- L´aboutissement d´une vie du futilitée.
Je suis essoufflé… Tous mes membres sont vidés de leur consistance, et mon corps ne tiens plus que par une volonté qui n’est pas la mienne. Mon esprit se brouille. Impossible de penser, je dois entièrement me concentrer sur cette action : aspirer, expirer. Le bruit de ma respiration couplé à celui du battement dans mon crâne surpasse tous les autres. Un voile d’électricité me brouille la vue, j’ai perdu toute faculté physique. Je suis à la merci de mes besoins… C’est trop. Pourquoi continuer à tenir ? J’abandonne cette enveloppe à son sort, je laisse mes jambes se dérober. Mon corps entier s’écrase dans l’herbe, la puissance du choc se propageant sur toute sa surface. Je me laisse rouler sur le dos, j’étends les bras, ferme les yeux et laisse à mes réflexes de survie la tache qui m’accule. Respirer. Comme un voleur, je m’enfuis dans le monde des sens, au plus profond de moi-même, pour m’abandonner à mes rêves. Voilà, j’y suis… Hmm… J’entends encore ce son si violent, mais il est si lointain qu’il n’en devient plus qu’un murmure. Je sens la rosée me caressant les mains. Où suis-je ? Je ne sais plus… Je suis ailleurs. Ma respiration se calme petit à petit.
Des bruits de pas se rapprochant éveillent mon attention. De plus en plus proche… Ils s’arrêtent tout près de moi. Pendant un moment, aucun autre bruit ne parvint à mes oreilles que celui du bruissement des feuilles sous le vent. Une douce tranquillité me submerge, se répand en moi comme une eau pure, de ma tête jusqu’à mes pieds. Je suis bien.
- Tu es tout seul ?
Cette voix qui vient d’épouser le silence apaisant de la nature… Je la connais. C’est une voix féminine. C’est elle.
- Oui.
Je me surprends à entendre ma voix grave sortir de ma bouche, malgré moi. J’entends de nouveaux bruissements d’herbe, comme si la personne s’asseyait à côté de moi. Oui, elle est là, tout prêt. Si je bougeais les bras, je pourrais la toucher. Mais, une fois de plus… Je ne sais pas quoi dire. Je me dis que ça doit se passer comme ça, puisque je ne sens pas la gêne pénétrant de force dans mon calme. Je sens une main douce se poser sur mon front. Elle caresse mes cheveux… Doucement… Ce n’est même pas une caresse. Non, ce serait trop rude, une caresse. C’est une caresse céleste, un effleurement, à peine perceptible. Je l’entends prendre une profonde inspiration. Une autre main vient se poser sur ma tête, et je les sens toutes les deux glisser jusqu’à mes joues. Elle me tiens… À sa merci. Je suis à elle, maintenant. Elle est assise en tailleur est à son visage penché au-dessus du mien, elle me regarde. Je le sais. C’est comme si je pouvais la voir. Je crois sentir son souffle sur ma peau. Elle est près. J’ai l’impression que, bientôt, nous ne formeront qu’un. Nous sommes seuls. J’ai oublié tout le reste. Nos respirations se font plus fortes.
- Tu comptes… Te donner cette fois ? murmure-t-elle.
Elle est si près, si près de mon visage. Je ne peux pas m’empêcher… Ma main se lève presque malgré moi, sans pour autant me donner l’impression de quitter ma léthargie. Je l’approche de son visage, je la pose sur sa joue. Elle est si douce…
Ce contact est irréel. Ce n’est pas un contact… C’est… Nos âmes sont cotes à cotes, elles brillent, et s’apprêtent à se mélanger. Chacun de mes sens semble décuplés. J’ai toujours les yeux fermés. Je sens qu’elle aussi.
- Alors… Tu comptes te donner…
Sa voix est comme sa peau, si douce, et pourtant, me pénètre avec une telle force. Je me décide à répondre, sur de moi, sur de ce que je veux.
- Oui.
Pour la première fois depuis longtemps, le fait d’entendre ma voix ne m’est pas désagréable. Je sens enfin que cet instant est juste… Je vais me donner à toi. Tout entier. Ces murs m’ont trop longtemps étouffé…
- Je veux me donner tout entier.
Ma pensée se matérialise en mot… Je sens son visage descendre, ma main le suis dans son mouvement. Il se rapproche du mien. Elle quitte sa position en tailleur pour se coucher. Je le sais, je le sens. Son visage est tout près du mien… Il m’effleure… Ça y’est… Ils se touchent. Nous ne somme plus qu’un. Je suis ouvert, enfin. C’est effrayant, de se donner… Je me sens si fragile, si nu à ses yeux.
- N’ai pas peur.
Sa douce voix finit de détruire les dernières barrières que je m’étais construite. Je sens ses lèvres délicieuses se poser sur les miennes… Les ouvrir, lentement. Elle rentre en moi… Sa langue épouse la mienne. La course est terminée… Je me suis donné…