bon, j´avais déjà essayé de poster cette nouvelle sur ce forum, mais ca avait pas marché, alors je retente aujourd´hui...Bah, c´est une histoire à suspens avec de l´aventure de l´action, et on m´a apporté de bonnes critiques quant à la fluidité et le suspens ménagé, même si plusieurs trucs sont à corriger...Mais j´aimerais qua vous lisiez ça, c´es tune longue histoire où je poste 1-2 chapitres pas semaine alors si vous commencez à lire...bah essayez de rester...bonne lecture !
LES SILENCES D’ANNA
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VOLUME I
Les Ombres sur l’Eau
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Chapitre 1
Assise sur la fenêtre de sa chambre qui lui offrait une superbe vue sur Pleasant Valley au Texas, Anna se délectait du paysage verdoyant clairsemé de bovins ruminant paisiblement. Sans se lever, elle prit la guitare sèche posée sur le bord de son lit par le manche et fit corps avec avant de chercher de la main gauche la note qui ouvrait le morceau. La tête ailleurs, le regard perdu dans le vide et un léger sourire au coin des lèvres, Anna entama la musique qu’elle avait elle-même composée. Elle grattait doucement du bout des doigts les cordes qui produisaient un son véritablement enchanteur ; elle-même sembla s’évader par la fenêtre pour voler tranquillement au-delà des champs et de forêts, effleurer les montagnes, traverser les océans…
Alors qu’elle jouait parfaitement, le regard d’Anna se perdit dans le vide, ses yeux grands ouverts s’écarquillaient à mesure qu’elle grattait les notes, lui donnant un air ahuri. Il émanait de sa personne une certaine sensualité, surtout lorsqu’elle jouait ainsi, sur le bord de sa fenêtre ; sa peau légèrement pâle et douce s’étirait et se détendait au rythme des notes, alors, son visage s’illuminait de satisfaction. Ses yeux verts maquillés de noir brillaient d’une certaine malice et intelligence, ses fines lèvres rouges esquissaient un sourire simple et timide s’ouvrant de temps en temps sur de petites dents de porcelaine. Elle était née avec ce petit visage rond et joufflu. Justement, ses joues n’étaient pas grosses, mais ronde, et cela lui allait à ravir, aussi rondes que son petit nez peu commun. Ses cheveux légèrement frisés semblaient aussi noirs que le charbon, malgré qu’il furent teintés de rouge sur les pointes. Toujours ramassés de différentes façons, ils révélaient en elle une fantaisie débordante. La fantaisie. Voilà ce qui pouvait définir Anna, car elle était toujours très enthousiaste, joyeuse, positive, « fraîche » comme elle se plaisait à se le dire. En plus de ces qualités, cette jeune femme s’avérait très intelligente et avait d’ailleurs intégré une prestigieuse école de philosophie dans la ville attenante, où elle avait achevé avec succès et félicitations sa première année. Douce, affective, drôle, intelligente, timide, et mignonne ; tels étaient les principaux traits d’Anna, véritable cœur à prendre, car elle n’avait jamais joui d’un amour réciproque.
Lorsqu’elle se réveilla soudainement, comme sortie d’un cauchemar, elle était encore assise sur le bord de sa fenêtre, sa guitare sous la main, mais dehors, le soleil avait fait place à la lune et la nuit nappait les plaines. Elle lut l’heure affichée au plafond par le retro-réveil ; il indiquait trois heures. Mais peu lui importait l’heure qu’il était ; elle s’était simplement endormie. Sa petite bouche s’ouvrit toute grande et elle bailla longuement en s’étirant, puis se décida à enfin quitter son perchoir. Elle posa sa guitare au pied du lit et s’étendit sur ce dernier. Sans même se changer, elle se glissa sous la fine couette d’été et chercha la position adéquate à son sommeil. En attendant Morphée, elle jouait avec la chaînette qui joignait son percing à l’oreille et son collier. Un pendentif y était attaché, c’était une sorte de pierre bleue taillée comme un diamant, mais ce n’en était pas un. Le cliquetis des maillons la berçait et elle s’affaissa bientôt, partie pour de beaux rêves…
Depuis sa toute jeunesse, elle avait une amie du Canada qu’elle n’avait jamais rencontrée et répondant au nom de Adeline, elle prétendait avoir des racines dans l’Ancien Monde, c’est pourquoi elle étudiait la géographie et l’histoire de celui-ci, des études qui fascinaient la Canadienne impatiente de tout savoir sur l’Ancien Monde. Elle parlait depuis longtemps de s’offrir un périple au-delà de l’océan, là où, disait-on, la vie avait été rendue impossible.
* * *
Après un court sommeil, Anna se réveilla vers les sept heures du matin. Le soleil qui était déjà levé caressait doucement son visage souriant. Les rares oiseaux qui troublaient le ciel encore jaunâtre chantaient l’automne ou l’été mourant en venant picorer les graine laissées de l’autre côté de la fenêtre. Après un soupir et un bâillement étiré, la jeune femme ramassa délicatement les quelques mèches qui lui tombaient sur le visage et se leva rapidement. Elle s’habilla à grande hâte et après un bref passage dans sa salle de bain où elle se fit toute belle, elle sortit de sa chambre. De l’autre côté du couloir, ses parents dormaient encore en toute quiétude, c’est pourquoi elle s’aventura dans les escaliers , qui avaient une dangereuse tendance à grincer, à pas de loups. En arrivant dans la cuisine, une grande pièce éclairée par deux vastes fenêtres, la maîtresse de maison numérique souhaita à Anna une bonne journée et lui annonça des prévisions météorologiques plutôt favorables en même temps que sa ration énergétique matinale était à retirer dans le synthétiseur alimentaire.
Elle marcha donc vers la machine blanche ressemblant à un four occupant une grande partie du buffet séparant les deux fenêtres et en sortit une petite assiette contenant une sorte de gelée jaunâtre qui pouvait s’apparenter, avec un peu d’imagination, à du blanc d’œuf…Ce breuvage était un concentré de toutes les vitamines en bonnes proportions dont une femme comme Anna avait besoin pour la matinée, et s’il s’avérait peu appétissant, elle n’en fit qu’une gorgée.
La fille de la maison ignora le blabla prolixe de la voix numérique et enfila son gilet et ses bottines avant de sortir par la porte principale ; celle qui donnait sur la vallée qu’elle pouvait contempler de sa chambre.
Dehors, l’air était sec et chaud, les voisins ne s’étaient pas encore levés, pas plus certainement que le quartier résidentiel de Johanburg tout entier…Anna s’engagea sur le trottoir et se rendit à l’arrêt d’aérobus qu’elle avait coutume de prendre à chaque fois qu’elle montait en ville, ce qu’elle faisait régulièrement en périodes de cours pour se rendre à l’université, pour aller faire le ravitaillement en matière énergétique ou faire l‘acquisition, en l‘occurrence, d‘une mise à jour du programme de maîtresse de maison. Ses parents détestaient monter à la ville, endroit sombre et monotone où régnaient la pollution et les brigands des hautes strates de l’administration comme de la planète…
Sur le chemin elle avait vu circuler quelques voitures silencieuses à hydrogène, les premières personnes à aller travailler tôt le matin. Arrivée à la petite station dont l’accès exigeait une présentation digitale, Anna trouva deux ou trois personnes qui montaient également à la ville, dont Yann, un jeune homme fort sympathique qu’elle connaissait depuis le collège. Après s’être salués comme il se devait, les deux amis se mirent à discuter en attendant l’arrivée de la navette.
Cette dernière ne tarda pas ; le bruit sourd de ses moteurs à hydrogène combinés avait en effet trahit sa discrétion dans le ciel. Il s’agissait d’un engin métallique reflétant très bien les rayons du soleil. Sa forme évoquait la carapace d’une tortue à coup de serpent d’une trentaine de mètre de longueur. Les tuyères des réacteurs embusquées sous chacune des deux ailes à géométrie variable se contractèrent pour diminuer le flux d’énergie et permettre à l’aérobus de léviter un court instant à hauteur de la station, juste le temps nécessaire aux voyageurs pour embarquer.
Le vaisseau s’éleva dans les airs dans un ronronnement régulier puis pivota sur lui-même de façon à faire face au Nord et les tuyères se dilatèrent à mesure que la poussée de l’engin augmentait. Avec un angle ascendant de quarante degrés, l’arrivée à New Lubbok était assurée en à peine cinq minutes. Bientôt, la tortue géante perça la strate nuageuse et coupa les réacteurs ; elle arrivait dans le champs visuel de la ville. Celle-ci apparaissait en effet sous les yeux toujours aussi impressionnés des villageois. Les villes était de titanesques champignons dont le pied semblait prendre racine dans les nuages, des champignons gris virant au marron à cause de la lumière solaire filtrée par la pollution omniprésente. Comme suspendues par un fil invisible à la voûte céleste, ces villes s’élevaient à la force de coussins d’air plus puissant encore que des anticyclones, à une hauteur moyenne de quinze milles mètres. Construites sur une plate-forme de plusieurs milliers d’hectares, les infrastructures résultaient d’un manque cruel d’imagination mais d’un besoin infini de la part des hommes de construire droit, symétrique et pratique. Les buildings jouaient au chat et à la souris, montrant au ciel et aux centaines de milliers de transporteurs cheminant dans l’espace aérien quelque enseigne publicitaire bariolée de couleurs hideuses. A cette forêt de constructions monotones s’ajoutaient de très hautes cheminées émergeant des usines construites au cœur du chapeau du champignon et déversant leur gaz nullement filtré directement dans l’espace.
Les « Factories Town », comme les grands de ce monde se plaisaient à nommer ces villes, étaient la réponse qu’ils avaient jadis donné aux écologistes pointant du doigts les conséquences catastrophiques de l‘effet de serre. Nécessitant un investissement financier inqualifiable, la mise en place de ces villes volantes relançaient cependant l’activité économique par l’offre colossale d’emploi engendrée et l‘infinité d‘avantages offerts. Ensuite, toutes les industries américaines y délocalisèrent rapidement leurs usines, car il y était nettement plus facile de se débarrasser des gaz nocifs en les rejetant directement dans l’espace très proche, réduisant ainsi au silence la question des gaz à effet de serre. De plus, l’État imposait aux quartiers résidentiels de ce monde supérieur un loyer misérable pour proposer un asile plausible aux populations immigrés de l’ancien monde fuyant la guerre et les régimes dictatoriaux. Les Factories Town était l’œuvre pharaonique des hommes, New-York avait ainsi été la première des villes à avoir été rebâtie dans le ciel…
* * *
Mais ces aspects de la ville était rapidement oubliés par les terriens qui n’y étaient la plupart du temps qu’occasionnellement de passage. L’aérobus arriva au terminus du trajet et Anna en descendit la première. Elle fit un signe de la main à Yann qui prenait une autre direction qu’elle et s’enlisa avec une certaine hâte dans Down Street, la rue fourmillant de milliers de piétons et qui séparait les quartiers résidentiels craignos des riches zones industrielles en plein essor. L‘architecture des lieus était remarquable ; à cinquante mètres au-dessus de la tête des passants s‘épanouissait la plus grande baie vitrée qui soit, suffisamment translucide pour éclairer la ville du soleil orangé et assez résistant pour supporter l‘écart de pression qui régnait entre l‘extérieur et l‘intérieur. La première règle que respectait Anna lorsqu’elle était ainsi en ville était de ne regarder que ses pieds ; poser son regard sur celui d’un autochtone pouvait être interprété comme une provocation et donner lieu à un règlement de compte à coup de couteau, chose récurrente et quotidienne dans ce monde urbain. Au fond de la troisième rue ouest se trouvait son université, mais c’était au centre commercial Lubbolucky, septième adresse de la cinquième rue ouest, qu’elle se rendait.
Soudain, au niveau de la quatrième rue, Anna se sentit traversée par un souffle froid, ses tympans se compressèrent lentement, jusqu’à ce que l’horrible bourdonnement de la foule soit réduit à l’état de murmure incompréhensible. Un léger vent s’engouffra dans son pantalon et lui enroba tout le corps sous ses vêtements jusqu’à lui geler le plus petit muscle du visage. Elle resta ainsi terrifiée pendant quelques secondes, et une étrange voix lui susurra quelques mots à l’oreille, une voix froide et perçante comme ce vent, mais tellement basse qu’elle n’en comprit pas la moindre syllabe. Hésitante et inquiète, Anna tourna la tête vers l’endroit d’où émanait ce son. Et là elle le vit. C’était une grande silhouette dressée dans la pénombre d’une ruelle séparant deux immeubles. Adossé contre le mur, le personnage semblait la fixer et lui parler. La jeune femme s’en rapprocha d’un pas maladif. La chose avait bien deux mètres de hauteur ; enveloppée dans un grand imperméable brun, elle cachait son regard et son visage à l’ombre de son chapeau gris, le bas de son corps était masqué par l’obscurité. Si elle n’avait pas été aussi inquiète devant cet étrange bonhomme, Anna aurait juré qu’il s’agissait d’un homme d’âge respectable. Elle faillit faire un bond en arrière lorsqu’il sortit la main droite de la poche de son imperméable pour lui tendre une enveloppe à son nom. Complètement surprise, voire ahurie ou même hypnotisée, elle ne put que saisir l’enveloppe et l’arracher sans peine de la main gantée du mystérieux personnage.
Anna baissa alors les yeux sur le document qui lui avait été remis et sentit une dernière fois le souffle froid de l’homme à l’imperméable avant de relever les yeux sur celui-ci, mais il avait déjà disparu…volatilisé ! Elle recouvrit alors ses esprits ; le bourdonnement de la rue avait reprit son fracas assourdissant et le vent froid s’était tari.
Anna aurait continué sa course comme si rien ne s’était passé si elle n’avait pas eu entre les mains cette mystérieuse enveloppe…
Alors, par où commencer...
D´abord, pas bcp de fautes ( je n´en ai repéré qu´une " lL‘architecture des lieus " ->lieuX mais il se peut qu´il y en ait d´autres) donc un bon point.
Le craignos juste avant cette faute sonne pas super bien. Suelques mots ou expressions comme celle-ci pourraient être changées pour conserver un style uniforme.
Le style est très fluide et agréable, avec du vocabulaire bien choisi et de bonnes descriptions. On se sent emporté par les visions de l´héroïne et on s´immerge bien dans le récit.
Le scénar n´est pas vraiment lancé, on ne peut donc pas encore en dire grand chose, mais on sent une intrigue de SF venir.
Justement, côté SF, on ne se rend compte que tard que l´on est en qque sorte dans le futur. Assez bizarre, a moins que ce ne soit voulu...
C´est long. Et comme je te le dis sur le topic de Parkko, ça rebute. J´ai lu car j´ai vu ton intro et que c´était la deuxième fois que tu la postais ( j´ai lu avant de poster sur l´autre topic des conseils pour les fanfics). Même si la qualité est au rendez-vous, faire de plus courtes parties amènerait sans doute plus de monde.
Poste à un rythme régulier et des chapitres plus courts et tu auras sans doute des lecteurs dans la mesure où l´histoire présage quelque chose de prenant et où ton style est très plaisant.
Bon courage. ![]()
Euh tout d´abord, une faute : " Ses cheveux légèrement frisés semblaient aussi noirs que le charbon, malgré qu´il furent teintés de rouge sur les pointes. "
Double AAAARGH!!!!
Premièrement " malgré que" ne se dit pas, " bien que", oui.
Deuxièmement, on dira plutôt " bien qu´ils fussent" et non " bien qu´ils furent". Le subjonctif...
Pour d´autres, je n´aurais même pas pris la peine de relever la faute, mais là c´est quasiment la seule donc autant ne pas gâcher le texte.
SkySoft a expliqué pourquoi tu ferais mieux d´éviter de poster des pavés, donc je n´en rajoute pas.
Et à part ça, je trouve ça bien, même si l´histoire n´est pas encore lancée. Le style me plait bien, et je suivrai probablement cette fic si les prochains chapitres sont plus courts.
lol...c vrai que le subjonctif imparfait, c pas mon truc...
Bon, le problème, c´est que tous mes chapitres ont déjà écrits, mais pour les poster plus courts, je vais faire un effort pour les couper plus courts ; -)
Bah sinon...merci
ce me relance vivement !
bon, je up misérablement...Je tiens à présenter mes excuses à tout ce forum pour l’absence inacceptablement longue que j’ai eu à vous faire subir ! Mais mon ordinateur était ( pour la 2°fois en 2 mois ! ) au tas, et une nouvelle fois pas miracle, j’ai pu sauver mes textes dont les chapitres ont été, à la demande générale, raccourcis et donc, les volumes ne s’étalent plus sur 5 mais sur 7 chapitres !
Bon, j’espère que vous avez pas trop profité de ce trou pour m’oublier, parce que j’ai bien l’intention de pousser cette histoire jusqu’à son terme…patience…Mes excuses, une nouvelle fois…
Alors en attendant, pour ceux à qui ça aurait manqué…bonne lecture ; )
Chapitre 2
La chambre d’Anna était une petite pièce, basse de plafond, mais elle avait du charme, car elle était très personnalisée ; les murs bleus étaient recouverts d’affiches pour la plupart animées, des poster de film qui l’avaient marqué ou des publicités pour quelque parfum…Le plafond en vieux lambris de tradition n’était traversé que par deux tubes à néon régulièrement disposés. Il régnait sur le mobilier un certain désordre de peluches, partitions et autres agendas pleins à craquer sous lequel se terrait un vieil ordinateur portable. Au centre se trouvait le lit drapé de bleu sur lequel était posée la fameuse guitare noire, c’était un très vieux modèle du vingtième siècle, une pièce de collection d’une très grande valeur. Une « takamine » .
A cet instant, la maîtresse des lieux revenait juste de son passage à la ville. Elle demeurait depuis quelques minutes, son ventre contre la couette, ses pieds nus presque au-dessus de ses cheveux pendant et ses deux mains tenant la petite enveloppe qu’elle scrutait de près. L’écriture qui avait inscrit son nom et son adresse était celle d’Adeline. Enfin, elle se décida à la décacheter ; il en tomba une simple feuille de papier et un papillon mort magnifiquement conservé. Anna lut la lettre :
« Anna, à l’heure où tu liras ces lignes, il sera trop tard pour me sauver. Mais ne t’inquiète pas, ce départ n’est en fait qu’un commencement, et ça faisait longtemps que j’envisageais de partir. J’avais souvent songé à la mort, et je dois dire que cet endroit y ressemble beaucoup ; les rares arbres qui parsèment les vastes vallées grises, embrumées et surtout désertes sont tous morts, carbonisés. Lorsqu’il ne sont pas enveloppés de brouillard, les paysages sont sobres et laids, quelques squelettes d’habitations d’outre-tombe se dressent encore au travers de l’épaisse couche de brume et même les animaux ont fuit ces lieux habités par la mort guettant les gens qui, comme moi, sont venus voir les cicatrices du passé, et je sais qu’elle n’hésitera pas à me faucher dès qu’elle en aura l’opportunité.
Lorsque vint la nuit, même si elle régnait déjà le jour, je me penchai sur un sombre étang entouré par ces arbres morts. Ceux-ci tendaient leurs grandes griffes au clair de lune et libéraient de funestes corbeaux croissant pour avertir leur maître de ma présence. Puis le requiem résonna dans l’obscurité, cette mélodie portée par le vent glacial qui effleurait mon visage était jouée par un étrange ange des ténèbres dont le reflet s’étendait devant moi. C’est là que je me sentis prête, que tout ce que j’avais appris allait enfin me servir ; l’accomplissement de toute une vie voyant la vérité s’ouvrir à ses pieds. L’étang s’obscurcit et des ombres sans forme jaillirent des berges pour défiler sur l’eau, elles s’enroulèrent dans une funeste et envoûtante parade ou plutôt procession jusqu’à ne plus former qu’une seule tâche, plus sombre encore que la nuit, qui s’épandit sur toute la surface de l’étang comme de l’encre dans un évier. Lorsque le noir envahit mes yeux, j’entendis sa voix, puis ses longs doigts fourbes et crochus me caressant la joue. Je n’avais pas peur, et elle le savait, c’est pourquoi elle me happa dans l’étang, les ombres sur l’eau prirent possession de mon corps, et je m‘en était allée… »
-Adeline-
Était-il arrivé quelque chose à Adeline ? Où donc était-elle partie ? Elle avait enfin mis à exécution son projet de partir pour l’Ancien Monde…La lettre que tenait Anna était la dernière qu‘elle aurait de son amie. Adeline, son amie depuis toujours était morte…Elle baissa la tête jusqu’à ce que son petit nez rond s’écrase sur la petite feuille de papier, ses jambes devenues lourdes retombèrent ; elle était alors étendue sur son lit et elle commençait à pleurer…Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas pleuré ainsi, il était bien connu que les adultes ne pleuraient jamais. Mais la douleur de perdre un proche sans même l’avoir vu une seule fois de toute sa vie était quelque chose d‘inqualifiable car inconcevable, mais son cœur battait à la chamade…
Après les larmes de l’impuissance vint la raison et l’atroce mal de tête conséquent au chagrin. Anna était alors assise sur le bord du lit, son visage rougeoyant de larmes enfoui aux creux de ses mains. La malheureuse avait retrouvée une respiration normale bien que saccadée par les restes de sanglots. Elle se souvint alors du papillon qui avait glissé de l’enveloppe. Celui-ci fut retrouvé à demi enfoui sous l’oreiller, puis manipulé délicatement de façon à ce que ces ailes tendues rayonnent de toutes les couleurs possibles et imaginables. En l’inspectant, Anna se rendit compte que l’insecte volant était quelque peu singulier ; elle confirma en le retournant ; sur la face ventrale de ses ailes de cinq bons centimètres de largeur, la couleur des tissus variaient selon la quantité de lumière à laquelle ils étaient exposés. Ainsi, une sorte de message apparut sous l’aile gauche, comme si il avait été écrit à l’encre indélébile… « Comme Alice, suis le lapin »…Disait le papillon…
Cela n’avait aucun sens. Anna avait perdu ses repères et une grimace apparut sur ses lèvres lorsqu’elle repensa à la façon dont elle avait eu cette enveloppe. Comment, pourquoi cet étrange type froid comme la mort avait-il fait l’intermédiaire entre Adeline et elle ? Qui était-il ? Quel était le rapport avec le papillon, avec un lapin ? Qui était Alice ? Cela n’avait définitivement aucun sens et elle n’était pas résolue à en en trouver un, mais plutôt à faire le deuil de son amie…
* * *
« -Nous avons appris pour Adeline…
-Et nous sommes vraiment désolés, Anna… »
Les parents de Anna étaient des gens charmants, simples et bons vivants, ils avaient horreur de la ville et y envoyaient leur fille dès que cela s’avérait nécessaire. Sa mère était l’administratrice de l’Intranet de Johanburg. En effet, suite au démantèlement de l’Internet par le gouvernement des Etats-Unis, le pays avait vu éclore sur son sol des milliers de réseaux locaux tous indépendants et respectant le cadre des villes ou des Etats pour les régions les plus riches. Son père était autrefois un scientifique de haute renommée qui avait contribué à la victoire contre le SIDA. Ce qui lui avait permis de toucher une somme d’argent si peu négligeable qu’il lui passa l’envie de travailler pour s’occuper de sa fille qui venait alors de naître…Adeline était d’ailleurs l’enfant d’un de ses collègues, c’est ainsi que leurs filles respectives qui avaient le même âge firent connaissance…
Cela avait lieu à l’heure du dîner. Anna n’avait pas de sœur, ni de frère, et c’est bien, en dehors d’un amant, ce qui lui manquait pour être une fille comblée, ce qui expliquait que la petite famille ne comptait que trois personnes lorsqu’elle se réunissait au complet autour de la table à manger. D’habitude joyeux et animé, ce moment était triste et bien silencieux ce jour-là…
Ah ben t´es là toi ! Deux jours que je cherche ta fic -_-
Me voilà ^^ désolé, encore une fois...
Toujours aussi envoûtant et mystérieux, même si ça traine un peu en longueur.
De jolies descriptions, un style fluide et agréable, on ressent bien les diverses émotions que tu veux nous transmettre,...:ok
Et merde, un smiley raté... ![]()
Et ne t´inquiète pas pour l´abscence, ça arrive forcément à tout le monde : entre les problèmes techniques, persos, le manque de motivation, d´inspiration,...^^
Je vais peut-être vous paraître stupide et idiot, mais quelqu´un pourrait m´expliquer ce que " fluide" veut dire ?
Bah, moi-même, je sais pas trop...Ca veut dire que c´est facile à lire, il y a pas besoin de relire plusieurs fois pour comprendre un paragraphe, comme chez JP Sartre ![]()
Hey ! Mais j´ai du monde qui lit ici ! Alors je balance le chapitre 3 avant de me faire oublier
Chapitre 3
« -Je ne pense pas qu’elle soit morte.
-Mais enfin, elle est partie. Elle n’est pas partie que pour l’Ancien Monde, elle est partie pour l’au-delà là ! Rétorqua la mère comme pour ramener sa fille à la raison.
-Ta mère a raison, Anna ! On ne sait rien de ce qu‘il y a là-bas, par contre, il est certain que personne n’en est revenu…
-Adeline en reviendra, j’en suis sûre !
-Ma chérie, c’est normal que tu en sois sûre…Tu aimais Adeline peut-être plus que nous, tu as dû avoir très mal lorsque tu as appris la nouvelle…
-Ne croyez pas que je suis devenu folle ! Hurla soudainement Anna, ce qui terrifia ses parents, blottis au fond de leur chaise, la regardant avec des yeux horrifiés. Si Adeline est partie pour l’Ancien Monde, elle l’a fait en sachant très bien les risques qu’elle prenait ! Elle étudiait l’Ancien Monde avec acharnement et a trouvé la solution pour y aller sans y laisser la vie ! Je le sais ! Puis Anna se rassit et fondit en larmes…Sa mère vint lui masser les épaules et lui glissa quelques mots doux dans l’oreille.
-Anna…Fit tout bas le père en posant la main sur le genoux de l’intéressée. Promets-moi de ne pas partir sur les traces d’Adeline.
-Mais papa…Protesta la fille avec un sanglot alors qu’une larme lui roulait sur la joue…
-Anna…
-Penses-tu savoir ce que tu peux trouver là-bas ?
-La mort ?
-Je n’en sais rien, ma petite…Mais je sais ce que tu trouveras ici…
-Vous, hein ? Vous serez toujours là pour me protéger ?
-Mais enfin, ma chérie, pourquoi parles-tu de cela ? Il n’y aucune raison de te sentir en danger, de nos jours…
-Oui…Commença Anna sur un ton comme rajeuni. J’ai compris la leçon…Je vais rester ici avec vous pour faire le deuil de mon amie…
-Voilà des paroles raisonnables, ma fille ! Déclara le père avec un sourire au coin des lèvres en lui caressant les cheveux… »
Ce soir là, Anna aussi mourut…La Anna qui rentrait tous les soirs du lycée avec son lourd sac pour faire ses devoirs, pour réviser le devoir du lendemain, la Anna qui, tous les soirs après manger, remerciait ses parents de l’avoir toujours élevée dans l’amour et la bienséance, du repas qu’ils avaient préparée pour elle, la Anna dépendante de ses parents, la jeune et ancienne Anna était morte…
Dans le silence nappé de nuit, Anna tassait ses affaires dans un sac de voyage. Elle ne voulait pas partir avec des bagages trop encombrant ; quelques vêtements dont une veste polaire à chauffage intégré, une trousse de secours, ses lentilles numériseuses et sa guitare suffiraient. Elle avait médité ce départ au moins autant que celui d’Adeline, mais hélas en beaucoup moins de temps. Elle en avait assez de se regarder dans le rétro-miroir le matin et se rendre compte qu’elle habitait toujours chez ses parents alors que partout ailleurs, dans le pays, presque toutes de son âge avaient déjà trois enfants et cinq amants…Au fond, elle ne trahissait pas ses parents ; elle ne partait pas pour l’Ancien Monde mais pour le Canada où elle trouverait la maison d’Adeline.
Dans sa chambre, elle se déplaçait à pas de loups car elle redoutait toujours autant le grincement du plancher susceptible d’alerter ses parents, s’ils n’étaient pas déjà de l’autre côté de la porte, l’oreille colée au mur, à attendre le moment où elle sortirait.
Avant de tomber agilement dans l’herbe humide, la fugitive avait pris soin de laisser sur son lit un petit mot à ses parents : « Je reviendrai ». La rosée était déjà entre tous les brins d’herbe de la vallée. En levant ses petits yeux maquillés de noir vers le ciel très dégagé et étrangement doux en cet fin d’été, elle put voir le scintillement de New Lubbok, là haut, tout là haut dans le ciel…
Bientôt, elle fut dans la rue où pesait un silence inquiétant, presque oppressant. En se concentrant, ou alors, ce fut son imagination, Anna put percevoir les joyeux hurlements d’une bande d’ivrogne à quelques rues de là…Ce n’était pas de froid qu’elle grelottait, mais bien de peur…Si la sécurité avait depuis longtemps été rétablie dans les rues du pays, les ténèbres l’affolaient complètement. Mais elle se dit que ce périple était son baptême de la vie. Ce serait la première fois qu’elle irait quelque part sans ses parents, la première fois qu’elle ferait quelque chose sans ses parents, et au fond d’elle, Anna se félicitait de cette indépendance qu’elle cachait au fond d’elle depuis toutes ces années et qu’elle venait d’affirmer. Ses parents lui avaient tout appris, ils s’étaient toujours inquiétés pour elle, ils avaient tous les sacrifices pour l’inscrire dans cette université et elle les en remerciait du fond du cœur. Ce n’était pas vis-à-vis d’eux qu’elle partait, mais pour trouver l’assurance, une preuve qu’Adeline était toujours en vie…Oui, ses parents le comprendraient…
Avec son sac de randonnée et sa house à guitare sur le dos, Anna marchait à petits pas dans la sombre rue éclairée par les néons rouges et jaunes bordant les trottoirs ; elle profitait de cet air doux et sec qu’elle ne pourrait plus sentir d’ici longtemps car lorsqu’elle reviendrait, ce serait l’automne…
Elle s’assit silencieusement à l’ombre de l’arrêt d’aérobus après avoir présenté son emprunte digitale à l’identificateur et attendit le vaisseau-tortue qui faisait la navette aussi bien le jour que la nuit. La station était déserte…Anna allait sortir sa guitare de la house pour jouer un morceau tueur de temps lorsqu’elle sursauta soudainement. Elle écarquilla les yeux et empêcha sa respiration de s’accélérer trop bruyamment. Elle pouvait sentir dans sa temps son poux s‘affoler autant qu‘elle…Elle avait peur…C‘était lui. L’homme à l’imperméable qui lui avait donné la lettre d‘Adeline…Tapis dans l’ombre d’un coin, il semblait répandre partout dans la petite station son souffle aussi froid que la mort, car Anna ne grelottait plus que de peur, mais de froid…C’était lui, elle en était convaincue…
Elle aurait put entendre battre son cœur dans sa poitrine si le grondement de la navette n’était pas venu corrompre la scène d‘horreur...
" ses lentilles numériseuses"
Euh, c´est pas très très joli...^^
Sinon, c´est toujours aussi bon. On pressent le départ de quelque chose de grand pour Anna, ainsi que les raisons qui la poussent à partir. Cette envie d´indépendance qui nous habite tous est bien retrasncrite et on a presque envie de faire comme elle, de s´échapper pour voler de nos propores ailes, ne serait-ce qu´un instant...
Et la fin présage d´une intrigue qui commence à se nouer, et surtout de futures révélations avec le retour de l´homme mystérieux...
Vivement la suite! ![]()
T´as raison et en plus, je n´avais pas vu les choses sous cet angle . .. Et j´aime bien ton commentaire sur l´intrigue...Je voudrais faire de l´autospoiler en postant cette citation du chapitre 2 du volume trois que j´ai fini hiersoir et où l´histoire va vraiment commencé ( c´est dire si vous êtes encore au tout début...) : " « Les Évangélistes connaissaient [...] la date du jugement dernier, mais ne nous l’avaient pas rapporté… » "
Bon ben, je sais pas si je vais pouvoir mener cette histoire jusqu´à son terme ici, je fais pas une forte affluence....
Chapitre 4
Durant le court trajet, Anna était restée assise à la même place, n’osant se retourner par peur de se retrouver face au « fantôme », comme elle l’appelait déjà…La froideur de son souffle semblait se répandre dans tout l’habitacle destiné aux passagers et sa seule présence attirait un quasi-silence oppressant où seul le ronronnement des moteurs se faisait entendre…Pour essayer d’oublier cet inquiétant personnage, la voyageuse se pencha sur le hublot à côté duquel elle s’était assise. Elle n’avait jamais vu son village de ce point de vue-là et en pleine nuit…C’était aussi beau qu’une galaxie brillant de milles feux. Son vaisseau s’éloignant de plus en plus, elle put voir se rétrécir petit à petit le halo de centaines de lumières d’abord distinctes, puis unies, à peine perceptible et enfin occultées par un nuage. La Factory Town était alors plus proche d’elle, et le vaisseau s’y arrima bientôt…
Lorsque la navette fut totalement immobilisée, Anna fut prise d’un tordant mal de ventre, certainement à cause du stress engendré par la pensée de l’homme à l’imperméable. Les portes s‘ouvrirent et, décidée à se retrouver au plus loin de cet individu aussi vite que possible, elle se leva à toute vitesse, mais fut tout de suite coupée dans son élan lorsqu’elle vit par dessus son épaule que l’homme à l’imperméable avait disparu…Aussi furtivement que la dernière fois ; volatilisé…A la descente de l’appareil non plus, aucune trace de l’individu…Craignant la feinte de quelque pédophile ou violeur, Anna détala à toute vitesse vers Down Street, sa guitare ballottant dans son dos au rythme de ses foulées…
Elle arrêta sa course folle lorsqu’elle pensa avoir semé son mystérieux poursuivant pour s’appuyer contre un mur et reprendre haleine. Au bout de quelques minutes à chercher son souffle, elle se fondit dans la foule et déambula en regardant vers le haut. La gigantesque baie vitrée retenait l’air prisonnier de la ville dont les gaz indésirables étaient rejetés vers l’extérieur. De jour comme de nuit, il régnait dans cette haute atmosphère une luminosité brune comme le fer accentuant la rougeur des briques qui élevait à des hauteurs jamais atteintes auparavant les immeubles qui abritaient les familles les plus démunies comme les bureaux des plus hauts administrateurs de ce monde…
A ces heures tardives, ce n’étaient plus les mères de foyer et les fonctionnaires qui parcouraient les rues, mais plutôt les hooligans et la petite délinquance de rue ; des gens peu fréquentables pour ceux qui, comme Anna, venaient de la Terre. C’est pourquoi en marchant, elle regardait ses pieds et faisait en sorte de réduire le ballottement de sa guitare pour ne pas se faire remarquer…Il lui sembla que dans son sillage, tous les regards convergeaient vers elle, ils la rendaient coupable d’avoir déserté ses parents qui lui avaient tout donné et tout sacrifié, d’avoir fuit le foyer familial où elle avait grandi avec amour et respect. Tout cela n’était plus que du passé pour elle, de troubles souvenirs imprégné d’un vague parfum témoignant de l’enfance…
Elle arriva au téléport sans incident, et prit immédiatement une place pour le vol à destination de Montréal, capitale du Canada à la périphérie de laquelle était supposée habiter Adeline…Le prix d’un tel voyage sur une si petite distance à l’échelle du continent était devenu ridicule car le transport par navette aérienne était un mode obsolète ; les croisières spatiales avaient détrôné l’industrie aéronautique depuis quelques décennies et jouissaient d’un confort et d’une rapidité sans précédent, le tout pour un coût abordable par les temps qui couraient alors…Elle passa avec une certaine hâte le seuil de la station.
Le vaisseau qui la mènerait, elle et une vingtaine de voyageurs, à Montréal était du même modèle que celui qui faisait la navette de Johanburg à Lubbok, seules les couleurs significatives de sa compagnie le distinguait des autres…Le vaisseau-tortue décolla rapidement et après être sorti de l’espace aérien de la Factory Town, il mit le cap vers le Nord et atteignit sa vitesse de croisière optimale. A ce régime là, les moteurs ne ronronnaient pas de la même façon qu’avait l’habitude d’entendre Anna, c’est pourquoi elle ne put trouver le sommeil, mais de toutes façons, le trajet ne durerait pas plus de trois quarts d’heures, ce qui ne laissait aucun avantage à dormir. Alors elle posa son menton dans la paume de sa main et regarda défiler le paysage sous son manteau de nuit à quelques vingt-milles mètres en dessous d’elle…
* * *
Les Factories Town étaient encore en développement au Canada, c’est pourquoi à son arrivée au petit matin sur le territoire adjacent aux Etats-Unis, Anna trouva la ville de Montréal encore au sol, asphyxiée par le voile de pollution qui stagnait dans son ciel depuis le siècle dernier. Il n’y avait pas besoin d’aller bien loin pour se rendre compte que la Terre était très en retard par rapport au modèle américain…Au Canada par exemple, rares étaient les voitures à hydrogène et les gens se promenaient toujours avec des chiens dans la rue.
Elle n’avait jamais vu de telle ville. Les métropoles canadiennes ressemblaient en fait à celles des Etats-Unis, sauf qu’elles ne s’étaient pas envolées vers l’espace et avaient préféré vomir leur pollution directement sur les humains…Lorsqu’elle sortit de l’aérogare, Anna se sentit écrasée par la chaleur torride qui régnait dans ce centre-ville. Non loin d’elle, un panneau indicateur à l’entrée d’un centre commercial indiquait quarante-neuf grés Celsius…Elle pensa se dévêtir, mais elle était déjà en débardeur et en mini-short…Telles étaient les conséquences climatiques sur les régions qui n’avaient jamais daigner combattre l’effet de serre…
Autour d’elle, la foule était dense, des hommes en uniforme vert ou orange allaient et venaient, des mères de famille portant une demi-dizaine d’enfants passaient et des adolescents slalomaient dangereusement sur leur planche à coussin d’air. Le vacarme infernal de cette foule conjugué au hurlement continu des centaines de vieilles voitures à moteur à explosion rendit Anna malade ; elle aurait fait un malaise si elle n’avait pas trouvé une petite station pour attendre une navette qui la mènerait à la périphérie…
Elle attendit donc en essayant vainement d’écouter autour d’elle les conversations, chose en effet absolument impossible car ces propos se perdaient dans une spirale sonore où chaque bribe de mot était écrasée par celle qui la succédait…Tout ce qui était remarquable, c’était le dépaysant accent canadien…A côté d’Anna se tenait une vieille dame vêtue de gris, un cabas de légumes sur ses genoux.
Pas grand chose niveau scénario cette fois mais un chapitre important pour l´immersion dans l´univers que tu mets en place.
Descriptions claires, on visualise aisément ce que tu nous montres, style toujours fluide(^^) et agréable.
Un nouveau mystérieux personnage apparait alors qu´un autre a disparu...
En espérant des élaircissements au prochain chapitre, toujours du bon. ![]()
Cette fic est bien lançée, dommage que tu n´es pas beaucoup d´admirateur, pourtant ta fic est...
, moi même j´écris des fics mais ça a jamais atteint des sommets, j´ai les idées, l´imagination suffisante mais mettre tout ceci en forme est une chose plus difficile que je ne le pensais...continue comme ça.
Bah...C´est vrai que j´écris pour recevoir des com, et comme tu dis, j´ai pas bcp d´admirateurs...mais ça fait toujours plaisir à mes rares...Et puis comme j´en ai pas bcp sur ce forum, je peux poster plus fréquemment, bonne lecture
Chapitre 5
Le grondement de la navette étouffa la cacophonie de la rue, puis l’engin parut et se rangea dans le couloir qui lui était destiné. Le vaisseau semblait bien plus petit que ceux standardisés aux Etats-Unis et bien plus classique aussi. Sa voilure en delta lui conférait une grande agilité, paramètre méprisable car inutile dans les transports en commun, deux tuyères orientables crasseuses sortaient du fuselage à l’arrière, sous la dérive aux dimensions aberrantes car cette dernière donnait à elle seule un aspect impérial à l’engin. L’habitacle de pilotage, situé à l’avant de l’appareil, se trouvait sous une verrière uniforme conférant aux pilotes un champ de vision optimal. Sous la verrière était installé une paire de canards * compensant l‘absence d‘empennage horizontal, cet élément remarquable prouvait à lui seul que cet appareil avait été racheté à l’armée et qu’il commençait à se faire vieux car la mode des canards était révolue. Le fuselage lisse et courbe du jet avait été repeint aux couleurs de sa compagnie ; blanc avec une paire de rayures bleues qui allait d’une extrémité d’aile à l’autre. Mais ce qui inquiéta Anna lorsque l’habitacle pour passager s’ouvrit devant elle, c’est qu’il ne semblait pas y avoir de hublot dans la coque de l’engin…
Mais ce détail était négligeable, car, bien que quelques arrêts rythmèrent le voyage, la banlieue à laquelle se rendait Anna était qu’à un quart d’heure de vol de sa position…Se souvenant toujours de cette fameuse adresse, la jeune femme descendit lorsque la voix du copilote annonça : « Joliette, arrêt imminent ! »
Joliette, tel était le nom de la ville satellite à Montréal dans laquelle habitait Adeline…La voyageuse était toute seule à descendre à cet arrêt, avec son petit sac à dos et sa guitare. Derrière elle, la navette reprit les airs, et alors que le souffle de celle-ci balaya l’air autour d’elle, Anna se retrouva devant une carte du secteur affichée sur une pancarte ornant la station. Elle prit l’enveloppe froissée dans sa poche et mémorisa l’adresse qu’elle recherchait : « 21, rue du Général Fox » puis chercha la rue en question sur le plan. Après une laborieuse mais non vaine recherche, elle trouva l’emplacement et en mémorisa le chemin d’allé le plus court. La rue du général était à un maximum de deux kilomètres de la station où elle se trouvait…
Tout en marchant, elle sentait se développer en elle un mal-être, ce mal de ventre constant. C’était le fait d’avoir de s’être quelque part révoltée qui la tracassait, ou alors parce qu’elle allait fouler les lieux où sa meilleure amie avaient toujours vécue…En tous cas, il était trop tard pour avoir des regrets ; elle était déjà loin, très loin de son village natal et bien que la ville de Joliette y ressemblait fortement, elle se sentait profondément dépaysée…
Elle arriva enfin à la vingt-et-unième adresse de la rue du Général Fox. Les maisons dans ce quartier étaient à peu près toutes semblables ; des logements de plain-pied avec grands murs blancs, un toit plat en feuilles de carbonate-hydrophobine noires, le tout entouré d’un jardin à l’herbe rigoureusement régulière et courte et d’un chêne naissant dans sa cage barbelée. Seule le logement devant lequel se tenait Anna semblait se distinguer des autres par ses murs crasseux, son jardin abandonné et la triste ambiance qui l’enveloppait…
Figée devant la porte, elle contempla longuement la façade jaunâtre, comme pour attendre que quelque chose se manifeste. Car elle n’avait nullement pensé à cela…Adeline habitait toute seule, et il était évident qu’Anna trouverait porte close et qu’elle serait bloquée à l’extérieur. Mais pourquoi alors tant d’obstination ? Pourquoi voulait-elle à tout prix rentrer dans ce taudis ? Elle n’y trouverait de toutes façons aucune ombre de la vérité, elle serait simplement plus proche de son amie pour faire son deuil…
Soudain, le craquement d’une branche morte jonchant la pelouse l’avertit ; elle se retourna et s’attendit à se retrouver face au fantôme ou à la famille d‘Adeline, mais ce n’était qu’un lapin. Un innocent lapin albinos, petit et rond, mâchant rapidement une touffe d’herbe dont les racines sortaient de ses babines s’agitant au rythme de ses mastications. Anna se détendit et resta quelques instants regarder le rongeur d’un air ironique. Cela n’avait aucun sens. Mais une réminiscence l‘ensevelit de terreur. Elle se souvint de la veille, quand elle avait reçu l’enveloppe du fantôme ; il y avait avec la lettre de son amie un papillon aux ailes brodées de ce message : « Comme Alice, suis le lapin ». Était-ce à ce lapin que le papillon faisait référence ? Non, ce stupide rongeur ne pouvait rien pour elle, il était là par hasard…
Mais en une fraction de seconde, l’animal bondit, comme s’il n’avait prit peur de l’étrangère qu’à ce moment-là. Il était allé se réfugier de l’autre côté du jardin que dominait la façade arrière de la maison. Anna voulut se donner raison et ne pas faire confiance à l’irrationnel en restant de marbre sur le palier, mais la tentation était trop forte ; elle suivit, bien malgré elle et comme Alice, le lapin. La façade arrière de la maison était aussi sommaire que l’autre ; seules deux fenêtres trouaient le grand mur, ainsi qu’un porte de bois qui n’avait visiblement pas servi depuis bien longtemps. Posté sur une sorte de stèle, le lapin fixait Anna en remuant toujours aussi curieusement ses babines. Elle avait vu quelques fois de tels animaux, mais jamais d’aussi près et encore moins d’aussi peu craintif.
Le jeu de regard entre la femme et l’animal ne dura pas longtemps ; le lapin s’enfuit, comme précédemment, il partit cavaler dans la rue, en espérant ne pas rencontrer la route d’un chauffard. Dans son départ précipité, le rongeur avait renversé un socle ne contenant qu’une malheureuse plante déshydratée…
Anna allait suivre de nouveau l’animal, mais le rôle de ce dernier s’arrêtait là, car le socle qu’il avait renversé cachait une petite clef argentée, sans nul doute, la clef de la maison…