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A la plage

littlething
littlething
Niveau 6
23 octobre 2005 à 09:21:06

Je l´ai rédigé en 1H30 en cours de français, sur un sujet assez compliqué pour que je ne puisse pas le mettre ici. En gros il fallait pasticher un incipit de Zola. J´espère avoir des commentaires, mon prof de français étant un pompeux imbécile qui ne s´abaissera surement pas au niveau des élèves pour leur expliquer ce qui cloche dans leurs textes. Un peu d´aide? ^^

A la plage

En bordure de la mer étincelante, sur l’étendue grise et sablonneuse, une femme habillée d’un paréo noir, marche, zig-zag entre les baigneurs, les yeux baissés, cachés par son chapeau de paille bon marché.

Son chemin semble tout tracé, défini à l’avance, elle ne lève qu’une seule fois la tête, et c’est pour renvoyer un ballon intrus à son petit propriétaire.

Mais personne n’a pu croiser son regard.

Elle pourrait évoluer au milieu d’un champ de betteraves, ce serait similaire.

Et les rires, cette ambiance si agitée et si frénétique qui est celle des bords de mer, se tarit, se refroidit, au fur et à mesure de son passage.

Le sable est gris poussière, irrite la gorge, bouche le nez et les oreilles, fouette les visages et les corps au gré des mouvements fantasques du vent. Cette plage n’a rien d’attrayant, ni grand mérite, mis à part, d’après l’écriteau arraché à l’entrée, d’être « surveillée ».

Seule originalité, cette femme, ombre rendue floue par la chaleur cuisante. Elle n’a pas l’air si vieille, mais ne peut être jeune. C’est indéfinissable, le visage du chagrin. Elle a de petites rides d’aridité aux coins des lèvres.

Elle doit avoir 40 ans.

Mère de famille, peut-être ?

Probablement, car elle a ramassé deux coquillages à la forme bien ronde, sûrement pour le petit dernier, qui ne s’y coupera pas.

Tout le monde a maintenant le regard sur elle, ou plutôt, sur son aura.

Trop grave, trop solennelle, trop triste pour une simple promenade sur la plage.

Son paréo lui bat les jambes, et son chapeau tente une fuite inopportune. Elle le retient avec un geste las et fatigué. Tout en elle semble las et fatigué.

Puis elle s’arrête un instant et lève les yeux. Elle est arrivée devant un poste de secours, une petite maison aux allures rustique, comme on en voit sur toutes les plages du monde, avec sa croix rouge sur la porte.

Le drapeau à son sommet claque, brisant le silence. On dirait que le vent a changé de côté.

La petite maison paraît menaçante, prend des proportions gigantesques. La femme lève les yeux. Elle semble prendre une grande inspiration, puis souffle doucement, relâchant la tension qui semble l’habiter. Les fenêtres sont couvertes par des rideaux, on ne peut voir l’intérieur, ce qui provoque un frisson de l’ombre.

Les rafales de sable gris s’écrasent contre le mur en planches de bois brun, le blessent, puis elles repartent, reviennent, en un ballet répété et rabâché depuis des dizaines d’années.

Le toit de la baraque est plat, une chaise longue et des jumelles sont négligemment posées dessus.

Le drapeau claque encore une fois.

Comme si c’était un signal, la quadragénaire s’avance, monte les trois marches jusqu’à se blottir dans l’encoignure de la porte, puis finit par rentrer.

Le spectacle qui s’offre à elle est à peu près à quoi on pourrait s’attendre en de pareilles occasions.

Des visages remplis de compassion, de pitié. Ils s’écartent un à un, révélant un tas d’os blanchis et délavés. Un puzzle morbide. La tête au sommet, sorte de pierre tombale dérisoire.

Le crâne est minuscule. Un enfant de trois ans, probablement.

Ils l’ont repêché il n’y a pas longtemps.

La femme ni vieille ni jeune s’avance, enlève son chapeau. Ses yeux ne doivent pas avoir plus de fonds que ceux du crâne qui lui fait face.

Le regard de cent ans d’âge, le regard qui fait froid, le regard de l’attente, de la terreur, du désespoir, et du vide, vide complet de sentiments, parce qu’il y’en a trop, impossible de tous les exprimer.

Comme quand il y a trop de couleurs à mélanger en même temps.

Cela donne du noir.

Elle se serre dans ses bras maigres et creusés. Tout en elle est maigre et creusé.

On veut lui faire signer des papiers, une décharge, un testament, « il avait quel âge ? », « combien de temps depuis la noyade ? », « ça doit être dur à porter ».

D’un geste elle repousse toutes les questions, remarques, ou autres.

Ce n’est pas son problème, ce n’est plus son problème.

Et, comme elle l’explique calmement, « ils peuvent se le mettre là où je le pense. »

Alors elle s’avance jusqu’à toucher la table de son ventre. Elle regarde son fils dans les yeux. Tout au fond des yeux.

Echange d’un puits à un autre.

Puis elle ouvre la main, révélant les deux coquillages.

Elle avance la main, et fait la chose qu’elle veut accomplir, terminer, depuis des mois, des années peut-être ?

Elle pose les deux ovales sur les orbites creuses, lui fermant ainsi les yeux, à lui, à son enfant, à son fardeau, signifiant sa fin, son arrêt.

Enfin.

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
23 octobre 2005 à 11:21:57

Un texte sublime, même en travaillant plusieurs heures je ne suis pas certain d´arriver à ce résultat. C´est une prouesse que de pouvoir pondre ce genre de mperveille en 1h30. Je suis subjugé, vraiment, le vocabulaire, l´ambiance, lapsychologie de la mère. Bravo, chapeau bas. :)

Elnanar
Elnanar
Niveau 8
23 octobre 2005 à 12:08:01

C´est très bien écrit. J´adore le début, avec l´ambiance. Cependant je trouve que la fin est un peu en dessous du reste. j´ai peur de mal avoir compris quelque chose vers la fin et je trouve que ca aurais pu etre mieux tourné. Je crois que c´est une question de gout. Donc en resumé, je n´ai pas de repproche à faire sur la forme, mis a part sur la fin mais cela rejoint mon repproche sur le fond. Globalement, un bon texte agréable à lire.

ApoloJ3001
ApoloJ3001
Niveau 2
23 octobre 2005 à 12:08:25

Ton texte est vraiment bon :oui: , mais comme tu le dis, il a été écrit en 1h30, et cela se sent un peu. alors il reste, selon moi, quelques phrases mal tournées. Mais en retravaillant un peu le tout, tu auras engendré un petit bijou !
Vraiment bien, continu ! :cool:

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
23 octobre 2005 à 12:23:18

AH....f´sait un bout t´temps qu´on t´avait pas vu not´ p´tite chose. :) Et j´dois dire qu´c´est pas une mauvaise chose qu´tu r´viennes, vu la qualité de ton texte. Il est très bien écrit, l´ambiance est bien retransmise, juste que comme elnanar j´ai peur d´pas avoir capté la fin, m´enfin bref, s´tu pouvais expliquer quoi.... :)

Elnanar
Elnanar
Niveau 8
23 octobre 2005 à 12:32:43

SPOILER

Bon le fils il est mort depuis longtemps, parce que pour qu´il y ait que les os blanchi ca doit faire très longtemps... Et les os ca ne remonte pas à la surface ( les cadavres si ). Quelques eclaircissements possibles ?

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
23 octobre 2005 à 12:34:49

SPOILER aussi :)

Le fils...Serait-il en fait son frère? Ca pourrait expliquer la phrase "Elle avance la main, et fait la chose qu’elle veut accomplir, terminer, depuis des mois, des années peut-être ?
". Peut-être a-t-il disparu il y a très longtemps dans une baignade avec sa soeur...m´enfin ça reste des hypothèses.

Elnanar
Elnanar
Niveau 8
23 octobre 2005 à 12:49:04

SPOILER

En fait c´est par rapport au fait qu´elle vienne sur la plage et qu´elle aille voir dans le poste de secours. Si on a retrouve les os, ce serait plutot dans un filet de peche donc dans un port. C´est le coup des os qui ne me va pas sans explications pour le moment. Je ne connais pas les durées de décomposition de corps.

littlething
littlething
Niveau 6
23 octobre 2005 à 22:12:34

Merci pour les commentaires :)

Ostramus : Merci beaucoup, venant de toi, en plus... Ayayaya... les chevilles...

Apollo : Je sais, c´est un peu négligé, et quelques phrases sont très bizarrement tournées, mais j´ai essayé de faire ça trop vite. Faudrait que je revoie un peu ce texte...

Elnanar : Je vois ce que tu veux dire. La fin est un peu précipité, et un peu mal décrite, je le sais. J´ai essayé de faire quelque chose qui aille vite, qui contienne un maximum de références, et tout de même un peu de cohérence. Jouer sur le mythe de fermer les yeux m´a inspiré, sais pas pourquoi. Maintenant, au niveau de l´âge, machin tout ça...

Les détails... Ben... J´en sais fichtre rien, pour être exact. Je dirais que c´est son gosse. Qu´elle l´a perdu y´a trois quatre ans. Et qu´ils viennent de repêcher les ossements qui se sont coincés dans un filet. Ils l´ont identifié par recoupement.

Azerty : Ouais je reviens :-p
Mais je crois que je vais repartir, moi, longue à écrire? XD
Merci pour le comm, mais ça ne peut pas être le frère : "lui fermant ainsi les yeux, à lui, à son enfant"
Merci pour les encouragements et suggestions. Je pense remanier un peu la chose :-)

ptit-hobbit
ptit-hobbit
Niveau 10
23 octobre 2005 à 22:14:55

J´ai bien aimé, c´est vraiment tres tres bien écrit et ton prof de francais ferait bien de "s´abaisser" a ton niveau :oui:

xbq_
xbq_
Niveau 9
24 octobre 2005 à 13:49:59
  • bouine Littlething*
Ostramus
Ostramus
Niveau 32
24 octobre 2005 à 13:51:56

littlething Posté le 23 octobre 2005 à 22:12:34
Ostramus : Merci beaucoup, venant de toi, en plus... Ayayaya... les chevilles...

Qu´est-ce que tu veux dire ? Je ne suis pas non plus le plus grand des critiques ...

littlething
littlething
Niveau 6
24 octobre 2005 à 16:41:03

Ostramus : Pas forcément un grand critique, mais connaissant ce que tu as écrit... Bref, je cheville, quoi.

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
24 octobre 2005 à 16:47:19

"je cheville", intéressante expression, je crois que je vais retenir^^.

miss_allsunday
miss_allsunday
Niveau 7
24 octobre 2005 à 17:02:23

c´est magnifique cette histoire :snif:
c´est vraiment très bien écrit et si ton prof te met une sale note, je viendrais et je lui éclaterai la....je le gronderai, quoi :)
:fou:
:ange:

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
24 octobre 2005 à 17:04:06

Si tu veux, je peux t´apprendre à gronder correctement les personnes pour qu´elles s´en souviennent longtemps. :diable:

:ange:

miss_allsunday
miss_allsunday
Niveau 7
24 octobre 2005 à 17:10:27

ne t´en fait pas, je sais comment m´y prendre :sournois:
:ange:

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