SANS PAROLES
Elle est rentrée, les bras chargés de courses, l’air un peu renfrogné comme toujours lorsqu’elle a du subir les affres du supermarché le soir après son travail. Comme à chaque fois je l’ai regardé faire, et comme à chaque fois je l’ai fait dans le plus grand silence, quelques regards tout au plus, mais des regards légers, comme des caresses sur sa joue. Je la connais et je sais que ce n’est pas le moment de l’ennuyer, elle pourrait me tuer d’une simple remarque, d’un simple mot, alors je reste là et j’observe chacun de ses gestes, ils sont les mêmes à chaque fois.
Elle a sourit, nos regards se sont croisés et je lui ai dit que je l’aimais, ou tout du moins l’a t’elle deviné car elle m’a sourit avant de m’embrassé tendrement. Le ballet de l’alimentation touche à sa fin, je ne la quitte pas des yeux, je sais à quoi elle pense, je sais ce qu’elle veut, et ce qu’elle va faire, elle a ses habitudes comme j’ai les miennes. Moi par exemple j’attends mon heure, patiemment, je la suit lentement, je la regarde se déshabiller, disparaître derrière le rideau de la douche avant de réapparaître dans un nuage de vapeur, je me nourrit de la douceur que dégage chacun de ses mouvements, je sais qu’elle finira par être à moi, alors j’attend, j’attend l’instant ou elle s’étendra devant la télé et ou je pourrais m’étendre à ces côtés. Nous nous loverons sur le sofa, je lui dirais combien je l’aime et au creux de ses bras je laisserai mon bonheur prendre le pas sur l’habitude. Chaque jour est semblable au précédent et pourtant chaque jour je vois mon bonheur croître auprès d’elle. D’ailleurs je ne suis réellement vivant que lorsque je suis auprès d’elle, son absence m’étouffe, me fait souffrir comme une douleur lancinante que seule sa présence pourrait calmer.
Il est rentré, souriant, lui est toujours de bonne humeur le soir à son retour, il m´a sourit m´a donné une tape dans le dos, avant toute chose il est allé se déshabiller, lui aussi est empreint de manies, une routine qui se répète inlassablement soirs après soirs, je m´assied auprès de lui, il m´interroge alors sur ma journée, s´inquiète de savoir si je vais bien, oh plus par habitude que par réel soucis bien sur, mais cela me fait plaisir quand même.
Puis il s´approche d´elle le plus silencieusement possible et là il l´embrasse amoureusement. Mort de jalousie je ne peu qu´assister à la scène impuissant. Je suis jaloux oui, mais de qui ? d´elle ? qui est le centre de toute son attention. De lui ? qui la couvre de baisers dés que l´occasion se présente ? du fait qu´ils m´aiment et pourtant m´abandonnent une fois réunies ? ne suis je donc qu´un remplaçant, qu´un paliatif ?
Pourtant je les aime tout les deux bien plus encore qu´ils ne doivent s´aimer, je n´attend rien en retour sinon un regard, un geste tendre. Je l´aime elle pour ça douceur, lui pour son coté un peu gauche, elle pour son coté maternel, lui pour son coté enfant.
Enfant... parlons en justement, je ne suis pas dupe, il ne me dise rien mais je sens bien que quelque chose se prépare. Ils seront bien trois et moi je compterais encore moins voir plus du tout, bien sur je les aimerais toujours autant comment pourrait il en être autrement, j´ai toujours était là pour eux et cela ne changera pas avec l´arrivé d´un bébé, bébé que j´aimerai autant qu´eux d´ailleurs.
C´est vrai que souvent je leur en veux, mais cela ne dure jamais, un seul mot de leur part et j´explose de joie, j´irradie de bonheur, c´est aussi pour cela qu´ils m´aiment et disent de moi que je suis "un bon chien".