Voilà le début d´une petite nouvelle.
Laissez des commentaires merci. A=
- Tout va si vite.
Nous voici en 2174, et le monde est en perpétuelle évolution.
Aujourd´hui le seul véritable loisir est la littérature. Les nouvelles stars du football sont les écrivains. Ils sont payés de véritable fortune pour un don qui semble avoir déserté la majorité du peuple : l´imagination.
Les écrivains les plus recherchés ne sont pas ceux relatant la vie réelle ou bien une quelconque philosophie. Non! Ceux que vénèrent les nouveaux hommes sont les auteurs de fictions imaginaires.
Cette histoire relate les aventures d´un jeune étudiant passionné par l´un de ces héros modernes.
...
D´où lui vient toutes ses histoires?
Eric se posa cette question en feuilletant le dernier livre de Edwan Dean.
Edwan Dean, son idole, l´idole de millions de gens.
Son dernier opus décrivait la vie sur Mars de quelques humains à la recherche d´une arcane magique.
Incroyable...
Cette histoire qui pourtant ne se démarquait pas par son originalité impressionnait le jeune homme. Il ne fût pas le seul à se complaire dans ce conte moderne. Le livre était un best-seller vendu à plus de soixante millions d´exemplaires.
Eric reposa le bloc de mille et quelques pages sentant le papier neuf. Allongé sur son lit, de fins ruisseaux lumineux effleurèrent ses joues. Il sécha ses larmes et replongea aussitôt au milieu des mots en piochant un nouvel ouvrage dans sa pile de livres.
Une rangée de caractères se détachaient sur la couverture de celui-ci. Il les effleura comme si il s´agissait de braille.
Il lût à haute voix le titre tout en le touchant : Escadrius, l´homme au cinq visages. Puis il posa son regard sur le nom de l´auteur qui se détachait nettement en lettres capitales : Edwan DEAN.
Maître de l´imaginaire, souffla Eric, reprenant le surnom de l´écrivain maintes fois cité en quatrième de couverture.
Soudain il eût un éclair de lucidité : Pourquoi ne pas lui demander directement d´où lui venait ses idées?
Mais il n´était pas le premier à avoir eu cette "lumineuse" idée. Il lui serait difficile de rencontrer cet homme élevé au rang de demi-dieu.
L´annonce d´un hebdomadaire sur la vie des écrivains lui revînt en mémoire. Eric plongea la main sous son lit et en extirpa quelques feuillets arrachés.
Voilà il l´avait. Il s´agissait d´un concours qui permettait aux jeune gens de rencontrer Dean.
La peur le tenaillait. Pour avoir droit à ce bonheur il lui fallait écrire une nouvelle d´au moins deux pages s´inspirant d´un livre du fameux maître de l´imaginaire. Or, jamais il n´avait écrit la moindre chose en rapport à une quelconque forme de fiction. Comme la majorité de ses congénères depuis plus d´un siècle cet obstacle lui parût insurmontable.
Il commença pourtant à tapper sur son ordinateur un mot puis un autre. Au bout de cinq bonnes heures de travail, il avait accompli ses deux pages.
Eric relût avec douleur sa courte rédaction. Rien ne lui semblait bon, ormis peut être le style. Concernant le fond, l´histoire n´avait presque plus aucun rapport avec l´oeuvre initial.
L´oeuvre initiale, Escadrius, contait la vie d´un monstre à cinq têtes sanguinaire. Il attaquait ses victimes en se déplaçant dans de longs souterrains oubliés de tous depuis un millier d´années. Le récit se terminait par la mort d´Escadrius. Confronté au héros, il tomba dans un gouffre qu´il avait lui même creusé. L´auteur termina sur ces mots : "La bête évanescente attendra dans son trou sans fond l´heure de sa revanche."
L´écrit de l´étudiant débutait là où se terminait le roman reprenant contact avec l´être immonde. Mais incapable d´imaginer un moyen de le faire s´évader, il démontra son impuissance face à son malheur.
Au fil de son écriture, le regard d´Eric s´était perdu au milieu des feuilles rabougris du vieux platanes qui luttaient vainement pour tenir sur leur branche. Cette source d´inspiration l´avait fait divagué le perdant dans cette vaine réalité, décrivant l´ambiguité des sentiments de Escadrius.
"Mon dieu, il se meurt. La chose informe qui rêve en secret de revoir l´automne et ses feuilles mortes."
Non ce qu´il avait écrit lui semblait définitivement mauvais. Et malgré tout, il envoya le texte à l´adresse indiquée sur l´annonce. Il ne pouvait recommencer. L´effort fourni l´avait éreinté, et peut être qu´avec un peu de chance son "torchon" serait retenu. Il en doutait fermement et c´est avec ce doute qu´Eric s´endormît sans même avoir mangé.