Un courte nouvelle en deux parties. Je vous invite à tout lire et à tout comprendre ( en une fois si possible, sinon vous risquez de vous perdre).
Bonne lecture
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I
Elles crient. Elles m’appellent. Je les maudis. J’entends leurs voix stridentes résonner dans ma tête comme l’écho de tant d’âmes à l’agonie. Je les contemple toutes les deux, encore, admirant leur beauté et les maudissant toujours. Elles ont faim.
Je sais qu’elles dépendent de moi autant que je dépends d’elles. Mais je dois les satisfaire, il le faut, sinon elles hurleront encore plus fort. Je les hais. Tant de souffrances. Je les adore, elles partagent avec moi ce que je leur donne.
Elles me montrent ce qu’elles veulent. Elles apprécieront toute cette pureté, c’est sûr. Elles la partageront avec moi. Je m’en approche. Elle pousse un cri. Je ris en l’entendant. Elles veulent que je fasse durer leur plaisir. Je ne veux pas, je déteste quand elles me demandent cela.
Le cri est cette fois accompagné de pleurs et de supplications. Elles haïssent les supplications, moi aussi. Ce n’est pas le genre de peur qu’elles aiment ressentir avant de se nourrir. Elle est belle dans son long tissu noir. Je la désire, elles la désirent aussi.
Tout n’est qu’ombre autour de moi. Elle est couchée par terre, tétanisée. Je m’agenouille au-dessus d’elle. Sa peau est si douce sans ce damné tissu. Elle ne peut plus bouger, car je ne le veux pas. Elles se sont tues, et j’en profite pour caresser sa peau, tout le long de son corps.
Elle pleure toujours. Je veux pleurer moi aussi, mais je n’y arrive pas. Je veux avoir pitié, je veux l’épargner, je ne veux plus la toucher. Je ne la mérite pas. Mais elles se remettent à hurler. Mon esprit est une gigantesque épave flottant dans une tempête. Tous les fantômes y sont terrorisés, ils crient.
Elles veulent aussi toucher sa chair. Je les y porte. Elles la pénètrent, la déchirent. Je veux les en empêcher, mais elles le savent. Elles s’emparent de mon corps pour continuer ce que j’ai entrepris pour elles. Je me hais. Je me maudis.
J’ai mal. Elle souffre. Elles me transmettent sa douleur pour me punir de les avoir défiées. J’essaye de retenir mes mains, mais je ne peux pas. Cette faim qui les ronge devient soudain plus forte, et elles sont lasses. Elles veulent que je finisse.
Mon corps est à nouveau mien. Je sais qu’elles hurleront encore si je ne leur obéis pas. Elle ne pleure plus. Du sang souille ses frêles lèvres, et elle respire difficilement. Je ressens toujours sa souffrance. Je me penche pour lui donner un baiser.
Je les porte à son cœur. La souffrance cesse. Elles se nourrissent. Elles partagent avec moi leur festin. Il me dégoûte, mais je ne peux m’empêcher d’en demander encore et encore. Sa vie me parcourt. Je ne ressens plus sa douce peau mais son âme.
À peine s’est-elle jointe aux fantômes apeurés qu’elles ont à nouveau faim.
II
La pluie était glaciale cette nuit, et le vent mortel. Pourtant, une jeune fille avait enfilé sa veste noire par-dessus sa chemise de nuit et était sortie en hâte pour aller voir son père à quelques centaines de mètres de chez elle. Elle faisait souvent ce court trajet, et savait que les rues étaient sûres. L’eau faisait des vagues dans ses longs cheveux.
Elle crut voir passer une ombre dans une ruelle à côté d’elle, peut-être une silhouette. Elle n’osa pas s’arrêter et continua comme si de rien n’était. C’est alors que la même ombre la frôla, la faisant cette fois tomber. Elle poussa un cri étouffé, et entendit quelqu’un éclater de rire dans les environs. Mais elle ne savait pas d’où cela venait, l’écho de la voix semblait se répercuter tout autour d’elle. Elle s’apprêtait à se relever quand l’ombre s’arrêta cette fois devant elle. C’était la forme d’un homme encapuchonné, tenant deux dagues noires. Elle savait qu’elle était en danger, et éclata en sanglot. « Pitié ! »
L’ombre écarta les jambes pour se mettre sur elle à genoux, puis ôta la veste de sa victime et déchiqueta la chemise de celle-ci. Il rangea alors ses dagues et ses doigts délicats parcoururent le corps nu de la fille. Elle hurlait, elle était gelée et terrorisée. Les mains de l’ombre étaient glaciales. Elles s’étaient arrêtées sur ses seins quand l’homme les ôta brusquement. Il sembla se boucher les oreilles pendant quelques secondes, puis reprit ses dagues.
Il se mit alors à écorcher la peau de sa proie sur tout le long de son corps. Elle savait qu’elle allait mourir, et voulait être achevée. Mais elle était clouée par la douleur, et elle ne pouvait plus rien dire. Il avait percé son foie et elle cracha une petite quantité de sang. À peine consciente et voyant sa chaleur s’en aller, elle sentit des lèvres glaciales se poser sur les siennes. Alors une des lames pénétra son cœur.
Le voleur d’âmes absorba son énergie vitale et se releva pour s’en aller.