C´est un thème bateau, mainte fois abordé, mais il y a des soirs comme ça ou l´imagination fait cruellement défaut. J´espère que vous ne m´en tiendrez pas rigueur.
" it’s time they should go..."
« On l’a retrouvé dans les toilettes de l’aile Ouest du bâtiment des Sciences, complètement nu… On a essayé de l’approcher, mais il s’est mis à hurler… Il tremblait comme une feuille… Il a fallu que le psychologue de l’école se déplace, et s’isole avec lui quelques instants, avant qu’il n’accepte de sortir… »
« Mais… Mais qu’est ce que… qu’est ce que ça signifie ? Et… Et ces coups bleus ? »
« Des blessures infligées par ses camarades de classe, probablement… Il n’a rien voulu nous dire… J’ai pensé qu’il valait mieux le ramener chez vous… Vous savez… Le temps qu’il s’en remette et… »
« Et… ? »
« Et puisse nous en dire plus… notamment sur l’identité de ses tortionnaires… Vous savez, madame March, nous ne pouvons rien faire, sans témoignage de sa part, ni preuves… Tout au plus sermonner les élèves lors d’une réunion extraordinaire… »
« Je… Je comprends, oui… Je vais essayer d’en savoir plus… »
Blotti dans son lit, à l’étage, il ne perdait pas un mot de la conversation qui se déroulait au rez-de-chaussée. Il n’avait aucun mal à reconnaître la voix de Monsieur Docque, le directeur du collège Ste-Marie et celle, paniquée, de sa mère, visiblement trop choquée par la nouvelle pour demander de plus amples informations à son interlocuteur.
Il était tenaillé entre deux envies. D’une part, il aurait voulu que cette conversation prenne fin le plus tôt possible, pour ne pas avoir à revivre, au fil des explications confuses du recteur, le calvaire qu’il venait d’endurer, et d’autre part, il aurait souhaité qu’elle ne s’arrêtât jamais, cette conversation, et ne pas entendre, après un bref moment de silence, les pas de sa mère sur les marches de l’escalier menant à sa chambre…
C’est, évidemment, la première possibilité qui se vérifia. Après quelques instants, de brêves -trop brèves- excuses bafouillées par Monsieur Docque, et des remerciements sans grande conviction de sa mère, la porte d’entrée se referma, et un silence de mort s’installa…
Il s’attendait, à tout instant, à entendre sa mère monter les escaliers, pousser la porte de sa chambre, s’asseoir sur le rebords de son lit, passer sa main dans ses cheveux, et poser la question qu’il ne voulait pas entendre… pas maintenant…
« Que s’est il passé, mon chéri… ? »
Il ne se sentait pas, à cet instant, la force nécessaire pour raconter à sa mère comment trois garçons de sa classe l’ont traîné dans les toilettes de l’aile Ouest du bâtiment des Sciences, l’ont déshabillé de force, en arrachant au passage la plupart de ses vêtements, les réduisant en lambeaux, et l’ont rué de coups, avant de lui plonger la tête dans la cuvette plusieurs fois, des dizaines, lui avait-il semblé…
Cela n’était bien sûr pas la première fois que ces trois là le faisaient souffrir… Ils avaient commencé à le martyriser dès la première semaine de Septembre, sous l’impulsion du meneur du petit groupe, un certain Mark Carragher… Jusqu’à présent, cela n’avait pas été bien loin… Seulement des brimades, des insultes, des petites baffes qui, à défaut de faire vraiment mal, laissent des traces psychologiques indélébiles…
Mais cette fois ci… Cette fois ci, ils ne se sont pas contentés des tortures habituelles… Non, cette fois ci, ils en voulaient plus, beaucoup plus… L’échec cuisant de Carragher au récent examen de Sciences en était peut-être la raison… Ou peut-être n’y avait-il pas de raison particulière… Qui sait ?
Il attendait, les yeux fermés, la venue de sa mère… Il s’était décidé à faire l’endormi, pour ne pas avoir à répondre aux questions embarrassantes de cette dernière, et ne sentir que ses douces caresses sur son visage… Il se doutait bien qu’elle ne croirait pas à sa petite mise en scène, mais il espérait qu’elle serait assez compréhensive pour faire semblant, pour jouer le jeu, et le laisser en paix –toute relative- pour le moment…
Il attendait, attendait… mais rien ne se passait. Il n’entendait pas les marches de l’escalier en colimaçon grincer, comme elles en avaient l’habitude, lorsque quiconque s’aventurait dessus, les pieds chaussés ou non… Que se passait-il ? Se pouvait-il que… ? Non… ?
Si… De toute évidence, sa mère n’avait pas eu le courage d’affronter son fils, et les terribles révélations de celui-ci sur les conditions de sa scolarité au Collège Ste-Marie… Il ne lui avait, bien sûr, rien raconté des souffrances qu’il endurait… Il essayait tant bien que mal de se décrire comme un élève sinon populaire, au moins apprécié… Il ne voulait pas que ses parents, eux aussi, le prennent pour un looser…
Et voilà que maintenant, sa mère confirmait ses craintes, en refusant de venir le voir, le réconforter…
Même ses parents… Même eux ne le supportaient plus…
C’en était trop, pour lui… Il fallait que cela s’arrête… Que tout cela prenne fin…
Définitivement…
Le lendemain, alors que ses parents dormaient toujours, il quitta enfin son lit, pour la première fois depuis qu’il y avait trouvé refuge, lorsque Monsieur Docque l’avait ramené chez lui, la veille, dans sa voiture personnelle. Il s’habilla rapidement, sans faire attention à ce qu’il mettait, résolument décidé à ne pas laisser les doutes qui s’immisçaient tout doucement en lui, maintenant que la nuit l’avait éloigné quelques instants de la triste réalité -de sa triste réalité- prendre le pas… Il avait été un faible toute sa vie, il n’allait pas l’être, cette fois ci.
Pour une journée, seulement, il allait maîtriser ses peurs, ses doutes, et ses angoisses…
Il descendit sans faire de bruit, malgré l’escalier grinçant, et se dirigea d’un pas ferme vers la grande armoire en chêne du salon. Il ne prit pas la peine d’enlever consciencieusement les différents bibelots qui trônaient sur celle-ci, et dissimulaient un petit coffret. Il les écarta du revers de la main, en cassa deux au passage, et se saisit du coffret qui, seul, l’intéressait. Il le posa calmement sur la table basse, l’ouvrit, et contempla quelques instants l’arme à feu de son père. Une arme de défense. L’arme parfaite pour les non-initiés, ne connaissant rien aux armes à feu, et ne voulant qu’une protection contre les cambrioleurs. Une arme qui n’a presque pas de recul, et qui donc ne risque pas de vous faire perdre l’équilibre, lors d’une éventuelle confrontation avec des agresseurs.
Il hésita alors sérieusement, pour la première fois depuis qu’il avait pris sa décision, au beau milieu de l’après midi de la veille. Il se demanda si il était obligé d’en arriver là… Si il ne pouvait faire autrement… Et puis, il se souvint de ce moment… Il y a, à peu près, trois mois… Il se tenait alors devant le bureau de Monsieur Docque, le doigt sur la petite sonnette, prêt à demander une entrevue spéciale, et à tout raconter au directeur… Il se souvint de la pensée qui arrêta son geste, ce jour là, et le fit regagner sa classe…
« Il y a sans doute moyen de régler le problème autrement… ».
Le résultat, il l’avait devant lui, se regardant dans le verre de la table basse… Il n’avait pas trouvé d’autre moyen, et tout ce qu’il avait gagné à refuser d’avertir le directeur, c’était d’autres mois de calvaire, cet œil au beurre noir, et ces multiples contusions douloureuses sur le visage et sur le corps…
Cette image suffit à lui faire reprendre le contrôle. Il prit résolument l’arme dans sa main droite, vérifia si elle était chargée, et la fourra dans son sac à dos. Sans perdre un instant, il sortit, referma la porte derrière lui plus doucement que sa mère hier, après le départ de Monsieur Docque, et marcha en direction de son collège, situé une centaine de mètres plus bas…
Arrivé dans l’enceinte du collège Ste-Marie, il accéléra le pas, refusant de se retourner sur les commentaires et les regards des étudiants qui, évidemment, connaissaient toute l’histoire, dans ses moindres détails. Il pénétra dans le bâtiment principal, se dirigea vers sa salle de cours habituelle, et une fois arrivé devant la porte, s’arrêta net.
C’est à ce moment précis qu’il connut sa seconde hésitation. Il voulut alors tout laisser tomber, balancer l’arme de son père dans les poubelles les plus proches, et se mettre à courir à travers les couloirs, sans faire attention aux regards des autres, traverser la cour du collège, dépasser les grilles du portail, et rentrer chez lui… Mais c’est alors qu’il reconnut la voix d’un de ses tortionnaires… Mark Carragher…
Il saisit quelques bribes de la conversation qu’il avait avec d’autres élèves de sa classe…
« …petit imbécile… ne remettra plus les pieds ici…. bonne leçon…. hurlait comme un goret… »
Le tout ponctué par un rire sonore… Un rire repris par l’assistance … Apparemment, tout le monde s’était mis d’accord pour lui pourrir la vie, et pour s’en moquer ouvertement, sans retenue, sans respect… Il poussa alors la porte d’un violent coup de pied, fit face à son tortionnaire et à l’audience, qui tous braquèrent leurs yeux sur lui… Il ne laissa le temps à personne de dire quoi que ce soit… Il laissa tomber son sac sur le carrelage de la salle de classe, non sans avoir au préalable retirer l’arme de poing de celui-ci, le braqua sans hésiter un seul instant sur celui qui avait fait de sa vie un enfer depuis qu’il l’avait rencontré, et appuya sur la détente… Un instant plus tard, son bourreau s’écroulait, touché mortellement, pendant que les autres hurlaient et sautaient sur place dans une danse grotesque et ridicule, les yeux révulsés, la panique lisible au plus profond de leurs yeux…
Il tira encore quatre coups… Il essaya tant bien que mal d’atteindre les deux principaux acolytes de sa première victime, mais ne parvint qu’à en blesser un, mortellement toutefois, bien qu’il ne le sut pas, et à expédier Ad Patres une fille qui, il n’y a pas trente secondes, gloussait sans vergogne à l’évocation des souffrances qu’il avait du endurer hier après-midi… Elle tomba, morte, dans les bras du troisième et dernier bourreau, qui, pris de panique, voulant échapper à la mort, sauta par la fenêtre, pourtant fermée, et s’écrasa quatre mètres plus bas, sur le sol en béton du parking des professeurs…
Dès lors, il ne fit plus attention au brouhaha ambiant… Il ne vit même plus les autres courir en tous sens, s’évanouir, ou se précipiter au dehors, par la seule et unique porte de la salle…
Pour la première fois de sa courte vie, il se sentait bien. Il avait réglé ses problèmes, peut-être pas de la manière la plus orthodoxe qui soit, mais peu importe, le résultat était là… Ses bourreaux avaient tous trouvé la mort, et ne l’ennuieraient plus.
Et d’ailleurs, plus personne ne l’ennuierait, désormais.
Il mit le canon dans sa bouche, le pointa vers la cervelle, et appuya, une dernière fois, sur la détente…
Super texte, vraiment.
J´ai juste une critique ( évidemment) : La fin est un peu trop courte. Apres qu´il ai fait son… truc. ( Pas de spoiler ! )
Quand il le retourne contre lui, je penses que la conclusion aurait pu etre plus grosse, plus importante.
Mais sinon, le reste est grandiose, grandiose ![]()
C´est bien, l´histoire est comme tu dis " bateau" mais c´est bien écrit.
Loveisgreat, tu désires plus de conclusion, mais tu crois pas qu´au moment ou le " héros" pete un plomb il n´a plus rien en tête que ça, se venger, mourir...?
Meme, je penses que la fin aurait pu etre plus élaboré, plus longue, qui nous pousserait a encore plus penser.
Une fin aussi rapide, c´est aussi celle que désire le personnage non ?
Précisement. La description des pensées qui s´enchainent extremement vite, la rapidité du mouvement n´auraient pas été de refus.
Aucun doute: j´adore.
Très bon texte, d´ailleurs j´en ai écrit un du genre il y a quelques mois ( le sujet est répandu
)
pourquoi les meilleurs textes ont tous le suicide ou le meurtre comme thème?
j´adore aussi les sentiments que tu nous fais vivre dans ce texte... décidément Oskitz... ![]()
Parce que la tristesse est plus belle que la joie, et que la tristesse passe souvent par la mort.
la tristesse est belle? hummmmm
je dirai plus qu´elle est pt plus proche de ce que l´on vit le plus souvent...
Tu peux écrire quelquechose de beau en parlant de choses tristes qu´en parlant d´un truc marrant, ou alors héroique.
quand meme hé
L´est vraiment bien cette nouvelle ![]()
Oui c´est vrai que le sujet est revenu et que la fin est courte, mais très bon ![]()
La fin est assez courte, oui et cela eut peut-être été mieux si els pensées du personnage était plus développées au moment où il se donne la mort, mais c´est une très belle nouvelle, remarquablement écrite je trouve!
bravo oskitz!
hem
*les pensées du personnage étaient plus développées...* voulais-je dire