Voici une première ébauche d´une histoire que j´ai inventée, ce n´est encore qu´un début, lisez et donnez-moi votre avis (tout avis, même négatif, sera analysé pour tenter d´améliorer le tout). Voici :
Il y a des matins où le réveil est assez douloureux… Des matins où le petit déjeuner reste bloqué sur l’estomac. Surtout si à 9 heures à peine, vous vous retrouvez dans les couloirs froids et blancs de la morgue de l’Hôtel-Dieu où un médecin légiste vous annonce sans le moindre tact que l’on a retrouvé le cadavre de votre frère sous le Pont Neuf, le long du quai Georges Pompidou. Lorsque j’ai entendu ça, j’ai eu envie de faire demi-tour pour ne pas le voir, ne pas voir mon frère mort. Mais évidemment, il fallait que j’y aille, ne fût-ce que pour confirmer l’identité du macchabée. De toute façon, comment aurais-je pu reculer alors que j’avais Virginie Beaumont derrière moi ? Grande, droite, lunettes à verres rectangulaires sans monture, tailleur gris protégé par un long imperméable et cheveux noirs rassemblés en un chignon serré. Bref, le portrait parfait, presque caricatural, de la policière incorruptible et très efficace, bien qu’avec une autre tenue et les cheveux dénoués, elle aurait pu faire tourner la tête à pas mal d’hommes…
Je l’ai reconnu immédiatement, malgré le drap blanc qui lui recouvrait le corps jusqu’aux épaules. Les cheveux en bataille, la barbe et la moustache blondes qui lui entouraient juste la bouche, le nez aquilin, rien en lui n’avait changé depuis notre dernière rencontre il y a deux mois.
_ C’est bien lui. Quelle est la cause du décès ? demandai-je d’une voix blanche.
_ Trois coups de couteau dans la poitrine dont un en plein cœur, prononça lentement le légiste en repliant le drap pour me montrer trois entailles fines et profondes. Et voici l’arme du crime, ajouta-t-il alors qu’il prenait sur une table métallique un sachet en plastique qui contenait un beau poignard au manche de bois et à la longue lame encore tachée de sang, tel qu’on pouvait en acheter dans n’importe quelle armurerie.
_ L’assassin a laissé son arme sur sa victime ?
_ Oui, mais il portait des gants car il n’y a aucune empreinte digitale sur le manche.
_ Et à quand remonte le décès ?
_ Environ à 4 heures du matin.
Ce mec me rendait malade. Sa froideur, son absence d’émotion, … Je voulais sortir, respirer l’air frais du matin, au lieu de l’odeur de cadavre et de mort qui me donnait envie de vomir. Mais je n’en avais pas encore fini.
_ Qui a découvert le corps en premier ? demandai-je en me tournant vers Virginie.
_ Un clochard qui passait la nuit à proximité. Il a entendu du bruit, et quand il est arrivé, il a trouvé votre frère étendu, avec ce couteau dans la poitrine. Tout ce qu’il a vu du criminel, c’est une silhouette qui courait au loin.
_ Qu’avez-vous trouvé sur lui ?
_ Un portefeuille contenant une carte de crédit, un peu d’argent en liquide, sa carte d’identité et une photo de vous deux, détailla-t-elle. Tout est étalé là, sur la table.
Je m’approchai lentement, tandis que le légiste remettait le drap en place. En effet, je reconnaissais son portefeuille noir. Après une rapide inspection, je ne trouvai rien d’autre que ce qui m’avait déjà été cité. Pourtant, observant plus attentivement, je remarquai que quelque chose formait une bosse dans le tissu, et que la couture avait été brisée puis renouée. S’étant avancée, Virginie le remarqua elle aussi. Elle sortit un fin stylet de son sac, prit le portefeuille et s’attacha à soigneusement découper la doublure, pour en sortir une petite clé, visiblement une clé de coffre bancaire. Mais s’il l’avait dissimulée ainsi, c’est que mon frère ne voulait pas que n’importe qui la découvre. Il avait donc dû cacher quelque chose d’important dans le coffre que cette clé verrouillait. Une rapide analyse de sa carte nous informa qu’il était client à la banque du Crédit Parisien. Mon prochain objectif serait donc cette banque, après un passage au bureau pour essayer de mettre un peu d’ordre dans tout cet imbroglio. Après avoir salué le médecin d’un vague signe de tête, je sortis enfin, pressé de voir le soleil embaumer doucement la ville. Virginie me rejoignit, nous regagnâmes l’endroit où elle avait garé sa voiture, elle s’installa au volant et démarra en douceur. Lentement, j’essayais de remettre mes idées en place : mon frère avait été tué par quelqu’un qu’il dérangeait visiblement, il reposait désormais dans une morgue sous un drap blanc, il m’avait laissé –du moins je l’espérais– un élément de réponse dans un coffre de banque, et c’était bien mince pour débuter l’affaire.
Le trajet jusqu’à la Préfecture de Police dura à peine cinq minutes. Une fois à l’intérieur, nous nous dirigeâmes directement vers mon bureau. J’ouvris la porte… et vis une photographie de nous deux en compagnie de nos parents. Une vague déferlante de souvenirs me submergea alors : bagarres de cour d’école, baignades dans une rivière, sifflement des filles, …
_ Et merde… soupirai-je en m’appuyant au chambranle.
Assis sur une chaise contre le mur, un clochard, sans doute celui qui avait trouvé le cadavre de mon frère, attendait sous la garde de l’officier Villier. Un bon flic et un gars sympa, Quentin Villier. Ses parents étaient loin de rouler sur l’or et maintenant il gagne assez pour nourrir sa femme et sa gosse, et envoyer une pension régulière à ses vieux.
Je pris place en face du vieil homme, mis en route l’enregistreur posé à côté de quelques dossiers, joignis mes doigts, pris une grande inspiration et me lançai dans un nouvel interrogatoire, tandis que Virginie se plaçait debout derrière moi, les deux mains posées sur le dossier de mon siège.
_ Nom, prénom, date de naissance, … ?
J’avais failli ajouter « adresse », mais m’étais retenu au bon moment.
_ Gaulin, Charles, né le 11 février 1946.
_ Bien. Pouvez-vous me dire ce qui s’est passé, ce que vous avez exactement vu et entendu la nuit passée ?
_ Bin, comme j’l’ai d’jà raconté à Mam’zelle vot’collègue, j’étais couché sur un banc près du quai, gelé jusqu’aux os par ç’putain d’hiver, et puis bin j’ai entendu comme un cri qu’on étouffe, comme si quelqu’un avait mis la main sur la bouche. Après, bin j’me suis approché, et j’ai trouvé ç’mec, étendu par terre, qui risquait pas d’se relever, vu qu’il avait l’air tout ce qu’il y a de plus clamsé ! Alors moi, j’lui ai juste pris un peu d’argent pour appeler vos copains… D’toute façon, un linceul a pas d’poches , hein ?
_ Et qu’avez-vous distingué du meurtrier ?
_ Bin pas grand-chose. Juste quelqu’un qui courait très vite. Tout ç’que j’peux vous dire, c’est qu’il était grand.
_ Vous n’avez rien remarqué d’autre près du cadavre ?
_ Bin, à part le truc bizarre sur le mur, j’ai rien vu d’autre.
_ Quel truc bizarre ? demandai-je en fronçant les sourcils.
_ Un tag tracé sur l’arche du pont à côté du corps, expliqua Virginie en pianotant sur le clavier de mon ordinateur, où avaient déjà été transférées les photographies numériques prises du cadavre et de ses environs. On y distinguait effectivement, hâtivement dessiné en rouge, quelque chose qui ressemblait à un chiffre ; plus exactement le nombre 666.
_ C’est de la peinture rouge, précisa-t-elle pour couper court à tout effet mélodramatique.
_ Mais c’est quoi, ce délire !? m’exclamai-je violemment.
_ La peinture était encore fraîche lorsque je suis arrivée. Donc ceci a bien été tracé par notre tueur.
_ Vous savez ce que cela représente ?
_ A dire vrai… me répondit-elle en haussant les épaules en un geste d’ignorance.
_ Certains disent que le nombre 666 est le symbole de l’enfer. Maintenant, il reste à savoir s’il s’agit d’une « signature » ou d’une façon de brouiller nos pistes.
_ Nos pistes ? Dites plutôt « notre piste », et elle est aussi fragile qu’un fil à coudre.
_ Ce sera tout, dis-je en me tournant vers le SDF. Merci de votre collaboration.
_ Mademoiselle, Monsieur… fit-il en se levant avant d’enlever son vieux chapeau en un salut qui se voulait respectueux.
Il allait sortir, quand je le retins :
_ Ah, attendez… Prenez ceci, lui dis-je en lui tendant le billet de 50 € qui restait dans le portefeuille de mon frère.
_ Merci, Monseigneur…
Lorsqu’il fut sorti, je fis défiler les photos une à une sur l’écran : la silhouette de craie dessinée autour du cadavre, le cadavre lui-même, un gros plan sur l’arme dont le manche et une petite partie de la lame dépassaient du dos, une mince traînée de sang qui avait coulé sur le sol, le nombre 666 peint à la base de l’arcade du pont, bref rien qui puisse m’apporter un semblant de lumière.
_ Bon, je crois que nous n’avons plus qu’à nous rendre à cette banque, en espérant que notre assassin ne s’y soit pas rendu avant nous.
Le temps était aussi sinistre que l’affaire. Cela faisait deux jours que la neige tombait sur Paris. La majeure partie des rues et des avenues n’était pas paralysée, loin s’en faut, mais malgré les illuminations de Noël sensées égayer la ville, le rideau blanc donnait à toutes choses un aspect fantasmagorique qui faisait inévitablement travailler l’imaginaire. En de multiples quartiers, les grues abandonnées par des ouvriers déchiraient les limbes comme des griffes.
Le grand bâtiment de briques du Crédit Parisien était recouvert d’un mince linceul de givre. La voiture garée, nous gravîmes la volée de marches qui menait au grand hall où nous avançâmes vers un guichet libre, où un employé en costume clair nous accueillit d’un sourire stéréotypé :
_ Bienvenue. Que puis-je faire pour vous ?
_ J’aimerais accéder à mon coffre, dis-je en présentant ma clé.
_ Mais naturellement. » Il entra le numéro de la clé dans son ordinateur, puis fronça les sourcils. « Je crains que nous n’ayons un problème. Ce numéro n’est visiblement pas le vôtre. »
Virginie lui présenta alors son insigne de la police et lui exposa rapidement les faits. Le visage de l’homme se détendit progressivement, il se leva, nous rejoignit et m’invita à le suivre.
_ Mademoiselle nous accompagne ?
_ Si vous n’y voyez pas d’inconvénient…
_ Aucun.
La salle des coffres était au sous-sol. Après avoir descendu une vingtaine de marches, une porte blindée se présenta à nous, verrouillée solidement. L’homme de la banque l’ouvrit, et nous pénétrâmes dans une vaste pièce, où les coffres remplissaient la surface de trois murs complets.
_ Voulez-vous me rappeler le numéro du coffre, s’il vous plaît ?
_ Le 609, indiquai-je après un coup d’œil sur la clé.
_ Le 609… voyons… Voilà, Monsieur, vous pouvez l’ouvrir. Si vous avez besoin de moi, je vous attends en haut de l’escalier.
_ Merci.
Le coffre ouvert, nous y découvrîmes une simple feuille de papier, sur laquelle s’étalait l’écriture de mon frère. Je commençai à lire silencieusement, Virginie penchée par-dessus mon épaule :