Le psychologue est seul dans sa chambre glaciale, face à un bureau enfoui sous des objets méconnaissables. Bien sûr.
La chambre est plongée dans une pénombre coupée de rayons d´une lune blême granulée par les nuées.
Le vent souffle sinistrement devant sa porte-fenêtre menant à un balcon.
Un poster de Chewbacca sur le mur. Chewbacca a une tête effrayante dans l´ombre.
Le psy s´avance vers le désordre noir de son bureau. Son pied heurte quelque chose. Il se baisse pour ramasser un sac à main portant l´inscription BLAR qu´il distingue dans un bref éclairci de la lune. Le sac de la femme qu´il avait rencontrée la veille.
Le psy s´aperçoit alors de la présence de Chewbacca qui l´observe diaboliquement.
´Qu´est-ce que tu veux, toi ? ´
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Mais la voix de l´homme, qu´il voulait ferme, n´était qu´un murmure effrayé. De la fumée blanche s´échappa de sa bouche et se dirigea vers Chewbacca qui semblait maintenant sourire.
Le psy ressentit un brusque frisson partir de sa nuque et se répandre tout au long de son dos, puis de ses jambes. Il détourna la tête et fixa la porte-fenêtre. Au-dehors la colline habituellement verdoyante, n´était tout simplement plus visible. Un épais cocon noir enveloppait le manoir. Une sorte de dôme, une version géante de ces cloches remplies de liquide et de paillettes blanches en guise de neige, qui volait autour d´une figurine lorsqu´on l´agitait.
Pourquoi ses assistants étaient-ils partis ? Il n´en savait rien. Tout ce qu´il savait était que lui, humain à diplômes reconnu, était seul au milieu d´un enfer de glaces et de noirceur, dans un manoir grinçant, seul avec des hommes et des femmes complètement fous à lier enfermés comme des animaux dans ses sous-sols. Des êtres dangereux pour certains. Le psy ressentit un autre frisson et son sang sembla se figer dans ses vaisseaux.
Il était tout seul, psychologue, dans une maison avec des psychopates dont le obstacle qui le mettait à l´abris d´eux était une simple porte en bois, dans la cuisine de la maison, trois étages plus bas. Une cuisine qui devait être plongée dans les ténèbres, elle aussi.
Le psy s´abattit sur le lit et enfonça sa tête dans les couvertures et les coussins froids. Il sentait son coeur battre, à un rythme normal mais qui le mettait mal à l´aise. Et si quelqu´un l´observait par la porte-fenêtre ? Il se retourna brusquement et fixa l´obscurité enneigée. Une forme sombre le regardait. Mais non, il n´y avait rien. Jamais il n´aurait dû laisser ses volets ouverts.
Mais avec ce froid mordant.
Ca suffisait. Il n´était plus un enfant. Il était un homme, un homme n´a pas peur, un homme est froid, détâché, calculateur, un homme n´a pas peur. Il porta résolument ses pas vers la porte qui donnait sur le couloir. Il était tout habillé bien sûr. Il appliqua la paume de sa main sur la poigné ronde comme une pomme. La poignée elle aussi était glacée. Tout à coup ses ardeurs retombèrent. Lorsqu´il ouvrirait cette porte, il serait trop tard pour faire machine arrière, il le savait. Il devrait descendre l´escalier obscur pour découvrir un hall blanchâtre, il devrait continuer, le coeur battant, jusqu´à la grande cuisine d´habitude enfumée, il devrait se positionner devant la porte de bois qui menait aux profondeurs du manoir. Sauf que la porte serait ouverte. Il le savait. Il le savait à coup sûr maintenant. Des ombres s´avançaient quelque part dans la maison.
Le psy renifla bruyamment et ouvrit la porte à la volée. Devant lui, derrière une mare noire, était la porte menant à la salle de bain de l´étage. A droite, la cloison, bien sûr. A gauche. Le couloir menant à l´escalier obscur. Son coeur se remit à se battre fortement. Il était persuadé que le danger se trouvait tout au fond, sur la dernière marche, tapi, prêt à foncer comme un taureau.
Il fit volte-face et referma la porte d´un geste. Le bruit qui se produisit sembla résonner partout dans la maison. Mais non. Un autre bruit provenait du couloir. Le même bruit que ferait une boule de croquet descendant un escalier. Le psy agrippa frénétiquement la clef de la poignée et la tourna. Ca y était. Personne ne pourrait lui faire de mal, pas à lui. Il eut du mal à s´empêcher de pousser un petit rire nerveux.
Déjà la poignée commençait de tourner, de droite à gauche, puis de gauche à droite. La porte paraissait vouloir s´arracher de ses gonds. Puis une faible voix surgit dans l´oreille du psychologue.
´Retourne-toi et va baisser les stores.´
Le psychologue se demandait d´abord pourquoi il découvrait aussi subitement qu´il possédait des stores.
Lentement hésitant, il se dirigea vers les fenêtres du coin supérieur de la chambre, et tira sur les stores gris.
Il ne vit pas deux formes plus grises encore passer juste derrière au même moment.
La porte-fenêtre explosa en morceaux de verre.
Le psychologue ne poussa aucun cri. Il sentit seulement un ultime frisson paralyser sa poitrine. Ses organes se figèrent en morceaux de glace.
Trois gouttes de sang giclèrent sur le poster de Chewbacca.