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L’horloge de l’hôtel de ville indiquait minuit pile. Les rues étaient désertes et la ville demeurait endormie. Mathias courait vers la vieille ville. Il savait qu’il avait que peu de temps, probablement trop peu. L’obstination était un de ses caractères fondamentaux et sa course restait constante.
Arrivé sur la grande place, il observa attentivement les lieux. Mathias entra dans un des bâtiments et gravit les escaliers pour atteindre les toits. Il s’installa derrière la petite bordure donnant sur l’esplanade. Son sac noir grand ouvert, il posa tout le matériel en dehors puis commença à l’assembler.
Le fusil à lunette fut monté avec rapidité et efficacité. Il pointa l’arme sur les immeubles voisins, guettant une éventuelle présence. Un vent frais venait caresser les joues de Mathias. Le silence gouvernait ces lieux en maître absolu. Mathias continuait de scruter les ruelles et les toits de sa position dominante.
Il savait qu’il était la, il ne pouvait être qu’ici d’après ces dernières observations et informations. L’angoisse envahissait l’être raisonné qu’il était car dans cette situation personne ne pouvait rien ressentir. Les autres avaient aussi du avoir accès aux mêmes informations que lui, peut être trop tard.
Le moment était mal choisi pour tout ces doutes et questions sans intérêts. L’arme prête à faire jaillir les ténèbres visait tour à tour tout le champ de vision de Mathias.
Chaque bruit terrifiait le tireur embusqué. Il pointait avec son fusil chacune des cibles, avec un soulagement en constatant que ce n’était rien.
Soudain il entendit un coup de feu, sûrement un fusil à pompe. Le fracas semblait provenir d’en face de sa position, dans une des rues parallèle au parvis. A travers son viseur il épiait toute la zone. Son pouls montait en puissance. Son front ruisselait.
Mathias se répétait la litanie antique de l’Ordre. Les lèvres balbutiaient lentement et tremblantes…, "A vos talons je serais. Ainsi soit ma vie. A ma mort finira mon combat. Ainsi soit mon sang. Le bras divin que je suis préservera les hommes et mon âme du malin. Ainsi soit-il fait."
Un individu apparut inopinément sur l’esplanade. Il se dirigeait à grande vitesse vers le Nord. Mathias ajusta la cible puis tira. La personne s’effondra immédiatement et ne fit plus aucun mouvement. Il semblait satisfait et rassuré. Mathias se releva avec le sourire puis balaya des yeux le magnifique spectacle qui s’offrait à lui. La ville de nuit était grandiose.
Un cri aigu résonna dans ses oreilles. Il se retourna et aperçut une silhouette sur l’esplanade. Cette ombre à forme humaine se métamorphosa en une ténébreuse chauve souris.
L’animal se dirigea vers Mathias. Pris de panique, il attrapa quelques armes et se rua vers l’escalier. Haletant, les marches déferlèrent sous son être tandis qu’un grognement lugubre retentit en haut de l’immeuble.
Mathias, le souffle coupé, continua sa course et choisit d’entrer dans l’établissement scolaire. La chance se trouvait à ses côtés, la grille d’entrée n’était pas fermée à clé. Il traversa la cour intérieure pour aboutir sur le deuxième porche du collège. Il donnait, comme tous les collèges, comme toutes les prisons, sur une rue obscure, mais le vampire l’attendait la.
La créature lui offrit un petit sourire et un aperçu de sa belle denture centenaire. Mathias, le fusil serré contre sa poitrine, était pétrifié de peur. Son corps persistait dans l’immobilité face à son destin.
Deux balles vinrent transpercer le thorax du chiroptère. La bête bascula puis tomba sur le sol. Un homme muni d’une cape immense s’approcha du corps quelques minutes après les impacts. Mathias n’avait exécuté aucun mouvement et examinait la scène.
L’individu se pencha sur le vampire et posa ses mains sur son visage. Subitement la créature de la nuit bondit sur l’être humain, plongea sa mâchoire sur le cou de sa victime et la croqua.
Mathias saisit son arme de poing et visa la bête. Ses doigts frêles dansaient autour de la gâchette. La bête nocturne lâcha le cadavre pour se transformer en noctule.
Une série de tirs vînt frapper les pavés sans toucher la bestiole maléfique. Mathias prit la fuite sans regarder le chiroptère. L’esprit déboussolé, il cavalait à travers la vieille ville comme si le diable en personne le pourchasser.
La peur guidait sa course folle. "Je n’aurais pas peur. La peur avilit l’être humain dans sa beauté. La peur annihile la raison et notre raison d’être. La peur ne me touchera pas par sa folie. Je n’ai pas peur."
La créature se posa sur une statue en face de lui. Il s’arrêta. Mathias l’observa. Il sortit son pistolet. Trois grondements retentirent sur la petite place. Quatre bonnes minutes défilèrent pendant lesquelles il restait tendu, nerveux et l’arme braquée en direction du monument.
Il fut immobilisé en un instant, les bras et la poitrine bloqués. Une splendide dentition vînt s’enfoncer dans son cou. "Ainsi soit mon sang." La douleur saturait son âme et il sentait son être s’évaporait. "Ainsi soit ma vie." Son corps étalé sur le sol, ses yeux vides, minuit cinquante et une mare rouge. "Ainsi soit-il fait."