"Trois ans a passé..."
Tu sais faire rire ton lecteur, c'est bien, mais n'oublie pas que c'est pas parce que le ridicule ne tue pas qu'il faut en abuser.
"Village de Fermin, forêt de Krasnia, Royaume humain d'Altalia.
"
Tu peux dire un village perdu au fin fond de nul part aussi, c'est beaucoup plus explicite que des noms inconnus de tous.
Le premier dialogue me plait pas trop, y'a un mélange de soutenu et de parlé paysan qui colle pas trop.
"Plusieurs d'entre eux passaient leur vies"
"viellard, mais... Le sergent dont tu nous parle... "
Double shot
"chevotante"
"Il t'a dit qui orc dirigeait l'armée"
Euh.
"Tout les deux, seuls sur le long chemin qui les ramenait chez eux, aprés les quelques heures de cours que leur donnait le clerc" Anacholute volontaire ou pas?
"Zaroshka Oeil-de-Serpent n'est pas" Oeil de serpent ou de cendres?
"la colline entourée d'arbre" un arbre entoure toute une colline? Ah bah putain l'arbre quoi.
"fit Tia, impressionné"
"et tu connaissait"
"Je suis navré," en plus du fait que c'est pas l'expression paysanne la plus répandue.
"sa peau maigrie était constellé "
"Ca faisait deux ans. " Il connait la fille depuis trois ans, mais ça fait deux ans qu'il est au village?
"je vous ait déjà tout dit"
"deux yeux noirs et fixe la regardait sans mot dire"
"Ses méches brunes et sauvages couvrait " (une méche?)
La scène de la retrouvaille avec Ankhou est trop rapide me semble, j'ai du mal à imaginer tout ça, surtout avec Tia qui arrive brusquement d'on ne sait où.
"cc L'amour, la haine, " ?
"-Vaut mieux régner en Enfer que servir au Ciel. "
Ca, c'est vraiment le type de phrase bateau qui dézingue tout le charme et l'originalité d'un récit.
"puis, du poignet, agrippa de nouveau la faux"... du poignet?
"Raphaël grimaça, làcha prise"
"Et c'était ce même sol que celui qu'il avait fouillé" ???
"tout ceci s'échevelai " c'est quoi? Un QCM? je choisis la lettre qui me plait?
"se aissa" ?
L'apparition des ailes est trop peu détaillée aussi. Comment apparaissent-elles? Simplement, déchirent-elles des vêtements, les chairs peut-être?
"un arc de cercle mortel est iplacable" Double. Au prochain, t'as droit à un yaourt.
"tu était incapable"
"elle n'avais pour ainsi dire "
"une centaine de personne, éclairé par des feux rudimentaires. " Yaourt gagné.
"si personne ne fais rien"
"Ta fille est en train de combattre ton fils dans un duel à mort, chacun déchiré par la haine et la deception amoureuse. " Hu. C'est pas ma fille plutôt (ah oui et faute sur déception).
"Plus il irait haut dans le ciel, moins les masses d'airs seraient denses, et plus les volumes qu'elle devra manipuler seront important. Elle finira par faiblir. " Ce qui vaut également pour Necron puisque les courants ascendants se faisant plus faibles, il ne pourra plus planer et devra battre des ailes plus souvent.
"poursuivan son avantage frappa"
"leurs coeurs uni".
"Mais soudain des nuages émergérents des mains blanches qui s'ouvrirent devant lui pour l'engloutir" quelles mains blanches?
"Il l'avait trahi, elle. "
"Mais qu'est-ce que tu ressent, au fond? Tu le hais, tu lui en veut?"
"La voix d'Ankou était soudain devenu séche, nerveuse."
"Il frappa du fourreau le visage de la jeune fille, qui repartit en arriére. " Le fourreau? Parce qu'il l'a pas encore dégainée en fait?
"Elle contra, réataaqua du pied" wuut!
"Mais il y eut un ultime éclat de lumiére, et Dieu arrêta la main d'Abraham. "
qui?
"un arbre implosa sous le choc. "... imploser?
"Je leurs avaient enseignés." Yaourt.
Pouf fini
Sinon pour l'histoire. Bah, ça commence enfin je dirais. J'ai pas mal de choses à faire de mon côté aussi donc, voila.
Voici donc mon duel face à Aristimbault. J'espère que les juges lui accorderont du temps pour poster son propre duel, pour que notre combat se fasse dans les règles.
Voici :
Duel face à aristimbault.
Il y avait longtemps qu’il n’avait pu observer une si grande quantité d’eau. À son époque, tout n’était que feu et roches calcinées. Même la sueur était une denrée rare. Ici, l’eau s’agglomérait sans que tous s’y jette pour la savourer. En ce temps, les hommes, les bêtes et les Dieux n’avaient aucune idée de la catastrophe à venir, et ne profitaient pas assez de leurs chances, se plaignant d’ailleurs de leurs quelques maux insignifiants pour Thaêl.
Vous l’aurez compris, le jeune homme faisait face à la mer. Seulement, ce n’était pas la mer que nous connaissons, et certainement pas ce qu’il avait pu entrevoir durant ses voyages dans le passé. Cette étendue ne restait pas si étendue. En effet, c’était comme si, uniquement en cet endroit, la terre laissait court à tout le courroux contenu jusque-là en son sein. Jamais pareil déchaînement d’élément ne s’était produit sur terre, dans le ciel ou dans la mer. En parlant de ces trois-là, leur guerre de supériorité avait trouvé son vainqueur. Brisant la côte, les vagues repoussaient l’assaillant rocheux, et les gouttes qui s’abattaient avec furie sur Thaêl n’étaient pas dues à un quelconque orage, l’océan s’étant approprié les pouvoirs de ses ennemis. Ici, la mer était déesse, bien qu’elle se soit révélée privée de divinité régulatrice.
Le froid et la mort régnaient en ce lieu. Les épaves de bateaux, si le terme d’épave était encore utilisable pour définir ces entremêlements de débris et de corps, tentaient de s’imbriquer dans les falaises, mais était malmenées encore par les flots, tel l’insecte mort avec lequel le jeune enfant sadique s’amuse. En retrait, Thaêl observait le carnage qui apparaissait comme surnaturel, alors que l’homme ne semblait y être pour rien, pour une fois.
Le jeune homme noir ne pouvait qu’y voir un prémices de la fin du monde à venir, ce qui était d’ailleurs la raison de sa venue en ce lieu sinistre. Il était allongé sur le sol, récupérant de son voyage temporel. Le décor qu’il venait de quitter ne lui manquait pas, c’était son frère qui concentrait la plupart de ses pensées. Il se souvenait encore de ses paroles :
« -Je me souviens d’un endroit particulier. La mer se déchaînait parfois, rien de bien terrible, jusqu’à ce que ce soit pour de bon. Je pense qu’il est possible que notre frère s’y soit rendu. »
Thaêl se relevait, prenant conscience de l’effet que le temps avait sur lui. En effet, n’appartenant pas à cette époque, son corps était rappelé à sa véritable dimension, et s’il perdait trop de temps, jamais il ne pourrait retrouver son frère. Seulement, il lui fallait quelque chose pour naviguer, et quelque chose de résistant. Il longea alors la mer, à la recherche de n’importe quoi qu’un fou aurait construit, croyant qu’il aurait assez de courage ou de chance pour survivre dans cette mer déchaînée.
**
Keredrin regardait droit devant lui. Couché sur les cordages qui reliaient trois des mâts du gigantesque navire, il n’était pas assaillit par diverses gouttes d’eau salée, à l’inverse des membres de l’équipage qui jonglaient entre des nausées bruyantes et salissantes et des courses de par et d’autre du bateau pour écoper et réparer brièvement les quelques objets qu’ils jugeaient assez important pour être réparés.
Au loin, on pouvait apercevoir une sorte d’île, bien que les vagues la cachait souvent. Elle était plutôt sombre, et semblait repousser les vagues qui auraient du s’abattre sur elle. Keredrin accosta, si on pouvait appeler cette collision entre le bateau et l’île un accostage. En descendant le long du mât de manière habile et classe, il eu le privilège d’observer les cadavres de ses compagnons de route.
Les uns étaient éventrés par des poutres, leurs organes coupés en deux ou simplement déplacés dans des zones inadaptées, d’autres avaient la tête écrasée par une caisse qui aurait volé, leur menton perçant la cage thoracique, le crâne à moitié répandu au sol, et quelques derniers avaient été fracassés le uns contre les autres à cause du bercement diabolique des vagues, et saignaient abondamment, la gorge remplie de ce liquide vitale qui avait du les noyer.
Quand il arriva sur l’île, tout semblait calme, mais le silence s’en retrouvait bruyant de mensonge. La tension était à son comble ici, et l’ancien Dieu n’aurait pas été étonné de voir un couteau se planter dans sa gorge. Il se concentra alors, tenta de sentir le terrain qui l’entourait, de le respirer et de palper les vibrations éventuelles qui pourraient se faire sentir. Tout à coup, il du esquiver une attaque pourtant impossible à repérer à sa droite, en se propulsant dans un salto arrière, frappant du pied au passage la main tenant l’épée. En retombant, il rattrapa l’arme par le manche et menaça son assaillant.
-Du calme, étranger ! S’estomaqua le tueur.
-Comme si cet endroit n’était pas déjà assez calme, rétorqua Keredrin. Que me veux-tu ?
-C’était un test pour voir si tu es apte à rencontrer mon maître, se hâta de dire celui qui apparaissait à présent aux yeux du demi-dieu sous forme d’un petit être un peu vieillot et courbé.
-Mène-moi à lui, ordonna le guerrier, se délectant de cet instant de supériorité.
Tous deux traversèrent une bonne partie de l’île, et Keredrin observa les alentours. Il se savait en danger en venant ici, et préférait se garantir au moins la connaissance du terrain où il serait sûrement sujet à se battre. Tout n’était que désolation, arbres morts, cendres et poussière. L’île, si tenté que cela en soit une, semblait bouger, se déplacer, comme si elle n’avait pas été rattachée au profondeurs, comme s’il ne s’agissait que d’un immense navire. Arrivés plus loin, il pu admirer le maître des lieux.
**
Thaêl se dégagea. Le temps lui avait paru long dans sa cachette inconfortable. Il fit quelques pas dans la cale du bateau avant de se rendre compte qu’un morceau de bois s’était fiché dans sa hanche. S’en débarrassant, il tenta de calmer sa respiration et défonça la porte qu’il avait préalablement fermé à clef. S’il n’avait pas observé la mer avant de s’embarquer dans ce bâtiment, il se serait cru arrivé en enfer. Les corps se tassaient au sol, le sang se mêlant à l’eau de mer, les corps se déplaçant de manière sinistre, malmenés par les vagues.
Il avisa la terre dans laquelle était rentrée la proue du navire, et traversa le pont. Quelques craquements retinrent son attention. Son corps frémit, et il comprit alors. S’élançant de toute la vitesse que lui permettaient ses jambes puissantes, il se dépêcha de s’éloigner du navire qui se brisait, d’abord en deux, puis complètement, disloquant les cadavres comme s’il s’agissait d’allumettes au milieu d’une usine de traitement du bois.
Son cœur battait à tout rompre quand il reprit sa route, scrutant les alentours des yeux. Tout ce qu’il avait en face de lui lui rappelait son époque. La mort, le feu, le calme mêlé à un sentiment de malaise grandissant. Il vit alors un mouvement rapide droit devant. Quelqu’un se cachait derrière des pierres retournées par des vents violents qui avaient du souffler jadis, avant qu’une étrange bénédiction ne protège cette île. Thaêl du alors bondir pour esquiver l’attaque du garde. Dégainant sa lame, il croisa le fer avec lui, et, jugeant que sa mort avait été évitée de justesse, il poussa l’adversaire en arrière avant de lui trancher la tête. Le vieil homme s’écroula, vaincu.
Le jeune homme noir reprit sa route. Prêt à d’autres attaques, il progressait lentement, jusqu’à ce qu’il aperçoive une vive lumière au loin. C’était un espoir parmi la peine, il fallait qu’il s’y rende. Laissant derrière lui ses craintes d’un autre tueur furtif, il prit de la vitesse et courut droit devant lui, ne s’attardant nullement sur le paysage et les traces de son prochain adversaire.
**
Son contact était là. Debout, les main pointées vers le ciel, il lançait une vive lumière qui se prolongeait en retombant, faisant le tour de l’île et la protégeant sûrement des vagues et des tempêtes. Quand il aperçut Keredrin, il s’arrêta instantanément et s’approcha.
-Tu peux partir, Grriss, cracha-t-il à son esclave.
-Bien, maître, sourit le vieil homme qui avait failli tuer l’ancien Dieu.
-J’attendais ta venue, Keredrin. Mais pas aujourd’hui.
-Vous serez pourtant contraint de satisfaire ma requête dans les plus brefs délais ! Tonna le dernier cité.
-Que puis-je pour toi ? Demanda le maître.
-Je ne peux pas vous l’expliquer ici.
Keredrin fit signe au protecteur de l’île de le suivre, tandis qu’il s’en retournait à son bateau.
-Tout ce que je peux vous dire, c’est que votre pouvoir me sera d’une grande utilité.
-Mon pouvoir ? Il se doit de rester ici. Je suis le protecteur de cette île, pas le serviteur d’un nouveau venu.
-Je ne saurais tolérer quelques manques de respect ! S’embrasa le demi-dieu.
-Alors expliquez-moi ce que vous me voulez vraiment.
Keredrin hésitait. Si son contact apprenait ce qu’il comptait faire, il ne l’aiderai jamais. Seulement, l’inverse semblait probable aussi. Avant même qu’il puisse prendre une décision, il vit une silhouette se démarquer de l’ombre omniprésente.
-Montrez-vous ! Ordonna-t-il.
Thaêl, après un bref moment, s’avança vers eux. Keredrin et lui se jaugèrent du regard un instant, ne sachant pas qu’ils seraient pris dans un combat acharné quelques instants plus tard.
-Qui es-tu ? Interrogea le demi-dieu.
-Je m’appelle Thaêl, fils de personne. Et vous ?
-Mon nom n’a pas d’importance. Que viens-tu faire ici ?
Thaêl était tendu. Ce personnage ne lui inspirait pas confiance, mais il savait qu’il ne s’agissait pas de son traître de frère. Cependant, il ressentait quelque chose, il n’était pas à l’aise, il avait l’impression que cette scène serait importante. Il tenta alors de retenir tous les détails, et chercha une réponse adéquate à la question de Keredrin.
-Je suis venu voir le maître des lieux.
-Et bien tu vas devoir rentrer sans l’avoir vu, car je dois m’entretenir avec lui, disons… pour quelques décennies.
-Qui est-il ? Demanda le maître.
-Ce n’est personne, continuons, ordonna l’ancien dieu.
-Bonjour Thaêl, commença tout de même son contact. J’ai à te parler.
Le maître des lieux le prit à part, laissant Keredrin sceptique. S’asseyant sur un gros rocher couvert de cendres, l’homme observa Thaêl. Après quelques inspections du regard, il déclara très simplement :
-Au vu du soleil, je dirai qu’il est vingt heure.
Laissant cette fois-ci le jeune homme noir dans l’incompréhension, il s’en retourna vers Keredrin.
Thaêl analysa alors ce que venait de lui dire le maître. Il lui parlait de l’heure, comme s’il voulait qu’il s’y repère, comme s’il avait deviné qu’il contrôlait le temps, comme si cet instant était important. Keredrin dit alors :
-Allons, pressons ! Nous avons un monde à détruire !
-Je t’en empêcherai, cria celui qui contrôlait le temps.
Dégainant sa longue épée, il s’élança en direction de l’ancien dieu qui réprima une exclamation de surprise, pour ensuite brandir à son tour ses armes. Deux lames recourbées d’une beauté rare, qui bloquèrent le coup de Thaêl. Alors que ce dernier tentait une deuxième attaque, visant à couper son nouvel adversaire en deux au niveau de la taille, Keredrin bondit, s’élevant à l’horizontale pour esquiver le tranchant, enchaînant sur une frappe de ses sabres. Le jeune homme du esquiver par une roulade sur le côté.
Les guerriers reprirent leur souffle quelques instants. Le maître se retira alors, se plaçant hors de portée des deux ennemis, ainsi que hors de vue. L’ancien dieu, comprenant qu’il était pris dans un combat qui demandait un vainqueur redémarra l’action. Fendant l’air de ses lames, il débuta sa course vers Thaêl qui se préparait à subir l’assaut. Attaquant de tous les côtés, ne s’attardant sur aucun choc de lames, Keredrin cherchait à prendre de vitesse son adversaire pour le blesser. Cependant, l’homme au torse nu parvenait à bloquer chaque coup, bien qu’une certaine impression de difficulté se lise sur son visage.
L’une des lames parvint enfin à le couper à la jambe gauche, ravivant en lui cette étincelle d’instinct de survie qui nous caractérise tous. Les deux sabres de son adversaire allié à son agilité étaient l’incarnation même de ce qui pouvait paralyser Thaêl. L’homme à la peau sombre passa par un de ses fidèles couloirs temporels, se retrouvant derrière son ennemi, compensant sa soudaine fatigue par son avantage actuel certain. Levant son épée à une hauteur suffisante pour pouvoir couper l’homme à la peau claire en deux, verticalement, il s’exécuta.
L’ancien dieu comprit alors le stratagème et comprit qu’il était trop tard pour esquiver simplement. Lançant une de ses lames vers le haut, il dévia partiellement, mais pas suffisamment l’épée de son ennemi, bondissant en même temps, dans un saut périlleux arrière. Attrapant l’épée longue par la lame de sa main libre, il pu se retourner dans les airs rattrapant au passage son sabre volant, et, brandissant ses deux armes, il les abattit en direction des deux yeux de l’autre.
Thaêl fit un pas chassé vers la droite, anticipant la chute de Keredrin, et fit tournoyer l’extension de son bras de manière à décapiter l’homme à l’armure de cuir. Celui-ci réussi à placer l’un de ses sabres entre la mangeuse de chair et cette même chair. Propulsé en arrière par la force du choc, l’ancien dieu se remit en position de combat. Le sol autour de lui semblait s’effriter, se consumer doucement. Thaêl, tenta une manœuvre d’intimidation, exécutant des mouvements d’épée incroyables, déchirant l’air.
Un spectateur extérieur aurait pu sentir la magie en chacun des deux guerriers. L’un qui dégradait l’environnement de par sa simple existence, et l’autre qui se dégradait lui-même, son sourcil se consumant d’un coup, renvoyé dans un temps qui échappait à cette époque. La réunion de ces deux êtres était présage de malheur, de destruction. L’ancien dieu laissa échapper :
-Tu oses te mesurer à moi, jeune fou ?
-Tu projettes de détruire le monde, donc oui, j’ose, répliqua Thaêl.
-Tu es un de ces hommes qui pensent plus aux autres qu’à eux ? Je ne comprendrais jamais ces personnages…
-Oui, je pense aux autres, car de là où je viens, il n’y en a plus, rétorqua l’homme à la peau sombre.
-Et bien, bats-toi pour eux, et meurs sous mes lames, jeune sot ! Cria l’homme à la peau claire.
Le combat reprit de manière ahurissante, les adversaires se battant avec une dextérité plutôt incroyable. Leurs frappes étaient précises, difficiles à bloquer et mortelles. Thaêl privilégiait la défense, tandis que Keredrin s’adonnait plutôt à l’esquive. D’ailleurs, ses mouvements étaient efficaces et beaux, laissant parfois son adversaire intrigué par rapport à sa victoire ou non. Dans tout les cas, celui qui contrôlait partiellement le temps n’avait plus de souffle et peinait à le reprendre. Il lui fallait un endroit où se reposer.
Feintant sur la gauche, le jeune homme tenta une attaque à la jambe gauche de son ennemi, que ce dernier esquiva comme il avait prévu. Profitant du très bref instant où Keredrin était en pleine esquive, réfléchissant à son prochain coup, Thaêl bondit dans un couloir temporel, se cachant dans une ruine de ce qui avait du être une grande maison à l’époque. Il se construisit un petit abri avec des chaises calcinées et une table brisée.
Jetant un regard par une fenêtre en respirant avec difficulté, il vit que son adversaire était à la recherche de son contact, comme s’il avait entièrement oublié son précédent ennemi. Thaêl ne pu que s’en réjouir et se coucha par terre, fatigué. Deux chaises et un morceau de la table furent coupés en deux par la lame de Keredrin qui arrivait subitement, sans crier gare. Malgré un repos plutôt incomplet, Thaêl repartit au combat, bloquant les deux sabres de sa longue épée en se relevant. Gêné par sa propre cachette de fortune, il du repousser ses barricades du pied tout en attaquant. Son cœur battait la chamade, et il pu voir, sans pour autant y faire quelque chose, le pouce de sa main gauche s’évaporer, s’échappant dans un tunnel temporel jusqu’au futur, ce qui était peut-être une preuve de sagesse en cette situation.
Thaêl attrapa son arme de la main droite, ses mouvements plus lents, mais sa main gauche libre. Le combat prit une nouvelle tournure. Usant de coup de poings et de coups d’épées, le jeune homme noir obligeait son adversaire à parer, ce qui ne devait pas être son fort. Keredrin qui comprenait cela aussi bondit en arrière, par une fenêtre créée par les événements destructeurs qui avaient du s’abattre sur cette île. Debout sur le rebord, il avisa quelques briques qui s’échappaient de leur place. Il les utilisa comme échelle, grimpant avec une vivacité inhumaine.
L’homme à l’épée s’élança pour le suivre, mais failli tomber de la fenêtre en étant contraint à bloquer une lame au-dessus de sa tête. Esquivant l’attaque suivante, il bondit de côté, attrapant de justesse une brique, temporairement dos au mur, puis attrapant une seconde brique, le pommeau de l’épée entre les dents. Keredrin qui avait prit de la hauteur lui lança quelques roches de la maison, que Thaêl n’évitait pas à chaque fois. Le temps le priva d’ailleurs de l’index de sa main gauche, ce qui rendit sa prise sur les briques plus difficile. Grimpant à toute vitesse pour éviter un autre rappel d’une partie de son corps, il rejoint l’homme à la peau claire deux étages plus hauts.
Keredrin s’était arrêté à l’avant-dernier étage de cette maison, se plaquant contre le mur, à la droite de la fenêtre, lames levées, prêt à frapper. Tout à coup, l’épée de Thaêl lui passa dans la hanche, lui arrachant un cri de douleur. Le propriétaire de l’arme arrivait de l’intérieur de la maison, étant passé par l’escalier plutôt que la façade extérieure. L’ancien dieu, profitant de son corps au métabolisme surhumain, pu sans hésiter dégager l’épée de sa hanche, tandis que l’homme à la peau sombre s’élançait pour la récupérer. Thaêl à deux mains, Keredrin à une, ils tirèrent de toutes leurs forces pour décider qui pourrait tenir l’épée. L’homme à l’armure tenta de frapper l’autre avec l’un de ses sabres de son autre main, mais l’homme au torse nu esquivait constamment, bien que ce ne fut pas très longtemps.
En effet, l’une des attaque de Keredrin obligea Thaêl à lâcher l’épée pour se protéger. L’ancien dieu n’attendit pas que son adversaire se relève, et lança l’épée par la fenêtre, pensant ainsi avoir un avantage sur son ennemi. Le jeune homme ne prit pas le temps de réfléchir. D’un coup de poing, il poussa l’autre sur le côté, et sauta par la fenêtre. Il attrapa au vol son épée et se plongea dans un couloir temporel pour rejoindre son adversaire, dans son dos.
Keredrin bloqua les quelques coups qui furent échangés, mais pas le coup de poing puissant qui le plaqua contre le plafond plutôt bas de cet étage. Redoublant d’effort, Thaêl frappa l’ancien dieu dans le ventre, puis enchaîna avec un coup d’épée à l’horizontal du corps de son ennemi. Celui-ci le bloqua partiellement et fut entaillé à la poitrine, en même temps qu’il passait à travers le bois du plafond, rejoignant l’étage du dessus. Thaêl bondit, passant par le nouveau passage, et chercha son adversaire des yeux.
L’homme à la peau claire n’était nulle part. Bien sûr, il y avait derrière les poutres entassées dans l’un des coins. Celui qui contrôlait le temps assura ses arrières et se dirigea vers le coin suspect. Tranchant sans vraiment s’attendre à tuer, Thaêl se remit en tête sa pensée première, à savoir que Keredrin devait se trouver en dehors de la maison ou sur le toit. Le guerrier à la peau noire se rendit en ce lieu précédemment cité, passant par une fenêtre qui offrait une vue sans pareil sur la mer déchaînée qui ne frappait cependant pas l’île de ses vagues monstrueuses.
Arrivé sur le toit, il vit Keredrin de dos, les bras croisés, regardant vers le lointain.
-Tu me causes bien du soucis, petit guerrier, fit remarquer l’ancien dieu.
-J’y suis malheureusement contraint. Je ne peux laisser les événements se dérouler comme ils devraient le faire.
-Qui es-tu pour venir au secours du monde ? Qui es-tu pour t’opposer à un dieu ? Demanda Keredrin en se retournant.
-Le dernier survivant du futur. Je suis ici pour empêcher l’apocalypse que des gens comme toi vont engendrer, lâcha Thaêl avec foi.
-Il est impossible pour n’importe quel être de jouer avec le temps, même pour un dieu, s’écria l’homme à l’armure légère.
Se nimbant d’un halo de puissance, Keredrin semblait gagner en puissance, tandis que les tuiles irrégulières se détérioraient encore plus, les unes se brisants, les autres glissant le long du toit. L’air autour de lui était plus foncé et ondoyait vers l’extérieur. Les traits quelque peu déformés par la colère, l’ancien dieu débuta sa course, lames en arrière pour plus d’aérodynamisme. Thaêl frappa de son épée qui fut esquivée aisément, et du bloquer une attaque sur la droite. Se baissant pour éviter un coup de pied, il fit une roulade en avant, plaçant sa lame sur son dos, anticipant la frappe de son ennemi.
Il vit alors sa main gauche toute entière disparaître. Se sentant faiblir, il se retourna vivement, faisant tournoyer son épée de façon maîtrisée et classe. Keredrin fut rejeté en arrière, se claquant le dos contre les tuiles. Quelque peu sonné, l’homme à la peau claire se releva, vacillant. Il eut quelques difficultés à bloquer les assauts répétés de son ennemi, et encore plus à les esquiver. Tout à coup, l’imminence de sa mort lui apparut, et son esprit oublia la douleur, se concentrant sur le combat.
Thaêl trancha l’air à l’horizontale, espérant trancher ainsi le buste de son adversaire. Celui-ci bondit et, prenant appui sur la lame de son pied gauche, il donna un puissant coup de pied en plein dans le nez de l’homme à la peau sombre. Profitant de l’élan pour décrire un saut périlleux arrière, l’ancien dieu rejeta ses bras en arrière, lames tournées vers le bas, et tandis que le corps de Thaêl s’écrasait au sol, l’homme à l’armure légère frappa de toutes ses forces, laissant exploser son aura de malheur.
Le sang gicla. L’on pu lire la surprise sur le visage de l’homme noir, ses dents blanches se tachant de rouge. Dans son cœur et dans son poumon droit, des lames creusaient encore leur chemin respectif. Le regard de Thaêl se vidait de ses couleurs, le pétillement de vitalité s’éteignait, ses bras retombaient. Son cœur ne battait plus, son souffle se calma, sa tête tomba sur le côté, un sourire étira son visage. L’homme à la peau sombre était mort, laissant son double temporel enfoncer son épée dans le dos de Keredrin.
Le piège avait fonctionné. Usant de son pouvoir alors que l’ancien dieu se fracassait contre les tuiles et tentait de se relever, il avait pu créer un autre lui temporaire. D’ailleurs, sous les sabres de l’homme à la peau claire, le corps de l’autre Thaêl était rappelé d’un coup, à la manière de la main gauche du vrai contrôleur du temps. Même le sang versé sous le double coup de l’homme à la peau claire disparaissait, ce qui n’était par contre pas le cas de celui de Keredrin.
L’attaque surpuissante de l’ancien dieu sur le faux double avait ébranlé la maison, si bien que celle-ci ne tenait plus qu’en équilibre précaire. Alors que Thaêl dégageait son épée pour ensuite enclencher un mouvement rotatoire pour décapiter son ennemi, Keredrin donna un puissant coup de poing en arrière qui repoussa l’homme noir, brisant ainsi cet équilibre. Le bâtiment perdit quelques unes de ses bases, et commença sa chute. Prit d’une soudaine envie de survivre, l’homme blanc se releva, lâchant une de ses lames pour plaquer sa main contre l’immense plaie dans son ventre, bien qu’il y en ai une similaire dans le dos, et s’élança en direction de Thaêl, son deuxième sabre en avant.
Le dernier survivant du futur créa alors un couloir temporel pour rejoindre le sol, mais la fatigue l’assaillit dès le début de sa tâche, et il se retrouva en suspension dans les airs près d’une fenêtre du dernier étage. Il frappa de son épée la roche pour l’y ficher, et se hissa dans la maison. Keredrin le poursuivait, la folie se lisant sur son visage, usant de ses capacités physiques étonnantes, plus agile que n’importe quelle créature. Thaêl esquiva ses premières attaques, mais du bondir dans le trou qu’avait creusé le corps de l’ancien dieu bien avant, tandis que le toit s’effondrait.
Se creusant un nouveau passage, cette fois-ci volontairement, l’homme à la peau claire le rejoint alors. Thaêl était déjà à l’escalier quand le sabre de son ennemi vola vers lui. Une bonne partie de son épaule droite s’arracha à son corps, non pas à cause de la lame, mais à cause du rappel du temps. Son bras inutilisable et sa main gauche volatilisée, il lâcha son épée et frappa du pied sur la garde pour l’envoyer par une fenêtre. Keredrin était déjà sur lui, récupérant son sabre, éclaboussé par des centaines de brindilles et de morceaux de bois qui partaient dans tout les sens, dans la cacophonie générale.
Arrivé au deuxième étage, Thaêl pu voir l’ouverture de l’escalier inaccessible, des poutres et des pierres la condamnant, et chercha une fenêtre pour descendre. Il ne pu s’empêcher de regarder par l’une de ces fenêtre qui ne montrait plus le beau paysage de la mer, mais le sol qui se rapprochait très vite. Keredrin le rattrapa et tout deux se firent face une seconde avant que Thaêl commence à courir et que les yeux de son ennemi se révulsent. Prit de folie, plongé dans une transe inhumaine, l’ancien dieu pu jouir de l’un de ses anciens pouvoirs, son aura de malheur grossissant à vue d’œil avant d’exploser en brûlant tout sur son passage. Il n’y avait plus à réfléchir. L’homme à la peau sombre sauta par la fenêtre, rattrapé bien vite par le feu qui l’écrasa contre le sol.
La tête lui tournait, ses yeux étaient voilés, son esprit ne parvenait pas à déchiffrer ce que ses organes sensoriels lui envoyaient. Seule la douleur persistait, tranchante, mais vivifiante à la fois. Se chargeant de détermination, il se leva, chassant quelques larmes de ses yeux. Dans le ciel, la foudre se livrait à une danse cataclysmique, au milieu de laquelle Keredrin volait, divin. Thaêl se rapprocha de son épée tombée plus loin et lança son pouvoir dans le futur pour y chercher les parties de son corps manquantes. Comme par magie, son épaule se reconstitua, ainsi que sa main gauche, sauf l’index. Il n’avait plus assez de force pour le chercher.
Le tonnerre se calma peu à peu. Attendant de pied ferme, Thaêl tenait son épée derrière sa tête, prêt à frapper, tandis que Keredrin descendait lentement, recroquevillé sur lui-même, la raison lui revenant doucement. Un coup et tout se termina. La tête de l’ancien dieu rencontra la poussière et y versa son sang. L’homme à la peau sombre souffla quelques instants et se retourna. Derrière lui se tenait quelqu’un.
-Merveilleux ! S’écria le maître des lieux. Tu as très bien combattu.
-Que…, commença Thaêl.
-Tu me sauves de quelques ennuis. Il croyait m’avoir à sa botte.
-Quel était son véritable le but ? Demanda le guerrier.
-Il avait besoin de moi pour détruire le monde, peut-être. Ce qu’il n’avait pas compris, c’est que moi je n’avais pas besoin de lui.
-Vous… Vous m’avez laissé me battre contre lui, exprès ? S’interloqua l’homme au torse nu.
-Bien sûr ! Maintenant qu’il ne reste plus qu’un de vous deux, je peux le détruire plus facilement.
-C’est vous qui avez aidé mon frère, pas mon précédent adversaire…
-Keredrin, malgré son envie de détruire le monde, lui aussi, n’a rien à voir avec l’alliance que j’ai faite avec ton frère.
Thaêl brandit sa lame. La fatigue était trop forte. Le maître des lieux dégaina une épée lui aussi, et le combat s’engagea. Le corps meurtri par son combat précédent, le jeune homme avait encore plus de difficultés à se battre et se prit un coup d’épée qui lui trancha la main droite. Hurlant de douleur, il se retrouva à genoux. Tel un bourreau, le maître leva son arme. Celui qui contrôlait le temps fut prit alors d’une étrange sensation et perdit la raison. En effet, l’aura divine de Keredrin dans la maison avait agit sur lui, l’affublant de quelques pouvoirs similaires. Inconsciemment, Thaêl savait qu’il ne pouvait vaincre son adversaire seul, et se laissa porter dans un couloir temporel comme il ne savait faire qu’à son époque, et revint dans le passé.
**
Le combat reprit de manière ahurissante, les adversaires se battant avec une dextérité plutôt incroyable. Leurs frappes étaient précises, difficiles à bloquer et mortelles. Thaêl privilégiait la défense, tandis que Keredrin s’adonnait plutôt à l’esquive. D’ailleurs, ses mouvements étaient efficaces et beaux, laissant parfois son adversaire intrigué par rapport à sa victoire ou non. Dans tout les cas, celui qui contrôlait partiellement le temps n’avait plus de souffle et peinait à le reprendre. Il lui fallait un endroit où se reposer.
Feintant sur la gauche, le jeune homme tenta une attaque à la jambe gauche de son ennemi, que ce dernier esquiva comme il avait prévu. Profitant du très bref instant où Keredrin était en pleine esquive, réfléchissant à son prochain coup, Thaêl bondit dans un couloir temporel, ne se cachant cette fois-ci pas dans la ruine de la maison, mais derrière un gros rocher, près de la cachette du vieillard. Il pu voir Keredrin grimper à l’étage de la maison pour frapper dans une cachette vide. Pendant ce temps, l’homme à la peau sombre s’approchait silencieusement du maître, reprenant son souffle en même temps.
Le maître des lieux se retourna et bloqua l’épée à l’aide de la sienne. Le corps plein d’énergie, Thaêl était prêt à un nouveau duel avec l’ami de son frère, plus équilibré peut-être. Attiré par les chocs du fer contre le fer, Keredrin apparut alors, toutes lames dehors, ne comprenant pas ce qui se passait. Malgré tout, le maître surpassait le jeune guerrier, et celui-ci du s’écarter pour former un triangle presque parfait avec pour sommets les trois guerriers.
-Il n’est pas ton allié, Keredrin ! S’écria Thaêl.
-Qu’est-ce que tu racontes ? Demanda le maître.
-Tu sais que tu ne peux abuser un dieu ? Ricana l’homme à la peau blanche.
-Alors ne te laisse pas abuser par cet individu ! Ordonna l’homme à la peau noire.
-Il est digne de foi, d’après des sources sûres, crois moi, susurra l’ancien dieu.
-Des sources sûres comme un homme noir comme moi, les cheveux rouge vif, s’appelant Gungir ?
-Comment connais-tu… laissa échapper le vieillard.
-C’est mon frère, et ils t’ont amené ici pour te tuer, tout comme moi, je suppose.
-Ne le crois pas, Keredrin ! S’exclama le maître, la sueur perlant au front.
-Tes pensées te trahissent, déclara l’ancien dieu avec un sourire. Tu croyais pouvoir me tromper ?
Le sabre droit de Keredrin tourna jusqu’à frapper l’épée du vieil homme. Le combat s’engagea entre eux deux, le vieillard gardant ce mystérieux avantage sur son adversaire. Quand il trouva une ouverture, le maître frappa l’ancien dieu à la hanche. S’écrasant contre le sol, Keredrin était sans défense, mais la lame de Thaêl s’interposa.
-Ne crois pas qu’en m’ayant sauvé, tu gagneras ma confiance ! Cria Keredrin. Mais j’accepte ton aide.
Le combat reprit, mais cette fois-ci, les forces adversaires étaient égales. Côte à côte, les anciens ennemis se préparèrent à la charge. Le maître qui semblait ne pas aimer la tournure qu’avait pris les événements, se posta en position défensive, prêt à recevoir l’assaut, qui ne tarda d’ailleurs pas. Seul contre trois armes, le maître semblait en difficulté, bien que l’un de ses pouvoir magique le sauve à chaque fois. Tout à coup, un sabre de Keredrin vola, tandis que ce dernier était désarmé, mais l’ancien dieu en profita pour frapper de toutes ses forces son ennemi de son autre sabre. Des lambeaux de chair volèrent, et le vieillard se retrouva à genoux, défiguré, la joue arrachée.
-Vous ne pouvez rien face à moi ! Hurla-t-il en brandissant ses mains vers le ciel.
La lumière disparut, les flots purent alors envahirent l’île. Le tremblement du à la puissance des vagues qui les frapperaient d’un moment à l’autre fit perdre au vieillard son assurance, bien qu’il bondisse dans les airs, avec une détente incroyable, pour atterrir sur le bateau de Keredrin qui arrivait avec la mer.
-Derrière moi, ordonna Thaêl.
-Qu’est-ce que tu comptes faire ? S’enquit l’ancien dieu.
-Je vais frapper contre la proue du bateau et y faire un trou. Nous pourrons rentrer.
-As-tu perdu l’esprit ? Mon bateau est fait pour résister à la violence d’une mer sans dieu. Comment veux-tu arriver à la percer, toi, misérable humain ?
-Je ne serais pas seul, ton pouvoir m’accompagnera.
-Comment ça ? Demanda l’homme à l’armure légère.
Le bateau n’était plus qu’à dix mètres, et Thaêl attrapa le bras de son ancien ennemi. Se chargeant du pouvoir de son aura divine, il se lança dans une attaque qu’il savait contrôler habituellement, mais en y opérant quelques modifications. Il frappa la proue et arrêta le temps. Puisant dans ses nouveaux pouvoirs divins, il se créa dans le même temps un couloir temporel uniquement pour son bras et son épée. Il taillada ainsi le navire, et, quand les forces lui manquèrent, il laissa le temps reprendre son cours normal.
Un trou s’était formé dans la proue, et Thaêl et Keredrin s’y engagèrent. Si l’ancien dieu était étonné, il ne le montra pas une seconde. Ils grimpèrent, malgré la force qui les entraînait vers la poupe, l’escalier de la cale et se retrouvèrent sur le pont incliné vers l’avant, en face du maître de l’île. Celui-ci ne semblait pas les attendre. Levant leurs lames, ils se préparèrent lui couper la tête, mais il esquiva soudainement. Son épée rencontra les leurs, et le duel recommença. Les coups pleuvaient, en même temps que l’eau qui se fracassait contre le bateau.
Le maître feintait, esquivait, bloquait et sautait par-dessus ses adversaires. Son âge était très trompeur, et les deux nouveaux alliés le prirent en considération. Tout à coup, l’épée du protecteur de l’île tournoya à une vitesse peu commune et les blessa tout deux à l’épaule.
-Vous avez eu tord de m’affronter ! Vous allez périr ! Cria le vieillard, s’élevant dans les airs d’un sortilège.
La foudre s’abattit alors, brûlant le navire. L’électricité ne cessait de tomber, obligeant les deux guerriers à courir en tout sens.
Keredrin se rendit près d’un des trois mâts du navire, le grimpant alors avec sa vivacité caractéristique. La foudre frappa le bois et il du se propulser vers le plus grand des mats, tandis que celui sur lequel il se trouvait s’effondrer en même temps que s’embraser. Thaêl était dos à l’espar de proue, reculant pour esquiver les chocs électriques. Obligé de s’installer en équilibre sur le mât pratiquement à l’horizontale, il se retrouva dans une situation très dangereuse.
Arrivé tout en haut du mât, l’ancien dieu se prépara au saut. Levant haut ses sabres, il bondit alors. Un éclair entoura le maître, mais Keredrin passa tout de même. Ses deux sabres s’enfoncèrent dans la chair, et il se retrouva coincé là, ses lames fichées dans le ventre de son ennemi, bien qu’il dépende de lui, car s’il lâchait, la chute lui serait fatale. Doucement, le corps du maître descendait, seulement, le vieillard n’était pas mort, et commença, malgré la douleur, à lever son épée.
Thaêl ne pouvait laisser son nouvel ami se faire tuer aussi bêtement. Il se souvint alors du fait que le bateau glissait en ce moment même sur l’île et avisa les débris de la maison à côté de laquelle le navire allait passer. Attrapant un canon du pont, il le poussa jusqu’à ce qu’il vise la maison encore debout, le chargea, peina à allumer une mèche et tira. Il se plaça alors sur le même espar qu’il avait quitté, tout à l’avant du bateau et se plaçant face aux deux autres.
Pendant ce temps, Keredrin avait pu éviter deux attaques du maître, mais il savait que si ce dernier attaquait d’une certaine manière ou le frappait aux mains, il mourrait. Impuissant, il essaya de faire grossir son aura, mais seules les plaies de son ennemi saignèrent plus abondamment. En bas, le bateau se rapprochait rapidement des débris de la maison, provoqués par le boulet de canon.
Le choc se fit. Le bateau fut soulevé par le récif de fortune, enseveli sous les vagues, fracassé et calciné, tandis que Thaêl était propulsé en arrière et en hauteur par la force des choses. Levant sa lame haut dans le ciel, il transperça le cœur du vieillard qui tomba nettement plus vite. En arrivant près de l’eau, celle-ci se repoussa à l’aide des quelques pouvoirs qui restaient au protecteur de l’île. Dans la minuscule arène, les deux guerriers dégagèrent leurs armes, laissant le vieillard s’effondrer.
-C’en est fini, murmura Thaêl, essoufflé.
-NON ! Cria le maître en se relevant, frappant avec force la jambe du jeune homme noir, l’arrachant et l’envoyant dans la mer qui les entourait.
Keredrin fit un mouvement calculé du bras et du poignet et fit déchira la cage thoracique de son adversaire. Cette fois-ci, le vieil homme s’écroula pour de bon.
-Maintenant, c’est terminé avec lui, corrigea l’ancien dieu.
-Il était vraiment très fort, fit remarquer le jeune guerrier.
-Oui, mais nous l’avons vaincu. À présent, je ne me laisserais plus abuser par qui que ce soit.
-Et pour ce qui est de tes projets ? Demanda Thaêl.
-Ils sont toujours d’actualité, répondit Keredrin.
L’homme au torse nu soupira et disparut. Thaêl, mort de fatigue, observait son nouveau clone temporel s’envoler en poussière et leva sa lame. Sa jambe n’avait subi aucun dégâts, mais ses forces, si. Keredrin comprit le message et leva à son tour ses sabres.
-Très bien, reprenons.
Le combat se ré engagea une fois de plus, bien que ce soit bien moins rapidement. Les adversaires étaient fatigués, et malgré le fait que Thaêl se sache capable de vaincre son ennemi, il ne devait pas relâcher ses efforts. Tout à coup, le dôme qui les protégeait des vagues se brisa et ils furent engloutis dans la mer. Thaêl se concentra alors pour créer un couloir temporel et s’exécuta. Seulement, un instant avant qu’il s’en aille en lieu sur, un sabre le frappa à l’épaule, l’emmenant avec lui, et avec le sabre son propriétaire.
Tous deux se retrouvèrent dans le couloir. Les forces de Thaêl s’amenuisaient à vue d’œil, mais le combat reprenait, en ce lieu interdit. Coupés du temps, ils étaient dans cette espèce de seconde dimension sans sol ni plafond, où tout n’était que vide, mais un vide orange aux reflets dansants noirs. Le duel les opposant ici était impossible à gérer pour l’homme noir qui sentait la fatigue le gagner. Désarmé par l’ancien dieu, il se retrouva les bras ouverts, sans défense, presque déjà mort. L’un des sabre décrivit une courbe à l’horizontale, chargé du pouvoir divin. C’était cela, la punition divine. Il allait mourir. Tandis que sa tête volait, la vie s’échappa de lui en un instant, en même temps qu’il pensait au maître qu’ils avaient combattus, et qu’il sentait le pouvoir divin le ronger.
**
-Au vu du soleil, je dirai qu’il est vingt heure.
Laissant cette fois-ci le jeune homme noir dans l’incompréhension, il s’en retourna vers Keredrin.
Thaêl analysa alors ce que venait de lui dire le maître. Il lui parlait de l’heure, comme s’il voulait qu’il s’y repère, comme s’il avait deviné qu’il contrôlait le temps, comme si cet instant était important. Keredrin dit alors :
-Allons, pressons ! Nous avons un monde à détruire !
Le jeune homme noir ne bondit pas, malgré l’envie qui l’assaillait. Il avait une chance inouïe que son semblant de plan ait fonctionné. Entourant son souvenir du maître lui disant l’heure du pouvoir de Keredrin, il avait été capable de revenir dans le temps. À présent, il voyait ses deux ennemis s’en retournant à leurs affaires, l’un ne sachant pas qu’il allait être assassiné par l’autre. Il s’approcha silencieusement, brandit sa lame et d’un geste vif, coupa la tête des deux guerriers.
Son corps avait échappé à la mort, et à milles et unes douleurs, ainsi, il comprenait que son époque le rappelle. Il se laissa alors disparaître, retournant au futur, tandis que la mer envahissait l’île de ses flots salés. Cette victoire, il ne la devait pas à ses propres forces et son épée. Cette victoire, il la devait à ses ennemis, il la devait à l’erreur du maître et l’alliance avec Keredrin. D’ailleurs, en lui, il s’en voulait. En effet, il se sentait mal d’avoir eu à les tuer par surprise. En son esprit, il grava ces paroles :
« Une victoire chacun, Keredrin. Un jour, je reviendrais dans le passé pour t’affronter à nouveau et voir qui de nous deux est le plus fort. »
Thaêl attaqua donc sans conviction. Bien que Keredrin ait très clairement remarqué le changement de rythme dans les mouvements de son ennemi, il décida de s'assagir lui aussi afin de ne pas consumer toutes ses forces. Les deux adversaires privilégiaient des coups classiques, évitant toute confrontation trop directe. Le combat s'alanguit ainsi quelques minutes, avant que Thaêl ne commence à accélérer. Il désirait mesurer son ennemi. Ce dernier se plia avec un rien de nonchalance au nouveau rythme qu'imposait le colosse. Il ne désirait pas montrer trop de ses compétences. Le dieu incarné se contentait donc de défendre, ripostant juste assez pour fatiguer son adversaire. Il comptait sur une constante des combattants au physique impressionnant : ils manquaient généralement d'endurance et ne tenaient pas les passes longues et statiques. Il ne restait plus qu'à espérer que Thaêl ne s'en rende compte qu'au moment où il serait déjà trop tard. En effet, le colosse se mettait peu à peu à ahaner entre deux frappes, haletant en bloquant telle contre-attaque, soufflant en effectuant une parade facile. Keredrin reprit l'avantage, faisant reculer le géant sur toute la surface du pont. Alors qu'il pensait rapidement en finir, Thaêl le surprit. L'homme noir fit un petit bond en arrière pour se mettre à distance, avant de se concentrer une seconde. Le monde sembla se gauchir autour de lui : l'air se plissait, le bois ondulait. Finalement, le colosse lui-même se distordit, avant d'éclater en deux copies conformes de lui-même.
Keredrin déglutit. Il se savait capable de contenir les assauts d'un ennemi ; mais deux, c'était strictement impossible. Les deux clones frappèrent d'abord en décalé, chacun de leurs coups faisant trembler le dieu incarné de tous ses os. Leur seconde attaque fut beaucoup moins clémente : ils abattirent simultanément leurs deux épées bâtardes. Si Keredrin réussit à contenir un des horions, l'autre lui laissa une longue marque sanglante sur le flanc. Étouffant un juron, le dieu incarné recula précipitamment sans faire attention à l'endroit où le menait sa fuite. A quelques pouces de sa peau sifflaient les lames du colosse dédoublé, dont il ne se soustrayait que de justesse. Quand il sentit un bastingage bloquer sa route, il décida d'agir. Sa jambe se détendit sans coup férir et rentra dans l'entrejambe d'un des deux clones. Comme Keredrin l'avait plus ou moins escompté, même celui qui n'avait pas été touché broncha. Sans demander son reste, le dieu incarné profita de ce minuscule répit pour se jucher sur la rambarde et se préparer à sauter. Le navire le plus proche était loin ; il aurait été possible de l'atteindre avec de l'élan, mais sauter ainsi était purement suicidaire. Tout échec serait sanctionné d'une chute de plusieurs dizaines de mètres dans les ténèbres absolues. Puis, entendant le léger sifflement de l'air contre deux lames, le guerrier s'élança.
Alors même que le choc du métal contre le bois retentissait derrière lui, il savait déjà que son entreprise était vouée à l'échec. Cherchant à nier cette terrible réalité, il ferma les yeux, banda le moindre muscle de son corps et... espéra. Sous ses jambes qui pédalaient dans le vide, quelque chose d'étrange se produisit. La réalité semblait se saccader autour de Keredrin, comme si chacune de ses secondes était plus longue que la normale et que l'espace en-dessous de lui se repliait autant que possible pour raccourcir la distance qui le séparait de son objectif. Le dieu incarné ouvrit les yeux au dernier moment... pour voir le pont du navire ciblé se précipiter vers lui. Bien entendu, son saut in extremis n'était pas parfait, et la réception lui valut quelques contusions. Toutefois, étant en vie sans os cassé, Keredrin s'estimait déjà très satisfait de sa manœuvre. Une fois redressé, il se retourna pour voir où en était son adversaire. Ce dernier n'était a priori plus qu'une seule et même personne, qui cherchait à récupérer son souffle tout en se préparant à bondir. Grâce à la course d'élan dont il bénéficiait, le dieu incarné ne doutait pas qu'il réussisse à franchir l'interstice entre les deux navires. Aussi Keredrin commença à regarder tout autour de lui pour chercher des atouts à faire jouer.
Il se trouvait sur un navire moderne ; même s'il avait du mal à déterminer la provenance, il pouvait dire que des armements au goût du jour, comme des canons, sommeillaient sans doute dans les cales. Sa blessure au flanc enlevait au dieu incarné la possibilité de continuer ses cabrioles. Aussi décida-t-il de tenter le tout pour le tout en descendant dans les profondeurs du bateau. Il dévala à toute vitesse les marches menant vers l'entrepont puis dans les ténèbres des différentes pièces. Il finit par trouver ce qu'il cherchait : la pièce de la soute où l'on conservait la poudre. Même si on en devinait que quelques tonneaux liés par des lanières, l'odeur de salpêtre était reconnaissable entre toutes. Avisant une vieille lampe à huile accrochée à un mur, Keredrin finit d'élaborer sa stratégie. Il prit d'abord le soin d'allumer la lampe à l'aide d'un briquet à amadou, puis saisit son arme. Les bruits de pas ne tardèrent pas à marteler l'escalier. Et l'inspection de Thaêl le mena bien vite à la portion de soute où s'était réfugié le dieu incarné. Aveuglé par la pénombre, le colosse leva son épée à deux mains sans se rendre compte ce qui se passait réellement. Keredrin, lui, trancha d'un coup net les lanières. Les barils roulèrent et rebondirent, suivant la pente naturelle du sol. Le géant n'eut pas le temps de réagir, et fut rapidement écrasé contre un mur par plusieurs livres de bois brisé. Toutefois, le dieu incarné ne comptait pas s'en arrêter là, ayant pu constater la résistance de son ennemi. Aussi déposa-t-il tout doucement au sol sa lampe allumée. Celle-ci se mit elle aussi à rouler. Mais Keredrin n'était déjà plus là pour le constater.
Courant comme si sa vie était en jeu, il lui fallut une petite poignée d'instants pour arriver sur le pont, et deux fois moins pour enjamber le bastingage afin de rejoindre l'asile d'une gabare voisine. A peine avait il posé son second pied au sol que la poudre explosa. Même s'il avait le dos tourné, ses sens lui donnèrent bien assez d'informations sur la violence de l'évènement. Une aura de chaleur intense irradia son dos ; les bruits de l'air violenté et du bois supplicié se joignirent en un véritable enfer sonore. Des débris volèrent autour du dieu incarné, alors même que l'onde de choc le saisissait et le traînait sur le sol. Sa tête se heurta contre les planches et sur ce qui devait être un mât, lui laissant de belles contusions et un étourdissement notable. Il lui fallut un moment pour se remettre et réussir à se relever. Sa première réaction – du moins après avoir tâté les deux belles bosses qui ornaient désormais son crâne – fut de se retourner. Le navire – probablement pirate – n'était plus qu'un amas de ruines calcinées. La déflagration avait fait sauter le pont et les flancs du bateau, dont il ne restait plus que quelques poutres noircies par le feu. Il était strictement impossible qu'un homme puisse survivre à ce traitement. Même Abanfir, songea Keredrin, n'aurait sans doute pas pu faire face à cela... Mais dès que le monde commença à se tordre de nouveau dans un point situé au beau milieu du vide, le dieu incarné sut qu'il n'en avait pas fini. Ce diable de colosse avait encore réussi à s'en tirer par un tour de passe-passe. C'en était rageant.
En effet, Thaêl émergea rapidement, totalement indemne. C'est avec calme qu'il se mit à marcher au milieu des débris de l'ancien navire, évitant les foyers encore brûlants. Les quelques flammes qui osaient le lécher étaient bien vite repoussées par ses habits imbibés d'eau. Mais il ne semblait pas s'en soucier : épée à la main, il marchait vers sa proie avec une détermination non feinte. C'est avec un regard tranchant qu'il se hissa sur le petit navire de pêche. Et il chargea. A ce moment, il était impossible pour Keredrin de se défendre. Face à la masse du colosse, sur un terrain aussi étriqué que pouvait l'être le pont de l'esquif, il n'avait aucune autre possibilité de l'affrontement direct. Mais la corpulence des deux adversaires ne laissait aucun doute sur la conclusion de la passe. Le peur qui envahit instantanément le dieu incarné se traduisit par le cortège d'effets qu'endurerait tout humain à sa place. Avec une petite spécificité : la froideur. Une fois de plus, celle-ci emportait tout, purifiant les pensées du combattant de son feu glacé, figeant les émotions dans une gangue de résolution, concentrant le temps dans une succession d'instants singuliers. Keredrin voyait tout avec une acuité renouvelée. En un instant, son corps – car son esprit n'avait alors plus son mot à dire – avait pris la décision d'un plan insensé, d'un coup de bluff démentiel qui était pourtant la seule chose rationnelle à faire à ce moment là. C'est ainsi qu'il saisit une longue corde pendante, et se redressa, fixant droit dans les yeux le géant qui se rapprochait à chaque seconde. Et c'est au dernier moment qu'il cria « Non ! ».
Sa voix, sublimée par la colère et la détermination, claqua comme un fouet. Elle n'était plus seulement issue des banales cordes vocales d'un mortel, non : il s'agissait d'une adjonction divine, comme un axiome de l'univers, qui paralysa Thaêl pour une seconde. Tout homme, même le plus indépendant qu'il fût, était obéissant par nature ; il lui suffisait de trouver une autorité assez convaincante pour plier sans endommager son amour propre. Et l'espace d'un instant, Keredrin était l'autorité suprême de Durmstrang, devant laquelle un roi se serait incliné, et aux pieds de laquelle un empereur aurait abdiqué son trône. Cette aura si spéciale, à l'orée du divin, ne dura qu'un instant, qui fut largement suffisant. Alors que le colosse tentait de reprendre le contrôle de ses muscles tétanisés par la terreur, le dieu incarné s'était déjà élancé. Corde à la main, toujours saisi de son calme froid, il traça un nœud précis autour du cou de Thaêl. Un marin lui avait appris la science des cordages durant son périple vers le Cimetière des Mers, afin qu'il se rende utile ; il aurait sans doute été étonné de voir son élève improvisé confectionner en une seconde un nœud coulant parfait. Keredrin ne se laissa pas le temps de s'extasier, et décocha un puissant coup de pied dans le dos du géant, afin de le faire passer par-dessus bord.
Malheureusement, les réflexes prodigieux n'étaient pas l'apanage du dieu incarné. Délivré de son étourdissement, Thaêl tendit sa lame dans le vide. Il n'eut pas le temps d'ajuster son coup, qui aurait facilement pu tuer sa cible ; au lieu de cela, l'épée bâtarde s'enfonça profondément juste en-dessous du poumon gauche, coupant nettement le souffle de Keredrin. En outre, le colosse n'avait pas dit son dernier mot, et il réussit à se rattraper de justesse au bord du navire, avant que la corde ne se tende assez pour l'asphyxier. Le dieu incarné s'écroula au sol, tiraillé par la profondeur de sa plaie. Il avait perdu. Il était impossible de combattre avec une blessure de ce type. Si on lui avait laissé un peu de temps, il aurait sans doute pu s'en remettre, contrairement à bon nombre de mortels. Mais bien entendu, ce temps précis, le géant ne le lui laisserait pas. Il commençait déjà à se hisser, son bras épais comme un petit tronc lui servant d'appui... Le haut de sa tête commença à émerger. D'ici quelques instants, il épinglerait son ennemi sur les planches du pont.
Puis le bras commença à fluctuer. Avec un rien d'ironie, Keredrin songea que Thaêl n'aurait pas besoin d'utiliser sa magie pour l'achever. Il gaspillait manifestement son énergie. Mais quand le membre disparut soudainement, un sursaut d'espoir traversa le dieu incarné. Le colosse poussa un dernier cri de terreur et dépit ; puis la corde se tendit brusquement. Un craquement d'os retentit dans le désert de coques vides, puis le silence se fit. Épuisé par l'âpreté de la lutte, Keredrin rampa difficilement jusqu'au bord du navire, laissant derrière lui une traînée de sang. Il voulait constater de visu la mort de son adversaire. Il y avait eu trop de Deus Ex Machina, trop de retournements injustes dus à des aptitudes d'un autre âge, et non à un réel talent martial. Aussi, lorsqu'il arriva à deux pouces du bord, il s'attendait presque à ne rien voir. Il s'attendait presque à attendre des pas derrière lui. Il s'attendait presque à sentir une lame se glisser dans son dos, et le tuer. Il s'attendait presque à sentir le goût amer du sang couler dans sa bouche. Il s'attendait presque à entendre le cri des mouettes en guise d'oraison, et l'odeur du bois moisi pour toute fleur sur sa tombe. L'impossible devint ainsi réel, pour quelques instants, dans l'esprit enfiévré par la douleur du dieu incarné.
Puis vint le soulagement. Le géant pendait dans le vide, sa colonne vertébrale décrivant une improbable ligne brisée. Dans un dernier geste de précaution, Keredrin trancha net la corde. Comme un pantin désarticulé, le corps de Thaêl tomba dans les abysses de Durmstrang. Puis à son tour, le dieu incarné bascula dans la noirceur. Puis le voile d'une inconscience salutaire couvrit pudiquement l'esprit du dieu incarné. A l'horizon, une silhouette perchée sur un monolithe gris veillait. Et attendait son heure, léger sourire au lèvre.
J'ai lu (et croit sincèrement que ce que j'ai fait et mauvais à côté de ton duel, mais j'attend l'avis du/des juge/juges).
Les textes sont donc en cours d'évaluation. Je désignerai le vainqueur lundi ou mardi.
duuur d'évaluer ça Charlie. Je me demande sur quel critère tu te bases, faudrait que tu m'expliques. Sinon ce jeu à l'air assez intéressant, j'aimerais créer un héros aussi.Perso, je donnerais la victoire à Aristimbault car je trouve son personnage plus complexe. sinon bravo à tous les deux pour ces pavés monstrueux. Dommage cependant le-maître que tes deux premières phrases comportent une affreuse répétition de "avoir".
Déjà? On avait pas une marge de deux semaines?
Ma version est pas du tout terminée...
(PS : Je préfère pas lire avant que la mienne ne soit finie, et ce pour des raisons évidentes)
T'inquiète, tu as bel et bien 2 semaines. Prends ton temps, je juge les textes en même temps de toute façon.
Ok ok.
Désolé si j'ai pris tout le monde par surprise. J'ai eu une illumination et j'ai tout balancé en deux heures.
Throne et GalyThar:
Il me vient l'envie d'une petite fantaisie, histoire d'épicer le duel qui s'annonce.
Comme vous le savez peut-être déjà, je suis un grand amateur de musique instrumentale et orchestrale. C-a-d sans paroles, uniquement de la musique d'ambiance. Alors pour corser un peu le duel, je donnerai un point bonus (j'ai des critères de 5 points précis, comme au précédent duel entre ari et lemaître) à celui qui me trouvera la meilleure musique d'ambiance pour son propre duel. Ça peut être n'importe quoi, en autant que ça ait rapport avec l'atmosphère que vous tentez d'instaurer.
Mais ATTENTION, pour l'obtention de ce point bonus, messeieurs, je prohibe les musiques trop utilisées ou que j'ai trop entendues. Soyez originaux. C-a-d, voici une liste des pièces prohibées car elles risquent de me faire friser les oreilles en trente secondes:
-Requiem for a Dream ou tout ce qui s'en approche
-Hans Zimmer (que j'adore, mais que voulez-vous, j'aime bien être surpris)
-Steve Jablonsky (parce que Optimus Prime a beaucoup trop de classe pour un duel de la sorte
)
Soyez créatifs dans vos choix. Que celui qui a le plus de goût musicaux gagne!
Encore une fois, Charly, désolé pour le retard ![]()
(PS : je n'ai pas d'instru pour illustrer le combat)
Ce ne furent pas des gardes qui les accueillirent, loin de là. Des citadins aux tenues excentriques, des tissus diaprés, parés de masques aux couleurs vives, dansaient avec allégresse le long des remparts. Lorsqu’un groupe arriva à la hauteur des portes, un de ces troubadours du dimanche les aperçut. Il se courba alors de moitié en direction des rues de la ville comme s’il faisait la révérence et quémanda avec une certaine prestance aux deux hallebardiers qui gardaient la porte d’enclencher le mécanisme.
-Allons voyageurs ! Venez chanter, boire et rire avec nous ! Bienvenue, bienvenue en ce jour béni !
Une voie qui partait étrangement dans les aigus et qui éclata d’un rire malsain.
Les imposantes portes de Smyrne s’ouvrirent devant eux, et rapidement, la grille s’inclina à son tour dans un bruit de rouages et d’acier mal huilé, tandis que l’homme à la révérence riait gaiement en cœur avec une jeune femme qui l’avait rejoint.
Lorsque le groupe en franchit le seuil, l’ombre des hauts murs de pierre les préserva un court instant de la chaleur du soleil. Eslean expira de soulagement. Enfin son visage était protégé par autre chose que le tissus sombre de son capuchon... L’homme qui dirigeait la troupe de mercenaires se retourna vers lui. La balafre qui tranchait son visage d’humain au niveau de la joue luisit alors sous le soleil étouffant de midi.
-Smyrne, comme convenu.
L’homme avait raison, et l’encapuchonné acquiesça, le visage dissimulé par l’ombre du tissu. Il sortit de ses habits une bourse en cuir qu’il lui tendit.
-En effet, comme convenu.
Le balafré fit sautiller la bourse sur sa paume quelques instants et dû juger le prix honorable. Il salua l’elfe déchu de la tête et disparut avec ses hommes dans le tohu bohu imprévisible de la foule.
Eslean tourna les talons également. Lui faire traverser la moitié du continent pour tuer un misérable petit prince, certainement engraissé par des années de luxe et d’inactivité... Seule une bonne paie pouvait le pousser à accepter. Et la paie était bonne. Il releva un instant la tête vers les nuages. La chaleur suffocante n’avait à aucun instant cédé à un orage bienveillant, ou même à une averse, depuis le début du voyage. Et bien que l’insupportant au plus haut point, l’avantage était qu’il n’y avait aucun nuage grisâtre pour voiler la face de l’horizon céleste. Il prit une bouffée de l’air enfumé et se risqua après un instant à parcourir les premiers pavés sales de la basse-ville. Tout en arpentant les rues, ignorant la musique assourdissante des violons et des flûtes, les cris de joie des habitants qui dansaient, se prenant par les mains, les bras, les jambes s’envolant toujours plus haut dans les airs, il regardait les hautes murailles de Krak, anciennement une grande forteresse croisée.
Même dans ces terres reculées, les exploits passés des croisades en Orient étaient partout contés. Mais un certain mystère enveloppait la citée de Smyrne, sans qu’aucun des anciens que l’elfe déchu avait pu côtoyer, il y avait de cela de longues années, n’en sache un traître mot. Le secret avait perduré à travers les âges, et les honneurs de ce qui fut cette noble citée furent oubliés de tous.
La foule se déversait sur les ruelles des bas-quartiers. Un véritable torrent d’euphorie dévoyée par l’alcool et les senteurs douteuses qui émanait dans les airs... Les flots de cette puanteur aux couleurs disparates arpentaient les rues, et toujours avec plus d’engouement. Et la ville vomissait sur les pavés inégaux les restes des déjeuners et les commissions de chacun sous forme d’un liquide verdâtre qui s’écoulait des caniveaux.
Eslean avançait sous les balcons, et admirait tout ce spectacle de décadence. Les hommes et les femmes se livraient à leurs ébats, délivrant toute l’animosité contenue dans leurs corps chauds, nus et violemment étreints. Partout les citadins riaient, fumaient, dansaient, suivant les variations des luths et des percussions. La plupart d’entre eux étaient masqués. Des petits promontoires improvisés parsemaient les rues, et des hommes se livraient à la foule, imitant les grands de ce monde, pariant sur la folie générale et la stupidité collective pour déclencher les fous-rires.
L’ancien elfe fit rapidement le tour de la ruelle. Une enseigne : « Au soûlard abstème ». Il ne sourit pourtant pas, il ne souriait que très rarement. Puis il pénétra rapidement à l’intérieur, à la recherche d’un peu de calme et de quiétude, outils nécessaires à la préparation de l’acte qui l’attendait. Et il fut soulagé de trouver ce qu’il y cherchait. Les échos des cris, des pleurs et des orgasmes étaient désormais étouffés et paraissaient lointains. En entrant, il ôta sa capuche et de fines mèches blanches ondulèrent devant ses yeux. Il examina la taverne. Les tables étaient vides. Seul un homme était au comptoir et louchait silencieusement sur sa chope de bière. Le propriétaire fumait, complaisant et riant de ce qu’il voyait à travers la petite fenêtre, dans un coin de la pièce. Cependant, quand il aperçut Eslean, son sourire s’effaça. Sa pipe manqua de tomber mais il se rattrapa, et le petit tabouret sur lequel il était avachi failli à son tour le faire chuter.
Le visage du nouveau-venu ne transcrit rien. Il fit un pas, puis deux, et s’assit à une table. Les mains croisées, il patienta. Le tavernier se leva alors et s’approcha de lui sans trop d’assurance. Il se tint à quelques pieds de la table et attendit ma commande. Eslean releva alors la tête, et le vieux tavernier pu admirer ses yeux presque transparents. Lorsque leurs regards se rencontrèrent, le teint rubicond de l’homme pâlit et le goitre qui lui servait de gorge déglutit.
-Je ne suis pas là pour boire, dit l’ancien elfe tout en posant quelques pièces sur le bois de la table qui y rebondirent, cliquetant un court instant.
Il y eut alors comme un malaise. L’homme au comptoir ne bougea pas d’un cil. Le tavernier, lui, avait compris et s’assit à côté du client. Il lui intima alors :
« Très bien, voyageur. Que voulez-vous savoir ? »
Eslean demanda rapidement tout ce qu’il savait sur Marachi Siryon, l’un des grands princes Orientaux qui résidaient dans le Krak. Le tavernier regarda un instant le comptoir, l’œil alerte, et se pencha un peu plus vers son interlocuteur. Ce dernier crut un instant entrevoir les yeux de l’homme au comptoir, mais il n’en était guère assuré. Rapidement, ce même solitaire s’en alla. Un seul point troubla notre étranger : l’étrange épée que l’homme portait au fourreau. Une épée de bien étrange facture, à vrai dire, à en juger par son bout à la fois recourbé et dentelé, ainsi qu’aux divers symboles gravés sur le métal de la lame. Des symboles qu’Eslean ne pu clairement distinguer. Au moment de sortir, la lame effleura le bras de l’elfe déchu qui fut alors parcouru d’un frisson indescriptible qu’il n’aurait su s’expliquer.
Mais la porte de la taverne claqua, et le frisson se dissipa.
La nuit était si belle... Les gens riaient dehors comme si la tombée du jour ne changeait en rien l’atmosphère joviale qui régnait à l’intérieur des remparts. Eslean, lui, admirait la lune, une de ces lunes qu’aucun nuage ne dissimule. Les étoiles étaient parfaitement dessinées et semblaient danser, leur éclat brillant, sur la toile du firmament. C’était une de ces nuits vierges de toute malveillance. Et pourtant...
L’ancien elfe était sur l’un des toits de la basse-ville, et guettait en silence la venue de minuit.
Trois, deux, un... La première cloche résonna avec sinistre sur les premiers bâtiments de pierre délabrée. Il se releva lentement, et rabattu le capuchon de sa soutane sur son visage. Il se remémora alors les paroles du vieux tavernier.
« Marachi Siryon... Ce que je peux vous dire c’est que c’est loin d’être le genre d’homme à vous faire pâlir de peur. Physiquement, c’est quelqu’un de chétif et de grassouillet. Il descend très peu souvent dans les quartiers populaires, comme les autres princes d’ailleurs, mais vous pouvez le reconnaître grâce aux dizaines de bijoux qu’il porte, tous d’or massif. C’est certainement le plus ridicule des Onze Princes. Ah oui, et il ne se retrouve jamais sans son petit caniche, comment qu’i s’appelle le corniaud déjà... Lilou... Linette... Ah, je ne sais plus ! Tout ce que je peux vous dire d’autre c’est que tous les princes résident dans la partie ouest du Krak. »
Tous les hommes sont corruptibles sinon déjà corrompus. La racaille croupit, se terre en tout endroit de ce monde. Pas d’honneur, ou plus d’honneur. Ce tavernier était le parfait représentant de l’immondice viscérale qui grandit dans le cœur de chaque être pourvu de conscience : la cupidité. Mais il fallait consentir au fait que cela lui évitait de longues heures de souffrances, qui n’auraient pas plues à Eslean. Certaines nuits, il était las de ce monde, si las...
Mais c’est ainsi qu’une silhouette encapuchonnée, aux mouvements fluides et alertes, se retrouvait à escalader les hautes murailles qui séparait la basse et la haute-ville, un douzième coup retentissant au loin.
Evidemment, les choses ne pouvaient se passer comme prévu...
Pénétrer dans le palais sans se faire remarquer ne fut pas très compliqué. Quelques gardes faisaient çà et là office de figurants, pour asseoir une sorte de faux-semblant d’autorité, mais en somme rien qui ne requit de très gros efforts.
C’est ainsi que, rapidement et sans anicroche, Eslean se retrouva devant la chambre du prince. Un long corridor pigmenté de torches aux lumières hasardeuses le précédait. Maintenant tout allait se jouer. Il avança tranquillement la main vers la poignée. Il pouvait à travers le bois opulent percevoir les ronflements gras du noble. Un rictus de dégoût parcouru alors ses lèvres. Sa main avança lentement, lentement...
Un frisson.
Eslean bondit en arrière, les main sur les pommeaux des épées accrochées dans son dos. Pourtant rien. C’était étrange. Il patienta encore, le visage éclairé par instants puis replongeant dans l’ombre. Ses muscles tendus se décontractèrent légèrement, mais un deuxième frisson lui parcouru l’échine. Aucun doute, le danger rôdait, et il n’était pas loin. Ses sens en éveil, il tenta de discerner quelque chose dans l’obscurité. Mais la faible lumière des flammes dansantes était insuffisante. C’est alors que d’imperceptibles cliquetis d’acier flottèrent dans l’air. D’abord très faible, le bruit augmenta rapidement. Encore quelques secondes... Puis ils s’arrêtèrent. Un moment d’attente, et les bruits reprirent. Seulement le rythme avait changé. Le nouveau venu courrait ! L’ancien elfe discerna au dernier moment le coup asséné, et eut le temps de rouler de côté. Les secondes ralentirent alors, et Eslean comprit la raison de ses frissons. Toujours en esquivant, son regard se porta sur la lame de son ennemi. Aucun doute. C’était la même lame que celle qu’il avait aperçue dans la journée à la taverne du Soûlard Abstème. Mais plus le temps de réfléchir, le bretteur avait refermé sa garde et engageait d’ores et déjà un nouveau coup. L’assaut latéral, qui arriva avec une vitesse surprenante, manqua de peu le torse de l’elfe encapuchonné, qui dégaina ses deux lames avec une promptitude surprenante. Quelle était donc cette lame ? Il était comme absorbé par l’aura qui s’en dégageait. Il recula de quelques mètres, bras tendus.
Si cela continuait, le prince se réveillerait, et la garde arriverait. Or, c’était une chose à éviter à tout prix. Même si peu nombreux, il ne faudrait pas longtemps aux chevaliers de Smyrne pour prendre l’avantage.
Il fallait à tout prix le faire comprendre à son assaillant. Mais comment ? Celui-ci semblait comme animé d’une fureur qu’il ne pouvait contrôler. Une lueur meurtrière brillait dans ses yeux et y prenait vie. Cet homme était dangereux.
-Je me nomme Kairan. Comment t’appelle-t-on ? engagea le bretteur.
-Qu’y gagnerais-tu à le savoir ?
L’homme sourit ironiquement.
-Voyons, il est plus aisé d’entendre le nom de celui que l’on s’apprête à tuer quand celui-ci est encore en vie...
Nul doute permis. L’homme était déterminé. Tout en se préparant à une nouvelle attaque, il estima les options. Derrière, un couloir long d’une vingtaine de mètres. Devant lui, devant la porte, se tenait ce Kairan.
-Parle ! Ou bien meurs !
-Soit.
L’elfe déchu fit un roulement avec ses deux lames et acheva son geste, le bout de son épée droit en direction de l’assaillant. Deux lames courtes, et en face une lame longue aux pouvoirs inconnus... Kairan fondit alors, et les échanges fusèrent. La vitesse de l’homme était prodigieuse. En une fraction de seconde, celui-ci se retrouva à un mètre d’Eslean. Il prit alors appui sur sa jambe, et bondit, brandissant fièrement sa lame au-dessus de sa tête, et la rabattit sur l’ancien elfe qui la dévia d’un geste souple. Rapide, oui, mais peu puissant.
Des aboiements retentirent alors. Le caniche !
Sans perdre un instant, Eslean engagea une estocade que le Kairan esquiva en reculant. Sans perdre une seconde, l’ancien elfe enchaîna avec un nouvel assaut, puis un autre et encore un, cherchant la faille à tout prix. Seulement, l’adversaire était lui aussi très alerte et parvenait toujours à parer ou dévier les lames d’argent. Des bruits de pas résonnèrent soudain dans les escaliers qui précédaient le couloir. Aucun doute, la garde ! Eslean reprit avec un coup venant cette fois du bas, et les bras de son assaillant, empoignant toujours la lame, se soulevèrent dans les airs. L’ancien elfe asséna un coup de pied dans le ventre du bretteur, le forçant à reculer de quelques pas. Des cris se firent entendre.
« Halte-là. qui que vous soyez, rendez-vous !»
La garde ! Les bruits rapprochés de leurs bottes métalliques rencontrant le sol ne laissait aucun doute sur leur course. Environ une dizaine.
Il fallait fuir à tout prix. L’encapuchonné fondit vers la porte et l’enfonça d’un geste large de l’épaule. Un cri résonna alors. C’était la cible, mais le temps n’était plus à la réalisation du contrat. Avisant la pièce d’un regard rapide, l’ancien elfe rangea ses armes dans leurs fourreaux en bandoulière, passa ses mains devant ses yeux et sauta à travers la fenêtre ouverte.
***
Kairan accusa le choc du coup de pieds. Il entendait le bruit des pas retentissant derrière lui. Il se releva lentement, prenant le temps de se remettre de l’assaut. Il ferma les yeux et prit une longue inspiration. Les gardes se rapprochèrent tout en hurlant. Ils se rapprochèrent, se rapprochèrent encore... Les premiers d’entre eux brandirent leurs lames dans sa direction, et entamèrent le premier coup. Leurs épées s’élevèrent dans les airs et se rabattirent sauvagement en direction du bretteur, mais jamais elles ne rencontrèrent sa chair. Au moment où elles s’abattirent sur lui, ce dernier rouvrit les yeux et tout ne fut plus que brume.
Kairan avait disparu dans l’obscurité, les laissant dans l’erreur.
-Ne vous laissez pas berner par la fumée ! entama l’un.
-Capitaine, il s’est enfui par la porte ! renchérit un second.
Mais la vérité était toute autre.
C’est sous cette forme que Kairan s’enfuit à son tour, passant la fenêtre à son tour, avec cependant plus de discrétion. Le prince s’était enfui de toute façon, le contrat était repoussé. Il lui fallait avant tout s’occuper de cette créature encapuchonnée.
Il se retrouva quelques minutes plus tard parmi l’agitation de la foule. Il souhaita intérieurement bonne chance à la gente garde qui devrait cette nuit s’affairer à retrouver un individu parmi des centaines, festoyant gaiement et s’abreuvant impunément de tout ce qui était composé d’alcool. Puis il pensa avec mélancolie :
« Heureusement que tu ne l’as pas touché, en fin de compte. Je suis ton esclave désormais... ».
Tout en pensant ceci, il pointa un regard amer sur sa lame qu’il avait rangée au fourreau.
« Il faut que je le retrouve, et que je le tue. Ensuite je pourrai m’occuper du prince. »
Les ruelles se succédaient les unes aux autres. Smyrne apparaissait comme un labyrinthe géant où les chemins se confondaient.
Avant tout, il fallait quitter la basse-ville et son infernale quiétude. L’homme fureta entre les bâtiments et parvint rapidement à un caniveau.
Des odeurs nauséabondes, des déchets en tous genres. Excréments, rats crevés, tout n’était que miasmes putrides et corps sans vie. Une réelle ville souterraine délaissée du peuple se dévoilait à Kairan. Un enchevêtrement de pierres moisies recouvertes par la mousse du temps glissait sous ses pas, tandis qu’il avançait, méfiant, la main sur la garde de son épée au fourreau. Il parcouru encore quelques pieds et parvint à un embranchement. Toujours sur ses gardes, il se baissa et attrapa un os, non sans dégoût. Il brandit son bras, et fit virevolter le projectile qui ricocha sur les pavés centenaires avant de rejoindre l’eau des égouts. Patiemment, il attendit. Aucun bruit. Kairan avança.
Ce ne fut qu’au détour d’un second carrefour qu’un bruit d’eau attira son attention. Alerte, il releva la tête en direction du bruit. Aucun doute, c’était lui.
-Allons, viens te battre ! Qu’attend-tu ? lança-t-il à l’obscurité.
Avec un calme déconcertant, il dégaina son arme. Les runes gravées sur le métal aiguisé luirent alors d’un éclat rouge, malsain.
« Qui que tu sois, homme-sans-nom, sors de ta cachette et viens te battre ! »
***
Eslean avait commit une erreur. Il n’avait pas vu l’amas d’eau poisseuse et avait marché dedans, attirant ainsi l’attention de ce Kairan. Il s’injuria mentalement, et se dissimula dans l’ombre. Comment avait-il fait pour le retrouver ? Coïncidence ? Et comment avait-il fait pour défaire la garde ? Autant de réponses qui restaient sans réponse, et qui ajoutaient à la méfiance de l’ancien elfe. Mais il avait cependant l’avantage du terrain. Les longs couloirs, bien que très faiblement éclairés, lui permettaient des attaques discrètes et lointaines. Le bretteur ne fut pas bien long à détecter, sa lame luisait bien assez dans l’obscurité des égouts pour que quiconque l’eut repéré à deux cent pieds.
Il saisit son arc dans un silence complet et prit une flèche de son carquois. Lentement, avec minutie, il plaça la flèche sur la corde, plissa un œil, et décocha.
La flèche siffla et fondit droit vers l’homme. Dans un bruit sourd, celle-ci se ficha dans l’épaule de son ennemi, qui ploya sous le coup et tomba en arrière. Il pu discerner un bruit de mécontentement dans l’air, puis ne perçut plus rien. Un sourire de satisfaction glissa sur les lèvres d’Eslean, tandis que lentement il avançait vers lui, sûr de son avantage. Il s’avança de l’éclat pourpre sur le sol, pas à pas. Il arriva rapidement à son niveau, mais quelque chose clochait. Il se s’aperçut que trop tard de la ruse ! L’homme n’était plus là !
D’un coup, bondissant de l’obscurité, Kairan attrapa l’ancien elfe par le cou et plaqua contre sa gorge un poignard recourbé. Il fit mine de l’égorger, mais Eslean se dégagea assez tôt pour ne pas subir le courroux de la lame. Sans attendre, son assaillant enchaîna, maniant le poignard comme un fauve. Il brassait l’air qui sifflait à chacun de ses coups. Soudainement, il recula et pris un second poignard de sa botte et l’envoya sur l’ancien elfe qui se le prit en plein sur la cuisse. Il se courba sous la douleur et Kairan en profita. Ce dernier bondit en l’air, le bras en arrière, et rabattit son arme de façon à trancher la chair verticalement. Encore une fois, les forces se valaient, et Eslean parvint à dévier l’assaut. Essoufflés par l’enchaînement, chacun prit le temps de jauger l’autre.
-Toujours pas résigné ? lâcha l’homme.
-Tu m’as planté une lame, je t’ai fiché une flèche. Nous sommes à égalité. Ne crois pas que le combat puisse être si vite réglé.
Un sourire ironique parcouru les traits de Kairan.
-Héhé. En es-tu si sûr que ça ?
Fermant les yeux, il prit une profonde inspiration. Au moment où il les rouvrit, il disparut dans l’obscurité. Chose étrange, la lame disparut également du sol.
A cet instant, Eslean dégaina ses deux lames d’argent et fendit l’air à plusieurs reprises. Il attendait une de ces répliques ironiques, mais rien ne vînt. Durant de longues secondes, le silence demeura complet.
L’homme avait fuit ! Etait-ce un combat ou une partie de cache-cache ?!
Il arpenta les longs couloirs et arriva à une sorte de petit tunnel dans lequel s’enfonçait le courant d’eau qui semblait parcourir tout le réseau souterrain. Etaient-ils dans la basse, la haute-ville ? L’elfe déchu n’aurait su le dire. Seule l’odeur nauséabonde du canal perdurait, et il ne voyait déjà plus que le bout du tunnel dans lequel il s’engouffrait.
Il déboucha sur plusieurs salles, et surtout, surtout, ces dizaines de couloirs aux murs crasseux qui se ressemblaient tous. Mais, traversant un ultime passage, ce qu’il aperçut l’émerveilla. Non, en réalité, cela ne l’émerveilla pas. Disons plutôt que cela le surprit.
Une immense sale de pierre, des statues alignées en rangées.
« Ainsi, voilà le légendaire Cimetière des Héros, pensa Eslean. Ces héros dont parlent les livres et dont sont comptés les exploits... ».
Il descendit du petit surplomb vaseux où il se trouvait, traversa le trou dans le mur et descendit un escalier de pierre aux marches hasardeuses. Des centaines de statues de combattants s’alignaient sur des allées entières qui se perdaient dans l’immense salle. Dans le fond, une très grande fontaine s’adossait contre la paroi rocheuse, l’eau absente et les lierres en serpentant le contour pour s’élever sur le dossier de la sculpture.
« Magnifique » pensa Eslean.
Aucun mot n’aurait mieux décrit la beauté silencieuse du spectacle qui s’offrait à ses yeux. Il passa devant plusieurs pierres, admirant l’œuvre centenaire qui ornait le sol terreux, mais le sérieux le regagna vite.
Kairan se tenait assis sur le haut de la fontaine et souriait.
***
-Eh bien ! On dirait que tu as su trouver le Cimetière des Héros.
Kairan gloussa, puis sauta de son petit perchoir. Il avança pas à pas, le fourreau de son épée rangée cliquetant contre ses cuisses. Ses épaules passaient l’une devant l’autre avec une assurance certaine. Assez de ces jeux de cache-cache. Tout allait prendre fin ici, et maintenant.
« Ne réponds-tu donc rien ? » renchérit-il.
-A quoi bon répondre ? C’est un combat qui n’a que trop duré. Finissons-en.
La réponse d’Eslean parut étonner l’homme. Cependant, un sourire se dessina rapidement sur ses lèvres.
Ca n’avait que trop duré, en effet. L’ancien elfe sortit son arc et banda une flèche, qu’il lâcha un instant après sur son ennemi. Celui-ci dégaina son arme et la plaça devant son visage. La flèche y rebondit, impuissante. Les salves fendirent l’air, mais Kairan avançait toujours plus, serpentant entre les statues des Héros tombés. L’arc ne serait d’aucune utilité tant que Kairan serait ainsi protégé par la pierre. Ainsi, Eslean dégaina ses deux lames d’argent et se prépara à l’assaut, entouré par ces rangées alignées d’œuvres sculptées. Enfin tout allait se jouer.
L’immense pièce n’était que faiblement éclairée par endroit et laissait de nombreuses zones d’ombre dont il fallait se méfier.
Kairan disparut.
« Allez, sors de ta cachette... »
Un bruit venant de la gauche ! Eslean se retourna dans la direction. Un autre bruit à droite. Il se retourna avec lui.
« Ma lame a faim de toi, créature... Et elle vient de chercher »
Un bruit derrière. Mais trop tard.
Eslean sentit la lame s’enfoncer dans la chair de son épaule, toujours plus. Il parvînt au dernier moment à placer ses armes en-dessous de celle de son ennemi pour la repousser, et y parvint avec la rage du désespoir. Puis il roula d’instinct de côté, s’abritant dans les zones d’ombres. La plaie était moyennement profonde, mais il ne fallait plus compter sur son bras gauche. Du moins, dans l’état actuel des choses.
Une aubaine pour lui, plusieurs lierres arpentaient les murs délabrés, creusés par le temps. C’était là sa seule chance. Il recula durant quelques secondes, mais un bruit lointain se fit entendre. Une incantation, la voix de Kairan résonna avec un grave sans pareil dans la cavité souterraine. Les paroles montèrent en puissance et tout se termina.
Trois créatures bipèdes, vomissants des débris de peau et desquelles émanaient toutes sortes de miasmes et de sucs, apparurent.
Un seul et unique ordre :
-Traquez-le. Et trouvez-le.
Eslean courait, les créatures le poursuivaient. Derrière lui, la voie de Kairan résonnait.
« Je t’ai dit que ma lame avait soif de toi ! »
Une des trois petites créatures lui attrapa le pied ! L’ancien elfe chuta alors et tomba avec fracas sur le sol pavé. Une autre créature bondit sur lui, et lui immobilisa le bras, tandis que celle qui l’avait fait chuter faisait de même avec l’autre. La troisième créature demeura en retrait. Toutes attendaient la venue de leur maître. Et celui-ci ne se fit pas attendre.
Ses pas résonnèrent dans la grotte souterraine, seul son sourire était visible.
Quelques mètres, quelques pas. Il était là.
-J’en ai assez de jouer. Peu importe ton nom. Qui que tu sois, tu vas mourir.
Eslean était immobilisé par les créatures, il ne pouvait bouger que ses doigts. Bras et jambes étaient fermement maintenues contre le sol par les corps délabrés des créatures invoquées. Les remontées gastriques qui émanaient de leurs gorges suantes lui parvenaient par filaments de baves qui s’écrasaient mollement sur son visage.
L’homme devenait fou, ce Kairan ne se contrôlait plus. La lame semblait l’attirer, et trahissait un manque de maîtrise de lui-même palpable.
-Elle a soif de toi, tu le sais, hein ? Tu peux percevoir sa terrifiante puissance, et le déferlement impitoyable de sa haine.
Kairan avait raison. Mais derrière cette façon de parler peu assurée, cette gestuelle contradictoire qui indiquait des intentions différentes, n’y avait-il pas une faille discrètement camouflée ? Une idée traversa alors l’esprit d’Eslean, une sorte de révélation. Un acte totalement inconsidéré, d’une étrange simplicité. Mais, lorsqu’il étudiait les options, il ne pouvait pas faire grand chose d’autre. Ainsi allait-il s’en remettre à sa seule étude de son adversaire.
Celui-ci fit encore quelques pas. La lame rougeoyante attirée vers l’ancien elfe. Il sourit avec amertume, releva son arme, et la rabattit sur son adversaire.
Une erreur. Le plan avait fonctionné. L’elfe déchu avait soutenu le regard de Kairan, et celui-ci ne l’avait pas supporté. Il s’était reculé d’un seul coup, titubant, le regard larmoyant. Il avait balbutié quelques « pourquoi » inintelligibles, avant de revenir à la charge. Mais Eslean s’était défait de ces petites créatures, toutes aussi sous le choc que leur invocateur. Une invocation d’une profondeur ténébreuse avait alors retentit, et les lierres qui bordaient les parois rocheuses de la cavité souterraine se mirent alors à flotter aux côté de l’elfe déchu. Kairan, fou de rage, était revenu, empalant au passage un de ses serviteurs. Son regard trahissait la folie, et une folie irréversible.
-Tu vas mourir ! avait-il crié.
Il avait fondit sur lui, les larmes à l’œil et la lame en l’air. Puis le choc. Et plus rien. Les résidus végétaux avait transpercé de nombreuses partie du corps de Kairan, qui ne bougeait plus. Les deux ennemis se tenaient à moins d’un pas l’un de l’autre. Il se regardaient.
Le bretteur sourit alors, comme un soulagement. Il lâcha son arme, qui chuta lentement vers le sol et s’y abattit avec solitude, et ne lâcha que ceci.
-Qui que tu sois, merci.
Cool, les deux textes sont enfin sortis. Je commencerai à évaluer les textes bientôt. D'ici 1 semaine ou 2, les résultats devraient sortir.
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en prévision des duels à venir, je
le topic !!
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