites creuses, lui fermant ainsi les yeux, à lui, à son enfant, à son fardeau, signifiant sa fin, son arrêt.
Enfin.