On a pas fini de vous faire aimer la viande.
Gérard, le boucher du coin, travaillait la depuis 27 ans déjà. Au début, il voulait faire dans le commerce mais le pauvre homme ne pouvait aligner une phrase sans faire de fautes de langage. De plus, il n’était pas très sympathique à regarder. Il avait un nez écrasé, une bouche luisante de salive, les joues bouffies par l’alcool. Ses yeux étaient bleus, très clairs et globuleux. Des vaisseaux sanguins en cachaient le blanc. Heureusement que son petit képis dissimulait ses longs cheveux filasses et sa calvitie naissante. Sa large blouse blanche pleine de sang ne laissait guère apparaître son gros ventre plein de bourrelets.
Malgré les apparences et la nonchalance qu’il y mettait, Gérard Flamouch aimait plus que tout son métier. Il avait en adoration la viande, et le sang. Il ne parlait pas beaucoup. Presque jamais. Un être si peu loquace est souvent catalogué comme un sociopathe décérébré. Et c’était le cas. Ce trait de caractère agaçait énormément la comère qui venait chaque samedi non pas pour acheter de la viande mais pour raconter et apprendre les derniers potins. Mais notre Gégé ne mangeait pas de ce pain la. (En plus il détestait la boulangère).
Il faisait son travail, ça s’arrêtait là. Inutile de vous dire qu’il faisait un commerce bien moins juteux que le Saucissonneur d’en face, un don juan au bronzage impeccable. Cet homme, ou cette « gonzesse » comme il se plaisait à le dire, était son pire ennemi. Ca devait être le plus gros escroc que cette planète ait jamais porté. Vu la voiture qu’il conduisait et les costumes qu’il portait, on était en droit de se demander si ce saucissonneur ne vendait que de la viande de porc séchée. Ses méthodes de travail laissaient également à désirer. Gérard et lui étaient dans la même école de boucherie. Gérard était bien plus talentueux mais c’est « l’autre mannequin » qui fut d’avantage sollicité…
Gérard travaillait quasiment toujours appuyé par un jeune garçon. Mais, bizarrement, ceux-ci disparaissaient sans cesse au bout de quelques jours. Ces derniers temps, il avait décidé de prendre comme apprenti le jeune et curieux Billou Broutboul, un élève brillant diplômé de charcutologie, option découpage de cote de bœuf. Sans doute le meilleur élève de sa promotion. Ses parents avaient découvert très tôt ses talents, lorsqu’il avait remporté la coupe du monde de steak haché frite. Depuis, il s’était entièrement consacré à sa carrière de boucher, et c’est d’ailleurs pour cela que Gérard l’avait choisi. Il ne lui avait promis ni un salaire mirobolant, ni des horaires alléchants, mais simplement une profession de boucher, une vraie place à la hauteur de son talent.
Même s’il n’entretenait qu’une relation strictement professionnelle avec son chef, Billou savait bien que ce dernier n’avait guère un mauvais fond. Ce qui ne l’empêchait pas de trouver bizarre qu’un homme si solitaire à l’habitude ait une subite envie d’avoir quelqu’un pour l’assister.
Bref, Billou travailla le premier mois sans se poser de question. Gérard se montra social, voire même très sympathique. Puis le temps passa et la face sombre de notre boucher commença à vraiment surgir. Elle alla même jusqu´à terroriser son apprenti…
« Il met tellement de hargne et de violence en découpant la viande… Il passe presque tout son temps à dépecer ses bestioles qui n’ont déjà plus grand chose à l’intérieur d’elles. Le pire, c’est que lorsqu’il se croit seul, il murmure des paroles incompréhensible en aiguisant son couteau. Et depuis quelques temps, je trouve que notre viande est bizarre. C’est peut-être moi qui délire. C’est vrai que voir du sang toute la journée ça peut monter à la tête. D’ailleurs c’est peut-être ce qui lui est arrivé, ça fait plus de vingt ans qu’il bosse dans sa boutique… Demain, j’en aurais le cœur net… Je suis trop curieux, ça me jouera des tours. Mais JE DOIS savoir. Même si j’ai peur. Ce n’est pas pour me la jouer aventurier sans peur, c’est pas trop mon genre mais voilà. A bientôt… j’espère… »
Voilà ce qu’on a retrouvé sur son journal qu’il mettait à jour chaque jour. Le soir venu, il entreprit alors d’espionner son mentor après une journée de dur labeur. Vêtu d’un ciré jaune et d’un chapeau à la Dick Tracy, il suivit le mystérieux boucher durant tout le trajet, un soir pluvieux d’automne. Ce soir, il saurait. Il connaîtrait les réponses à ses questions. Son précepteur avait une démarche longue et usée. Son dos était courbé et ses épaules tendues. Dans son sac de sport, il devait certainement y avoir ses « outils de travail » fétiche dont il ne se séparait jamais. Il arriva devant un grand immeuble abîmé et salit par le temps. Il y pénétra. Billou arriva lui aussi à se glisser à l’intérieur avant que la porte électrique du bâtiment ne se referme. Ensuite, il attendit que les lourds pas de Gérard se dissipe dans l’escalier de fer pour s’y aventurer à son tour…
Il marcha alors la où son ouie le guidait : au 14ème étage de la tour infernale. A bout de souffle, en sueur et en totale harmonie avec la rampe (sur laquelle il s’appuyait depuis le quatrième). « Il aurait du habiter encore plus haut, lui » grogna-t-il ironiquement ». Puis, il se releva et parcouru l’étroit couloir, bercé par une lumière plus ou moins inquiétante. Il marchait à pas de loup afin de ne pas faire grincer le parquet rongé par les termites. Il se rendit alors compte qu’il n’avait aucune idée du numéro de palier du mystérieux Gérard. Mais soudain, il s’arrêta net devant le palier numéroté du chiffre 420. La porte était sale, le paillasson aussi souillé qu’inexistant, et la poignée à moitié rouillé. Il distingua une légère trace de sang sur cette dernière. Il se donna une grosse claque pour se donner du courage ( ?) , puis pénétra dans l’appartement. C’était incroyable. Celui-ci paraissait bien plus grande que vu de l’extérieur. Ca devait être simplement un effet d’optique due à la peinture blanche immaculée qui recouvrait l’essentiel de la pièce. Il tourna la tête vers la gauche et vit le porte manteau du boucher où était entreposé son tablier encore ruisselant de sang encore frais. Il coulait et tombait violemment sur le carrelage blanc. Puis il détourna son regard et balaya la vaste pièce encombrée par de nombreux congélateurs, tous plus crasseux et bruyant les uns que les autres. Une odeur de pourri s’en échappait. Dans cette salle, la lumière se faisait blanche, presque aveuglante. Mais elle ne fonctionnait pas correctement, et elle ne cessait de s’allumer et s’éteindre. Ce qui avait le don d’agacer Billou, malheureusement trop stressé pour s’en rendre compte. Il embrassa sa gourmette fétiche ou il était inscrit : « St-Tropez ». Il en aurait voulu une avec son prénom mais ça coûté trop cher.
Soudain, il entendit un bruit. Un bruit de frottement métallique. Le bruit de deux couteaux qui s’entrechoquaient. « Mais qu’est-ce que je fais, là ? ». Il reprit enfin ses esprits. Il n’avait pas le droit de s’introduire dans un domicile privé. Il exécuta un vif demi-tour et saisit nerveusement la… mais, il n’y avait pas de poignée ! Pétrifié sur place il sentit son sang ne faire qu’un tour. Il posa rapidement sa main sur ses lèvres pour étouffer son cri. S’était juste pour une poignée, mais dans ces circonstances, il était en droit de se poser des questions sur son avenir. Le bruit des lourds pas de Gérard derrière lui. Il se retourna et la dernière vision qu’il eut fut celle du diabolique visage de l’infâme boucher qui lui transperça rageusement le cœur en plusieurs coups de couteaux. Après que Billou ait fini sa douloureuse agonie, après que son hémoglobine luisante aie retapissé la blanche salle, le boucher lui sectionna chaque membre et les disposa dans les différents congélateurs.
Le lendemain, un radieux soleil montrait le bout de ses rayons. Gérard Flamouche suivit son train de vie habituel. Il mangea son beau gros pavé de Rumsteck, mit un tee-shirt jaune délavé et bon marché, rentra difficilement ses grosses fesses dans son vieux jean, une contrefaçon d’un levi’s, et rentra ses vieux pieds abîmés dans ses chaussons à carreaux déchiqueté.
Comme chaque jour, il chargeait la fraîche marchandise dans sa petite camionnettes, et se rendit sur son lieu de travail, il entreposa la viande dans sa vitrine, enfila son tablier. Enfin, il recolla la petite affichette « Recherche apprenti » dont il se servait de plusieurs années déjà, et ouvrit sa boutique.
Le soleil faisait luire un petit objet brillant dans la vitrine…
Peu après sa disparition, on retrouva le journal intime de l’infortuné Billou. Les forces de l’ordre fouillèrent la maison et la boutique du boucher tueur. Ils retrouvèrent une trentaine de corps découpés dans les congélateurs dont l’identité reste encore a déterminer. Peu après un homme du village du se faire extraire une gourmette en plaqué or de son estomac. Pour finir, Gérard « Le Boucher » Flamouche fut inculpé pour meurtre. Il est actuellement incarcéré à vie pendant 20 ans dans le centre de haute-sécurité de Berk-sur-Mer…
FIN
voila une petite nouvelle tré sympathique écrite par moi j´éspère que vous m´en direz des nouvelles
BONNE LECTURE