-Projet Régénérescence-
Chapitre 1
Jaune. Jaune. Jaune. Les lumières des lampadaires solitaires défilent, reflétées par le pare-brise de la Citroën. Les roues avalent toujours les mêmes kilomètres sans broncher, une voiture d’exception surtout pour une fonction de déshérités.
Il est 6 heures du matin et la circulation sur le périphérique parisien est plutôt fluide.
« Les cons ne sont pas encore levés ».
Stormbringer de Deep Purple tourne en fond, ou plutôt à fond, pour tenter de couvrir la sirène pendant que le gyrophare bleu se met à défier les autres automobilistes.
« C’est pas avec ça que je vais calmer mon putain de mal de crâne ».
Rien n’y fait, le speed, le LSD et toutes ces autres merdes qui courent les rues et qui finissent dans la poche des stup’s, aucun de ces bijoux de neurochimie n’ont pu éteindre cet incendie cérébral. Heureusement il n´avait pas dépensé un seul euro, remerciant au passage ses collègues de la BAC qui avait pensé à lui. Rasia du week-end ou simple prise anecdotique, il avait des amis partout. Des amis bien attentionnés conscients de ses problèmes mais aussi du boulot qu’il accomplit chaque jour. Pour eux, c’est un peu grâce à cet Hercule du début 21ème siècle dopé à tout ce qui peut amener à la toxicomanie, qu’ils rentrent embrasser leur famille et contempler tous les soirs les dessins du gamin.
C’est encore lui qui démonte les mentons des petites frappes à coups de crosse de Glock, celles là même qui ont essayé de faire la peau au bleu de service la semaine dernière.
C’était le bon samaritain qui comprend la racaille et purge la même daube qu’elle pour mieux la démonter le moment venu. C’était d’ailleurs une de ces dernières entrevues de quartier qui lui valait l’hématome à la tête avec cette sympathique douleur qui l’accompagne. La batte de base-ball c’est plus vraiment réglementaire dans le boxon de nos jours mais pourtant elle est encore très utilisée : douloureuse expérience. Le type est venu par derrière, et à l’heure qu’il est, il doit être toujours à l’hosto les deux rotules dans les talons. Le Batteur battu… Mais un mal de crâne de tous les enfers….
« C’est bien connu tous les dealers sont des charlots : quand il s’agit de vendre de la petite camelote y en a du monde mais dès qu’il s’agit de monter sur du gros, un truc pouvant mettre un éléphant sur le dos, y a plus personne. Hormis deux, trois utopistes paumés qui pensent tenir le Saint Graal de la came. ». « Charlots », cette remarque le fit sourire, plus personne n’utilisait les bons vieux termes péjoratifs.
« Encore quelque chose qui se perd… Faut que je fasse gaffe, je vais finir réac’ et voter extrême…» . Il se voyait déjà en train de discuter amicalement auprès de la machine à café avec Maxime Reute, délégué syndicaliste et fervent partisan du FN, planifiant le prochain commando anti-racaille et anti-maghrébin dans la proche banlieue. Il chassa cette idée de sa tête aussi vite qu’il aurait pété la gueule à ce petit parvenu de 5 ans son cadet.
« On les forme de plus en plus jeune les fachos »
Sortie Porte Maillot direction le bois de Boulogne. Le commissaire Alex Meulin s’éveille. Le mal de tête passe au second plan, un objectif se remémorer les détails du torchon bâclé et incomplet appelé pompeusement « rapport primaire ».
« Autant dire qu’ils pouvaient se le carrer où je pense leur rapport secondaire, et s’ils ont du mal je leur donnerai un coup de main»
En attendant ce moment jouissif, il faut se rappeler maintenant pour mieux carrer plus tard.
Neurones excités, les synapses se remplissent, l’information passe, le constat amer : un meurtre horrible et étrange.
« Pour changer ».
Qui dit Bois de Boulogne, dis forcément filles de joie. Encore une de ces petites, obligées de racoler qui est tombée sur le mauvais client, le pervers fini qui laisse libre cours à ces fantasmes et nous livrant une poupée de chair à vif. Ca ne serait pas la première de ce mois-ci.
Après tout, on est en octobre : la saison des amours pour les défoncés et tous les autres prédateurs sexuels en cavale. Sans compter ceux qui découvrent leur singulière sexualité et qui mettent en application leur fantasmes deugueux et morbides pour la première fois sans expérience. On dit que c’est dans la nature humaine, la découverte de son corps et celui de l’autre.
« Faut voir l’état du corps de l’autre après la rencontre avec le taré de service »
Il ne s’apitoyait pas vraiment sur leur sort, c’était pas le genre de la maison, et encore moins du bonhomme.
« Il suffit d’une fois et tu es bon pour la pension. »
Ne jamais prendre de recul toujours foncer tête baisser et relever la tête que lorsqu’il s’agit de frapper ton prochain qui se trouve un cran en dessous toi sur l’échelle juridique. Le tout en essayant de protéger tant bien que mal la veuve et l’orphelin quitte à s’asseoire sur les valeurs républicaines chères à la hiérarchie.
Un truc le chiffonne. Petit détail s’il en est mais vraiment ça le chiffonne. La came rendrait-elle plus sensible à son environnement ?
Si c’est une de ces filles qui s’est fait encore amocher, l’affaire revient en théorie aux détraqués de la Brigade des Mœurs. Ceux-ci se font un plaisir de plonger dans le monde d’un autre malade et d’y imposer la supériorité juridique sur la décadence sexuelle instable d’un être condamné à être un rebut.
Lui n’a aucune formation, s’il en existe, pour plonger dans cet obscurantisme. La folie perverse ce n´est pas son truc. Peut-être que les clients sont trop intelligents, ou font preuve d’un semblant de lucidité supérieur à celui de ses propres clients, éternels déchets n’arrivant plus à tenir debout ?
« Si ce meurtre horrible ne concerne pas la BDM, c’est donc en vient donc à la mention étrange… »
Qu’est ce qui peut faire décider ses supérieurs, qui le déconsidère avec une certaine fierté, à lui confier une affaire dépassant l’entendement de la Police Municipale, lui le soldat des rues ?
A part le fait qu’il était de permanence et disponible rapidement, il ne vraiment voit pas.
La mention étrange aurait du obligé les « Grands » a lancé leurs jeunes préférés sortis de Polytechnique sur cette affaire. On aurait assisté à une de ces courses qui fait toujours marrer les anciens : lequel des préférés gagnera son nonosse.
Or lui il n´était pas un « préféré » : il fait du chiffre certes, mais on préfère taire ses méthodes.
De plus il est pas vraiment l’ami de la bureaucratie, à en juger les kilos de paperasse attendant sur son bureau d’être remplis.
« Pour les considérations philosophiques, ça attendra mon grand, aujourd’hui c’est jour de peine »
Le moteur se stoppa enfin. Le gyrophare cessa d’illuminer les alentours. Il ouvrit la porte foula le sol glacé. Un léger vent soufflait et venait s’écrasait contre son large parka stylé militaire.
« Putain, il fait froid »
Réflexe de Pavlov : Fraicheur+anxiété : briquet-cigarette. Pas le temps d’en griller une, un auxiliaire s’approche de lui pour lui demander de dégager, mais se rétracte quand il reconnaît la carrure et le mètre 80 d’Al Capone version PJ 2005. Semblable à un de ces lutins dans les contes pour gamins avec sa petite lampe pas vraiment de circonstances. Le jour commençait à donner, signe que le temps se détracte vraiment,
Meulin connaissait légèrement le préposé à la visite des lieux : nommé Marc Pot, il est un simple pion sur l’échiquier administratif et auquel le flic avait déjà rendu service en retrouvant les deux guignols qui avaient trouvé bon d’intimider le fils Pot.
La brume se déplaçait à ras le sol, et l’homme devenait marcheur de nuages. Les arbres décharnés regardaient les anciennes feuilles leur faisant maintenant cocu avec le sol.
« Dans ce bourrier de vices, même la nature s’est mise à l’adultère ».
L’horizon ne dépassait pas les 5 mètres en plein brouillard et quand le guide avait fini son long périple, Meulin se retrouvait en territoire conquis. Rester à franchir le bandeau de sécurité.
Bienvenue où personne ne voudrait être.
Il commençait à pleuvoir comme vache qui pisse, et les puces blanches de légistes accéléraient le mouvement afin d’assurer un maximum de preuves au procureur qui n’était même pas encore sorti de son lit. Les ombres blanches virevoltaient autour d’un cèdre massif dont le tronc était masqué par une bâche blanche tendue.
Lorsque Meulin s’approcha, les enquêteurs de la mort stoppèrent leur ballet stérilisé. Une vieille connaissance s’approchait., artiste complet de la mort capable de vous retracer les pires souffrances des dernières heures d’une pauvre victime à longueur de journée et de se coucher le soir en embrassant son fils l’esprit heureux. Connu civilement comme André Bertonne, on lui connaissait pas de diplômes spécifiques pour la bonne raison qu’il les avait tous. Bernotte et lui s’était connu sur une des premières enquêtes de Meulin, une affaire de triple homicides liée à l’alcool dont les détails aujourd’hui encore demeurés sombres. Le médecin légiste était alors âgé de la trentaine et avait déjà une bonne réputation dans le milieu. Il fut d’un grand secours à la nouvelle recrue de la PJ pour imposer son style d’enquête et couvrir les éventuelles bavures. Il était accessoirement devenu son confident à propos de sa toxicomanie irrégulière et en conséquences son médecin. Et son pharmacien : si une dose manque à l’appel et que les collègues ne fournissent plus, Meulin savait où aller chercher.
Le personnage n’était pas naît de la dernière pluie et n’avais pas souvent l’occasion de parler avec le monde extérieur, d’où l’obligation de contenir ses propos sans le vexer afin de tirer un maximum de son potentiel scientifique. Tout un art dans lequel, Hercule le flic-camé excellait dévoilant même des trésors d’attention insoupçonnés. Mais aujourd’hui c’était différent, la diplomatie au vestiaire, l’instinct de flic chieur au taquet.
-Bonjour, il fait frais n’est-ce pas ? La saison arrive assez tardivement mais quand elle est là…
Enfin vous n’êtes pas là pour parler météo !
-Exact.
Abrégeons si possible Doc’, je suppose que ce n’est pas dans un excès de bonté que l’on m’a partiellement confié cette affaire, alors pour être franc avec vous je pense que ça sent assez la merde comme ça…
-Vous êtes toujours du genre perspicace alors que vous n’avez même pas vu le corps. – le coupa le légiste.
-On entre dans le musée des horreurs ? – repris Meulin sur le ton indifférent du « flic à qui ont l’a fait pas »
-Celui du paranormal pour être exact, je vais essayer d’être assez bref: des gardes fôrets de l’ONF accompagnés de deux bûcherons professionnels devaient entamer aujourd’hui les dernières coupes d’arbres fragilisés par la tempête de décembre 1999. Mais à leur planning s’est rajouté un tronc non prévu. Ils ont commencé par l’intrus qui, à leur dire, n’était pas « là » la veille. Autant dire que l’arbre a poussé en une nuit…
-Et le corps ?
-C’est là où l’histoire dépasse encore plus l’entendement. Avant d’entamer la coupe de l’arbre, celui-ci a été déraciné, conformément aux nouvelles normes d’abattages pour les cèdres victimes de dégâts liés aux intempéries.
Meulin s’impatientait :
-C’est un sujet fort passionnant mais le corps.
-Le mieux serait que vous voyez par vous-même.
C’était le moment qu’attendait et redoutait chaque flic avec plus ou moins de perversité consciente. L’adrénaline coule à flot dans les veines, les sens sont excités jusqu’à un point extrême. Déconnecté du monde mais extrêmement attentif à son environnement, il suit selon ce paradoxe le légiste qui au final écarte la bâche blanche masquant la base de l’arbre.
Reconnection brutale.
« Ca peut pas être la daube, le Doc’ aussi l’a vu. »
Derrière la bâche, un creux assez profond et plutôt large où repose la plus part des racines du cèdre. Au fond de ce trou, enserré dans ces mortelles racines, un corps d’homme est comprimé à l’intérieur de celles-ci. Sa pâleur, presque phosphorescente se dégage aisément du reste de la scène.
« Le destin est un sacré rigolo, doté d’un talent de metteur en scène plutôt réussi… »
Une partie du buste, deux pieds et une main semblaient s’être échappés de l’amas végétal. On ne distinguait pas le reste du corps « qu’il faudra dégager pour l’autopsie ». Logique mais Bertonne voulu quand même le préciser.
Rompant le recueil solennel lié à la stupéfaction, le légiste se décoince un peu et lâche :
-Ca craint vraiment.
-Tu veux une clope ?
-Pourquoi pas…
Machinalement, Meulin s’était encore déconnecté du monde emportant le légiste avec lui…
« Un corps dans un arbre, c’est pas pour nous c’est pour les écolos… »
Un premier chapitre assez court de ce que je vais essayer de concrétiser en roman. J´aimerais connaitre vos avis notamment sur le style d´écriture que j´essaye de faire coller le mieux à l´ambiance de l´histoire...
Enjoy
Peut etre bientot la suite qui sait ^^
PS: Désolé pour les éventuelles fautes, c´est une sorte de preview
Y aurait-il personne ?
excellent debut, je conseil a tout le monde de lire ![]()
Merci mais je crois que t´es le seul a avoir pris le temps de lire ![]()
Le titre m´a attiré, j´ai décidé de lire.
A vrai dire, j´ai encore du mal à décider si j´vais lire ou pas, car ça semble être du policier et j´aime pas trop...cependant l´arbre vient relancer l´intérêt, ce qui est sûr c´est que je lirai le chapitre suivant, et qui sait peut-être toute la fic
Bon, passons à la critique maint´nant, t´y échapp´ras pas.
Alors, hummm...
-Style plutôt fluide, ça se lit bien dans l´ensemble.
-Quelques fautes, rien de bien méchant mais bon, j´ai juste retenu "naît" au lieu de "né", ça m´avait fait bizarre^^.
-Parfois, c´est un peu dur à capter, je dirais même assez insensé...j´pas d´exemples précis mais y´a des moments où j´ai pas tout capté c´que tu voulais dire...c´ptêt à cause d´moi aussi, m´enfin.
Bon, c´est assez superficiel comme avis j´ai l´impression, cela dit d´autres viendront s´y ajouter, du moins je te le souhaite.
Bon, à quand la suite, histoire que j´puisse juger si j´continue ou pas? (et accessoirement, que la ou les autres personnes ayant lu et apprécié puissent également pouvoir connaitre le "vrai" début de ton histoire^^)