J’étais déprimé. Voilà quatre années déjà que mon âme était tourmentée. Mes désirs, ma combativité, mon envie d’être valorisé face aux autres avaient disparu. Mais plus que tout, ma façon de voir le monde avait changé. Etait-ce du à mon passage de l’adolescence à l’âge adulte ? Je ne le croyais pas ; car avant de basculer j’étais timide, renfermé, j’étais dans une bulle impénétrable. A cette époque, je ne savais pas que je ne savais pas. Ma volonté s’opposait à mon pouvoir. J’étais en plein paradoxe. Jusqu’au jour où la carapace sous laquelle je vivais éclata. Un pic parvint à percer cette barrière, en fait si fragile, entre moi et le monde. Cela ne se fit pas du jour au lendemain. Peu à peu, je découvris la réelle nature des choses ; j’appris à me cultiver mais ma personnalité se transforma. Je devins absent, vide, fantomatique. Je fuyais les gens. Certes je fus toujours solitaire mais pas à ce point là. Le paradoxe était toujours en moi mais il était quelque peu différent. Je ne pouvais pas accomplir mes volontés non plus à cause de ma timidité, mais à cause d’une peur qui s’était formée et s’était développée en moi suite à ma « métamorphose ». Cette peur, c’était celle des gens. Je devins mal à l’aise en leur présence. C’était comme si leur regards s’abbataient sur moi et m’écrasaient littéralement. Dans ces moments là, j’étouffais. Une forte chaleur m’envahissait et une somnolence s’ensuivait. Traverser une rue bondée m’était devenu insupportable. C’était Verdun.